[Note 31 : Il manque ici un mot.]

[Note 32 : Même observation.]

[Note 33 : Ce dernier surnom indique une origine turque. Voyez, au

surplus, sur la signification du mot قسيم, l’article inséré par M. de

Sacy dans le Journal des Savants, cahier de septembre 1825, pag. 526 et

530.]

[Note 34 : Le nom de _Dresièh_ offre, il est vrai, une grande analogie

avec celui de _Deris_, port et promontoire mentionné par plusieurs

auteurs, qu’il faut chercher à l’ouest du golfe des Arabes. Mais la

situation de _Dresièh_, enfoncée dans ce golfe, ne saurait, en aucune

manière, convenir à un promontoire, et ce nom paraît être, comme

plusieurs autres, une transposition que les Arabes ont faite dans la

dénomination des lieux.

Quant à _la roche noire ressemblant à une peau_, que Strabon donne comme

indice à _Deris_, je doute qu’avec le seul secours de ce signalement on

pût reconnaître cet ancien promontoire, puisque tous les caps de cette

partie du littoral sont garnis d’écueils qui, avec un peu d’imagination

de la part du voyageur, peuvent acquérir cette ressemblance.]

[Note 35 : Construit par _Abou-Sélim_. Ce nom indique que ces ruines

auront été restaurées et habitées par quelque cheik arabe. Il rappelle

aussi la fameuse tribu d’_Abou-Selim_, qui occupait autrefois, suivant

Macrizy, les contrées de _Barkah_ et d’_Afrikiah_, et qui avait un très-

grand nombre de Berbères sous sa dépendance.]

[Note 36 : Voy. Joseph. de Bello Jud. II, 16. Vopiscus, vit. Prob.]

[Note 37 : Suivant Scylax, la situation d’_el Heyf_ conviendrait à celle

de _Leuce-Acte_ que cet auteur place à un jour et une nuit de navigation

de l’entrée du golfe de Plinthine, en ajoutant que de ce même point de

départ, pour arriver à l’endroit le plus reculé du golfe, cet espace est

double. Or, d’après ces distances, l’endroit le plus reculé du golfe ne

peut être que l’ancien promontoire _Hermæa_, appelé actuellement

_Kanaïs_, lieu dans lequel le Périple anonyme (Voy. Iriart., v. 1, p.

485) et plusieurs autres auteurs (Voy. Cellar. v. II, p. 66) font

correspondre _Leuce-Acte_.

Je laisse aux profonds érudits le soin de concilier, s’il est possible,

ce passage de Scylax avec les traditions de la plupart des anciens

géographes. Je me bornerai à remarquer que, d’après ces derniers, le

promontoire _El-Heyf_ conviendrait à la situation de _Deris_ ; quant à

_la Roche-Noire_, que Strabon indique auprès de _Deris_, on pourrait au

besoin, comme je l’ai déja observé, la retrouver dans les écueils qui

entourent _El-Heyf_ ; et les nombreux vestiges d’habitations que l’on

voit à l’Ouest de ce cap, et à _quelque distance de la mer_,

rappelleraient aussi les petits bourgs _Antiphræ_, mentionnés par le

même auteur (l. XVII, § 8.)]

* * * * *

CHAPITRE II.

_Akabah-el-Soughaïer_. — _Kassaba-Zarghah_. — Lettres et signes sur les

monuments. — _Parætonium_. — Tombeaux arabes. — _Apis_. — Les

_Hedjadjs_. — Pluies.

Ptolémée fait mention de deux _Catabathmus_ dans la Marmarique[38] ; et

ce nom qu’il donne à deux anciens bourgs désigne également, comme on

sait, les vallées qu’ils dominaient.

Que les Arabes aient été guidés par cette tradition ou par le simple

aspect des localités, il est toutefois remarquable qu’ils appellent

aussi _Akabah-el-Soughaïèr_ et _Akabah-el-Kébir_, c’est-à-dire la petite

et la grande descente, les mêmes lieux nommés _Catabathmus parvus_ et

_Catabathmus magnus_ par le géographe d’Alexandrie.

Les collines de l’_Akabah-el-Soughaïer_ s’avancent dans la mer, où elles

forment le cap _Kanaïs_[39], probablement l’_Hermæa extrema_ du même

auteur ; leur direction est du nord au sud, et selon les Arabes, elles

se prolongent par mamelons jusqu’à l’Oasis de _Gharah_, en décrivant une

légère inclinaison vers l’ouest.

