PLANCHE LXXXVII.

ENCEINTE DE L’ANCIENNE VILLE DE TEUCHIRA.

Les ruines de cette ville sont entourées d’une muraille d’enceinte,

formant un carré irrégulier de deux milles environ de circonférence.

Cette muraille, d’une belle conservation, et flanquée de tours à ses

angles, a été redressée avec des matériaux d’édifices anciens.

_a._ Bassins taillés dans la roche et creusés à leurs parois en grottes

sépulcrales.

_b._ Grande tour au centre de laquelle est un puits.

_c._ Tours quadrangulaires qui servaient à défendre la ville.

_d._ Côté de l’enceinte qui côtoie les bords de la mer ; il est presque

totalement détruit.

PLANCHE LXXXVIII.

VUE D’UNE GROTTE SÉPULCRALE, APPARTENANT AU MOYEN AGE, ET FAISANT PARTIE

DE LA NÉCROPOLIS DE CYRÈNE.

PLANCHE LXXXIX.

RUINES D’UN GRAND MONUMENT SARRASIN A LADJEDABIAH.

PLANCHE XC.

VUE D’UN CHATEAU SARRASIN A LADJEDABIAH.

On trouve ces ruines à treize lieues du cap Carcora, à trois des bords

de la mer. _Voyez_ Relation, pages 268 et 269.

PLANCHE XCI.

VUE D’UN VILLAGE EN BRANCHES DE PALMIERS, A L’OASIS DE MARADÈH.

A peu près au centre de Maradèh proprement dite est un rocher sur lequel

sont les ruines d’un village, ayant un mur d’enceinte, et construit en

pierres et terre : de ce point, on aperçoit toute l’étendue de l’Oasis

au Nord de ces ruines ; derrière une petite chaîne de monticules ou

rochers, qui divisent cette Oasis en deux parties, sont les ruines d’un

autre hameau construit de la même manière que le précédent, ayant au

milieu une espèce de tour carrée, comblée maintenant, et qui a dû servir

de lieu de défense aux anciens habitants. Les nomades des environs de la

Syrte viennent chaque année y recueillir les dattes ; mais n’osant

résider dans les villages ruinés, livrés au pouvoir des esprits, ils se

sont construit séparément des habitations en branches de palmiers.

PLANCHE XCII.

VUE DE L’OASIS DE LECHKERRÈH, VOISINE D’AUGILES.

Dans cette Oasis, de même qu’à Maradèh, il n’y a point de village bâti,

ce sont des huttes en branches de palmiers, entourées d’une enceinte de

même nature. Les Arabes de Barcah y viennent séjourner en été avec leurs

bestiaux, y sèment un peu d’orge, et recueillent les dattes, pour

lesquelles ils paient un tribut au pacha de Tripoli. Je n’y ai trouvé

qu’une dixaine d’hommes qui y sont domiciliés, et dont les ressources

consistent en quelques chèvres. Ces habitants sont loin d’offrir

l’aspect malheureux de ceux de Maradèh. On voit à Lechkerrèh un grand

carré, ou enceinte fermée par un mur peu élevé, construit en pierres et

terre, et ayant intérieurement à chaque angle une espèce de tour dont

l’entrée est au-dessus du niveau du sol. Cette bâtisse et une autre

d’une moins grande dimension qui est à côté, quoique toutes les deux

fort ruinées, m’ont paru avoir été faites par les Arabes.

PLANCHE XCIII.

NÉGRESSE DU SOUDAN.

Cette planche représente un groupe de jeunes négresses du Soudan,

contrée de l’Afrique intérieure, avec lesquelles j’ai eu l’occasion de

traverser des zones de sable : la régularité de leurs traits, la douceur

animée de leurs grands yeux noirs, et la svelte souplesse de leur taille

sont loin de présenter ces difformités du nez et des lèvres qui

caractérisent la plupart des africaines.

PLANCHE XCIV.

DROMADAIRE BICHARIÈH, AVEC SES HARNAIS NUBIENS.

PLANCHE XCV.

_Céraste._

PLANCHE XCVI.

_Geranium uniflorum_ (n. s.).

_Ornithogalum sessile_.

PLANCHE XCVII.

