M.DC.XXXIII.

Le dix neuf et vingtiesme jour de janvier present mois, il est

arrivé que, par les grandes ravines d'eaux qui seroient tombées de

quelques montagnes dans les rivières de Loire et d'Alliers, auroient

tellement grossi les dites rivières, qu'en moins de quatre heures

elles devinrent un des plus furieux et impectueux torrents que d'aage

d'homme l'on n'aye peu remarquer.

Particulierement la rivière de Loire[2], de qui de tout temps les

impetuositez ont tousjours fait de grands naufrages, pour autant

qu'elle est platte et non profonde; cela cause son excessive

rapidité, et icelle occasionne souventes fois la perte de beaucoup

de biens et de personnes qui naviguent sur la dite rivière.

[Note 2: En effet, si j'en juge par la nomenclature

que fait Lemaire, dans son _Histoire d'Orléans_, des

inondations de la Loire aux derniers siècles, ces sinistres

étoient encore plus fréquents que de nos jours, et chaque

fois aussi terribles que ceux dont nous avons vu les

désastres. De 1527 à 1641, c'est-à-dire dans un intervalle

d'un peu plus de cent ans, il n'en compte pas moins de

onze, savoir: au mois de mai 1527, en novembre 1542, en

mai 1548, en mai 1567, en 1572, en 1586, en 1588, en 1608,

puis encore en mai 1628 (c'étoit le mois fatal), une

inondation qui mit en danger de sa personne le cardinal

de Richelieu revenant par eau du siége de la Rochelle (V.

le _Mercure françois_ à cette date); enfin une dernière

en janvier 1641; et toutes, je le répète, avoient les

plus désastreuses proportions: les levées crevées, le val

submergé, etc. Lemaire, qui ne s'occupe que de l'Orléanois,

ne mentionne pas l'inondation dont les ravages font le

sujet de la pièce que nous reproduisons. Ils avoient été

circonscrits, à ce qu'il paroît, dans les pays de la

Haute-Loire, où ces sinistres étoient plus multipliés

encore que dans les contrées d'aval.]

Ces deux eaux, mutuellement assistées et jointes, ont tellement bondy

furieusement, qu'en moins de quatre heures, comme dit est, leur

estendue a esté en d'aucuns endroits d'une lieue et demie et plus, où

elles ont perdu et noyé nombre de villages et maisons de noblesse,

ce qui n'a esté sans la perte d'un grand nombre de personnes, chose

desplorable à raconter.

A plusieurs les effects miraculeux de la bonté de Dieu ont esté

manifestez en ces effroyables perils; j'en specifieray quelques uns

des plus admirables (et tous veritables) pour donner quelque chose

aux curieux.

Entre autres, en un hameau (demie lieue de la rivière d'Ailiers[3]),

paroisse de Sainct-George, un pauvre père de famille avoit sept

enfans, lequel, bien empesché à se resoudre en tel danger, pensoit

au salut de ses biens; mais, comme le torrent multiplioit sur luy,

laissant ce soucy pour pourvoir au salut de sa famille, abandonna

ses biens à la mercy de ce ravisseur impitoyable. Or, l'affection

particulière qu'il portoit à l'un des dits enfans le rendit plus

soigneux en ce danger de celuy-là, et, taschant de luy prester

secours, fut repoussé par l'eau, qui l'avoit tellement avancé que

tous ses efforts furent vains, ayant affaire pour soy de telle sorte

qu'il fut contraint d'abandonner à ce désespoir ses biens et ses

pauvres enfans et gaigner hativement le toict de sa maison, où il

eschapa miraculeusement.

[Note 3: Les inondations de l'Allier ont toujours été

plus fréquentes encore que celles de la Loire, mais aussi

moins désastreuses, par la raison que les eaux de l'Allier

ne charrient pas du sable comme la Loire, mais une terre

légère, qui, bien loin de stériliser le sol, s'y attache,

dit Expilly, et l'engraisse. C'est ce qu'on appelle

_chambonnage_ dans le pays. La Loire, dans ses débordements

simples, porte aussi avec elle cette vase fécondante

qu'on nomme _lage_ ou _laye_ dans l'Orléanois. «En 1588,

dit Lemaire, Loire deborda, dont les vins furent nommés

_layeux_ à la vendange.»]

Un gentil-homme se promenoit un matin parmy ses heritages, et,

jettant sa veue sur une colline, avisa un torrent d'eau qui

descouloit d'icelle dans la rivière proche, qui se grossit en un

instant, s'arresta tout estonné de voir chose si estrange pour estre

survenu en un instant.