Ces collines, qui ont environ cinq cents pieds au-dessus du niveau de la

mer, sont pour ainsi dire le premier échelon des hauteurs qui s’élèvent

progressivement jusqu’aux montagnes de la Pentapole ; nous les

traversâmes le 14 à midi, et nous allâmes camper le soir auprès d’un

torrent formé par les eaux des pluies.

Les deux rives du torrent étaient couvertes de camps d’Arabes ; la

couleur foncée de leurs tentes contrastait avec le vert pâle d’une

végétation naissante. La nature commençait à sortir de l’état de

langueur auquel elle est réduite dans ces cantons pendant neuf mois de

l’année. Les pluies pénétraient dans les crevasses de la terre endurcie

par les rayons brûlants du soleil d’Afrique ; ces pluies bienfaisantes

étaient attendues avec impatience, et leur arrivée était célébrée avec

des transports de joie par ces Arabes errants dans une contrée où ne

coule aucune rivière, où ne jaillit aucun ruisseau.

Qu’il est intéressant le spectacle qu’offrent ces habitants à cette

heureuse époque de l’année ! Toutes les familles dispersées sur la

lisière de terres qui s’étend depuis Alexandrie jusqu’au golfe de Bomba,

se mettent alors en mouvement ; on se demande quels sont les lieux les

premiers favorisés par les soins de la Providence : tel endroit est-il

désigné, on s’empresse de s’y rendre ; chameaux et juments sont

indistinctement employés à la charrue ; la terre est bientôt sillonnée,

et reçoit le grain qui doit avec le lait composer la principale

subsistance de ces peuples, barbares il est vrai, mais dont les mœurs

sont hospitalières et simples.

Les eaux du torrent avaient attiré ce grand nombre d’Arabes que nous

trouvâmes sur ses bords. Il régnait un tel contentement parmi eux qu’il

se manifestait même dans leurs travaux. Ici l’on préparait les

instruments aratoires ; plus loin on mesurait le grain qu’on allait

ensemencer ; et ces apprêts se faisaient avec une vivacité et une joie

extraordinaires chez des hommes naturellement graves et silencieux.

Les troupeaux surtout paraissaient avoir pris une nouvelle vie : on

voyait le menu bétail bondir autour du torrent, se grouper autour des

arbustes, tandis que le patient chameau, qui sentait ses flancs

rafraîchis, oubliant sa masse et ses habitudes, gambadait lourdement

dans la plaine.

Et ce contentement des hommes, ce bien-être des animaux, étaient causés

par un spectacle si commun dans nos contrées, par un peu de verdure

naissante, par une nappe d’eau roulant dans ce canton aride !

La satisfaction, même chez les peuples les plus sauvages, dispose à la

bienveillance ; aussi fûmes-nous accueillis favorablement par ces

pasteurs. Mon titre de chrétien ne produisit aucun mauvais effet ; je

leur dis que nous nous rendions à Derne pour des affaires de commerce,

et ils parurent le croire. Le cheik du camp voulut même célébrer notre

arrivée par un repas splendide ; selon l’usage antique et toujours

pratiqué par ces nomades, il fit immoler un mouton pour être servi en

entier aux convives. _Ibrahim_, c’était le nom du cheik, me témoigna des

égards et une franchise auxquels les Arabes ne m’avaient pas encore

habitué. J’eus de nouveau l’occasion de remarquer que les idées de ces

hommes gagnent souvent en justesse ce que l’éducation et la manière de

vivre leur font perdre en étendue.

Les projets de _Mohammed-Aly_, et principalement son organisation des

_Nizam-el-djédid_, étaient le sujet des entretiens de tous les habitants

de la contrée. _Ibrahim_ me faisait quelques remarques judicieuses sur

les événements qui se passaient en Égypte, et sur les suites qu’ils

pouvaient entraîner, lorsque des objets plus intéressants que les

discours politiques du cheik attirèrent toute mon attention.

Tandis que les femmes plus âgées faisaient les préparatifs du repas

hospitalier, et qu’elles étendaient les tapis dans la tente, les jeunes

filles, après avoir relevé les plis ondoyants de leur draperie, se

dispersèrent dans les environs pour recueillir des herbes sèches et des

broussailles, seul combustible dans un pays dépourvu d’arbres. Je

suivais les mouvements rapides de leur taille svelte, la gaucherie

pleine de graces de leur démarche ou plutôt de leur course ; j’écoutais

avec plaisir leurs chants, dont les fortes intonations contrastaient

avec des voix virginales.