_Senecio orientalis_.

_Echium cyrenaïcum_.

PLANCHE XCVIII.

_Stachis latifolia_.

_Euphrasia cyrenaïca_.

PLANCHE XCIX.

_Ranunculus asiaticus_.

PLANCHE C.

_Nouveau genre de la famille des cyprès ; il croît auprès de la fontaine

d’Apollon._

FIN DE L’EXPLICATION DES PLANCHES.

[Note 393 : L’auteur de la Relation n’a d’autre mérite, pour la plupart

des planches, que d’avoir pris sur les lieux, aussi fidèlement qu’il lui

a été possible, les croquis qui ont servi, sous sa direction, à MM.

Courtin et Adam fils à faire les dessins qui composent cet Atlas.]

NOTES

SUR

LES INSCRIPTIONS DE LA CYRÉNAÏQUE,

=PAR M. LETRONNE.=

* * * * *

Parmi les inscriptions rapportées par M. Pacho, il n’en est qu’un petit

nombre qui présentent de l’intérêt sous le rapport de l’histoire ou de

la langue. Le reste n’offre que des noms propres. Un travail assez

étendu sur ces inscriptions, que j’avais remis à M. Pacho, quelque temps

avant sa mort, ne s’est point retrouvé. Dans les instans de trouble et

d’égarement d’esprit qui ont précédé cette horrible catastrophe, cet

infortuné voyageur a brûlé indistinctement, à ce qu’il paraît, un grand

nombre de papiers, et mon manuscrit y a passé avec d’autres choses sans

doute plus importantes. N’en ayant pas gardé de copie, je devrais le

recommencer ; mais le temps me manque. On ne trouvera donc ici que le

fragment que j’en avais détaché et publié dans le Journal des Savans,

mars et mai 1828, et qui heureusement concerne les plus intéressantes de

ces inscriptions. Pour les autres, comme elles ne renferment le plus

souvent que des noms propres, on voudra bien se contenter d’une

indication sommaire. Il en est même que je passerai tout-à-fait sous

silence, parce que les copies de M. Pacho m’ont paru pouvoir suffire au

lecteur instruit : on aura donc à peu près tout ce que mon travail

pouvait offrir de réellement utile ; on ne perdra que quelques

rapprochemens paléographiques ou chronologiques d’un médiocre intérêt.

CYRÈNE.

PL. LXII.

No 1. Cette inscription est la seule qui soit en vers ; c’est une

épitaphe en vers élégiaques qui, par son sujet et son mérite, peut

enrichir l’anthologie grecque.

En voici le texte restitué et la traduction[394] :

L. ~ΚΘ~. Τῖτος Πετρώνιος

Καπίτων, ἐτῶν ~ΔΚ~.

Βαιόν σοι τὸ μεταξὺ βίου θανάτοιό τ’ ἔθηκε

καὶ τύμβου, Καπίτων, καὶ θαλάμοιο, Τύχη,

Νύκτα μίαν ψεύϛιν, καὶ ἀνηλέα, τὴν ἄνις αὐλῶν,

τὴν δίχα σοι παϛῶν, τὴν ἄτερ εἰλαπίνης·

Αἲ, Αἲ τὴν ἐπὶ πέπλα, καὶ εἰς ἀμύριϛα πεσοῦσαν

ϛέμματα, καὶ βίβλους σεῖο, πρόμοιρε, τέφρην.

Οἲ θρήνοισι βοητὸν ὑμήναον· οἲ προκελεύθους

λαμπάδας ὑϛατίου καὶ κενεοῖο λέχους.

L’an XXIX. Titus Petronius Capiton, âgé de 24 ans.

La Fortune, Capiton, n’a mis pour toi, entre la vie et la mort, entre

l’hymen et la tombe, que l’intervalle d’une seule nuit, trompeuse,

impitoyable, sans instrumens de fête, pour toi sans lit nuptial, sans

festin. Infortuné jeune homme ! La poussière est tombée sur tes

vêtemens de noce, tes bandelettes non encore parfumées, tes couronnes

de biblus. Ah ! des gémissemens ont été ton chant d’hyménée ! Ah !

Hélas ! les flambeaux t’ont conduit à la couche dernière, que personne

ne doit partager.