Les maisons, collines, vallées, bois, prairies, terres et semblables

objets de sa remarque journalière, ne paroissoient plus. Telle

nouveauté luy faisoit dementir ses yeux; enfin, s'arrestant plutost

au sens qu'à son imagination, se retira hastivement et à pas

redoublez au logis, advertit sa femme du danger qui les menaçoit de

près, et mit toute sa famille en devoir de charger ce qu'un chacun

pourroit porter, afin de sauver quelque partie de ses biens.

Mais cet ennemy debridé ne leur donna pas ce relasche; il fut

plustost à la porte que leurs paquets ne furent troussez; ils furent

contraints de quitter ce soucy pour pourveoir à leur sauver. Les

fardeaux et les charges servirent à aucuns pour estre soustenus

quelque temps sur l'eau et prolonger leur naufrage.

Ce gentil-homme, sa femme et ses enfans accoururent diligemment

au plus haut estage du logis, se perchans sur deux solives, tous

esperdus, et, ayant abandonné leurs sens à la frayeur, commençoient à

mourir à l'aspect de la mort.

Ce pauvre père de famille, en telle perplexité, s'avisa d'une

bougette[4] où estoient les papiers des acquisitions de ses biens,

et, avec grand hazard de sa vie, l'alla querir et la lia fermement

à l'une des dites solives, à celle fin (disoit-il) que, quoy qu'il

arrivast de soy et de ses biens, l'eau venant à se vuider, il eust le

moyen de rentrer en paisible possession de ses biens, si la fortune

luy reservoit sa dite bougette.

[Note 4: Petite _poche_, _pochette_. On sait que les

Anglois en ont fait leur mot _budget_, qui n'eut pas

d'abord un autre sens. Ils nous l'ont renvoyé avec

l'acception politique qu'ils lui avoient donnée dans

le Parlement, et en l'accueillant nous avons cru faire

l'hospitalité à un étranger. Il est vrai qu'avec son

nouveau sens et la forme nouvelle que lui avoit donnée la

prononciation anglaise il étoit devenu bien méconnoissable.

Bien peu de gens comprennent que l'expression _ouverture

du budget_, qui revient tous les ans dans les discussions

parlementaires, signifie simplement ouverture de la

_bougette_, de la _poche_. C'est, en effet, le moment où

celle du contribuable s'ouvre pour se vider, celle du

gouvernement pour s'emplir. On lit à ce sujet un très

curieux et très piquant article dans le _Mercure_, floréal

an IX, p. 280.]

Au milieu de ce triste confort, la rivière, roidissant plus fort,

renversa de fond en comble la dite maison, tellement que qui n'avoit

peu gaigner le dessus mourut doublement, accablé et noyé.

Ce fut un piteux et lamentable depart du mary d'avec sa femme, et

tous deux d'avec leurs enfans. Ce pauvre gentil-homme affligé, ayant

par fortune attrapé un arbre qui avoit esté deraciné par la vehemence

du vent et du rude courant des eaux, monta dessus, et fut porté

en ceste sorte la longueur de trois cars de lieux, et fut conduit

miraculeusement à la rive d'une coline, où il mit pied à terre,

grimpant en hault, d'où il descouvrit la sanglante tragedie qui se

passoit devant ses yeux, sur sa femme, ses enfans et sa famille,

contribuant de l'eau et des larmes en abondance au torrent où ils

estoient miserablement suffoquez.

Quantité de personnes de divers aages, qualitez et sexe, ont estez

peris en ces deluges et furieuses tempestes des vents, et plusieurs

autres ont eschappez par des façons estranges et admirables.

Entr'autres l'on rapporte d'un homme et d'une femme, près de la

ville de Nevers, voyant l'augmentation des eaux proches d'eux, et

n'ayant lieu pour leur sauver (ayant esté surpris), furent contrains

de monter sur un arbre, n'ayant devant les yeux que l'horreur d'une

mort affreuse, apperceurent de loing une cuve, large et spacieuse,

laquelle s'adressoit à eux et vint finallement (comme conduite

par la Providence divine) s'arrester au pied du dit arbre. Eux,

reconnoissant les graces infinies que Dieu leur faisoit, après l'en

avoir remercié, s'embarquèrent en icelle, laquelle incontinent reprit

le fil de l'eau, et furent par ce moyen rendus à bon port.

