On dit souvent en reprochier

Un proverbe que j’ay moult chier,

Car véritable est, bien le say,

Que _mettez un fol à part soy,

Il pensera de soy chevir_[364].

Par moi meismes le puis plevir[365]:

Tout aie-je ma chevissance[366]

Petitement, mais souffisance,

Si comme l’Escripture adresce,

Au monde est parfaicte richesce.

Quant à or de ce me tairay

Et cy après vous retrairay

Une advision qui m’avint

A dix huit jours ou a vint.

Après que je fus mariés,

Que passés furent les foiriez[367]

De mes nopces et de ma feste,

Et qu’il fut temps d’avoir moleste,

Un soir me couchay en mon lit

Où je eus moult peu de délit,

Et ma femme dormoit lez moy,

Qui n’estoit pas en grant esmoy;

Et si m’avint, tout en veillant,

Ce dont je m’alay merveillant,

Car à moi vindrent, ce me semble,

Un homme et trois femmes ensemble

Qui bien sembloient estre ireux,

Mornes, pensifs et désireux,

Desconfortés, triste et las;

En eulx n’ot joye ne soulas,

N’il ne leur tenoit d’eulx esbatre.

Bien furent d’un semblant tous quatre,

Car mieulx estoient à tencier

Taillés, qu’à feste commencier.

L’omme si ot a nom Besoing:

Plains iert de tristesse et de soing.

L’ainsnée femme, en vérité,

Nommée estoit Neccessité.

La seconde femme Souffrete

Ot nom, et la tierce Disette.

Tous quatre estoient suers et frères,

Et Povreté si fut leur mère,

Et les engendra Méséur[368]

En grant tristesse et en péur

Par grant aïr vers moy s’en vindrent

Et fort à manier me prindrent

Sans menacier et sans jangler,

Com s’il me deussent estrangler,

Besoing tout premier m’assailly,

A moy prandre point ne failly;

De ses bras si fort me destraint

Que j’en eu le corps si estraint

Qu’à poi le cuer ne me party.

Nécessité lors s’apparti[369]

Moult angoisseuse et plaine d’ire,

Par le col me print sans mot dire,

De fort estraindre se pena;

Là lourdement me demena.

Souffrette et Disette à costé

Me r’orent[370] de chascun costé;

L’une sacha[371], l’autre bouta[372],

Chascune à moy se desgleta[373].

Ainsy ces quatre m’atrapèrent

Et me batirent et frapèrent:

Là me mistrent en tel destresse

Qu’exempt fu de toute léesse.

Adonc s’en vint à moy errant[374]

Une grant vieille à poil ferrant[375]

Qui estoit hideuse et flestrie

Et moult ressembloit bien estrie[376]

Aiant félonnie en pensée:

On l’appelloit par nom Pensée.

Ceste vieille me fist moult pis

Que les autres, car sur mon pis[377]

Se mist l’orde vieille puant:

Tout le corps me fist tressuant.

L’âme de lui au Deable soit!

Car tant sur le pis me pesoit

Que mon cuer mettoit à malaise

De grant destresce et de mésaise.

Trop fort me print à margoillier[378];

Lors commençay à ventroullier,

Et entray en si fort penser

Que nul ne le sçauroit penser,

Ne bouche raconter ne dire.

Si com j’estoie en tel martire

Que Pensée m’avoit baillié,

Or voy un villain mautaillié,

Let, froncié, hideux et bossu,

Rechigué, crasseux et moussu,

Les yeulx chacieux, plains d’ordure;

Moult estoit de laide figure,

Tout rongneux estoit et pelés;

Soussy fu par nom appellés.

Se mal m’orent les autres fait,

Encor m’a cestui plus meffait.

Las! je n’en avoie mestier!

Tant me donna de son mestier,

Et me mist à si grant meschief

Que je n’eus ne membre, ne chief,

Qu’il ne me convenist faillir.

Trembler me fist et tressaillir,

Pâlir et le sang remuer,

Et de mésaise tressuer,

Et me faisoit la char frémir,

Moy dementer[379], plaindre et gémir,

D’un costé sur autre tourner;

Briefment, tel m’ala atourner

Soussi, tant me fu fel et aigre,

Que j’en devins chétif et maigre

Et aussi sec comme une boise[380].

Quant m’en souvient, pas ne m’envoise[381],

Ains suis si blaffart et si fade

Qu’il semble qu’aie esté malade.

Hélas! certes, si l’ay-je esté

De trop plus male enfermeté

Que fièvre tierce ne quartaine,

Car qui de Soussy a la paine,

En lui a santé maladive

Et a la maladie santive[382].

C’est diablie[383] que de Soussy,

Quant m’en souvient trop m’en soussy,

Car en soy a trop dure rage

Et merveille est que cil n’enrage

Que Soussy tient en son demaine,

Car trestout ainsi le demaine

Com fait le sain en la paelle,

Qui par force de feu sautelle,

Et le fait-on séchier et frire:

Ainsi fait Soussy gens défrire,

Et les tient si fort en ses las

Qu’il leur fait souvent dire: Hélas!

Et les fait vivre en tel doleur

Qu’en eulx n’a gresse ne couleur.

Soussy est si mal amiable,

Si hideux, si espoventable,

Et si abhominable à cuer

Que ne l’ameroit à nul fuer[384]

Nullui qui l’eust essaié.

Soussy a maint cuer esmayé[385],

Et encor tous les jours esmaie;

Nul ne le scet qui ne l’essaye

Ainsi com j’ay fait maugré moi,

En paine, en travail et esmoy.

Quant je vis celle compaignie,

Qu’avec moy ert à compaignie:

C’est assavoir Besoing, Souffrete,

Nécessité avec Disette,

Pensée la vieille et Soussy,

La teste levay et toussy.

Adonc vint à moy, sans demeure,

Un grant villain plus noir que meure

Qui avoit à non Desconfort.

A manier me print moult fort

Et me fist ma peine doubler.

Lors me print le sens à troubler,

Car tant avoie esté pené

Qu’à poy n’estoie forcené.

Moult fort me print à dementer

Et à moi mesmes tourmenter,

Et dire: Chétif! que feras?

Tes debtes comment paieras?

Tu n’as riens et si dois assez.

Que fusses-tu or trespassé!

Tu es tout nouvel mesnagier

Et si n’as gaige à engaigier

Se tu ne veulx ta robe vendre.

Las! chétif, quel tour pourras prendre?

Ne sçay où tu pourras aler.

Si com j’estoie en ce parler,

A moy s’en vint grant aléure,

Une femme qui pou séure

Et enragée sembloit estre

A son semblant et à son estre.

Have estoit et eschevellée,

Désespérance ert appellée,

Fille Desconfort le hideux.

Moult me vint peine et annuy d’eux,

Par eulx perdi discrétion,

Sens, mémoire, et entention.

Les dens commençay à estraindre

Et la couleur pâlir et taindre,

Et disoie: Las! que feray?

Tout au désespéré mettray,

Mauvais seray, où que je viengne,

Il ne me chault qu’il en aviengne,

Soit en pluye ou soit en bise;

Qui ne pourra ploier, si brise!