Selon l’usage constant, une d’entre elles récitait toute la chanson ;

ses compagnes ne répétaient que le refrain ; et tandis que celle-ci

racontait, sur un air simple et peu varié, l’amour infortuné d’un jeune

guerrier pour _Fatmèh, la plus belle des fleurs du désert_, mais

appartenant à une tribu ennemie ; tandis qu’elle représentait l’amant,

solitaire dans sa tente, devenu insensible à la vengeance, infidèle à

_la loi du sang_, et laissant sa jument errer, sans soins, dans la

vallée, les autres interrompaient de temps en temps ce récit, en

répétant toutes ensemble _hia Alem ! hia Alem !_ ô amour ! Les chants

avaient cessé, et la nuit avait succédé au riant tableau qui s’était

offert à mes yeux. La simplicité, je dirai même le bonheur de la vie

arabe, ne m’avaient jamais autant frappé ; et j’étais absorbé dans une

foule d’idées dont je ne ferai pas l’inutile confidence au lecteur. La

voix d’_Ibrahim_ vint enfin me distraire de mes réflexions, et le

_bismillah_ nous invita à commencer le repas. Tous les notables du camp

assistaient à ce festin ; et pendant qu’à la lueur des feux le cheik en

faisait gravement les honneurs, les jeunes filles drapées comme des

cariatides nous offraient le grand vase de lait, dans lequel nous

buvions tous à la ronde... Mais il est temps que je termine ces détails,

et que je reprenne le fil de mon récit.

Le 15, je quittai avec regret ces bons pasteurs qui nous avaient reçus

avec tant de cordialité. Deux heures après notre départ, nous franchîmes

une nouvelle chaîne de hauteurs, nommée _Mendar-el-Medah_, dont la

direction est du N.-N.-O. au S.-S.-E. ; et de là je quittai avec M.

Müller ma caravane, pour aller faire une excursion vers le sud dans la

vallée _Thaoun_. Des ramifications de collines, les unes fertiles, les

autres rocailleuses, occupent un espace de huit heures, depuis les bords

de la mer jusqu’au _Bir-Thaoun_, situé à l’extrémité de la vallée qui

porte le même nom.

Ce canton a dû être autrefois très-habité ; nous y aperçûmes fréquemment

des traces de fondations ; mais aucun édifice n’est encore debout. De

_Bir-Thaoun_, en suivant la direction N.-N.-O., nous arrivâmes, après

sept heures de marche, auprès d’un monument remarquable, nommé

_Kassaba_, _Zarghah-el-Ghublièh_ ; il est situé sur une élévation qui le

fait apercevoir de très-loin. Cet édifice forme un carré régulier, dont

chaque côté a 7 mètres 4 déc. de long sur 4 mètres 1 décim. de haut. Ses

murs ont à l’extérieur un soubassement massif, au-dessus duquel prennent

naissance des colonnes engagées et des pilastres. Le côté sud offre un

encadrement en relief, qui représente une porte. (Voy. pl. IV, 2.) Mais

l’entrée n’est réellement pratiquée qu’au plafond par une ouverture

carrée d’un mètre 4 décim. La partie supérieure manque ; elle devait

être couronnée par des frises dont on aperçoit encore les fragments

dispersés aux alentours. Intérieurement il est vide, et depuis le sommet

jusqu’à la base les assises s’écartent successivement, et lui donnent

une forme oblique. Ce petit édifice, dans lequel je trouvai des débris

d’ossements, que le contact de l’air réduisait aussitôt en poussière,

fut sans doute un tombeau élevé sous le règne des Ptolémées.

A deux heures, au nord de ces ruines, on trouve un autre monument dont

les proportions sont plus élégantes, et les pierres des assises plus

petites que celles du précédent ; ses angles sont aussi ornés de

pilastres, mais beaucoup moins massifs. Il est construit sur une espèce

de grand piédestal, formé par quatre rangées d’assises disposées en

escalier, et posées elles-mêmes sur un banc de roche qu’on a aplani à la

surface, et taillé en guise de mur aux deux côtés de l’édifice. (Voy.

pl. IV, 1.)

