départ, Napoléon décida par un décret que les ministres, auxquels
s'adjoindraient ses frères, formeraient un conseil de gouvernement
sous la présidence de Joseph; que les quatre ministres d'État,
secondés par six conseillers d'État nommés à cet effet, seraient
chargés des rapports avec les Chambres, se présenteraient à elles au
nom de la couronne, discuteraient les lois, et donneraient les
explications nécessaires lorsqu'il faudrait justifier les actes du
gouvernement. En signant ce décret il sourit, et répéta plusieurs
fois: Ah! ah! vous avez grand besoin que je gagne une bataille!--Ces
paroles ne signifiaient certainement pas qu'il attendait une victoire
pour briser les Chambres et revenir au gouvernement absolu, car il
n'entrevoyait pas comment on pourrait, dans l'état des esprits,
gouverner au nom d'une autorité unique et silencieuse, mais que les
anxiétés naissant du danger étant dissipées, la confiance en sa
fortune étant revenue, il remettrait un peu d'ensemble et d'unité dans
les volontés, et rendrait possible la marche des choses. Victorieux,
il n'aurait peut-être pas borné là ses voeux, mais pour le moment il
était convaincu que la cause de la liberté modérée était la sienne, et
que le triomphe des idées opposées était le triomphe des Bourbons.--Si
nous ne réussissons pas dans cet essai, répéta-t-il plusieurs fois,
nous n'avons qu'à céder la place à Louis XVIII.--Il ne prévoyait pas
qu'avec les Bourbons eux-mêmes, appuyés sur cinq cent mille étrangers,
la liberté renaîtrait pourvu qu'on rendît au pays le droit de voter
les lois et les budgets dans une assemblée indépendante, fût-elle
composée des plus violents royalistes!
[En marge: Adresses des deux Chambres.]
Les deux Chambres, pendant ces trois derniers jours, avaient préparé
leurs adresses. Dans la Chambre des représentants il s'éleva encore
divers incidents qui révélaient toujours le désir de rester unis à
l'Empereur, mais la crainte de paraître serviles. M. Félix
Lepelletier, pour répondre à la motion relative au serment, proposa de
déclarer Napoléon sauveur de la patrie. Aussitôt la profonde anxiété
des visages fit voir qu'on tremblait d'être sur le chemin de
l'adulation.--Qu'est-ce que vous déclarerez, s'écria un interrupteur,
lorsque Napoléon l'aura sauvée?--Alors, sur d'adroites réflexions de
quelques représentants dévoués au gouvernement, on écarta cette
proposition inopportune. Du reste, le projet d'adresse était plein de
la pensée du moment, c'est-à-dire union avec Napoléon, mais soin
extrême à veiller sur les libertés publiques, et grande application à
revoir les Constitutions impériales, à les raccorder avec l'Acte
additionnel, qu'au fond on voulait refaire en entier. La Chambre des
pairs elle-même, aussi peu expérimentée que celle des représentants,
avait voulu obéir aux tendances du jour, en disant dans son adresse
que si le succès répondait à la justice de notre cause, aux espérances
qu'on était accoutumé à concevoir du génie de l'Empereur et de la
bravoure de l'armée, _la nation n'aurait plus à craindre que
l'entraînement de la prospérité et les séductions de la victoire_.
Cette phrase avait inquiété le prince Cambacérès, qui avait demandé à
la communiquer à Napoléon. Celui-ci l'avait vivement improuvée, et
elle avait été ainsi modifiée: _Si le succès répond à la justice de
notre cause... la France n'en veut d'autre fruit que la paix. Nos
institutions garantissent à l'Europe que jamais le gouvernement
français ne peut être entraîné par les séductions de la victoire._
Après une discussion assez vive, la nouvelle rédaction avait prévalu.
Ainsi, comme il arrive souvent, chacun oubliant son rang et son rôle,
se faisait le flatteur de l'esprit dominant. Napoléon devait recevoir
les deux Chambres avant de partir, et il résolut de leur adresser de
sages conseils, ce que les circonstances autorisaient, et ce qui n'est
point défendu à la couronne (surtout quand elle a raison) dans la
monarchie la plus rigoureusement constitutionnelle. Napoléon reçut les
Chambres le 11 juin. Après avoir écouté l'adresse des pairs, il leur
fit la réponse suivante:
[En marge: Réponse de Napoléon à ces adresses.]
«La lutte dans laquelle nous sommes engagés est sérieuse.
_L'entraînement de la prospérité_ n'est pas le danger qui nous menace
aujourd'hui. C'est sous les _Fourches Caudines_ que les étrangers
veulent nous faire passer!