A quatre lieues au deçà de Rouane, sur la dite rivière de Loyre, fut

pris un petit enfant aagé environ de quatre ans, tout nu en chemise,

sur un rameau qui le portoit, avec un poussin dans le sein. Il est à

présumer que la chaleur de ce petit animal ayda beaucoup ce pauvre

enfant abandonné à la rigueur d'un tel froid.

Un habitant de la ville de Sancerre, estant surpris de ceste

tempeste, se retira de sur un arbre avec sa femme et un laquais qui

se dit estre de la ville de Troye en Champagne. Cet habitant, ayant

peu d'asseurance en cet arbre, s'hazarda à la nage d'aller querir un

bateau qui flotoit sur l'eau. Lors le pauvre garçon, ayant son seul

et dernier recours en Dieu, s'adressant à sa maistresse (qui estoit

de la religion pretendue reformée[5]): Or, priez maintenant Dieu, luy

dit-il, à vostre mode et en quelle langue que vous voudrez; je le

priray à la mienne. Et commença à faire le signe de la croix et prier

à la façon de l'Eglise catholique. Son maistre cependant arrive avec

le bateau, par le moyen duquel ils furent sauvez miraculeusement.

Reconnoissant avoir receu un si grand benefice de Dieu, ont abjuré

l'heresie de Calvin, et se sont convertis avec toute leur famille à

la religion catholique, apostolique et romaine.

[Note 5: On sait que tous ces parages étoient peuplés de

calvinistes fervents. Le terrible siége de Sancerre, en

1574, l'a suffisamment prouvé.]

Plusieurs maisons ont estez entièrement sappées de leurs fondemens,

et comme vaisseaux alloient demy noyez, flottant sur les vagues; les

meubles et les provisions de plusieurs bourgs et villages ont estez

miserablement ravis et entraisnez par l'eau, avec grand nombre de

troupeaux de brebis et boeufs, qui, estant trop pesans à la nage,

s'arestèrent au fond, où plusieurs hommes, femmes et enfans, sont

demeurez ensevelis.

Ainsi quantité de semblables tragicomedies ont restées representées

dans ces inondations. Le recit en seroit de trop longue haleine;

ceux-cy pourront suffire pour tirer consequence des autres et faire

voir quelque ressentiment des jugemens de Dieu, et donner à entendre

qu'il est couroucé contre nous. Qu'ils suffisent donc aussi pour

rendre les hommes plus soigneux à destourner son ire[6].

[Note 6: On ne s'occupa même pas alors de détourner la

colère du fléau. Il fallut encore quatre inondations, celle

de 1641, qui rompit les levées, et où l'on vit la Loire

se réunir au Loiret, comme cela étoit arrivé le 28 mai

1567; celles de 1649 et de 1651, dont souffrirent surtout

les vallées de l'Anjou, pour qu'on s'ingéniât enfin de

prendre des mesures. Le 24 mai 1651 fut rendu un arrêt du

conseil pour le rétablissement des turcies et levées de la

Basse-Loire (_Ordonnances de Louis XIV_, t. III, fol. 320).

Cent ans après seulement nous trouvons ces levées en bon

état, depuis Angers jusqu'à Nevers, et aussi sur tout le

cours de l'Allier jusqu'à Vichy. V. _Traité de la police_,

t. IV, liv. VI, tit. 13, ch. 5.]

_Le Feu royal, faict par le sieur Jumeau, arquebusier ordinaire de Sa

Majesté[7]. Présenté au Roy._

_A Paris, par Nicolas Callemont, demeurant à la rue Quiquetonne[8].

1618._

[Note 7: On ne distinguoit pas alors les _arquebusiers_

des _artificiers_, et M. de Paulmy nous en donne ainsi

la raison: «On appeloit, dit-il, les arquebusiers

_artificiers_, non qu'ils fissent et vendissent de la

poudre, mais parceque toutes les armes à feu qu'ils

fabriquoient étoient appelées du mot général _artifice_.»

(_Mélanges tirés d'une grande Bibliothèque_, Hh.,

p. 5.) La vente de la poudre, et surtout celle de

pièces d'_artifices_, furent toutefois un monopole des

artificiers, qui s'étoient pourvus _de provisions de la

cour_, et qui par là avoient le droit, comme ici le sieur

Jumeau, de prendre le titre d'_artificier du roi_. On leur

accordoit ce titre, «avec faculté de faire saisir par le

bailli de l'Arsenal toutes espèces d'artifices qui se

trouveroient chez les merciers et autres particuliers qui

s'ingéreroient d'en faire et d'en vendre». (_Guide des

corps des marchands_, 1766, in-12, p. 160.) En outre de ces

artificiers du roi, il y avoit celui de l'Hôtel-de-Ville,

qui étoit aux gages de la ville de Paris, avec lettres

«qui étoient marques de sa charge». Il devoit, dans les

occasions de réjouissance, faire tous les _feux_ de la

ville, tels que, par exemple, le feu de la Saint-Jean, que

le roi devoit venir allumer lui-même. Louis XIII alluma

celui de 1620.]