Ces ruines nommées également _Kassaba-Zarghah_[40], mais avec la

désignation de _Baharièh_ qu’elles prennent de leur situation au nord

des premières, ont au premier coup-d’œil une grande analogie avec les

tombeaux que l’on rencontre en si grand nombre dans la Cyrénaïque.

Toutefois, l’intérieur voûté et revêtu d’une couche de plâtre, en

diffère tout-à-fait, et je doute que ce monument ait eu la même

destination. Aux environs, on aperçoit des fondations d’une belle

époque, et une grotte sépulcrale contenant des niches cintrées. Tous ces

indices attestent dans ce lieu l’emplacement d’une ancienne ville, peut-

être celle de _Gyzis_[41], dont le port, actuellement appelé _Mahadah_,

se trouverait à peu de distance vers l’est. Avant de quitter ces ruines,

je ne dois pas omettre de faire mention des signes que l’on y remarque.

Selon le plan que j’ai adopté, je préfère réunir les faits qui ont une

liaison entre eux, et les offrir en masse, plutôt que de les exposer en

détail et dans l’ordre des lieux où ils se présentent successivement.

Cette méthode ôte peut-être à la relation d’un voyage une partie de

l’intérêt local, en ce qu’elle ne met pas le lecteur immédiatement en

présence des objets décrits. Mais elle me paraît plus succincte,

puisqu’elle évite des répétitions, et mieux convenir aux observations,

puisqu’elle les réunit et qu’elle en offre le résultat.

Rien en effet ne me paraît plus susceptible d’augmenter l’utilité d’un

voyage, dans une contrée peu connue, que de comparer entre eux les

divers objets qu’elle renferme, de suivre la chaîne des rapports que

l’on découvre quelquefois entre les choses les plus contraires ; et

quoique cet examen suivi n’ait souvent pour résultat que le doute, ce

doute peut au moins nous conduire à découvrir la vérité.

C’est ainsi qu’en observant, pour la première fois, les signes que l’on

voit sur plusieurs monuments de la Marmarique, je fus d’abord frappé de

leur bizarrerie, sans être toutefois tenté, ainsi que l’a fait M.

Scholz, d’y reconnaître les traces précieuses, quoique très-obscures,

d’un langage inconnu. Dès que j’eus revu les mêmes signes sur de

nouveaux monuments, et en dernier lieu sur les deux _Kassaba-Zargah_,

non seulement je fus confirmé dans ma première opinion, mais je crus

reconnaître leur vraie origine par les observations que je vais

exposer :

Parmi ces signes, il faut d’abord distinguer les lettres grecques, avec

lesquelles ils n’ont aucune liaison, et que l’on voit aussi quelquefois

sur les mêmes monuments. Elles sont gravées régulièrement ou

irrégulièrement, ou bien elles appartiennent à des époques plus

reculées, telles que les suivantes :

[Symboles]

Ces lettres, que j’ai réunies ici, sont éparses sur différents

édifices ; elles ne sont point des restes d’inscriptions, puisque on

n’en voit jamais plus de deux sur la même pierre de l’assise, et

qu’elles sont isolées et placées quelquefois à une grande distance entre

elles. Selon toutes les probabilités, elles auront servi de marques de

repère aux architectes qui ont élevé ces monuments.

Quant aux signes bien plus importants que ces lettres parce qu’ils

n’appartiennent à aucun alphabet connu, et qu’ils ont fait naître une

haute question de philologie, voici ceux que j’ai recueillis dans la

Marmarique[42] :

[Symboles]

Ce que j’ai dit sur la situation des lettres se rapporte également à

celle des signes, en ajoutant que ceux-ci sont beaucoup plus multipliés

sur les différents monuments, et disposés toujours irrégulièrement et

très-souvent en désordre ; que les uns sont frustes, tandis que les

autres paraissent très-récents ; enfin, que les mêmes signes que l’on

voit sur les édifices se trouvent quelquefois aussi sur des rochers, ce

qui n’a pas lieu pour les lettres grecques. Après ces observations, il

est inutile d’ajouter que ces signes ne peuvent être _les traces d’un

ancien langage_, puisque leur situation respective ne permet pas de

croire qu’ils aient pu former des mots.