Sèche qui ne pourra florir!

N’ay que d’une mort à mourir.

Et j’ay pieça oy parler

Que qui au Deable veult aler,

Riens ne vault longuement attendre:

Noyer ne puet, cil qui doit pendre[386].

Honny soit qui jamais vourra

Faire fors du pis qu’il pourra,

Quant par moy ne puet estre attaint

Le manoir où Richesse maint!

Car elle demeure si loing

Que trop de travail et de soing,

Avant qu’on la puist attaindre,

Moult fait les gens pâlir et taindre.

Avant qu’ils puissent estre à ly,

Mains beaux visaiges a pâli

A qui oncques n’en fu de mieulx,

Car se on attent qu’on soit vieulx,

Que l’en ne puisse mais errer[387],

En ce pourroit-on méserrer[388];

Qui ce feroit, son temps perdroit.

Quant je ne puis avoir par droit

Ne possession, ne avoir,

J’en vouldroie donc à tort avoir;

Mieulx vault estre en tort cras et aise

Qu’en droit chétif et à malaise.

Ainsi com en ce point estoie

Et que je tout au pis mettoie

Sans viser comment tout aloit,

Et que de rien ne me challoit

Fors d’acomplir ma voulenté,

Car moult m’avoit entalenté

Désespérance de mal faire

Et m’avoit par son put[389] afaire

Presque fait perdre corps et âme,

Ès-vous une très noble dame

Gente, droite, plaisant et belle:

Ne sembloit pas estre rebelle,

Mais doulce et humble à toute gent:

Moult ot le corps et bel et gent

Et paré de si noble arroy

Qu’elle sembloit bien fille à roy;

Et si ert-elle, en vérité,

Fille du Roy de magesté

Vers qui nul n’a comparoison;

On l’appelle par nom: Raison.

Moult estoit sage et advisée;

Droit à moi a pris sa visée

Et s’en vint de lez moi seoir,

Mais si tost com la pot veoir

Désesperance la hideuse,

Elle s’en fouy moult doubteuse

Tant com piés la porent porter;

Car ne se pourroit déporter[390]

En nul lieu où Raison surviengne

Que tost fouir ne la conviengne;

Car plus la het Raison, sans fin,

Que triacle ne fait venin.

Raison si fu moult esjoye

Quant d’avec moy s’en fut foye

Désespérance sa contraire.

Lors se prist près de moy à traire;

Raison dit: Amy, Dieu te gard!

Tu as eu très mauvais regard,

Mauvais sens et mauvais advis,

Car nagaires t’estoit advis

Que pour toy est tout bien failli;

Mais onc nul à mal ne failli

Qui voulsist entendre à bien faire

Et vivre selon mon affaire

Et selon mon enseignement

Qui donne aux âmes sauvement;

Lequel, se tu le veulx entendre,

Je te vueil cy dire et aprendre.

Premièrement, tu dois amer

Mon père, de cuer, sans amer,

Et la doulce vierge prisiée

Sans vanité n’ypocrisie,

Et aourer sainctes et sains,

Soies malades ou soies sains,

C’est à dire en prospérité

Aussy bien qu’en adversité;

Et, par contraire, en meschéance

Aussi bien com en habundance,

Car tel est humbles en tristesse

Qui est despiteux en liesse;

Et tel est en léesse doulx

Qui en tristesse est moult escoux[391]

Ce vient de male acoustumance

Qu’on acoustume dès s’enfance,

Car qui aprent une coustume,

Moult à envis s’en descoustume;

Si fait bon tel coustume aprendre

Où l’en puist honneur et preu[392] prendre.

Donc s’avoir veulx coustume bonne,

Garde que ton cuer ne s’adonne

A nul des sept mortels péchiés,

Et que ne soies entéchiés

D’aucunes de leurs circonstances,

Car moult t’en vendroit de nuisances,

Mais fay tant que ton cuer s’accorde

Aux sept chiefs de miséricorde

Qui sont aux sept vices contraires;

Cestes te seront nécessaires

A acquérir l’amour mon père

Et de sa glorieuse mère.

Ces sept vices dont parlé t’ay

Déclaration t’en feray

Et des branches qui en descendent,

Qui à toy décevoir entendent.

Et tu, en voyes et sentiers,

Entens à eulx moult voulentiers,

Tes maistres sont, à eulx es serfs,

Car nuit et jour de cuer les sers

En deservant un tel loier

Où nul ne se puet apoier[393].

Ainsi en leur subjection

Vivras, à ta dampnacion,

S’a eulx n’aprens à estriver

Par guerre pour eulx eschiver.

Car bien t’aprendray la manière

De les traire de toy arrière,

Et d’avoir franc povoir sur eulx

Contre les fais aventureux

Qui par eulx venir te pourront

Quant ils assaillir te vendront

Pour clamer dessus toy haussage[394].

Se tu me veulx croire pour sage,

Si bien te sauras d’eulx garder

Qu’ils ne t’oseront regarder

Pour la doubte des sept vertus

Qui là te seront bons escus

Encontre les sept ennemis

Qui souvent se sont entremis

De toy mettre à perdition;

Mais que par bonne entention

Leur vueilles, sans plus, déprier

Qu’à toy se vueillent alier.

Et se tu le fais de cuer fin,

Ils te mettront ta guerre à fin

Sans en prendre aucun paiement,

Fors que ton prier seulement;

Ce n’est pas oultrageux loier,

Car il est aisié à paier,

Si ne s’en puet nuls excuser

Se il ne vouloit abuser.

Quant tu verras venir Orgueil

Regardant en travers de l’ueil,

Avecque lui Desrision,

Desdaing, Despit, Présumption,

Supediter, Fierté, Bobance,

Desprisier, et Oultrecuidance,

Et tous ses autres compaignons

Qui cueurs ont pires que gaignons[395],

Vers toi, banière desployé,

Si pren tantost de ton aye[396]

Humilité, Dévotion,

Franchise, Contemplation,

Paour de Dieu, Doulceur, et Pitié,

Justice, Simplesse, Équité,

Et moult d’autres qu’à eulx vendront

Qui pour toi secourre acourront;

Et s’y vendra chascun offrir,

Mais que tu les vueilles souffrir.

Et se contre Orgueil te combas,

Ils le mettront du tout au bas

Et le feront fouir le cours

Et tous les siens, sans nul recours.

Quant auras par Humilité

Orgueil et les siens surmonté,

Garde toy, d’illec en avant,

Que s’il te venoit audevant

Pour toy tourner de sa partie,

Que ne se soit pas départie

D’avecques toy Humilité,

Ne les aultres de sa mité[397],

Car d’Orgueil bien te garderont,

Tant comme avecques toi seront.

D’un autre assault te fault garder

Qui périlleux est à garder

Entre tous ceulx qui sont en vie,

Le chevetain[398] en est Envie

Qui moult est de mauvais convine;

Avec lui est tousjours Hayne,

Fauseté, Murtre et Trayson,

Faulx-semblant et Détraction,

Ennemitié et Male-bouche

Qui n’aime que mauvais reprouche.

