Et fût-il fils unique, ainsi que _Godinette_?]

[Note 53: C'est ce qui arriva justement au dernier siècle

à la nièce de messire Agnan, curé d'un bourg de Sologne.

Une poularde, glissée par une main traîtresse entre les

draps de son lit trop peu fréquenté, et qu'on n'eût pas

retrouvée dans ce lieu désert si, au bout de huit jours, la

poularde prudente n'eût elle-même révélé sa présence à tous

les odorats, trahit tout à coup le secret des nuits de la

nièce pudibonde. Il y eut à ce propos bien des commérages

dans la province. Bérenger, censeur royal, en fit un conte

en vers qui souleva beaucoup de scandale, et qui fut cause

qu'il perdit sa place, et que le _Journal polyptique_,

dont le 114e numéro l'avoit publié, fut interdit. (V.

_Mém. secrets_, 1786, t. 33, p. 267, et 34, p. 11). Ce

même Bérenger, qui fut professeur de rhétorique au collége

d'Orléans, et qui mourut en 1822 inspecteur de l'Académie

de Lyon, a donné, entre autres compilations, le fameux

recueil _la Morale en action_. Il a oublié d'y réimprimer

son conte.]

Quel desir pourrois-je, mes dames, souhaiter et demander en mon

coeur, sinon qu'un parfait contentement et accomplissement de vous

servir en tout ce qui me sera possible effectuer pour l'hommage que

je doy rendre à vos commandemens, tant au lict qu'à la table, tant

pour vous contenter que pour le desir de vostre cher amy Herpinot,

lequel vous a tousjours porté en son coeur, comme une espousée a

coustume de porter son cher epoux huict jours après ses nopces,

comme, par exemple, le proverbe nous enseigne qu'il n'y a plus

grand contentement au monde que d'avoir ce que l'on desire. Je croy

que non, pour mon particulier; j'en ay gousté de plusieurs sortes,

mais je n'en ay point treuvé de meilleur, et dirois volontiers

comme ce bon Alluchon, lequel courtise secrettement de sa jeunesse

les lechefrites des plus nettes cuisinières des halles aux doubles

ressorts de leurs serrures, accommodiez au tourne-clés des bons

compagnons, lesquels profére ces mots:

_Sonnet._

Mes dames, que desirez-vous?

Voulez-vous que je vous baise

L'une après l'autre, à mon aise,

Pour contenter nos amours?

Je suis d'un coeur fort constant,

Et constamment je m'appreste

Au bruict du foudre et tempeste.

Je ne suis facheux amant.

Celle-là qui me desire

Jamais n'aura le martire

Et vivra joyeusement.

S'elle est gaillarde et joyeuse,

Sentant ma flame amoureuse,

Aura son contentement.

Aussy jamais, mes dames, vous n'avez gousté les delicatesses d'amour,

si vous n'avez esprouvé, savouré, tasté, essayé, gousté, esprouvé,

mangé et cultivé le parfait amour de vostre cher et inthime Herpinot,

lequel il vous faict present à ce premier jour de l'an en bonne

estrenne, et vous dit:

_Sonnet._

En ce premier jour d'année,

Que vous donray-je pour present?

Belle, tenez-vous asseurée

De vivre tousjours constamment:

Car, estant avec moy couchée,

Vous y prendrez vos passetemps,

Et en ce premier jour d'année

Nous ferons rehausser le temps.

Vous vivrez joyeuse et gaillarde,

Car vous m'aurez pour sauvegarde;

De peur vous n'aurez ny soupçon.

Vous aurez la delicatesse

Qu'Amour promet à sa deesse,

En neuf mois un bel enfançon.

_Sixain._

Quand nous serons couchez ensemble,

N'ayez pas crainte que je tremble;

Mais la couche bien tremblera.

Nous ferons, à force d'eschine,

Branler la chambre et la cuisine;

Mais le grenier ne tombera.

Ainsy, le sieur Herpinot desire contenter les dames, et ne parle

pas seulement à une, mais en general et particulierement à celles

qui aiment les dances. Dancez et branlez par le branle naturel

d'Herpinot, le plus parfait danceur de ce temps, tant en basse salle

que haute. Il ne craint aucune personne, tant soit-il fort de rains

que garny de force naturelle. Je m'en rapporte à celles qui en ont

tasté et essayé, lesquelles ne s'en plaignent, et disent au contraire

de celles qui se plaignent des instrumens et des joueurs qui

jouent le jour de leurs nopces, refrognant le nez comme rhinoceros

eschauffez et disant: Voilà de beaux gratte-boyaux! voilà de braves

joueurs! Vrayment, Herpinot touche bien mieux les boyaux que cela

et a bien une autre eloquence. C'est dommage que l'espousée n'en

a tasté: jamais ne voudroit d'autre joueur. Oh! que n'est-il icy?