Selon l’usage des inscriptions funéraires qu’on trouve en Cyrénaïque, on

a exprimé la date de la mort en années du règne du prince, mais sans

indiquer le nom de ce prince. Cet usage singulier, et dont je ne puis

m’expliquer le but, jette beaucoup d’obscurité sur l’époque de ces

monumens. Ici, il n’y a point d’incertitude ; les noms Titus Petronius

annoncent l’époque romaine, et l’année 29 ne peut convenir qu’à Auguste,

puisque le règne d’aucun autre empereur n’a duré 29 ans. Le monument est

donc de l’an 3 de notre ère.

L’épitaphe suit l’énoncé de la date. Les lettres numérales ~ΔΚ~ sont

placées en sens inverse, comme dans les inscriptions de Syrie. J’en ai

vu plusieurs exemples parmi celles de la Cyrénaïque ; je n’en connais

pas un seul sur les monumens de l’Égypte. Si j’en ai bien compris les

détails, Titus Petronius Capiton est mort la nuit même qui devait être

celle de ses noces. De là une opposition assez touchante entre les

cérémonies nuptiales et les cérémonies funèbres. Il y a dans

l’Anthologie une épigramme de Méléagre sur une jeune fille, morte aussi

la veille de son mariage[395] ; elle l’emporte en grace et en

correction ; mais je ne sais si l’inscription de Cyrène n’est pas d’une

tournure plus ingénieuse.

Il n’y eut qu’une _seule nuit_ (νὺξ μία), faible intervalle (βαιὸν τὸ

μεταξὺ) entre l’hymen et la tombe (θαλάμου καὶ τύμβου) : les épithètes

ψεύϛιν [_trompeuse_] et ἀνηλέα [_impitoyable_] semblent convenir mieux à

la _fortune_, auteur du mal, qu’à la _nuit_, qui n’en a été que le

témoin. La forme ψεῦϛις, pour le féminin de ψεύϛης, n’est pas connue ;

on ne trouve que ψεύϛρια ou ψεύϛειρα. Cette nuit malheureuse fut ἄνις

αὐλῶν _sine tibiis_, c’est-à-dire, qu’on n’entendit pas retentir le son

des flûtes (αὔλημα τὸ γαμήλιον) qui accompagnait la marche des jeunes

époux le jour de la noce[396] ; aussi la veille de ce jour s’appelait-

elle προαύλια[397] ; et c’est pour cela que Philippe de Thessalonique

dit de Vénus qu’elle aime λιγυρῶν αὐλῶν ἡδυμελεῖς χάριτας[398].

Τὴν δίχα σοι παϛῶν. Le παϛὸς était proprement l’alcôve du lit, ou

l’ensemble des rideaux qui l’enveloppaient[399] ; ce mot est ici pris

comme synonyme de θάλαμος ; et δίχα παϛῶν est pour δίχα παϛοῦ : le

pluriel est commun en ce cas. Ainsi, Méléagre, dans son épigramme déja

citée : καὶ θαλάμων ἐπλαταγεῦντο θύραι[400] ; dans une adespote, on

lit : πρόσθεν ἐμῶν θαλάμων[401] ; dans une de Persès : ὡραίους ἤγαγεν

εἰς θαλάμους[402] ; ailleurs les deux mots sont réunis : ἐκ δ’ ἐμὲ παϛῶν

νύμφην κἀκ θαλάμων ἥρπασ’ ἄφνως Ἀΐδας[403] ; enfin, dans une épigramme

d’Agathias le scholastique : οὐδ’ ἐπὶ παϛοὺς ἠγάγετο[404]. C’est ce vers

qui montre que Capiton était mort avant d’avoir conduit sa nouvelle

épouse au domicile conjugal où se donnait le banquet de noces.

Αἲ, αἲ τὴν... τέφρην. Ainsi Méléagre : Αἲ, αἲ τὰς μαϛῶν ψευδομένας

χάριτας[405] ; et Philippe de Thessalonique : αἲ, αἲ πέτρον

ἐκεῖνον[406]. Les leçons πεσοῦσαν et βίβλους pour βίβλου me semblent

certaines ; et le pronom σεῖο se rapporte aux mots qui précèdent, et non

pas à τέφρην.