S’il te veulent assault livrer,

Tantost t’en pourras délivrer,

Mais que de trop près ne t’aprochent,

Si que de leurs dars ne te brochent,

Et pour leur péril contrester,

T’encueur[399] tantost, sans arrester,

Prier Foy qu’elle te sequeure,

Et Loiaulté, et eus en l’eure,

Sans plus parler, te secourront,

Et ceulx qu’avec eulx amenront:

C’est assavoir Paix et Concorde,

Vraie-amitié, Miséricorde,

Bénivolence, Vérité,

Conscience avec Unité,

A tout leur congrégation

Dont je ne fais pas mention.

Ceulx ci feront Envie fuire,

Si qu’elle ne te pourra nuire.

D’un assault qui moult fait à craindre

Te refault défendre sans faindre,

C’est d’Ire le mauvais tirant

Qui va tousjours en empirant;

En toute mauvaistié habonde,

C’est le plus fel qui soit au monde.

Et quant assaillir te vendra,

Forte deffense y convendra,

Car cil se scet desmesurer

Que nul ne peut à lui durer;

Et tous ceulx de sa compaignie[400]

Sont de sa mauvaise manière:

Cruaulté porte sa banière,

Perversité, Forcenerie,

Félonnie et Esragerie,

Desverie et autres félons

Lui vont tousjours près des talons.

Quant ceste gent verras venir,

Gart toy que ne te puist tenir

Nuls d’eulx qu’il ne t’ait arresté;

Tray toi vers Débonnaireté,

Qui tost bon conseil te donra

Et contre Yre te secourra

Avecques ceulx de son lignage

Qui moult sont de souef courage:

C’est assavoir Doulceur, Souffrance[401],

Estableté[402] et Attrempance,

Patience, Discrétion,

Refrainte[403] avec Correction.

Ceulx cy et ceulx de leur banière

Trairont Yre de toy arrière,

Et toute sa gent forcenée

Qu’avec lui aura amenée.

Ainsi seras d’Ire délivre

Se Débonnaireté veulx suivre

Qui est franche, courtoise et douce:

C’est celle qui nul temps ne grouce[404]

De riens qui lui puist advenir;

Bon la fait avec soy tenir

Et fuire Ire le mal tirant

Qui de pou se va ayrant.

Ire doit-on craindre et doubter

Et hors d’avecques soy bouter

Et le tenir pour ennemi

Sans l’acointer jour ne demi.

C’est un mauvais ennemi qu’Ire,

Car si tost com un cuer s’aïre,

De félonnie si s’enflamme

Qu’il en puet perdre corps et âme.

Quant en ire se desmesure

Et se de soy ne s’amesure[405],

Masvei[406] mesure en lui se met

Et de le dampner s’entremet.

Elle est de tel condition

Que qui en soy correction

Ne met amesuréement,

Elle s’y met si lourdement

Qu’elle honnist tout à un cop.

Et vraiement elle het trop

Gens où il fault qu’elle se mette,

Et pour ce tout au brouvet[407] gecte

Sans querre y terme ne respit,

Si tost comme on lui fait despit.

Gart donc qu’à toi ne se courrouce,

Aies en toi manière doulce,

Soies courtois et débonnaire

Comme uns homs estrait de bonne aire[408].

Nuls ne se devroit courroucier

De rien qu’il voie, ne groucier,

Mais faire tousjours bone chière

Et mettre tout courroux arrière.

Laisse le vice et pren vertu,

Ainsi te pourras sauver tu.

Eschièves couroux et tristesse

Et pren en toi joie et léesse,

Voire par bonne entention,

Non pas par dissolution,

Car joye qui est dissolue

N’est pas à l’âme de value.

Contre un autre assault périlleux

Te fault estre moult artilleux[409]

Afin que tu surpris ne soies

En ton hostel, n’enmy les voies,

Car c’est un assault moult doubtable,

Moult dommageux, moult décevable,

Car les pluseurs en sont déceus

Ains qu’avis aient de ce eu.

De cest assault est chief Paresse

Qui sans menacier fiert et blesse

En tapinage, en couardie[410];

S’enseigne porte Fétardie,

Faintise, Oiseuse, Lâcheté,

Négligence avec Niceté,

Nonchaloir avec Cuer-failly

Vont après; moult est mal bailli[411]

Cellui qu’ils pevent entraper

Et dessoubs leur trappe atrapper.

Tant[412] ne soient-ils pas hardis,

Mais lasches et reffétardis[413],

Ainçois simples, à mate chière:

Mais couart est de tel manière

Que quant il se voit audessus,

Il est de trop mauvais dessus.

Le cuer a fier comme lyon

Et aspre comme champion;

Lors fiert et frappe, bat et tue,

Quant il voit qu’on ne se remue

Encontre lui pour soy vengier.

Donc fait-il bon soy esloignier

De Paresce et de sa famille

Qui n’est qu’en son dessus soubtille,

Et les doit-on mettre au dessoubs

Si qu’estre n’en puissent ressous[414].

Et s’au dessoubs mettre les veulx,

Amaine avecques toy contre eulx

Diligence et Apperteté,

Bon-cuer et Bonne-voulenté,

Talent-de-bien-faire avec Cure,

Et Soing qui voulentiers procure

Contre Paresse avoir victoire,

S’ainsi est qu’on le vueille croire.

Se ceulx ci avec toi retiens

Et du cuer à amour les tiens,

Garde n’aras, n’en doubte mie,

De Paresce leur annemie,

Ne de tous ceulx de sa banière,

Mais se trairont de toi arrière,

Car l’assault n’osent entreprendre,

Fors à qui tantost se veult rendre.

Après, gart toy du quint assault

Car si soubtivement assault

Cil qui en est droit capitaine

Qu’à ses subgez donne grant peine

Quant il les tient en son service;

Ce capitaine est Avarice

Qui moult est de décevant guise.

S’enseigne porte Convoitise:

Rapine, Usure et Faulx-traictié

Le suivent tousjours pié à pié;

Malice avecques Tricherie

Murtre, Larrecin, Roberie,

Engignement, Déception,

Fraude avec Cavilation[415],

Et les autres de leur banière.

Quant tu verras ceste gent fière

Qui te vouldront assault livrer,

Se tu t’en veulx tost délivrer,

Fay de Charité connestable

Qui tant est piteuse et traitable;

Et toute sa connestablie

Q’avecques lui est establie,

(Que, selon Dieu, poursuit[416] richesse,)

C’est Souffisance avec Largesse,

Aumosne faicte en cuer dévost,

Ce que Dieu plus au monde volt.

Se ceste conestablie as

Avecques toi, acompliras

Ceste bataille à ton vouloir

Contre Avarice et son povoir.

Avarice est de put affaire,

Car il mains maulx machine à faire[417]

Par le conseil de Convoitise

Qui les gens à tolir atise.

Si te garde donc de rien prendre

De l’autrui, se ne le veulx rendre,

Par quelque voie que ce soit;

Car Convoitise gens déçoit,

De jour en jour, par leur foleur,

Dont aucuns meurent à douleur;

Et par ce nature blasmée

En est souvent et diffamée

Sans cause, car elle n’y a coulpe;

Se fait péchié qui l’en encoulpe,

Car elle en est la plus dolente

Et qui plus en sueffre et tormente.