»La justice de notre cause, l'esprit public de la nation et le courage
de l'armée sont de puissants motifs pour espérer des succès; mais si
nous avions des revers, c'est alors surtout que j'aimerais à voir
déployer toute l'énergie de ce grand peuple; c'est alors que je
trouverais dans la Chambre des pairs des preuves d'attachement à la
patrie et à moi.
»C'est dans les temps difficiles que les grandes nations, comme les
grands hommes, déploient toute l'énergie de leur caractère, et
deviennent un objet d'admiration pour la postérité...»
Napoléon dit à la Chambre des représentants, après avoir entendu la
lecture de son adresse:
»Je retrouve avec satisfaction mes propres sentiments dans ceux que
vous m'exprimez. Dans ces graves circonstances, ma pensée est absorbée
par la guerre imminente au succès de laquelle sont attachés
l'indépendance et l'honneur de la France.
»Je partirai cette nuit pour me mettre à la tête de l'armée; les
mouvements des différents corps ennemis y rendent ma présence
indispensable. Pendant mon absence, je verrais avec plaisir qu'une
commission nommée par chaque Chambre méditât sur l'ensemble de nos
institutions.
»La Constitution est notre point de ralliement; elle doit être notre
étoile polaire dans ces moments d'orage. Toute discussion publique
qui tendrait à diminuer directement ou indirectement la confiance
qu'on doit avoir dans ses dispositions, serait un malheur pour l'État.
Nous nous trouverions au milieu des écueils sans boussole et sans
direction. La crise où nous sommes engagés est forte. N'imitons pas
l'exemple du Bas-Empire, qui, pressé de tous côtés par les Barbares,
se rendit la risée de la postérité, en s'occupant de discussions
abstraites au moment où le bélier brisait les portes de la
ville.................»
Ces belles et sévères paroles blessèrent ceux qui allaient bientôt les
mériter, mais firent une profonde impression sur la majorité, tant
elles étaient justes et frappantes. Il était bien vrai, du reste, que
le danger à craindre n'était pas celui de la victoire! Il était bien
vrai aussi qu'il fallait se défendre de rappeler les discussions des
Grecs du Bas-Empire sous les coups du bélier de Mahomet! Les
représentants, assistant en grand nombre à cette cérémonie, avaient
commencé à applaudir, quand M. Lanjuinais leur interdit les
applaudissements, sous le prétexte du respect dû à la couronne.
Napoléon leur eût pardonné assurément un pareil manque de respect. La
majorité fut mécontente de l'interdiction du président, car elle était
dévouée à Napoléon, en qui elle voyait le défenseur de la Révolution
et de la France. Chacun se retira exprimant des idées différentes, les
amis de Napoléon criant contre le parti de l'étranger, ses ennemis au
contraire prétendant qu'il fallait préparer un décret de l'assemblée
pour empêcher qu'elle ne fût dissoute, car, disaient-ils, le premier
acte de Napoléon victorieux serait de dissoudre les Chambres. Ils ne
prenaient pas garde qu'un décret de l'assemblée pour prévenir l'usage
du droit de dissolution, serait tout simplement une violation
audacieuse de la Constitution. Quant à la majorité, croyant de bonne
foi que ce serait une occupation patriotique et saine que de
travailler à remanier nos lois, elle songeait à nommer une commission
chargée de reviser et de fondre ensemble toutes les constitutions
impériales.
[En marge: Adieux de Napoléon à ses ministres et à sa famille.]
[En marge: Son départ pour l'armée le 12 juin au matin.]
Napoléon, après s'être séparé des membres des deux Chambres dans cette
même soirée du dimanche, acheva ses apprêts, adressa ses adieux à ses
ministres, donna au maréchal Davout, nommé commandant en chef de
Paris, ses dernières instructions pour la défense de la capitale, fit
à Carnot, dont la sincérité l'avait touché, un adieu cordial, froid
mais sans apparence d'humeur à M. Fouché, et passa les derniers
instants avec sa famille et ses amis les plus intimes. En sentant
l'heure des combats approcher, il était ranimé, car il retrouvait sous
ses pieds le terrain où il avait toujours marché en maître. Il serra
tendrement dans ses bras sa fille adoptive, la reine Hortense, et il
dit à madame Bertrand, en lui donnant la main avant de monter en
voiture: Il faut espérer, madame Bertrand, que nous n'aurons pas
bientôt à regretter l'île d'Elbe.--Hélas, le moment approchait où il
aurait tout à regretter, tout, même les plus mauvais jours! Il partit
le lundi 12 juin, à trois heures et demie du matin.