Voilà pour la syntaxe de ces deux vers ; mais les mots et le sens

présentent plus d’une difficulté. Qu’est-ce que la _cendre_ TOMBÉE _sur

ses voiles, ses bandelettes ou guirlandes_, etc. Cela se rapporte-t-il à

quelque usage inconnu ! Je ne le pense pas. Il n’y a là, je crois,

qu’une impropriété d’expression.

D’abord, il me semble que πέπλα, ϛέμματα et βίβλοι σεῖο, désignent les

vêtemens et les ornemens que portait Capiton. Nous voyons dans

Chariton[407], que Callirhoé, nouvelle mariée, fut mise dans la tombe,

couverte de toute sa parure de noce et de la couronne qui avait orné son

front le jour de son mariage ; ce qui rappelle l’usage encore subsistant

en Épire, où les époux sont parés, le jour de l’enterrement, de leurs

couronnes nuptiales, quand ils n’ont pas changé de lien[408]. C’est, je

pense, la parure de noce de Capiton que désignent les mots πέπλα,

ϛέμματα et βίβλοι. Le premier désigne, par une expression spécifique, le

vêtement en général, la ϛολὴ ou ἐσθὴς νυμφικὴ de Chariton, la γαμικὴ

χλανὶς d’Aristophane[409], la robe préparée pour la noce, et que

Chariton n’avait pu revêtir. Admète, dans Euripide, emploie le même mot,

quand, après les funérailles d’Alceste, il rentre seule dans son

palais : il compare les habits de deuil, μέλανες ϛολμοὶ, qu’il porte

maintenant, aux vêtemens blancs, λευκὰ πέπλα, qui le paraient le jour

qu’il y conduisit son épouse chérie[410]. Les ϛέμματα pourraient être

des guirlandes ; je crois plutôt que ce sont les _bandelettes_

(λημνίσκοι, _infulæ coronarum_) des couronnes qui devaient parer la tête

de Capiton ; et βίβλοι doit désigner ces couronnes elles-mêmes : les

mots ταινίαι et ϛέφανοι se trouvent souvent ensemble[411]. Il y avait

une espèce de _biblus_ appelée ϛεφανωτρὶς, dont on tressait des

couronnes. Agésilas, en Égypte, s’en était servi au témoignage de

Théopompe[412] ; et Appien dit de Pharnace : βίβλον τις πλατεῖαν φέρων

ἐξ ἱεροῦ ἐϛεφάνωσεν αὐτὸν ἀντὶ διαδήματος[413]. La fleur du biblus

était-elle, en Cyrénaïque, employée spécialement aux couronnes

nuptiales ? je l’ignore. Βίβλοι signifie donc ϛέφανοι ἐκ βίβλου, comme

λωτοὶ, dans Méléagre[414], signifie des _flûtes_, αὐλοὶ ἐκ λωτοῦ, parce

qu’on faisait avec le lotus une espèce de flûtes qu’Euripide appelle

λίβυς λωτὸς[415], et qu’il nomme ailleurs λίβυς αὐλός[416]. L’épithète

ἀμύριϛα jointe à ϛέμματα annonce qu’on n’avait pas eu le temps de

parfumer ni les bandelettes, ni les couronnes ; ce qui s’explique par un

passage d’Aristophane, où l’on voit qu’on ne les parfumait qu’au moment

de conduire la mariée.... οὔτε μύροισιν μυρίσαι ϛακτοῖς ὁπόταν νύμφην

ἀγάγησθον[417].

Maintenant que signifie : « Hélas ! la cendre _tombée_ sur les vêtemens,

les bandelettes, etc. ! » Cela ferait-il allusion à quelque usage

inconnu, pour nous, de jeter de la cendre sur le linceul et les ornemens

du mort ! L’expression πεσοῦσα me fait croire que τέφρη, cendre, par une

impropriété d’expression peu surprenante dans cette épitaphe, a le sens

de κόνις, employé souvent pour γῆ ou χθών. Ainsi : κούφη τοι γὰρ ἐμοὶ

πέλεται κόνις[418] ; et ἀλλὰ τὰ [sc. ὀϛέα] μὲν κεύθει μικρὰ κόνις

ἀμφιχυθεῖσα[419]. Le mot κόνις étant un synonyme de τέφρη, dans

l’acception de _cendre_, le poète a cru que τέφρη pouvait se prendre

pour un synonyme de κόνις dans le sens de _poussière_. Si τέφρη est pris

ici pour κόνις, on voit que ἡ ἐπὶ πέπλα πεσοῦσα τέφρη revient à ἡ ἐπὶ π.

