Selon leurs fausses traditions, auxquelles néanmoins ils ajoutent la

plus grande foi, tous les monuments anciens ont été construits par des

chrétiens, toutes les villes maintenant en ruines ont été habitées par

eux. Or, comment concilier l’aversion qu’ils portent au nom de chrétien,

et le dédain qu’ils témoignent pour leurs travaux, avec cet usage

constant d’ensevelir les restes de leurs parents et de leurs amis,

auprès de ces mêmes monuments dont ils méprisent et les auteurs et

l’objet ? Je laisse à d’autres le soin d’expliquer la cause d’un choix

si contradictoire avec le fanatisme et le génie destructeur qui

caractérisent généralement ce peuple.

Le peu d’art que les Arabes mettent à construire leurs tombeaux,

contraste singulièrement avec les anciens édifices auprès desquels ils

les placent. Dès que le corps est couvert de terre, les honneurs

tumulaires se bornent à l’entourer d’un petit mur, ou d’une simple

rangée de pierres en forme elliptique. Un éclat de roche brut, ou taillé

en guise de turban, indique par la place qu’il occupe, celle où se

trouve la tête du défunt. (Voyez pl. IV, 2.) Leur attention à ne point

couvrir de pierres le corps même, a un but qui n’est pas dénué

d’intérêt : _Que la terre lui soit légère !_ Telle est la prière qu’ils

adressent au prophète ; et c’est afin d’en suivre le sens littéral,

qu’ils écartent soigneusement du corps tout objet qui pourrait être trop

lourd.

On voit quelquefois, dans ces déserts, des tombeaux construits avec plus

de soin ; ils ont toujours la même forme, mais ils sont plus élevés, et

les pierres sont liées avec du ciment. Ces tombeaux renferment le corps

des Cheiks ou Santons. Il est d’usage parmi les voyageurs, et surtout

parmi les _Hadjis_[53], de s’arrêter dans les lieux où ils sont situés,

d’implorer la protection du Cheik défunt, et de réciter auprès de ses

mânes quelques versets du Coran.

Je vis à _Berek-Marsah_ un de ces tombeaux ; il est de grand renom parmi

les habitants de la contrée. La vue des offrandes pieuses qui

couronnaient la tombe révérée, m’offrit un spectacle curieux dans ce

lieu solitaire : des lampions que les Arabes venaient allumer lors des

grandes fêtes, et des étoffes de différentes couleurs, suspendus

ensemble à des bâtons, s’agitaient dans l’air, et se confondaient

souvent avec les tresses de cheveux que les femmes bédouines y avaient

déposées ; des verreries, des œufs d’autruche, et d’autres offrandes

encore plus bizarres que j’y remarquai, attestent la pauvreté de ces

nomades et leur aveugle crédulité.

Le 17, en nous dirigeant toujours vers l’ouest, après trois heures et

demie de marche dans un terrain rocailleux, nous arrivâmes à _Boun-

Adjoubah_, vallée fertile, bornée du côté de la mer par une dune de

sables, et par des collines peu élevées du côté opposé.

Nous retrouvâmes dans ce lieu des palmiers dans tout le développement de

leur végétation ; hors quelques rejetons à _Berek-Marsah_, nous n’avions

plus revu cet arbre depuis notre départ d’Alexandrie. Des bouquets de

figuiers, groupés avec les dattiers, donnaient à cette vallée un aspect

pittoresque, et surtout agréable pour nos yeux, habitués à la nudité du

désert que nous avions parcouru.

Je comptai jusqu’à dix puits creusés à 20 mètres de profondeur, et

contenant une eau très-douce ; deux piliers, construits par les

Sarrasins, s’élèvent à leurs côtés ; un soliveau fixé entre eux sert

encore à placer la corde pour puiser l’eau.

Les Arabes modernes ont entouré ces puits de murs, tant dans l’intention

de les garantir de l’invasion des sables, qu’afin de clore de petits

jardins maintenant abandonnés.

Sur la colline qui borde la vallée au sud, sont les vestiges de deux

édifices, dont il ne reste plus que les fondations. Une de ces ruines

s’appelle _Kassr Bou-Souéty_, du nom d’un cheik arabe du corps des

_Acheibeât_. Ce cheik a long-temps résidé dans ces lieux, où, par le

secours des puits, il faisait cultiver des jardinages, et soignait les

palmiers et les figuiers qu’on y voit en grand nombre.