Telle fut jusqu'à la période des événements militaires, laquelle fut
si courte, comme on le verra bientôt, telle fut l'époque sombre et
fatale dite des Cent Jours, époque qui après avoir débuté par un
triomphe extraordinaire, se changea tout à coup en difficultés, en
amertumes, en sombres pressentiments! L'explication de ce contraste
est facile à donner: de Porto-Ferrajo à Paris, du 26 février au 20
mars, Napoléon fut en présence des fautes des Bourbons, et alors tout
fut succès éblouissant pour lui, de Porto-Ferrajo à Cannes, de Cannes
à Grenoble, de Grenoble à Lyon, de Lyon à Paris! Il semblait que la
fortune elle-même, revenue à son favori, s'empressât de le seconder en
mettant à sa disposition tantôt les vents dont sa flottille avait
besoin, tantôt les hommes sur lesquels son ascendant devait être
irrésistible. Mais à peine entré à Paris, il ne se trouva plus en
présence des fautes des Bourbons, mais en présence des siennes, de
celles qu'il avait accumulées pendant son premier règne, et alors tout
son génie, tout son repentir même semblèrent impuissants! Le traité de
Paris qu'il avait si obstinément refusé en 1814 jusqu'à lui préférer
la perte du trône, il l'accepta sans hésiter, et demanda la paix à
l'Europe avec une humilité qui du reste convenait à sa gloire.--Non,
répondit l'Europe, vous offrez la paix, mais sans la vouloir
sincèrement. Et elle repoussa le suppliant même jusqu'à fermer la
frontière à ses courriers!--Napoléon s'adressa ensuite à la France, et
lui offrit sincèrement la liberté, car si son caractère répugnait aux
entraves, son génie comprenait qu'il n'était plus possible de
gouverner sans la nation, et surtout qu'il ne lui restait qu'un
parti, celui de la liberté. La France ne dit pas non comme l'Europe,
mais elle parut douter, et pour la convaincre, Napoléon se vit obligé
de convoquer immédiatement les Chambres, les Chambres pleines de
partis agités, acharnés, implacables, lesquels pour tout appui contre
l'Europe n'avaient à lui offrir que leurs divisions. Repoussé par
l'Europe, accueilli par les doutes de la France dans un moment où il
aurait eu besoin de tout son appui, Napoléon, après vingt jours de
joie, tomba dans une sombre tristesse, qu'il ne secouait dans certains
moments qu'en travaillant à tirer des débris de notre état militaire
l'armée héroïque et malheureuse de Waterloo! Ainsi triomphant des
fautes des Bourbons, succombant sous les siennes, il donna au monde
après tant de spectacles si grandement instructifs, un dernier
spectacle, plus profondément moral et plus profondément tragique que
les précédents, le génie, vainement, quoique sincèrement repentant!
Et, disons-le, au milieu de ces vicissitudes, de ces vingt jours de
courte joie, de ces cent jours de tristesse mortelle, il y eut un
acteur de ces grandes scènes qui n'eut pas un jour de contentement,
pas un seul, ce fut la France! la France victime infortunée des fautes
des Bourbons comme de celles de Napoléon, victime pour les avoir
laissé commettre, ce qui fut à elle sa faute et sa punition! Triste
siècle que le nôtre, du moins pour ceux qui en ont vu la première
moitié! Fasse le Ciel que la génération qui nous suit, et qui est
appelée à en remplir la seconde moitié, voie des jours meilleurs!
Mais qu'elle veuille bien nous en croire, c'est en profitant des
leçons dont ce demi-siècle abonde, et que cette histoire s'attache à
mettre en lumière, qu'elle pourra obtenir ces jours meilleurs, et
surtout les mériter!
FIN DU LIVRE CINQUANTE-NEUVIÈME ET DU TOME DIX-NEUVIÈME.
TABLE DES MATIÈRES CONTENUES DANS LE TOME DIX-NEUVIÈME.
LIVRE CINQUANTE-SEPTIÈME.
L'ÎLE D'ELBE.
Séjour de lord Castlereagh à Paris. -- Il obtient de Louis XVIII la
concession du duché de Parme en faveur de Marie-Louise, et promet
en retour à ce monarque l'expulsion de Murat. -- L'Autriche
envoie cent mille hommes en Italie, et la France trente mille en
Dauphiné. -- État intérieur de la France; redoublement
d'inquiétudes chez les acquéreurs de biens nationaux et
d'irritation chez les militaires. -- Découverte des restes de
Louis XVI, et cérémonie funèbre du 21 janvier. -- Épuration de la
magistrature, et remplacement de M. Muraire par M. de Sèze, de M.