πεσ. χθὼν ou γῆ et se rapporte à la _terre_, à la _poussière_ qui

_tombe_, que l’on _jette_ sur le cadavre du mort, ce qui est exactement

analogue à l’expression d’Euripide : κούφα σοι | χθὼν ἐπάνω ΠΈΣΕΙΕ,

γύναι[420] ; et à cet autre du même : κακοῖς δ’ ἔφ’ ἔρμα ϛερεὸν

ῈΜΒΆΛΛΟΥΣΙ γῆς[421]. Je crois que c’est là le sens que notre poète a

donné à ces deux vers.

Οἲ θρήνοισι βοητὸν ὑμήναον : le poète, ayant besoin d’un dactyle, a

suivi ; pour ce mot, une orthographe singulière, en écrivant ὑμήναον au

lieu de ὑμέναιον. On peut citer, pour son excuse, un passage de Sapho,

cité par Héphestion, où de bons critiques ont laissé ὑμήναον[422]. On ne

connaît que les composés ἀμφιβόητος, διαβόητος, ἐπιβόητος, περιβόητος et

ἀβόητος[423]. Le simple βοητὸς ne s’est encore trouvé nulle part ; mais

il n’a rien d’illégitime. L’expression rappelle le βοάσατ’ εὖ τὸν

ὑμέναιον, ὦ, | μακαρίαις ἀοιδαῖς | ἰακχαῖς τε νύμφαν d’Euripide[424].

Quant à la pensée, on en retrouve l’équivalent dans le θρῆνος ὀ ὑμέναιος

d’Achilles Tatius[425], le εἰς δὲ γόους ὑμέναιος ἐπαύσατο de

Parménion[426] et le θρῆνος δ’ εἰς ὑμέναιον ἐκώμασεν de Philippe[427].

Mais ici la tournure est plus vive et plus expressive. L’_hyménée_ se

chantait surtout après le festin de noce, lorsque les deux époux étaient

conduits dans l’appartement conjugal[428] ; et de là, cette ingénieuse

expression, dans l’épitaphe d’une jeune fille : οὐ δ’ ὑμέναιον | ᾖσέ τις

οἰνοχαρὴς πρόσθεν ἐμῶν θαλάμων[429]. Capiton, conduit, non pas au lit

nuptial, mais à la tombe, a eu des gémissemens pour chant d’hyménée.

Il y a encore dans la dernière phrase une dilogie ingénieuse qui repose

sur ce que la marche des jeunes époux, comme le cortége funéraire, était

précédée par des flambeaux, désignés ici d’une manière pittoresque par

les mots προκέλευθοι λαμπάδες λέχους. Les flambeaux d’hymen conduisaient

au lit nuptial ; les flambeaux funèbres, à la couche dernière, idée

exprimée dans l’épigramme de Méléagre : αἱ δ’ αὐταὶ καὶ φέγγος

ἐδᾳδούχουν παρὰ παϛῷ | πεῦκαι, καὶ φθιμένᾳ νέρθεν ἔφαινον ὁδόν.

Il se pourrait que κενὸν (λέχος) signifiât simplement _vain, inutile,

stérile_, comme κενεαὶ ὠδῖνες dans Méléagre[430], et κενεὸς τάφος dans

Grégoire le théologien[431]. Mais je crois que l’auteur lui a donné le

sens propre de _vide, désert, solitaire_ ; Euripide fait dire à Admète :

πέμπουσί μ’ ἔσο λέκτρων κοίτας ἐς ἐρήμους[432] ; et à la place du mot

ἔρημος, il emploie κενὸς, un peu plus bas, γυναικὸς εὐνὰς εὖτ’ ἂν εἰσίδω

κενάς[433]. Au lieu d’être conduit au lit nuptial, où devait se trouver

la jeune mariée, Capiton est porté au lit funèbre qu’il occupe tout

seul. D’ailleurs, s’il avait été marié, ce lit funèbre aurait été

partagé un jour par sa femme, parce que la femme et le mari étaient le

plus souvent renfermés dans le même tombeau : mais la couche dernière de

Capiton est et sera toujours solitaire. C’est ce double sens qui me

paraît compris dans le mot κενός.