J’ai dit plus haut que _Berek-Marsah_ était habité lorsqu’il était

l’entrepôt du commerce des _Aoulâd-Aly_. La fertilité de la vallée de

_Boun-Adjoubah_, et sa proximité de _Berek_, attiraient auprès d’elle

une grande partie des camps qui couvraient alors cette partie du

littoral. _Bou-Souéty_ s’était fortifié dans les ruines de ce dernier

lieu, mais ces frêles fortifications furent détruites, et ses habitants

éprouvèrent le même sort que ceux de _Berek_, lors de la catastrophe

dont j’ai fait mention.

La position avantageuse de _Boun-Adjoubah_, ses puits nombreux, les

traces d’anciennes habitations, et sa distance de _Parætonium_[54],

autorisent à reconnaître dans la situation de ce lieu celle du bourg

_Apis_, consacré à la religion des Égyptiens.

Suivant Scylax, _Apis_ était la limite de l’Égypte ; il est remarquable

que _Boun-Adjoubah_ sert encore aujourd’hui de point de démarcation

entre le gouvernement d’Égypte et celui de Tripoli. Il serait curieux de

connaître la cause du choix que les modernes ont fait de ces limites :

au premier abord, elle offre un nouveau témoignage aux nombreuses

preuves que nous pouvons citer, sur le respect que les habitants

conservent pour les anciennes traditions.

Nous quittâmes _Boun-Adjoubah_ dans la même journée du 17 ; à trois

heures de distance, à l’ouest, nous traversâmes un profond ravin nommé

_Arghoub-Souf_, à l’embouchure duquel est un petit port (_Marsah-

Lebeïth_).

Le pays que nous parcourions, depuis la petite _Akabah_, avait presque

toujours le même aspect et le même caractère : des terres argileuses,

mêlées avec du sable qui leur donne une couleur jaunâtre, et plus ou

moins rocailleuses, nous offraient à chaque instant des traces

d’anciennes habitations, des citernes à sec ou dont le plafond était

écroulé. En général, le sol de la petite _Akabah_ est plus élevé, et sa

surface est plus inégale que celui de la vallée Maréotide. Les terres

labourables y sont plus souvent croisées par des élévations stériles et

rocailleuses. Cette disposition du terrain continue à être la même

durant seize heures de marche, depuis _Marsah-Lebeïth_ jusqu’à

_Chammès_, où nous arrivâmes dans la soirée du 18, sans avoir rien vu de

remarquable en parcourant cette distance.

Dans ce dernier lieu est un château sarrasin, connu par Edrisi[55] sous

le nom de la tour _Alschemmas_. Ses murs, construits très-grossièrement,

conservent encore toute leur hauteur ; intérieurement, il est divisé en

trois pièces ; deux canons de fer sont à demi enfouis parmi les

décombres. Des puits très-profonds, et sans doute antérieurs au château,

attirent auprès de _Chammès_ tous ceux qui traversent cette contrée.

Parmi ces voyageurs, il en est une classe dont j’aurais déja dû faire

mention, d’autant plus que leur fâcheuse rencontre m’avait plus d’une

fois causé des inquiétudes qui se renouvelèrent plus vivement encore à

_Chammès_. Ces voyageurs, nommés _Hedjadjs_, pélerins, viennent de

divers points de la Barbarie, et se rendent à la Mecque pour y visiter

le tombeau du Prophète, ou bien ils retournent de leur voyage, qui le

plus souvent n’est rien moins que pieux.

Ce sont, la plupart, des gens de la dernière classe du peuple, et des

paresseux qui préfèrent les hasards d’une vie errante et parasite aux

soins de se procurer par le travail une existence dans les villes.

Réunis en nombre indéterminé, ordinairement de dix à quinze, n’ayant

pour équipage que deux peaux destinées à contenir l’eau et la farine ;

le corps drapé par un _bernous_ (Voy. pl. IV, 2), ils se répandent dans

les déserts, infestent les contrées qu’ils parcourent, ne suivent aucune

direction dans leurs courses vagabondes, accostent tous ceux qu’ils

rencontrent, et passent ordinairement la nuit dans les tentes des

Arabes, où ils reçoivent l’hospitalité, eu égard à leur prétendue

destination.