Merlin par M. Mourre. -- Trouble populaire à l'occasion des
funérailles de mademoiselle Raucourt. -- Reprise du procès du
général Exelmans. -- Acquittement de ce général. -- Pour la
première fois l'armée française disposée à intervenir dans la
politique. -- Jeunes généraux formant le dessein de renverser les
Bourbons. -- Complot des frères Lallemand et de
Lefebvre-Desnoëttes. -- Répugnance des grands personnages de
l'Empire à se mêler de semblables entreprises. -- M. Fouché,
moins scrupuleux, se fait le centre de toutes les menées. -- M.
de Bassano, qui n'avait pas encore communiqué avec l'île d'Elbe,
charge M. Fleury de Chaboulon d'informer Napoléon de ce qui se
passe, sans oser y ajouter un conseil. -- Établissement de
Napoléon à l'île d'Elbe et sa manière d'y vivre. -- Organisation
de sa petite armée et de sa petite marine. -- Ce qu'il fait pour
la prospérité de l'île. -- État de ses finances. -- Impossibilité
pour Napoléon d'entretenir plus de deux ans les troupes qu'il a
amenées avec lui. -- Cette circonstance et les nouvelles qu'il
reçoit du continent le disposent à ne pas rester à l'île d'Elbe.
-- Sa réconciliation avec Murat, et les conseils qu'il lui donne.
-- Au commencement de l'année 1815 Napoléon apprend que les
souverains réunis à Vienne vont se séparer, qu'on songe à le
déporter dans d'autres mers, et que les partis sont parvenus en
France au dernier degré d'exaspération. -- Il prend tout à coup
la résolution de quitter l'île d'Elbe avant que les longues
nuits, si favorables à son évasion, fassent place aux longs
jours. -- L'arrivée de M. Fleury de Chaboulon le confirme dans
cette résolution. -- Préparatifs secrets de son entreprise, dont
l'exécution est fixée au 26 février. -- Son dernier message à
Murat et son embarquement le 26 février au soir. -- Circonstances
diverses de sa navigation. -- Débarquement au golfe Juan le 1er
mars. -- Surprise et incertitude des habitants de la côte. --
Tentative manquée sur Antibes. -- Séjour de quelques heures à
Cannes. -- Choix à faire entre les deux routes, celle des
montagnes conduisant à Grenoble, celle du littoral conduisant à
Marseille. -- Napoléon se décide pour celle de Grenoble, et par
ce choix assure le succès de son entreprise. -- Départ le 1er
mars au soir pour Grasse. -- Marche longue et fatigante à travers
les montagnes. -- Arrivée le second jour à Sisteron. -- Motifs
pour lesquels cette place ne se trouve pas gardée. -- Occupation
de Sisteron, et marche sur Gap. -- Ce qui se passait en ce moment
à Grenoble. -- Dispositions de la noblesse, de la bourgeoisie, du
peuple et des militaires. -- Résolution du préfet et des généraux
de faire leur devoir. -- Envoi de troupes à La Mure pour barrer
la route de Grenoble. -- Napoléon, après avoir occupé Gap, se
porte sur Grenoble, et rencontre à La Mure le bataillon du 5e de
ligne envoyé pour l'arrêter. -- Il se présente devant le front du
bataillon et découvre sa poitrine aux soldats du 5e. -- Ceux-ci
répondent à ce mouvement par le cri de _Vive l'Empereur!_ et se
précipitent vers Napoléon. -- Après ce premier succès, Napoléon
continue sa marche sur Grenoble. -- En route il rencontre le 7e
de ligne, commandé par le colonel de La Bédoyère, lequel se donne
à lui. -- Arrivée devant Grenoble le soir même. -- Les portes
étant fermées, le peuple de Grenoble les enfonce et les ouvre à
Napoléon. -- Langage pacifique et libéral tenu par celui-ci à
toutes les autorités civiles et militaires. -- Napoléon séjourne
le 8 à Grenoble, en dirigeant sur Lyon les troupes dont il s'est
emparé, et qui montent à huit mille hommes environ. -- Le 9 il
s'achemine lui-même sur Lyon. -- La nouvelle de son débarquement
parvient le 5 mars à Paris. -- Effet qu'elle y produit. -- On
fait partir le comte d'Artois avec le duc d'Orléans pour Lyon, le
maréchal Ney pour Besançon, le duc de Bourbon pour la Vendée, le
duc d'Angoulême pour Nîmes et Marseille. -- Convocation immédiate
des Chambres. -- Inquiétude des classes moyennes, et profond
chagrin des hommes éclairés qui prévoient les conséquences du
retour de Napoléon. -- Les royalistes modérés, et à leur tête MM.