Néanmoins, si la question de philologie, posée par mon prédécesseur,

perd de l’intérêt qu’elle a dû exciter dans le monde savant, la solution

de l’objet qui l’a suggérée ne reste pas moins à donner ? Cette solution

paraît d’abord se présenter naturellement, en donnant à ces signes la

même destination qu’aux caractères ; mais, si je ne me trompe, ce serait

détruire une erreur pour lui en substituer une autre.

Que les érudits prêtent un moment d’attention à quelques observations,

qui ne sauraient être remplacées par le secours de la science.

Les _Aoulâd-Aly_, et généralement tous les Arabes du désert, ont

l’habitude depuis un temps immémorial de distinguer leurs tribus par des

marques. Leurs troupeaux et principalement les chameaux en portent

l’empreinte ; elle sert à les reconnaître lorsqu’ils s’égarent, ou

qu’ils se confondent avec ceux d’une tribu voisine. Chaque tribu

d’Arabes et même chaque subdivision ou branche d’une grande tribu,

depuis la Barbarie occidentale jusqu’aux confins de la Syrie, ayant sa

marque particulière, on conçoit qu’il a fallu varier ces marques à

l’infini, et les rendre souvent très-compliquées.

Ainsi, lorsque la tribu forme une peuplade considérable, on ajoute à la

marque générale d’autres indices accessoires qui servent à distinguer

les grandes familles qui la composent, et par conséquent leurs

propriétés.

C’est par cette raison que dans les tribus que j’ai connues, j’ai vu

souvent la répétition du même signe distinctif, mais avec de légères

différences, qui n’échappent point à l’œil exercé du Bédouin. Pour ne

parler que des contrées qui nous occupent, ce signe [Symbole] et le

suivant [Symbole], accompagnés d’un ou de plusieurs traits horizontaux

[Symbole] ou perpendiculaires [Symbole] ou penchés, [Symbole], se

reproduisent d’une manière très-variée : le premier, parmi les familles

des _Harâbi_ ; et le second parmi celles des _Aoulâd-Aly_ ; j’ai

remarqué que celui-ci [Symbole] est particulier aux _Sammalouss_, cet

autre [Symbole] aux Arabes de la Syrte[43].

Il faut ajouter à ces observations, que les Arabes ont l’habitude de

tracer la marque distinctive de leurs tribus sur les monuments, et même

sur les rochers qui présentent une surface unie[44]. Lorsqu’ils

voyagent, ils choisissent de préférence les lieux les plus écartés dans

les déserts, pour y déposer le témoignage de leur passage ; et imitent

en cela certains Européens qui croient _monumentaliser_ leurs noms, en

les gravant profondément sur toutes les ruines qu’ils rencontrent.

Les édifices antiques et les rochers, que l’on trouve sur la route

d’_Audjelah_ et aux environs de _Syouah_, sont couverts de ces marques,

qui sont positivement arabes, puisque la plupart appartiennent à des

tribus modernes. Elles sont tracées, il est vrai, d’une manière

généralement plus irrégulière, et moins profondément, que le plus grand

nombre de celles que l’on voit dans la Marmarique et dans la

Cyrénaïque ; mais on peut observer que, ne faisant que passer dans ces

lieux sauvages, les Arabes ne peuvent donner à ce petit trait de vanité,

le même soin que dans les cantons plus fertiles, où cette occupation

peut les aider à tromper la durée du temps, pendant que leurs troupeaux

paissent dans les environs.

En un mot, quoique parmi les signes de la Marmarique et de la

Cyrénaïque, il n’en soit qu’un très-petit nombre que je puisse affirmer

être réellement arabes, néanmoins ceux-ci ont avec les autres une

analogie si frappante, tant par leur forme que par leur disposition,

qu’ils me paraissent avoir tous la même origine et la même cause. Les

différences qui les distinguent, peuvent d’ailleurs être facilement

expliquées, en supposant, avec vraisemblance, que plusieurs de ces

signes aient été tracés par des Arabes étrangers, en traversant ces

contrées, et que d’autres soient antérieurs aux habitants actuels, et

appartiennent à des tribus maintenant éteintes. Cette dernière hypothèse

est d’autant plus probable, que lorsque l’on connaît la scrupuleuse

fidélité avec laquelle les Arabes modernes suivent les traditions de

leurs ancêtres, on chercherait dans ces contrées les traces de ces

anciens usages, si on ne les avait pas sous les yeux[45].