Nous aurions bien du contentement. Je voudrois m'en avoir cousté

cent mille gigos, monnoie de Flandre, payez tous en cars d'escus,

et deussions-nous les emprunter au magasin du grand Turc, à rendre

d'aujourd'huy en un an. Ma foy, nous aurions nostre contentement. Et

par ainsy le sieur Herpinot est honoré des dames pour sa vaillantise

et bonne renommée. Qu'un chacun fasse de mesme, et il aura l'honneur,

comme luy, tant des femmes que des filles.

_Aux Dames._

Dames de quy la bienveillance

Honore le pauvre Herpinot,

Je vous promets sa diligence,

Ainsy que faisoit Adenot,

Alors qu'amoureux il estoit

De la deesse Babillette,

Quy estoit gaie et godinette,

Pour la grant amour qu'elle avoit.

Voyant la grace et le maintien

De son amoureux si fidelle,

Ne demandoit point de querelle,

Mais vouloit voir son entretien.

La chose quy la reconforte,

C'est qu'estoit contente à souhait

De la chosette qu'avoit fait

Adenot derrière la porte.

_Aux Filles._

Filles quy desirez avoir la cognoissance

Du sire Herpinot, vivez en asseurance

Que, si vous le voyez avec sa gaie humeur,

Vous ne rougirez pas de honte et de frayeur.

Mais, entendant le son de sa voix amoureuse,

Avec le dieu d'Amour vous viverez heureuses;

Vous chasserez bien loin le chagrin, la tristesse,

Et vivrez pour jamais d'amour et d'allegresse.

_Harangue de Turlupin le Soufreteux_[54]

M.DC.XV. In-8.

[Note 54: Ce nom de Turlupin, qui finit par être le

surnom d'un fameux farceur du XVIIe siècle immortalisé

par Boileau, avoit d'abord servi à désigner des gens

d'une toute autre espèce: c'étoient des hérétiques du

XIVe siècle, dont la religion consistoit à mener par

les campagnes et par les villes la vie des cyniques

anciens, en pleine impudence et nudité: _Cynicorum sectam

suscitantes_, lit-on dans la chronologie de Genebrard, _de

nuditate pudendorum et de publico coitu_. On les appeloit

_turlupins_ parcequ'ils n'habitoient que des lieux dignes

d'être le refuge des loups: _quod ea tantum habitarent

loca quæ lupis exposita erant_. Ils osèrent venir à Paris

en 1372 et tâcher de s'y établir. Charles V, selon Robert

Gaguin et du Tillet, les fit saisir, et on les brûla,

eux, leurs livres et leurs meubles, près de la porte

Saint-Honoré, sur le marché aux Pourceaux. Leur secte avoit

la prétention de s'appeler _la fraternité des pauvres_, et

c'est à cause d'eux qu'avoit été fait ce proverbe, bien

justifié par leur nudité: _C'est un enfant de Turlupin,

malheureux de nature._ Quelquefois, au lieu de Turlupin, on

disoit _Tureluton_, comme dans le 82e rondeau de Roger de

Collerye (V. l'excellente édition de M. Ch. d'Héricault, p.

230):

Les enfants de Tureluton

Je suis, malheureux de nature,

Qui serche sa bonne adventure

Ainsi qu'un povre valeton, etc.

Celui qui prend la parole dans cette _harangue_ est bien un

descendant de la race souffreteuse des Turlupins. Il s'en

montre digne par ses plaintes, et quelquefois aussi par son

cynisme.--L'édition de 1615, que nous reproduisons, n'est

pas la première de cette pièce. Il avoit dû y en avoir une

autre dans les premiers mois de 1612, alors qu'il étoit

question des préliminaires du mariage de Louis XIII avec

Anne d'Autriche. Les détails qu'on rencontrera plus loin en

sont la preuve.]

* * * * *

_Harangue de Turlupin le Soufreteux._

Variétés Historiques et Littéraires (06/10) Recueil de piéces volantes rares et curieuses en prose et en vers · 第 10 / 118 题