Donc qui de bien faire n’a cure

Il ne lui vient pas de nature,

Ainçois lui vient par accident;

Chascun le voit tout évident.

S’aucun en soy a mauvais vice

Qui porter lui peut préjudice,

S’on dit que Nature lui face

Par force qu’il soit enclin à ce,

Les gens ne le doivent pas croire,

Car ce n’est mie chose voire,

Ains est par la male doctrine

Dont nourriture[418] le doctrine.

Du sixième assault bien te gardes,

Contre cestuy fay bonnes gardes.

Gloutonnie en est conduiseur,

Qui de tous biens est destruiseur,

Car enclins est à tous délices,

Et engendre tous mauvais vices.

Nul temps ne puet estre assouvis,

Mais tousjours semble estre allouvis[419]

Et si est-il plus qu’il ne pert[420],

Nul temps sa voulenté ne pert

Qui est sur toute riens mauvaise,

Car sans oultrage n’iert jà aise.

Gloutonnie est soubtil guerrier:

Assault-il devant et derrier,

Car il part en deux sa bataille

Toudis et avant qu’il assaille;

Gourmandie l’une conduit:

Avec lui sont en son conduit

Friandise, Lopinerie,

Yvresse, Oultrage, Lécherie,

Et pluseurs autres de tel sorte

Que Gloutonnie à soi enhorte.

Ceste bataille ainsi partie

Livre assault de une partie,

Et si donne assez à entendre

A ceulx qui la veulent attendre.

L’autre bataille est Male-bouche

Qui n’aime que mauvais reprouche,

Mesdit, Surdit[421], Maugréerie,

Hastiveté, Pautonnerie[422]

Et des autres à grant planté

Qui sont de telle voulenté.

Ceste bataille se tient fort

Et livre assault à grant effort

De l’autre costé, pour surprendre,

Si que l’en ne s’y puist deffendre.

Gloutonnie point et repoint

De l’un à l’autre, et leur enjoint

Que si se tiengnent sans recroire[423]

Que partout aient la victoire.

Or fault, se tu te veulx garder

Des deux assaulx, bien regarder

De tous costés à ce qui fault

Pour contrester à leur assault.

S’il t’assaillent, met toy à deffense

Et pren avec toy Abstinence

Et Sobriété sa compaigne

Avecques ceulx de leur enseigne,

Car s’avecques toy as ces deulx,

Assez en vendra avec eulx,

Et te garderont bien, sans faille,

Encontre celle gloutonnaille.

Sur toute rien gart toy d’Ivresse,

Que sa bataille à toi n’adresse;

Car cil qu’à Yvresse se livre

N’a povoir de longuement vivre,

Et s’il vit, si est ce à meschief,

Car il n’a ne membre ne chief

Qui par yvresce ne lui dueille.

Les mains lui tremblent comme fueille

Et s’en chiet plus tost en vieillesse,

En maladie ou en foiblesse.

Qui s’enyvre, il se desnourrist,

Car tout le foie se pourrist;

Ainsi est de soy homicide,

Dont c’est grant doleur et grant hide[424].

Du septisme assault dont Luxure

Est capitaine par nature,

Te fault gaittier et traire arrière,

Si qu’elle et ceulx de sa banière

En leur chemin pas ne te truissent

Si que suppéditer te puissent.

Se Fol-regard le fort archier

Trayoit à toy pour toy blécier,

Soies sages et te retray,

Vistement hors du trayt te tray;

Et quant hors seras de leurs mettes,

Garde toy bien que ne te mettes

En la voye de souvenir

Si près qu’à toy puist avenir,

Car s’avec lui t’avoit attrait,

Il te remenroit droit au trait,

Si que la flesche de Pensée

Te seroit tost ou corps boutée,

Et celle de Fole-plaisance

Qui ne tendroit qu’à décevance

Te mectroit, tout à son plaisir,

Ou trait de garrot[425] de Désir

Qui si fort au cuer te ferroit

Que jà mire ne te guerroit;

Là languiroies en tel peine

Que tu n’auroies cuer ne vaine

Qui voulsist entendre à rien faire

Qu’à maintenir le fol afaire

Qui de folle amour se dépent

Dont chascun en fin se repent.

Là t’auroit si suppédité

Folle amour par fragilité

Qu’il te faudroit pour vaincu rendre.

Mais se tu te veulx bien deffendre

Contre les archiers amoureux,

Jà ne seras surprins par eulx.

Pren la targe de Chasteté

Et la lance de Fermeté:

La targe met devant tes yeulx,

Tu ne te pues deffendre mieulx;

Grant mestier as qu’elle te gart

Encontre les trais de Regart.

Se tu ce pas[426] pues bien garder

Contre Folement-regarder,

Jà Fole-cogitation

Ne t’ara en subjection.

Et quant ces deux ne te ferront

Jà les autres ne s’y verront.

Ainsi ces deux pevent tout faire,

Aussi pevent-ils tout deffaire.

Regart si est trop perçant chose;

Toute plaisance y est enclose,

Aussi y est tout le contraire,

Si soubtillement scet-il traire,

Car tous ceulx que Regart attaint,

Soit pour bien ou pour mal, à teint

Souvent leur fait muer couleur,

Soit par joye ou par douleur.

Pour ce est voir ce qu’on dire seult:

_De ce qu’œil ne voit, cuer ne deult._

Si sont aucuns qui se vouldroient

Excuser qu’ils ne se pourroient

Du fort trait de regart garder

Et qu’il leur convient regarder

Ly un l’autre quant sont ensemble;

Tout Saincte Église ce assemble

Selon l’ordre de mariage,

A tels excusans respondray je

Briefement, sans prolongation,

Ce n’est mie m’entention

De deffendre à nul, bon regart,

Mais que de Fol-regart se gart

Qui les fols fait ymaginer

Et par Fol-cuidier deviner[427],

Dont est née Fole-plaisance

Qui convoite du corps l’aisance,

Et de ce vient Ardent-désir

Qui art tout, s’il n’a son plaisir;

Lors fait tant qu’à son gré avient,

Et tout ce de fol regart vient.

Ce n’est pas regart convenable

Quant à Dieu, mais quant au Déable:

Regart fait pour charnel délit

Au Déable moult abélist[428]

Et autant desplaît-il à Dieu

Si n’est pas fait en temps et lieu.

Gens qui en mariage sont,

Qui tousjours leurs courages ont

A délit charnel maintenir,

Voulans s’y soir et main[429] tenir,

Pechent ensemble, sans doubtance,

Par l’engin de Fole-plaisance

Qui souvent les tient en ses las;

Mais ne le cuident pas les las,

Car à vertu tiennent ce vice

Dont ils font que fols et que nices;

Car conjoins ne devroient jà voir[430]

L’un à l’autre affaire avoir

Par charnele conjunction,

Se ce n’estoit en entention

De lignée multiplier;

Pour ce les fais-je marier,

Si que, par le gré de nature,

Facent ensemble engendréure,

Quant temps en est, et point, et lieu,

Et tout ainsi l’ordonna Dieu,

Non mie pour soy déliter

A l’un avec l’autre habiter.