[Note 8: C'est ainsi qu'on appeloit alors et qu'on auroit

toujours dû nommer la rue Tiquetonne, puisqu'en effet elle

eut pour parrain, au XIVe siècle, le riche boulanger Rogier

Quiquetonne.]

_Avec privilège du Roy._

Entre les lapidères, la pierre la plus précieuse estimée est le

diamant, l'oeuvre n'en rehaussant nullement l'excellence, mais

seullement celuy qui a plus de pois et d'eclat a plus de pris: de

mesme est-il des hommes, qui semblent que la nature les ayent

formés en mesme moulle; mais l'esprit seullement leur donne le pois

et le pris, et particullièrement ceux qui ont recherché l'invention

des feux d'artifices, invention estimée par toutes les nations

du monde, puisque aux choses memorables et aux actions les plus

celebres, c'est l'ame des passetemps et le plaisir le plus estimé,

puisque c'est celuy de nostre roy[9]. Aussi en ce jour heureux de

Sainct-Cosme, pour lequel cest artifice avoit esté destiné et differé

en consideration du voyage de Sa Majesté, où il s'agist de la

commune resjouissance des François pour l'heureuse naissance de Louys

le Juste, nostre roy invincible[10], où il s'est veu des effaits

admirables du feu, que jadis celuy qui brusla ce que Alcide eust de

mortel ne le peut esgaller, ny celuy dont Prometée anima ses statues

ne fut jamais si glorieux.

[Note 9: Les feux d'artifice étoient en effet fort à la

mode alors. On se les permettoit même dans les couvents

lorsqu'il s'agissoit de cérémonies un peu importantes,

telles que canonisations de saints ou de saintes. Les fêtes

de la canonisation de sainte Thérèse furent pour les carmes

l'occasion de réjouissances de cette espèce. V. notre édit.

des _Caquets de l'Accouchée_, p. 48-49, note, et Dreux du

Radier, _Récréations historiques_, t. 2, p. 183.]

[Note 10: Louis XIII étoit né le 29 septembre, jour de

Saint-Côme.--Le feu d'artifice du sieur Jumeau, préparé

pour célébrer l'heureux événement de la paix survenue

entre le roi et les princes après l'assassinat du maréchal

d'Ancre, avoit été ajourné jusqu'à l'anniversaire de la

naissance de Louis XIII par suite des voyages du roi à

Rouen et dans le centre de la France.]

En la première action il s'est veu cent fusées produire et nous

monstrer diverses sortes de feu et de figures portées en l'air par

des inventions admirables et qui n'ont jamais esté veues[11].

[Note 11: Pendant tout ce règne et le suivant, ces

inventions se perfectionnèrent encore. Lors de la naissance

de Louis XIV, il y eut, par exemple, des feux d'artifice

qui éclipsèrent tout ce qu'on avoit vu jusque alors.

«Les jésuites, outre près de mille flambeaux dont ils

tapissèrent leurs murs les 5 et 6, firent, le 7 dudit

mois de septembre, un ingénieux feu d'artifice dans leurs

cours, qu'un dauphin alluma entre plus de deux mille autres

lumières qui éclairoient un ballet et comedie, sur le mesme

sujet, representés par leurs escoliers.» (_Cérémonial

françois_, t. 2, p. 214.)--C'est un nommé Carême qui, à la

fin du XVIIe siècle, excelloit dans ce genre de merveilles

pyrotechniques. «Carême, lit-on dans le _Livre commode des

adresses_, au chapitre des _Passe-temps et menus plaisirs_,

se rend célèbre par les feux d'artifice figurés, coloriés.»]

En la seconde action il s'est veu six geans, representant six

nations en circonference, combatre les uns contre les autres au

milieu de la rivière de Seine[12], qui avoient une perpétuelle action

et un mouvement continuel, sans que l'on peust recoignoistre qui les

faisoit mouvoir, au milieu de laquelle circonferance il y avoit un

rocher eslevé d'une toise et demie de hauteur, sur lequel estoit un

aigle d'une excessive grandeur, et Jupiter posé dessus, tenant son

foudre à la main, qui lança sur les geans qui vouloient saper son

trosne, lequel foudre il jetta sur eux et les reduit au neant.