Le 16, après six heures de marche au N.-O. de _Kassaba-Zarghah_, nous

arrivâmes auprès d’un port, qui présente une position maritime très-

avantageuse. Sur ses bords de sable et couverts d’un lit d’algue, je vis

les traces peu apparentes d’un ancien bourg, parmi lesquelles je ne

distinguai qu’un grand mur d’enceinte, construit très-grossièrement,

mais contenant des débris d’une belle époque.

Cet édifice fut élevé par les Arabes modernes, en partie avec les

pierres d’anciens monuments ; et, selon mes guides, il servit long-temps

de forteresse, alors que les _Aoulâd-Aly_ régnaient en souverains dans

cette contrée. De cette construction frêle, mais spacieuse, il ne reste

plus que quelques pieds au-dessus du niveau du sol. Je dirai bientôt la

cause et l’époque de sa destruction.

Ce lieu est le célèbre _Parætonium_[46], connu de tous les anciens

géographes, et souvent mentionné dans l’histoire. Le nom de _Baretoun_

que lui donne _Aly-Ghaouy_, n’est plus connu par les Arabes actuels ;

ils lui ont substitué celui de _Berek_, qui n’offre qu’un léger

rapprochement avec le nom ancien.

Plus d’un titre contribua à illustrer cette ancienne ville, soit qu’on

la considère comme la capitale du nome Libyque[47], et ensuite comme

boulevard de l’empire romain en Égypte[48], soit qu’on se rappelle

qu’elle servit d’asile à la fuite d’Antoine et de Cléopâtre[49], et

surtout qu’elle fut le point de départ d’Alexandre pour se rendre au

temple de Jupiter Ammon. _Parætonium_, autrement appelé _Ammonia_,

entouré de collines rocailleuses et stériles, ne dut apparemment la

célébrité dont il jouit dans l’antiquité, qu’à son port bien abrité par

une ligne de gros rochers, et dont la circonférence, au rapport de

Strabon[50], était de quarante stades. Les temps modernes viennent à

l’appui de cette observation, puisque de tous les anciens ports de la

Marmarique, celui de _Berek_, encore très-spacieux de nos jours quoique

en partie envahi par les sables, était le seul qui attirât, naguère

même, quelques djermes arabes, et occasionnât un peu d’activité et

d’abondance, au milieu de la tristesse et de l’isolement qui

l’entouraient.

Les _Aoulâd-Aly_ en avaient fait l’entrepôt de leur commerce, et

plusieurs de leurs cheiks s’y étaient établis. Ceux-ci habitaient cette

grande masure dont j’ai fait mention, qu’ils appelaient orgueilleusement

_el Kala’h_, la citadelle ; de même qu’ils donnaient le nom de jardins à

quelques bouquets de palmiers entretenus à force de soins, et dont il ne

reste plus que des rejetons. Les environs de _Berek_ étaient alors

couverts de camps nombreux, qui se renouvelaient pendant toute l’année.

Les caravanes de _Syouah_ et d’_Audjelah_ y apportaient leurs dattes, et

les habitants des points les plus éloignés de la Marmarique venaient

échanger dans ce port leurs laines et leurs grains, contre les _ihrams_

et les _tarbouchs_[51] de Derne et de Tripoli, ou contre les toiles, les

armes et la poudre d’Alexandrie.

Mais les projets du Pacha d’Égypte ne s’accordaient point avec

l’indépendance des _Aoulâd-Aly_ ; il voulut la détruire : la ruse et la

force furent tour-à-tour employées ; il attira les principaux Cheiks à

sa cour ; les fortifications furent détruites ; en un mot, cédant au

génie de cet homme extraordinaire, les _Aoulâd-Aly_ se virent forcés

d’échanger _Berek_ pour Damanhour et Alexandrie[52]. Dès-lors les vents

du désert couvrirent de sables ces restes de culture et d’habitations

qui seuls, dans tout ce littoral, n’étaient pas encore devenus leur

proie.

Auprès des monuments de la Marmarique, et surtout auprès de ceux situés

sur des élévations, il est rare de ne pas voir des tombeaux arabes. Cet

usage est remarquable, en ce qu’il paraît tout-à-fait contraire aux

idées religieuses des habitants.

Relation d'un voyage dans la Marmarique, la Cyrénaïque, et les oasis d'Audjelah et de Maradèh · 第 5 / 37 段