No 2. C’est la seule peut-être de toute la collection qui soit

antérieure aux Lagides ; elle ne contient malheureusement que des noms

propres, sans même qu’on sache à quelle affaire ils se trouvent liés, et

quel est l’objet du monument.

PL. LXIII.

No 1. Fragment d’inscription latine destinée, à ce qu’il paraît, à

mentionner la dédicace ou l’érection d’un portique faisant partie d’un

_Cesareum_, ou monument consacré à Jules César : l’inscription doit être

du règne d’Auguste. (V. le voyage, p. 219 et suiv.)

No 2. Cette inscription est placée au-dessus d’une fontaine d’Apollon ;

il faut la lire :

L. ~ΙΓ~ Διονύσιος Σώτα, ἱερειτεύων[434] τὰν κράναν ἐπεσκεύασε. « L’an

XIII. Dionysius, fils de Sotas, exerçant la prêtrise, a réparé la

fontaine. »

Cette fontaine est tout près de ruines considérables qui ont appartenu à

un temple. Ce sont la fontaine et le temple d’_Apollon_, si célèbres à

Cyrène[435] ; les doutes à cet égard sont levés par le fragment de

dédicace impériale. (no 10 de cette même pl.) M. Pacho l’a copié d’après

sur une bande de marbre blanc, courbée comme l’arc d’un hémicycle et

dont il occupe la courbe intérieure. Je soupçonne que ce bloc faisait

partie du dossier d’un _exèdre_ qui a dû être fort grand ; car le bloc

qui a deux pieds de long, est très-légèrement courbé. Cet édifice fut

élevé en face du temple d’Apollon, avec l’argent fourni par les prêtres,

comme le dit l’inscription dont il ne reste que ceci.

·------------------------------------------------+

· ΤΩ ΣΕΒΑΣΤΩ ΑΡΧΙΕΡΕΩΣ ΣΩΤΕΡΙΑΣ ΚΟΙΝΤΟΣ ΛΟΥΚΑΝΙΟ |

· |

· ΤΟ ΣΕΚΤΑΣΙΩΝ ΤΩ ΑΠΟΛΛΩΝΟΣ ΙΕΡΕΩΝ ΕΠΙΔΟΣΙΟ |

· |

· ΑΝΕΘΗΚΕΝ. |

·------------------------------------------------+

Les mots ΤΩ ΣΕΒΑΣΤΩ ΑΡΧΙΕΡΕΟΣ qui commencent la seconde ligne annoncent

qu’il s’agit d’Auguste. La place du mot ἀνέθηκεν qui a dû correspondre

au milieu de l’inscription indique qu’il manque aux deux lignes

précédentes trente-deux à trente-quatre lettres. Ces indications

suffisent pour rétablir la première ligne ; quant à la seconde, cela est

tout-à-fait impossible, puisque la lacune a dû être remplie par les

titres de Quintus Lucanus qu’on ignore, et par le nom de l’édifice qu’on

ne connaît pas davantage. Voici la lecture de ce qui existe encore, et

la restitution de ce qu’il est possible de rétablir sans arbitraire.

+-------------------------------------+--------------------------------+

|Ὑπὲρ τῆς αὐτοκράτορος Καίσαρος, θεῶ ὑ|ιῶ, Σεβαϛῶ, ἀρχιερέως, σωτηρίας,|

| |Κόϊντος Λουκάνιος |

| | |

|. . . . . . . . . . . . . . . . . . .|. . . ἐκ τᾶς τῶν Ἀπόλλωνος |

| |ἱερέων ἐπιδόσιος |

| | |

| |ἀνέθηκεν. |

+-------------------------------------+--------------------------------+

« Pour le salut de l’empereur César, fils du dieu [César], Auguste,

grand pontife, Quintus Lucanius [. . . . . . . . a élevé ce . . . . . .