Malheur au voyageur isolé, qu’un funeste hasard fait tomber au milieu de

ces troupes de _hedjadjs_ ! Ils lui demandent d’abord, au nom du

Prophète, à partager ses provisions de bouche et quelquefois même ses

vêtements. Si celui-ci refuse, et s’il oppose de la résistance, c’est

pis encore : ils tirent de dessous leur draperie un couteau à deux

tranchants dont ils sont toujours munis ; ils entourent de tous côtés

l’infortuné voyageur, afin qu’il ne puisse s’enfuir ; et bien souvent,

après l’avoir dépouillé totalement, ils ne lui font pas grace de

l’existence.

Peu de jours s’étaient passés, dans le cours de notre voyage, sans que

nous eussions rencontré des bandes de ces pélerins ; on m’avait mis en

garde contre la perfidie de leurs intentions, et je devais employer la

plus grande fermeté pour les faire éloigner de ma caravane. Il était

plus difficile de s’en débarrasser lorsque nous étions campés ; il

fallait alors les menacer de faire feu, et ce n’était qu’après nous

avoir accablés d’invectives que notre bonne contenance les engageait à

nous quitter.

On demandera pourquoi les Arabes permettent que ces vagabonds commettent

avec impunité de pareils désordres ? On peut répondre que le fanatisme

est le plus puissant des palliatifs, et que le voyage des _hedjadjs_

étant considéré comme œuvre sainte, on devient moins rigoureux sur les

moyens qu’ils emploient pour l’exécuter. D’ailleurs, lâches comme tous

les malfaiteurs, ils n’attaquent jamais que des personnes isolées, ce

qui aide à-la-fois la poltronnerie des coupables et les dérobe plus

facilement aux investigations des habitants. Il faut aussi ajouter que

dans le nombre de ces pélerins il en est, mais bien peu, dont les

intentions sont réellement pieuses et qui ne commettent jamais de

mauvaise action.

On ne doit pas confondre avec ces _hedjadjs_ des pélerins d’une classe

plus élevée, que l’on désigne par le même nom. Ceux-ci forment des

caravanes quelquefois très-nombreuses, surtout celles qui viennent de

Maroc et de Fez. Elles s’élèvent parfois à deux ou trois cents

personnes, parmi lesquelles on compte souvent des femmes, et à trois ou

quatre cents chameaux. Ce voyage leur offre un double but : le zèle

religieux s’y trouve concilié avec le gain, et en accomplissant un pieux

devoir, ils ont l’avantage de vendre à haut prix leurs marchandises au

Caire et dans les autres villes qu’ils rencontrent sur leur passage.

Depuis notre départ d’Alexandrie, nous avions souvent essuyé des pluies,

mais de courte durée ; elles ne commencèrent à nous incommoder par leur

continuité qu’à _Chammès_, et après avoir quitté ce château elles

devinrent si violentes qu’elles interrompirent tout-à-fait notre voyage.

Malheureusement, aucune élévation ne se trouvait ni aux environs, ni au

lieu même où nous fûmes surpris par l’orage. Obligés à nous arrêter, il

nous fallut poser les tentes dans une plaine argileuse, où nous ne pûmes

pas même réunir assez de pierres pour dresser un tertre afin de nous

garantir de l’inondation qui devint bientôt générale.

Ces contrariétés me prouvèrent dès-lors que presque tous les usages des

Arabes sont le fruit d’une expérience réfléchie, et qu’un Européen doit

bien se garder de juger de leur importance avant d’avoir pu apprécier

leur utilité. Les Arabes nomment souvent leurs tentes _biout_, maisons :

il m’était arrivé plus d’une fois de les plaisanter sur la dénomination

qu’ils donnaient à quelques lambeaux de toile ; d’autant plus, leur

disais-je, que loin d’offrir des pavillons élégants comme celles des

Osmanlis, leurs tentes écrasées contre le sol, ressemblent de loin

plutôt à des taches noirâtres qu’à des habitations humaines.

J’appris dans cette circonstance à mieux réfléchir sur la valeur des

termes que ces hommes simples adaptent si bien à leurs usages ; et je

dus avouer aux Arabes qui m’accompagnaient que, non seulement leurs

tentes méritaient le nom de maisons, mais qu’elles leur étaient

préférables pour des nomades, puisqu’elles ont tous les avantages de ces

dernières, sans en avoir les inconvénients.

Spacieuses, mais très-basses, ces tentes résistent à la force du vent

par leur forme aplatie ; de même que par leur tissu épais, de poil de

chameau, elles assurent à la famille arabe et à son modeste mobilier un

abri impénétrable aux pluies de longue durée.