[Note 12: Les feux d'artifice étoient tirés, au XVIIe

siècle, soit sur des bateaux en pleine Seine, comme celui

dont l'ambassadeur d'Espagne donna le spectacle aux

Parisiens en 1722, à l'occasion de l'arrivée de l'infante,

et qui fut disposé avec beaucoup d'art entre le Pont-Royal

et le Pont-Neuf (V. _Journal de Marais_, Rev. rétrosp., 30

nov. 1836, p. 182), soit sur la Pont-Neuf même. C'est là

que fut tiré celui des fêtes de la naissance de Louis XIV,

qui inspira ces vers de Saint-Amant:

Au milieu du Pont-Neuf,

Près du cheval de bronze,

Depuis huit jusqu'à neuf,

Depuis dix jusqu'à onze,

On fit un si grand feu qu'on eut grand'peine

De sauver la Samaritaine

Et d'empêcher de brûler la Seine.

Voy. aussi le _Journal de Barbier_, t. 2, p. 138, 241,

304.--Sous Louis XIII, les particuliers qui vouloient se

donner ce divertissement se rendoient dans l'île Notre-Dame

(île Saint-Louis), à peu près inhabitée, et y tiraient

leurs feux d'artifice. Une fusée lancée de là par un jeune

garçon, pendant les fêtes de la Saint-Jean de cette même

année 1618, tomba sur un bateau du port au Foin, qui prit

feu, et qui, s'en allant à la dérive, incendiant les autres

bateaux, faillit embraser le pont. (_Mercure françois_,

1618, p. 25.)]

Par la circonferance est representé le royaume de France, qui

est tousjours demeuré ferme au milieu des ondes, bien qu'il aye

esté battu, et quasi comme abbattu d'une infinité d'orages et de

mouvemens divers que les siècles passés luy ont fait voir. Le

mouvement continuel, c'est la sagesse et la raison qui balancent

continuellement dans l'esprit de ceste Antipater de nostre Philippe

François, que je puis nommer le premier cercle de ceste sphère

et la première horloge dont le contre-poids tend tousjours au

bien du public, que l'on peut dire avoir autant de faveur que son

merite est eslevé entre les hommes; la vertu duquel l'on ne peut

mettre en sa juste exaltation, car, si les souhets des sujets de

Sa Majesté avoient lieu aux choses mortelles, je lui souhetterois

de l'immortalité et luy donnerois toutes les louanges que les

siècles que nous avons passé attribuent à l'integrité, au service

et à la fidellité deue à son prince. Le rocher qui est au milieu

de la circonferance, c'est la ville de Paris, ce miracle du monde,

laquelle, encore qu'elle aye esté agitée et sa sainture aye esté

veue de l'estranger, est tousjours demeurée ferme comme un rocher en

l'obeissance de Sa Majesté.

L'aigle qui estent ainsi les ailes, c'est cet auguste parlement, ce

nid de science qui protège, sous l'authorité du roy, le public et le

particulier. Par Jupiter, qui est sur l'aigle assis, est representé

Louys le Juste, nostre roy, qui, tout ardant de combattre comme un

Cesar, tout redouté en son combat comme Henry le Grand, ayant le fer

et le foudre en la main, le lance sur les nations qui le voudroient

empescher de porter son espée sur les confins de l'univers, où nous

luy verrons naistre les palmes dedans les mains et le laurier seindre

son front glorieux.

En la troisième action il s'est veu sur un batteau sur lequel

estoient des niches remplies de personnages et bordé de fleurs de lis

coronnées d'une excessive grandeur avec L. L. d'or assises en des

croissans soustenus par des septres, le tout semé de lances à feu qui

rendent une clarté admirable, au milieu duquel estoit une piramide

fort bien eslabourée et esmailée de toutes sortes de couleurs, aux

angles de laquelle estoient quatre vazes dans lesquels estoient posez

des bouquets de fleurs d'Italie representés au naturel, et à la

pointe de laquelle estoit un soleil de huit pieds de diamètre, dont

les rayons esbloissoient les yeux des assistans qui estoient accourus

de toutes pars pour voir les merveilles de cet artifice. Le roy et

la cour ayant veu ce soleil faire son cours en un quart d'heure,

incontinent l'on entendit milles tonnerres retentir par le bruit des

canons, qui sembloit que la machine du ciel devoit dissoudre.