. .], avec la contribution fournie par les prêtres d’Apollon. »

Le seul changement que je me sois permis, c’est de faire un ι du τ au

commencement de la première ligne, pour avoir la fin du mot υἱῶ (dor.

pour υἱοῦ). Le mot ἐπίδοσις a le sens de _erogatio publicè facta_.

No 3. Κλαυδία Βενόστα Κλαυδίου Καρτισθένους Μελίορος θυγάτηρ τὰν Κόραν

καὶ τὸν ναὸν ἐκ τῶν ἰδίων ou bien ἐκ τῶν ἰδίων καὶ τὸν ναόν. « Claudia

Venusta, fille de Claude Cartisthène Melior, [a élevé] à ses frais [la

statue de] Proserpine en ce temple. »

Inscription du temps de l’empereur Claude ou de Néron. L’expression τὰν

Κόραν pour τὸ τᾶς Κόρας ἄγαλμα a été expliquée ailleurs[436]. Claudia

Venusta avait fait élever à ses frais et _la statue et le temple_. Ainsi

dans une inscription de Syrie[437] ... τὸν ναὸν καὶ τὸ ἄγαλμα ἐκ τῶν

ἰδίων ἀνέθηκεν. Ce qui distingue celle de Cyrène, c’est que le verbe

manque, sans qu’il en résulte la moindre équivoque.

La même observation s’applique à celle du No 4, qui constate que la même

_Claudia Venusta_ avait élevé une _statue et un temple_ à Bacchus.

Κλαυδία Βενόστα Κλαυδίου Καρτισθένους Μελίορος θυγάτηρ Διόνυσον ἐκ τῶν

ἰδίων σὺν τῷ ναῷ.

Νo 5. Κλαυδίαν Ἀρατὰν Φιλίσκω θυγατέρα, φύσει δὲ Εὐφάνους, ματέρα

Κλαυδίας Ὀλυμπιάδος, αἰωνίω γυμνασιαρχίδος, ἀρετᾶς ἕνεκα, Κυραναῖοι.

« Les Cyréneens [ont honoré par ce monument], à cause de sa vertu,

Claudia Arété, fille de Philiscus par adoption, d’Euphanès par nature,

mère de Claudia Olympias gymnasiarque perpétuelle. »

Cette inscription est du même temps que les deux précédentes. Ἀρατὰ pour

Ἀρετή, dorisme comme Ἄρταμις, τράχω, ἅτερος pour Ἄρτεμις, τρέχω, ἕτερος.

Φύσει δὲ, _par nature_, ce qui indique que Philiscus n’était que père

adoptif. La même formule se lit ailleurs[438]. D’autres fois, on nommait

le premier le père naturel, comme ἐπὶ ἱερέως Μέμονος τοῦ Ὀρεστείδου,

κατὰ δὲ ποίησιν Εὐωνύμου[439].

La fonction de gymnasiarque était aussi exercée par les femmes[440] ;

mais la forme γυμνασίαρχος sert ordinairement pour les deux genres.

No 7. Le nom propre est estropié : il paraît être celui d’une femme,

Σαλυΐα, _Salvia_. L’inscription n’est remarquable que par le monogramme

qu’on pourrait prendre pour celui du Christ, puisqu’il offre réellement

les lettres ΧΡ, ce qui, avec les trois autres lettres ΑΙΝ, donne le mot

χάριν (εὐνοίας). C’est le seul exemple que j’en connaisse.

No 8. Fragment de l’inscription funéraire de Lucius Vibius Cattabus,

fils de Lucius (Vibius Cattabus) ; il paraît y avoir eu [_faciendum_]

_coeravit_ (pour _curavit_) : la même inscription était répétée en grec

au bas. Il paraît y avoir Λεύκιος ὁ ὑὸς Λευκίου Κάτταβος... ὃς ἐποίησε.

Ce n’est pas la seule fois que _faciendum curavit_ a été rendu par

ἐποίησε.

No 9. Inscription chrétienne d’un bas temps, pleine de fautes

d’orthographe : κῖτε pour κεῖται, est fréquent dans les monuments de

cette époque, de même que κὲ pour καὶ, τέθικαν pour τέθεικαν,

iotacisme ; θεῶ pour θεοῦ, reste de dorisme.