Habitué par mes précédents voyages au climat sec et au ciel toujours

serein du désert libyque, je me servais de tentes turques à _choubak_ et

à _touslouk_. Celles-ci ont un dôme exhaussé, qui favorise dans

l’intérieur la circulation de l’air, tandis que leur tissu de coton et

d’une blancheur éclatante repousse les rayons du soleil. Ces qualités,

précieuses dans les sables brûlants de l’intérieur de la Libye,

devenaient funestes dans les cantons pluvieux de la Marmarique. Aussi,

malgré nos précautions, nous fûmes souvent obligés de redresser nos

tentes qui nous ensevelissaient sous leur volume humecté.

Les orages se succédèrent sans interruption pendant les journées des 19,

20, et 21. Ce mauvais temps prolongé fut la cause première de la longue

maladie de mon compagnon de voyage, M. Müller. En vain nous cherchâmes à

nous préserver de l’humidité avec des lits de broussailles ; nos

draperies de laine étaient tellement trempées que nous ne pûmes parvenir

à les sécher.

La saison dans laquelle nous voyagions présente encore un autre

inconvénient pour parcourir ce pays ; c’est la nature argileuse des

terres, qui deviennent, après de fortes pluies, très-glissantes et

presque impraticables pour les chameaux chargés. La nature a créé cet

utile animal afin d’aider l’homme à traverser les vastes solitudes

occupées par les sables ; sa pate large, cartilagineuse, et dépourvue de

sabot, foule sans fatigue les plaines sablonneuses, tandis qu’elle est

mal assurée, et qu’elle glisse sur des terres humides, ou se blesse en

heurtant les pierres d’un chemin rocailleux.

Ce même motif rendit la marche de la caravane lente et souvent

interrompue, lorsque nous pûmes enfin quitter ce lieu, le 22.

Heureusement, après avoir fait avec peine quelques lieues de chemin, le

sol, à l’approche de la grande _Akabah_, devint plus sablonneux et nous

permit de suivre notre marche ordinaire.

Le 23, nous passâmes auprès du _Kassr-Ladjedabiah_, situé à vingt-quatre

heures de _Chammès_. Ce monument, un des plus considérables que j’aie

vus dans la Marmarique, fut élevé par les Sarrasins. Ses murs conservent

encore toute leur hauteur ; ils sont construits en belles assises, mais

dépourvus de tout ornement d’architecture : deux tours carrées sont aux

angles du côté ouest ; intérieurement est un puits, et l’on voit des

escaliers pratiqués dans l’épaisseur des murs pour arriver au sommet.

Les grandes dimensions de cet édifice, qui fut probablement un château

fort, donnent une haute idée de l’ancienne puissance des princes arabes

dans cette contrée ; et par sa situation à quatre heures des plus hautes

montagnes de la Marmarique, et à une égale distance de la mer, il paraît

avoir été destiné en même temps à défendre le littoral et à protéger

l’intérieur des terres contre une invasion venant de l’Ouest.

Entre _Ladjedabiah_ et l’_Akabah_ est un puits qui appartient à la même

époque que celle du château ; l’eau en est excellente : nous en fîmes

une abondante provision, et allâmes camper à peu de distance dans une

vallée non loin du mont _Catabathmus_.

* * * * *

[Note 38 : CELL. Géog. anti. t. II, p. 66. POLYB. Excerp. CXV.]

[Note 39 : Depuis _Abousir_ jusqu’à la grande _Akabah_ le rivage est le

plus souvent formé par une digue de sables blanchâtres ; je n’ai pu

vérifier si les bords du cap _Kanaïs_ offraient un endroit quelconque

dont le sol fut tellement blanc, qu’il lui ait fait donner, dans

l’antiquité, la dénomination spéciale de _Leuce-Acte_.]

[Note 40 : Le mot _kassaba_ signifie, en arabe, un bourg ou un village.]

[Note 41 : Je lis _Gyzis_ dans Cellarius ; d’Anville écrit le nom de ce

lieu, _Zygis_ ; l’anonyme _Zygren_, et il le place à sept stades de

_Leuce-Acte_.]

[Note 42 : M. Scholz a donné dans son ouvrage (Voyag. d’Alex. à Paræt.

p. 56) la plupart de ces signes.]

[Note 43 : Les Arabes placent ces marques sur les chameaux avec un fer

chaud, et de manière qu’elles soient visibles, lors même qu’ils sont

chargés. On les voit toujours sur la tête de l’animal ; mais

lorsqu’elles sont compliquées, elles sont distribuées sur l’épaule, la

mâchoire et le museau. C’est encore par la place que ces marques

occupent sur ces différentes parties du corps du chameau, que les Arabes

distinguent leurs tribus.]