Lainé et de Montesquiou, voudraient qu'on s'entendît avec le
parti constitutionnel, en modifiant le ministère et les corps de
l'État dans le sens des opinions libérales. -- Les royalistes
ardents, au contraire, ne voient dans les malheurs actuels que
des fautes de faiblesse, et ne veulent se prêter à aucune
concession. -- Louis XVIII tombe dans une extrême perplexité, et
ne prend point de parti. -- Suite des événements entre Grenoble
et Lyon. -- Arrivée du comte d'Artois à Lyon. -- Il est accueilli
avec froideur par la population, et avec malveillance par les
troupes. -- Vains efforts du maréchal Macdonald pour engager les
militaires de tout grade à faire leur devoir. -- L'aspect des
choses devient tellement alarmant, que le maréchal Macdonald fait
repartir pour Paris le comte d'Artois et le duc d'Orléans. -- Il
reste seul de sa personne pour organiser la résistance. --
L'avant-garde de Napoléon s'étant présentée le 10 mars au soir
devant le pont de la Guillotière, les soldats qui gardaient le
pont crient: _Vive l'Empereur!_ ouvrent la ville aux troupes
impériales, et veulent s'emparer du maréchal Macdonald pour le
réconcilier avec Napoléon. -- Le maréchal s'enfuit au galop afin
de rester fidèle à son devoir. -- Entrée triomphale de Napoléon à
Lyon. -- Comme à Grenoble, il s'efforce de persuader à tout le
monde qu'il veut la paix et la liberté. -- Décrets qu'il rend
pour dissoudre les Chambres, pour convoquer le Corps électoral en
champ de mai à Paris, et pour assurer par diverses mesures le
succès de son entreprise. -- Après avoir séjourné à Lyon le temps
indispensablement nécessaire, il part le 13 au matin par la route
de la Bourgogne. -- Accueil enthousiaste qu'il reçoit à Mâcon et
à Chalon. -- Message du grand maréchal Bertrand au maréchal Ney.
-- Sincère disposition de ce dernier à faire son devoir, mais
embarras où il se trouve au milieu de populations et de troupes
invinciblement entraînées vers Napoléon. -- Le maréchal Ney lutte
deux jours entiers, et voyant autour de lui les villes et les
troupes s'insurger, il cède au torrent, et se rallie à Napoléon.
-- Marche triomphale de Napoléon à travers la Bourgogne. -- Son
arrivée à Auxerre le 17 mars. -- Projet de s'y arrêter deux jours
pour concentrer ses troupes et marcher militairement sur Paris.
-- État de la capitale pendant ces derniers jours. -- Les efforts
des royalistes modérés pour amener un rapprochement avec le parti
constitutionnel ayant échoué, on ne change que le ministre de la
guerre dont on se défie, et le directeur de la police qu'on ne
croit pas assez capable. -- Avénement du duc de Feltre au
ministère de la guerre. -- Tentative des frères Lallemand, et son
insuccès. -- Cette circonstance rend quelque espérance à la cour,
et on tient une séance royale où Louis XVIII est fort applaudi.
-- Projet de la formation d'une armée sous Melun, commandée par
le duc de Berry et le maréchal Macdonald. -- Séjour de Napoléon à
Auxerre. -- Son entrevue avec le maréchal Ney qu'il empêche
adroitement de lui faire des conditions. -- Son départ le 19, et
son arrivée à Fontainebleau dans la nuit. -- À la nouvelle de son
approche, la famille royale se décide à quitter Paris. -- Départ
de Louis XVIII et de tous les princes dans la nuit du 19 au 20.
-- Ignorance où l'on est le 20 au matin du départ de la famille
royale. -- Les officiers à la demi-solde, assemblés
tumultueusement sur la place du Carrousel, finissent par
apprendre que le palais est vide, et y font arborer le drapeau
tricolore. -- Tous les grands de l'Empire y accourent. --
Napoléon parti de Fontainebleau dans l'après-midi arrive le soir
à Paris. -- Scène tumultueuse de son entrée aux Tuileries. --
Causes et caractère de cette étrange révolution. 1 à 228
LIVRE CINQUANTE-HUITIÈME.
L'ACTE ADDITIONNEL.