Διμιτρία θυγάτηρ Γαίου τοῦ ὠνησαμένου τὸ μνῆμα τοῦτο ἐνθάδε κῖτε μετὰ

τοῦ υἱοῦ αὐτῆς θεῶ δούλου· οὗτοι ἐτελεύτησαν ἐπὶ.... Μαξίμου γενομένου·

τέθικαν αὐτοῖς Κάλλιππος ὁ ἀνὴρ αὐτῆς κὲ υἱὸς αὐτοῦ Γαῖος κὲ γαμβρὸς

αὐτοῦ Πανύβουλος καὶ μνήθητο αὐτῶν· ἐντὸς πηχῶν.

Démétria, fille de Gaius, qui a acheté ce monument, repose ici, avec

son fils, serviteur de Dieu.

Ils sont morts sous . . . . ., Maxime . . . . . et y ont été déposés

par Callippe, son mari ; par Caïus, fils de ce dernier, et Panybule,

son gendre. Accordez-leur un souvenir . . . . . coudées en dedans.

PL. LXIV.

No 1. Tombeau avec deux noms propres estropiés ; il semble que ce soit

Κοῖρος ou Κοῖτος Ἀριϛοκλίδα. « Cœrus ou Cœtus, fils d’Aristoclide. »

Au-dessous Ἰάσονος τόπος. « Lieu de sépulture de Jason. »

No 2. Ces inscriptions, trouvées dans un sanctuaire, ont été écrites par

les gens qui venaient le visiter : ce sont des noms, ou tout seuls, ou

suivis de ἥκω ou de ἦλθε.

Διοσκουρίδης.

Δίων ἥκω.

Ἕλεξ ἥκω.

Πρόθυμος ἥκω.

Ἴασος (?) ἥκω.

Ἀγαθοκλέα. Ἀγαθοκλῆ.

Σωσιϛρατίου. Ἀγαθοκλέους.

Ἰδουμαῖος.

ἦλ θε.

D’autres _Iduméens_ y ont écrit leurs noms, probablement à la même

époque ; ce sont :

Κοσβάρακος (?) puis........

Μαλίχου[441]. Κράτερος.

Ἰδουμαῖος. et Σύμμαχος.

Ἰδουμαῖος.

On lit dans une autre : Τιβέριος Κλαύδιος Ἴϛρος τοῖς θεοῖς ἀπέδωκε

θυσίαν. « Tibère Claude a fait un sacrifice aux dieux [adorés dans ce

sanctuaire]. »

On pourrait à la rigueur lire : πρὸς τοῖς θεοῖς, et entendre ici πρὸς

dans le sens de παρὰ, si fréquemment employé dans ces sortes de

locutions προσκύνημα παρὰ τῷ θεῷ ἐποίησε. Mais il manque un nom après

_Tibère Claude_ ; je ne doute pas que M. Pacho n’ait passé deux lettres,

et qu’il faille lire : Ἴστρος.

PL. LXV.

Inscriptions sans intérêt, ne renfermant que des noms propres.

Le No 3 est un fragment de _dédicace_ romaine ; on y distingue PONT.

MAX. TRIB. [POTEST.]

Le No 9 seul mérite quelque attention.

Καλῇ τύχῃ. L. ~Ν.~ _à la bonne fortune_. L’an LV. (καλῇ τύχῃ, pour ἀγαθῇ

τύχῃ).

Πυραμαῖος Πυραμαίου, Pyramée, fils de Pyramée. Ἰλῖνε καλοκαγαθὲ

Σέκονδε..... _Adieu, vertueux..... Ilinus secondus_.

La même un peu plus haut.

Ἀριϛοτέλης Σώσιος Ίαρεὺς Ἀπόλλωνος· μηθένα ἐντίθῃ.

« Aristote, fils de Sosis, prêtre d’Apollon. Qu’on ne mette personne

[dans ce tombeau]. »

Relation d'un voyage dans la Marmarique, la Cyrénaïque, et les oasis d'Audjelah et de Maradèh · 第 35 / 37 段