[Note 44 : Cette remarque, que j’avais déja faite en divers endroits, me

frappa d’une manière plus évidente encore à Cyrène. Plusieurs fois, en

traversant les ravins de la Pentapole, le guide _Harâbi_ qui

m’accompagnait s’est écrié, en me montrant de ces signes tracés sur les

rochers : _Allah inallou el-nicham dè ; hamdou-lillàh el Aoulâd-Aly

khallou belednah_. « Maudite soit cette marque ! grâces à Dieu, les

Aoulâd-Aly ont quitté notre pays. »]

[Note 45 : J’avais rédigé cette partie de ma relation, lorsque MM.

Denham et Clapperton ont publié leur important voyage dans l’intérieur

de l’Afrique, conjointement avec celui de feu M. Oudney. Les détails que

contient cet ouvrage sur certaines _lettres_ des _Touariks_, me

paraissent avoir assez d’analogie avec les signes dont je viens de faire

mention, pour m’engager à exposer quelques idées à ce sujet. Je me

servirai de la traduction française de MM. Eyriès et de La Renaudière ;

son exactitude est plus que suffisamment garantie par les noms des deux

savants traducteurs.

Voici les lettres des _Touariks_, avec l’interprétation de leur son,

telles que les voyageurs les ont publiées :

[Lettre tifinagh] Yet.

[Lettre tifinagh] Yout.

[Lettre tifinagh] Youf.

[Lettre tifinagh] Yow.

[Lettre tifinagh] Ê.

[Lettre tifinagh] Yib.

[Lettre tifinagh] Yes.

[Lettre tifinagh] Yim.

[Lettre tifinagh] Yiche.

[Lettre tifinagh] Yiu.

[Lettre tifinagh] Youz.

[Lettre tifinagh] Jz.

[Lettre tifinagh] ...

[Lettre tifinagh] You.

[Lettre tifinagh] Yid.

[Lettre tifinagh] Yir.

[Lettre tifinagh] Yei.

[Lettre tifinagh] Yaï.

[Lettre tifinagh] Yin.

M. Oudney vit pour la première fois plusieurs de ces caractères sur un

monument romain, à _Germa_, dans le Fezzan (t. I, p. 65), et dans la

suite il en trouva un plus grand nombre tracés sur les rochers, dans

tous les lieux fréquentés par les _Touariks_ (_id._ p. 68 et 105). Il

remarqua que quelques-uns de ces caractères avaient évidemment plusieurs

siècles, et que d’autres étaient très-récents[a] (_id._ pag. 69) ; enfin

il fit la rencontre d’une personne qui en connaissait plusieurs, mais il

lui fut impossible de trouver quelqu’un qui les comprît tous (_id._ page

70), ni un seul livre écrit dans cette langue (_id._ p. 99). Cette

découverte, ajoute-t-il, mit son esprit en repos sur ce sujet.

M. Oudney a négligé de nous apprendre si ces caractères formaient des

inscriptions suivies : il dit, il est vrai, qu’ils sont écrits

indifféremment de gauche à droite, ou de droite à gauche, ou

horizontalement ; ce qui, loin de prouver aucune série réelle entre eux,

semble indiquer, au contraire, dans la position de ces _lettres_, le

même désordre que j’ai observé dans celle des _signes_. Des indigènes

ont articulé devant les voyageurs le son de ces caractères, mais aucun

ne les connaissait tous, et néanmoins M. Oudney a observé que plusieurs

paraissaient tracés très-récemment. Or si personne parmi les _Touariks_

ne connaissait toutes ces lettres, comment pouvaient-ils en faire

usage ? et s’ils en faisaient usage, n’auraient-ils eu d’autres livres

que des rochers ?

Remarquons maintenant que tout ce qui paraît invraisemblable comme

_lettres_ d’un alphabet, s’explique naturellement comme _signes_ de

tribus arabes.

Presque tous les _Touariks_ sont nomades, assure M. Oudney (t. I, p.

71). J’ai dit que tous les nomades d’Afrique[b] et de plusieurs autres

pays, ont l’habitude de distinguer leurs tribus par des marques qu’ils

tracent très-souvent sur les monuments et sur les rochers ; il ne me

paraîtrait donc point surprenant que les _Touariks_ eussent multiplié

les marques de leurs tribus sur des rochers, puisqu’ils préfèrent les

lieux solitaires, et qu’ils ont souvent cherché un asile dans les

montagnes (_id._ pag. 71).