Fols est qui l’un à l’autre habite

Sans l’entention dessus dicte,

Car quant Nature en tels gens euvre

Selon les estas de son euvre,

Sans moy ne Mesure appeller,

Et que son fait nous fait celer

Afin qu’Atrempance n’y viengne

Qui en subjection la tiengne,

Iceste copulation

Faicte sans génération

Et sans droicte nécessité,

Par fresle superfluité,

Est péchié mortel, nul n’en doubte,

Qui par Fol-désir les y boute

Pour acomplir leur volenté

Charnele dont ils sont tempté,

Où nature est tousjours encline.

Nul temps qu’elle puist n’y décline,

Ains queurt tousjours de randonnée

Fresle, fole et abandonnée,

Ne se scet, pour grief, espargnier

Tant com riens a en son grenier.

Ainsi de soy s’occist Nature

Se ne la gouverne Mesure

Ma suer[431] qui tant est bien ruillée[432]

Qu’elle en nul temps n’est desruillée[433],

Ains fait faire tout si à point

Que où elle est, d’excès n’a point.

Croy donc Mesure en tous tes fais

Et tu n’y seras jà meffais

En nul temps, je t’en asséur,

Car qui la croit, il vit asseur.

Cy lairay du septime assault

Dont Luxure les gens assault

Et revendray à ma matière

Que j’ay entreprise première.

Soies tous temps vray en ta foy,

Aimes ton proesme comme toy,

Dieu mon père le veult ainsi;

Et fay à chascun tout ainsi

Comme qu’il te feist vouldroies.

Et se tu vas parmy les voies,

Soies enclin à saluer;

Et si ne dois nul temps ruer

De ta bouche male parole:

Saiges est cil qui pou parole,

Et qui aime et désire paix

Oyt tousjours, voit et se tait.

Et se tu es en compaignie

Parlant de sens ou de folie,

Parle au plus tart[434] que tu pourras,

Escoute ce que tu orras,

Si que tu en saches parler

Quant ce vendra au paraler[435],

Et que ce soit par brief langaige;

Ainsi seras tenu pour sage.

Et ne le fusses ores mie,

Là fault-il jouer d’escrémie[436]

Assez mieux qu’au jeu du bocler[437],

Car on apparçoit tost, moult cler,

Qui veult à parler entreprendre[438],

S’il ne se garde de mesprendre,

Ou cler sens, ou clère folie.

Et pour ce clèrement folie

Cil qui de tost parler se haste.

Qui parle ne doit avoir haste,

Ains se doit trois fois adviser

Avant qu’il doie deviser:

La chose dont il veult parler,

Et à quel fin il puet aler,

Et ce qu’il en puet avenir;

Ainsi n’en puet nul mal venir.

Soies courtois et amiables

Envers tous et humiliables;

Par toy soient grans et menus

Tous temps amés et chier tenus,

Suy les bons et fuy les mauvais,

Aimes tous temps douceur et paix;

Et se tu ois tencions ne noises,

Garde toy bien que tu n’y voises,

Car nul ne se puet avancier

D’amer noises, ne de tencier.

Amis, se tu veulx advenir

Au manoir Richesse et venir

Dont je t’ay si fort oï plaindre

Que nuls homs ne le puet attaindre

Se n’est par paine et par doleur,

Laisses ester telle foleur

Et telle cogitation,

Et pren en toy discrétion.

Pren des deux voies la meilleur,

Laisses le bren[439] et pren la fleur[440]:

Se ne le fais, feras foleur;

Qui est à chois, le mieux doit prendre.

Et se tu veulx la voie aprendre

Que tu dis que tu ne scez pas,

Pour ce qu’il y a mal trespas,

Si comme tu dis, à passer

Par quoi on s’y puet trop lasser,

(C’est au beau manoir de Richesse,)

Je t’en aprendray bien l’adresse

Et ce qu’il en puet avenir;

Ainsi n’en puet nul mal venir

Qui[441] t’y saura bien convoier,

Sans toy feindre ne forvoier.]

Pren le chemin droit à main destre

Et laisse cellui à senestre,

Car le destre toutes gens maine

Droit à Richesse, en son demaine,

Mais que on ne se traie hors voie;

En cellui nul ne se forvoie,

Ainçois va tout à sa devise.

Or est droit que je te devise

Comme cil chemin est nommé

Qui tant est bel et renommé,

Et qui fait ceulx qui le vont, estre

Tous temps en très gracieux estre.

Cil chemin a nom Diligence,

Pavés[442] est de Persévérance.

S’en ce chemin te veulx tenir,

Tu pues à richesse venir

Et le chemin tost achever

Aiséement, sans toy grever,

Et avec Richesse manoir[443]

En son très gracieux manoir.

Car qui n’y va, ne tient qu’à lui,

Quant le cuer a si achailly

Qu’il het le bel destre chemin

Pour estre a l’ort senestre enclin.

Qui ce senestre veult aler,

Meschéans est au paraler,

Ni n’en puet eschapper n’estordre[444],

Ains lui convient telle hart[445] tordre

En paine, en meschief, en angoisse.

Cil chemins moult de gens angoisse

Et les fait vivre en grant destresse:

Laie[446] gent l’appellent paresse

Et li clerc l’appellent accide;

On n’y treuve confort, n’aïde,

Ne conseil, n’espoir, ne chevance,

Fors peine, ennuy et meschéance;

C’est un chemin moult destravé[447].

Plein de boullons[448], tout encavé;

N’il ne fera jà si beau temps

Qu’y puist tost errer qui est ens[449].

Là le tiennent en couardie,

Les grans boullons de fétardie,

D’ignorance et de niceté.

C’est le chemin de Povrété,

Une dame qui n’est prisée,

En ce monde, n’auctorisée

Ne qu’un viel chien, en vérité.

De lui vient toute adversité,

Meschief, peine, ennuy et contraire,

Arrière se fait donc bon traire

Du chemin qui à lui adresse,

Et prendre la plaisant adresse.

Du beau chemin de Diligence,

Car chascun puet veoir en ce

Qui est à chois et puet eslire,

Il ne doit pas prendre le pire;

Et s’il le prent et puis s’en veut

Repentir, quant il ne le peut

Recouvrer, c’est trop grant foleur.

Car qui bien laisse et prent doleur

Et se forvoie à escient,

Ne puet chaloir s’il en mesvient,

Car quant un cuer s’est forvoyés,

N’est pas de légier ravoiés.

S’il est ou chemin de Paresse,

Il tourne le cul à Richesse

Et va à Povreté tout droit,

Dont je t’ay parlé orendroit,

Qui fait si mal gens atourner;

Et quant il cuide retourner

Et s’apperçoit de sa folie,

Lors entre en grant mérencolie

Qui moult le travaille et le peine,

En pensée, en soussy, en peine,

En desconfort, en désespoir,

Dont il devient larron espoir[450],

Et tolt et emble aux gens le leur,

Dont en la fin muert à doleur.