Par ce pié d'estal[13] nous est figuré une cadrature qui est la mesme

fermeté et asseurance, qui nous represante la paix, precieux gaige

que le roy nous a donné, que nous ne pouvons plus dire que nostre

bonne fortune soit chancellante, mais maintenant qu'elle est assise

sur un ferme et durable fondement, durant laquelle voyons espanouir

les fleurs de lis, non en l'orient ny au midy, mais au couchant de la

journée, que nous pourrons dire estre animez de l'ardeur du soleil

qui les regarde par une puissance extraordinaire.

[Note 13: _Piédestal_ ne s'écrivit d'abord pas autrement.]

Les personnages qui sont autour du piedestal representent la Force

dont la Justice doit estre aydée, car depuis qu'elle est armée de

puissance elle presse les passions violantes de l'ame du celerat qui

a pour objet la punition qui le retient, et le bon à la vertu, qui

l'engaige à bien faire. Les L. L. qui sont assises en des croissans

representent le nom de Louys le Juste, que son peuple comble de

benedictions, afin que, croissant en aage, en justice, pieté,

clemence et en toutes autres sortes de vertus, nous puissions vivre

en esperance que la France reverra encore le siècle doré. La piramide

assise au milieu de la cadrature nous represente la Justice, qui est

un des fondemens principaux du bastiment d'un Estat, justice qui

vient du ciel divinement s'espandre sur la personne des roys; comme

nous voyons l'humeur se puiser dedans l'eau, la chaleur venir du

feu, la solidité du corps naistre de la terre et l'esprit se tirer

de l'air, de mesme nous pouvons dire la justice venir de Dieu sur

les roys, qui la renvoyent par reflection, comme les sources font

leurs ruisseaux, dessus leurs peuples pour leur en faire user une

plus tranquille et plus assurée. Aussi la justice est-elle la fin

de la loy, la loy l'oeuvre du prince, et le prince l'image de Dieu.

Les quatre vases qui sont au pied de la piramide representent les

quatre cas dont la Justice est animée, qui sont le commandement, la

deffence, la permission et la punition, car la fin de la loi gist à

commander, deffendre, permettre et punir. Cela estant inviolablement

gardé fera que nous verrons le bouton et la fleur de la justice

rendre les quatre coins du royaume tout odorans. En la pointe de la

piramide est un soleil brillant qui porte le nom de ce grand roy,

qui nous represente la Religion, qui est la première colonne, le

principal apuy des royaumes, et le pivot qui donne le mouvement à

ceste miraculeuse machine qui brille continuellement sur la justice,

sur les lys et en la paix, et particulièrement au siècle où nous

sommes, où nous voyons Sa Majesté estre le premier et principal

protecteur, de sorte que nous pouvons dire que c'est un Cesar

conquerant, un Auguste pacificateur de son Estat et un Constantin

restaurateur de son Eglise.

En la quatriesme action, il s'est veu cent partemens de fusées

enrichir le ciel d'un million d'estoilles, diverses sortes d'autres

feux que l'on a veu serpenter dedans l'air et dedans l'eau[14]. L'on

a veu des commettes non decendre du ciel, mais sortir de terre pour

aller dans les cieux y porter les voeux et les prières de tous les

sujets de Sa Majesté pour perpetuer les jours à la durée d'un siècle

de ce grand roy, borner son royaume des confins de l'univers et le

rendre le plus heureux monarque qui aye jamais veu le soleil.

[Note 14: Ceci nous fait souvenir du feu d'artifice du

_Menteur_ (acte 1er, sc. 5), qui, selon la mode du temps,

auroit aussi été tiré sur la rivière:

Après qu'on eut mangé, mille et mille fusées

S'élançant dans les airs, ou droites ou croisées,

Firent un nouveau jour, d'où tant de serpenteaux

D'un déluge de flamme attaquèrent les eaux,

Qu'on crut que, pour leur faire une plus rude guerre,

Tout l'élément du feu tombait du ciel en terre.]

_Memoire veritable du prix excessif des vivres de la Rochelle pendant

le siège._

_Envoyé à la Royne mère._

_A Paris, par Nicolas Callemont, demeurant rue Quiquetonne._

Variétés Historiques et Littéraires (06/10) Recueil de piéces volantes rares et curieuses en prose et en vers · 第 5 / 118 题