On a trouvé ces _lettres alphabétiques_ dans les déserts, chez des

_nomades_, et non dans les villes chez des hommes sédentaires. Les

indigènes n’en connaissaient qu’un certain nombre ; les unes

paraissaient très-récentes, et les autres très-anciennes : rien de plus

naturel, si l’on suppose que ces marques, comme celles que j’ai vues,

appartiennent à des tribus de diverses époques.

Enfin, pour terminer ces comparaisons, M. Oudney n’a pu trouver aucun

livre écrit en _caractères touariks_, de même que M. Scholz a cherché

inutilement dans la Marmarique[c] une inscription entière en _signes_

dont plusieurs sont positivement arabes.

Je n’ignore point qu’il est des personnes tellement idolâtres de tout ce

qui appartient à une époque reculée, que récusant peut-être l’identité

relative des faits que j’ai exposés, elles seront tentées de reconnaître

dans ces marques ou caractères, tant du littoral que de l’intérieur de

la Libye, une analogie vague, et par cela même précieuse, avec des

langues actuellement éteintes. De ce que les Phéniciens se sont

incorporés anciennement avec les Libyens de la côte, comme l’indique

Hérodote ; de ce qu’il paraît qu’ils furent ensuite chassés avec ceux-ci

dans l’intérieur des terres, soit par les armes des Romains, soit par

l’invasion de l’islamisme, ces personnes pourront supposer qu’ils se

soient réfugiés dans les montagnes des Garamantes, où ils eussent formé

un peuple à part, qui aurait conservé jusqu’à nos jours des traces de

leur ancien alphabet ; et ce peuple serait les _Touariks_.

J’avoue qu’une pareille origine donnée à ces signes, ou, si l’on veut, à

ces caractères, flatte plus l’imagination que mes vulgaires

rapprochements, et qu’il est plus beau d’élever un édifice que de le

détruire.

Mais, à ce propos, je rappellerai un fait remarquable, et qui pourrait

ne pas lui être absolument étranger. Le savant Gébelin avait cherché

long-temps les emblèmes de mystères profonds dans les inscriptions et

les figures d’animaux gravées sur les rochers du mont Liban, lorsque MM.

Montaigu et Volney reconnurent que ces inscriptions et ces dessins

avaient été tracés par les Grecs qui se rendent annuellement en

pélerinage au couvent situé sur cette montagne.]

[Note a : M. Scholz a fait la même remarque pour les signes de la

Marmarique (Voyag. à Paræt. p. 50).]

[Note b : Je sais que les Touariks, comme les autres nomades, mettent la

marque de leurs tribus sur leurs chameaux.]

[Note c : Voyage d’Alexandrie à Parætonium (en allemand), pag. 54.]

[Note 46 : Il serait superflu d’insister sur l’identité de situation

entre le _Parætonium_ des anciens, le _Baretoun_ d’Aly-Ghaouy, et le

_Berek-Marsah_ actuel. Mais il ne me paraît pas inutile de faire

remarquer que les distances données par Strabon et Arrien, d’Alexandrie

à _Parætonium_, correspondent exactement avec l’observation en longitude

faite en ce dernier lieu par M. Gauthier, si l’on adopte pour le premier

de ces auteurs des stades de six cents au degré, et que l’on suive la

ligne la plus courte ; et si, pour le second, on contourne avec

Alexandre les sinuosités de la côte, et que l’on compte les stades à

sept cents au degré. (Voyez STRAB. l. XVII, § 8 ; ARRIAN, l. III, c. 4,

et ma carte générale.)]

[Note 47 : MANNERT, Géog. des Gr. et des Rom. t. X, part. II, p. 19.]

[Note 48 : PROCOP. de Ædif. lib. VI, 2.]

[Note 49 : FLORUS, lib. IV, 11.]

[Note 50 : L. XVII, § 8.]

[Note 51 : Bonnet de drap rouge que portent généralement tous les

Orientaux.]

[Note 52 : Ces évènements eurent lieu, suivant M. le général Minutoli,

en 1819. (Voyage à l’Oas. d’Ammon, p. 64.)]

[Note 53 : Pélerins qui se rendent à la Mecque.]

Relation d'un voyage dans la Marmarique, la Cyrénaïque, et les oasis d'Audjelah et de Maradèh · 第 6 / 37 段