Or sont aucuns qui veullent dire

Que destinée à ce les tire

Et les fait ensement aler.

Folie font d’ainsi parler,

Car ils ne scevent que ils dient:

Et les maléureux s’y fient

Qui dient souvent et menu,

Quant meschief leur est advenu,

Qu’ainsi leur devoit avenir,

Et le veulent pour vrai tenir

Et prennent en leur meschéance,

Par ce parler, glorifiance,

Et s’excusent de leur meffait,

Disans qu’ils ne l’orent mie fait

Par leur gré, mais par destinée

Qui au naistre leur fu donnée.

Ceulx qui le croient se deçoivent,

Ne croient pas si comme il doivent,

Car à nullui n’est destiné

Qu’il soit pendu ne traïné,

Ne qu’il meure de mort vilaine,

S’il ne met au desservir peine.

Meschief contrester chacun puet

Qui entendre à bien faire veult,

N’il n’est pas de nécessité

Qu’à nul aviengne adversité,

Mais advient par cas d’aventure,

Quant folement on s’aventure.

Destinée ne puet contraindre

Nul, si qu’il ne se puist refraindre,

Mais qu’il ait bonne voulenté;

Et s’il est à la fois tempté

D’aler faire aucune aatie[451],

S’avec lui suy[452], je le chastie

Et lui oste celle pensée

Qui en son cuer estoit entrée,

Et lui donne advis et mémoire

Decontrester, s’il me veult croire,

A mauvaise temptation,

Dont il vient à salvation.

Ainsi peus veoir clèrement

Que destinée nullement

N’a nul povoir de chose faire

Que je ne puisse tost deffaire,

Au mains s’elle ne m’est célée

Si qu’au fait ne soie appellée;

Car nul fait qui sans moy est fet

Ne puet venir à bon effet,

Mais communément en meschiet,

Et par ce meschief il eschiest

Que destinée y pren le nom

D’estre vertu et grant renom,

Car pluseurs dient et soustiennent

Que bien et mal par elle viennent

Et que nul contrester ne puet

A ce que destinée veult;

Mais tous ceulx en sont décéu,

Qui ont ceste créance eu,

Car s’il estoit au Dieu vouloir

Que destinée éust povoir

Dessus les gens si comme on dit,

Que vauldroit bon fait ne bon dit,

Ne soy à bonnes euvres traire?

Nul n’aroit mestier de bien faire

Quant bien fait ne le secourroit,

Ainçois villainement mourroit,

Et s’ensuiroit, quoy que nuls die,

Que s’uns homs à mal s’estudie,

Et emble, et tue, et fiert, et bat,

Quant il n’y puet mettre débat

Pour destinée qui l’enforce

A tous maulx faire par sa force,

Que monstré n’en doit estre au doit

Puisqu’il ne fait que ce qu’il doit:

Et Dïeu mesmes qui scet tout

N’en doit avoir vers lui courroux,

Puisque ce n’a-il mie fait,

Mais Destinée tout ce fait.

Certes mais il est autrement,

Et quiconques maintient il ment

Que[453] destinée vertus soit,

Et qui le croit il se déçoit.

Fay donc ce que je t’ay apris,

Se tu veulx avenir à pris;

Laisse le mal et pren le bien,

Quant avoir le pues aussi bien,

Et plus légièrement assez,

Car on est cent fois moins lassé

Ou beau chemin dessus nommé

Que Diligence t’ay nommé

Qui toutes gens à honneur maine,

Et cent fois y a moins de paine

Qu’ou hideux chemin de paresse

Plain de douleur et de tristesse

Où nul ne pourroit estre à aise,

Ne faire chose qui lui plaise,

N’estre en estat, ne bien nourry;

Car le chemin est si pourry

Qu’on y entre jusques au ventre,

Maleureux est cil qui y entre!

C’est un chemin ou nuls ne court,

Mais, sans faille, il est assez court

Tant soit-il ort et desrivé[454],

Car on est tantost arrivé,

Sans y quérir autre adresse,

Droit au manoir où il s’adresse,

C’est assavoir chez Povreté

Où l’en vient tout desbareté[455],

Nu, deschaux, et de froit tremblant

Et de très-douloureux semblant,

Le corps courbé, acrampely[456],

Affin qu’on ait pitié de ly.

Mais de tels gens, en vérité,

Doit-on avoir peu de pitié

Quant il sont en si bas dégré:

Puisqu’ils se mettent tout de gré

En si doloreuse aventure,

Que mésaise aient c’est droicture.

Se tu crois doncques mon conseil

Que je, pour ton preu, te conseil,

Cest ort chemin hideux hairas,

Ne jamais jouir ne t’y verras.

Remenbre toy des meschéans

Que tu es chascun jour véans

Qui si maleureux deviennent

Quant en ce chemin se tiennent.

Beau chastiement met en lui

Qui se chastie par autrui.

Se uns homs entre en mauvais pas

De gré, ou qu’il ne saiche pas,

(Si comme assez souvent eschiet,)

Et en ce mau pas lui meschiet,

Cellui d’après qui le regarde

Ne le suit pas, ainçois se garde

D’aler après, qu’il ne se blesse,

Et s’en va querre une autre adresse

Qu’à droit port le fait arriver.

Tout ainsi dois-tu eschiver

Tous temps le chemin et la voie

Que tu scez et vois qui avoie[457]

Toutes gens à chétiveté,

A angoisse et à povreté,

Et que chascun jour pues véoir

Qui ne leur fait que meschéoir[458],

N’en ce chemin bien n’orent oncques.

Eschive le erraument doncques,

Et met les pans[459] à la sainture,

Et si t’en cours grant aléure,

Et à main destre pren t’adresse

Au beau chemin qui tost adresse

Tous ceulx qui y vont, et agence

En tout honneur: c’est Diligence

Le beau chemin plain de noblesse,

Nuls n’y puet avoir fors léesse

Par la planté des biens qui viennent

A tous ceulx qui ce chemin tiennent.

Il est lonc merveilleusement,

Mais il n’ennuye nullement

A ceulx qui veullent avenir

Au manoir Richesse et venir,

Ainçois errent et jour et nuit

Sans ce que goute leur ennuit.

Chascun a désir qu’il se voie

En ce chemin. Droit en my-voie

A deux sentes dont l’une à destre

S’en va droit, et l’autre à senestre.

De la destre te vueil parler:

Par celle fait-il bon aler,

Car tant est vertueuse adresse

Qu’il maine à parfaicte richesse;

C’est Souffisance la séure

Qui ceulx qui là vont asséure

Et les fait vivre en bon espoir

Sans penser à nul désespoir,

Car tout ce qu’ils ont leur souffist.

Soit à dommage ou à prouffit,

Dieu loent sans estre lassés

Aussi tost d’un pou com d’assez.

Cils sont riche parfaictement,

Et nuls n’est riches autrement

S’il ne va parmy Souffisance,

Et fut-il ores roy de France.

De l’autre sente te diray,

La vérité n’en mentiray:

Elle va à senestre partie,

Mais c’est bien chose mi-partie[460]

Envers celle qui va à destre,

Car nul n’y puet assouvis estre.

Celle sente a nom Convoitise

Qui les cuers enflambe et atise

D’estre convoiteux sur avoir;

Qui plus en a, plus veult avoir,

Tousjours de plus en plus convoite,

D’aler avant si fort les coite[461]!

Et quant ils viennent au chastel

De Richesse qui tant est bel,

Avis leur est que riens fait n’ont

S’encores plus avant ne vont.

D’aler oultre est bien leur entente,

Tant com leur durra celle sente,

A quelque peine que ce soit;

Mais certes elle les déçoit.

Mal en virent oncques l’entrée,

Car quant personne y est entrée,

Ne se peut d’avoir saouler,

Ains vouldroit bien tout engouler;

Ne se daignent là arrester,

Mais vont tousjours, sans contrester,

Querre meilleur pain que froment,

Dont, puis, se repentent souvent;

Car quant bien hault se sont juchiés,

A un seul coup sont trébuchiés,

De Fortune qui ne voit goute,

Qui de sa roe si les boute

Qu’en la boe les fait chéoir:

On le puet chascun jour véoir.

Quant ils se voient décéus

Et du hault au bas chéus

Où fortune les a flatis[462],

Lors ont les cuers si amatis[463]

Et si vains que du tout leur faillent,

Et ne scevent quel part ils aillent,

Tant sont honteux et esbahis,

Et se tiennent pour fols naïs[464],

Chétis, las, courbés, sans léesse,

Entrans ou chemin de Paresse,

Et s’en vont droit à Povreté,

Desconfit et desbareté,

Ne jà puis jour ne seront aise,

Ainçois languiront en mésaise,

Et en tel estat se mourront,

Et, par aventure, pourront

Faire aucun vilain maléfice

Dont il seront mis à justice.

Donc pues-tu véoir et entendre

Qu’il fait très mauvais entreprendre

Sente qui est si périlleuse,

Si forvoiant, si fortuneuse

Comme est celle de Convoitise,

Car nul n’y a s’entente mise

Qui en la fin ne s’en repente.

Eschieve doncques ceste sente

Et pren celle de Souffisance,

Et tu auras tousjours chevance

Et assez tant com tu vivras;

Assez as-tu quant ton vivre as,

Entre les gens, honnestement,

Et as souffisant vestement

Et à l’avenant le surplus:

Fol es se tu demandes plus.

Puis que tu l’as par loyauté,

Tu as plus qu’une royaulté

Sans souffisance ne vauldroit,

Se tu regardes bien au droit.

Et s’il advient que servir doies

Je te deffent que tu ne soies

Envers ton maistre courageux,

Orguilleux, fel, ne oultrageux.

Tousjours lui fay obéissance,

Et enclines à sa plaisance,

En tous estas[465], sans rebeller,

Et ne te dois nul temps mêler

D’argüer ne de contredire

Chose que tu lui oies dire:

S’il parle à toi, si lui respons

Doulcement, sans vilain respons,

Sans rebrichier[466] et sans groucier,

Craindre le dois à courroucier.

Et si ne dois en nul temps faire

Chose qui lui doie desplaire

Pour enseignement que tu truisses[467]

Au moins puis qu’amander le puisses,

Tu le dois amer de vray cuer,

Sans lui estre faulx à nul fuer,

Et se tu l’aimes, tu feras

Son vouloir et le doubteras

En tous estas, j’en sui certaine,

Car amours est si souveraine

Que toutes vertus lui enclinent

Et de lui obéir ne finent.

C’est moult puissant vertus qu’amour!

Met-la donc en toy sans demour,

Car qui aime de cuer, il craint:

Bonne amour à ce le contraint

Qui le met en obéissance

Par sa vertueuse puissance,

Et le tient en subjection

Sans user de déception[468].

Mais s’aucun craint, ne s’ensuit mie

Qu’il ait en lui d’amour demie[469]:

Amour n’obéist pas à crainte,

Ne nullui n’aime par contrainte,

Car on craint bient ce que l’en het,

Que ce soit voir, chascun le scet;

Mais qui bien aime, craint et doubte:

De ce ne doit nuls avoir doubte.

Aimes donc ton maistre et le sers

Loyaument, et s’amour dessers[470];

Et quant ton bien aparcevra,

Vers toy fera ce qu’il devra,

Ne jà ne saura estre avers.

Et se tu le sers au travers,

Sans lui amer et chier tenir,

Nul bien ne t’en poura venir,

Ains perdras avec luy ton temps

Et si auras à lui contemps,

Ou vilment congié te donra

Et si diffamer te pourra

En pluseurs lieux, par aventure,

Que nullui n’aura de toy cure.

Ainsi en tous estas perdroies,

Se par amour ne le servoies.

Quiconques sert il doit amer

Son maistre de cuer, sans amer[471],

Et de si loial cuer servir

Que s’amour puisse desservir.

Prendre doit trois conditions

De trois significations

Que briefment je te nommeray,

Et puis si les exposeray.

Premier, dos d’asne doit avoir

Se bien veult faire son devoir;

Secondement, comment qu’il voit[472],

Oreilles de vache avoir doit;

Et tiercement doit avoir groing

De pourcel, sans aucun desdaing.

Ces trois conditions estranges,

Se tu sers, pas de toy n’estranges,

Mais mect tousjours paine et estude

D’avoir les par similitude,

Quant sauras l’exposition

De leur signification

Que je te veuil dire et aprendre.

Par dos d’asne tu pues entendre

Qu’avoir dois le fais et la charge

De ce que ton maistre te charge,

Et que de toutes ses besoignes,

Sans faire obliance, tu soignes;

Tu en dois la somme porter

Pour mieulx ton maistre déporter;

Et pour bien faire ton devoir,

Lui dois souvent ramentevoir

Et avoir chier sur toute rien

Le sien prouffit comme le tien.

Après, par oreille de vache

Pues-tu entendre, sans falache[473],

Que tu dois ton maistre doubter,

Et s’il te laidenge[474], escouter

Sans ce que contre lui t’orgueilles;

Faire lui dois grandes oreilles,

Et faire semblant toutesvoies

Que tu n’ois adonc, ne ne vois.

Quant le verras de tencier chault,

Tais-toy tout coy et ne t’en chault,

N’à tort, n’à droit, ne respons point

Tant comme il est en ycel point,

Car trop s’en pourroit engaignier;

Autre chose ne puet gaignier

Servant qui respont à son maistre,

Soit chevalier, bourgois ou prestre.

Qui se tait et point ne rebelle,

C’est une vertu bonne et belle:

Ceste-cy, se tu me veulx croire,

Aras-tu tousjours en mémoire.

Par groing de pourcel ensement

Peus-tu entendre clèrement

Qu’en toy ne doit avoir danger

Ne de boire, ne de menger,

De grant disner, ne de petit:

Tous dois prendre par appétit

Et en bon gré, se tu es sage,

Sans mener despit ne haussage,

Orgueil, ramposnes, ne desdaing,

Et fay tout ainsi com le groing

Du pourcel qui partout se boute;

Tout prent en gré, riens ne déboute,

Ainçois se vit de ce qu’il treuve

Liement, sans faire repreuve[475],

Tout treuve bon et savoureux,

De nulle rien n’est dangereux[476].

Par semblable, ne dois-tu estre[477]

Quant tu es à l’ostel ton maistre,

Ains te doit tout plaire et souffire,

Sans rien refuser ne despire.

A tant se tut Raison la sage;

Lors tournay un pou mon visage,

Et pour penser mieulx m’acosté;

Donc s’en vint de lez mon costé,

Uns homs saiges et plain d’avis,

Ainsi comme il me fu avis

Et il en est bien renommés,

Entendement estoit nommés.

Beaux amis, dist-il, or entens:

Se tu veux emploier ton temps

A faire ce que Raison dit,

Tu feras que sage, à mon dit.

Elle t’a cy moult sermoné,

Moult bonne exemple t’a donné:

Se tu l’as scéu retenir,

Tu en pues à grant bien venir

Selon Dieu et selon le monde;

Croy la, et j’octroy qu’on me tonde,

(Se de ce qu’elle a dit t’apens[478];)

Se tu jà nul jour t’en repens:

Et tu l’apparcevras à l’ueil;

Quant à or, plus dire n’en vueil,

Car on doit mettre son assent[479]

Autant à un mot comme à cent.

Quant j’oy un pou après pensé,

Repensé et contrepensé

A ce que Raison apris m’ot,

Et bien recordé mot à mot

Par le conseil d’Entendement,

Et que j’estoie en grant dément

De tout en mon cuer retenir,

Ès-vous un homme à moi venir

Qui bien sembloit estre advocas

Qui parler scéust en tous cas:

Moult sembloit estre sages hom

Selon droit et selon raison;

Coiffe et habit fourré portoit,

Et richement se déportoit:

Preudoms sembloit, et sans riot,

Clerc et varlet avec lui ot.

Le maistre fu Barat[480] nommés,

De ce ne fu pas mesnommés:

Son clerc avoit nom Tricherie,

Et son varlet Hoquelerie[481].

Barat s’est de lez moy assis,

Et commença par mos rassis

A parler attrempéement

Aussi comme par chastiement.

Auras-tu huy assez pensé?

Di, chaitif, qu’as-tu empensé?

Veulx-tu croire Raison la fole

Qui ceulx qui la croient affole?

Se tu la crois, chaitif seras

Tant com de son sens useras;

Nuls ne puet à estat venir

Qui se veult à Raison tenir,

Mais à grant paine se chevit

Et tousjours en souffreté vit

Sans avoir nulle chevissance.

Or est fols qui a souffisance

Quant au cuer a tant de doleur;

Je le tendroie à grant foleur

Qui selon raison ouverroit:

Jamais riche ne se verroit,

Ains seroit tousjours en un point

Sans ce que il enrichist point.

Tousjours seroit com povre et chiche,

Dolent, subjet et serf au riche

Dont souvent s’oroit laidengier:

Ainsi vivroit en grant dangier.

Qui a le cuer pur, net et monde,

Povre est et n’a loy[482] en cest monde,

Ne ne puet venir à estat;

Met doncques Raison en restat[483]

Et me crois, si feras que sage,

Car s’user veux de mon usage,

Tu seras tantost surhaucié,

Riche, puissant et essaucié;

Servis et honneurés seras,

Et tout à ton plaisir feras.

Tu ne feras que commander,

Chascun vendra à ton mander:

Tous temps vivras en tel conroy

Com se tu fusses duc ou roy,

Car tous auras tes aisemens.

Se tu fais mes enseignemens

Que je te vueil dire et aprendre,

Moult bon exemple y pourras prendre.

Flateur soies premièrement,

Car c’est le droit commencement

Par quoi on puet à bien venir

Et à grant estat avenir:

S’avenir y veulx, sans deffault,

De _Placebo_ jouer te fault.

Soies en tous lieux décevant

Où tu seras, et par devant

A toutes gens fais beau semblant,

Si leur iras le cuer emblant,

Et faing que tu soies loyaulx,

Vrais en cuer et espéciaulx[484];

Aquier des amis, sauf le tien[485],

Serré par devers toy le tien.

Ne soies pas larges, mais chiches;

Ainsi seras tu tantost riches.

Quel compaignie que tu truisses,

Là ne despens riens que tu puisses[486],

Aies le cuer bault[487], et te truffes,

Et dy des gorgées et des truffes

Quant tu verras qu’il sera point,

Et met paine à le faire à point;

Par ce seras tu bien venus

En compaignie, et chiers tenus.

Après, ne te doit ennuyer

De voulentiers gens conchier[488]

En tous estas, et mettre en voie

Que tu aies de leur monnoie,

Ou soit à droit, ou soit à tort,

Ou par contrainte, ou par accort;

Et se bien me veulx apaier[489],

Acrois[490] partout sans riens payer,

Et voulentiers par tout mescompte[491],

Ne jà du péchié ne fais compte;

Ceulx qui te doivent fay contraindre,

De les mengier ne te dois faindre,

Et les mener à povreté

Sans avoir d’eulx nulle pitié:

Ne te chault s’ils perdent chevance,

Mais que tu aies leur substance;

Soies tousjours tout prest de prendre,

Mais garde-toi bien de riens rendre.

Je te deffens que tu ne paies

A âme chose que tu doies,

Et s’aucun te faisoit semondre[492]

A qui il te faulsist respondre,

Ou soit à bel, ou soit à let,

Moy et mon clerc et mon varlet

Tous ensemble t’irons aidier

Ou cas qu’il te fauldra plaidier.

Se tu nous crois, tu materas

Tous ceulx à qui tu plaideras,

Sans faillir en nulle saison,

Soit droit, soit tort, maugré raison,

Tousjours à ton besoing vendrons

Et bien près de toi nous tendrons

Et te feron tost achever

Tes causes et en hault lever

Ton estat, habonder et croistre,

Tant que bien te pourras acroistre.

Après, te vueil encor aprendre

Trois choses qu’il te fault emprendre

Se tu veulx tost monter en pris

Et si sont d’assez moien pris.

La première est que tu te vestes

De bonnes robes et honnestes

Fourrées à leur avenant[493]:

Si en seras plus avenant[494],

Plus honnourés et mieulx prisiés

Et entre gens auctorisiés

Et tenus pour sage de tous,

Et fusses tu fols et estous.

La seconde chose est mentir

Soubtivement, sans alentir,

Par beaux mos polis, plains de lobe,[495]

Ce siet bien sur la bonne robe:

Par ce pourras tu faire acroire

Que mençonge soit chose voire

Et que vérité soit mençonge,

Ne qu’on y croie ne qu’en songe.

La tierce chose est vraiement

Que tu faces hardiement

Quanque tu auras empensé,

Soit bien pensé ou mal pensé;

Tu dois hardiement ouvrer

Se grant avoir veulx recovrer,

Car cil qui hardiement ne euvre

Et est honteux, riens ne recoeuvre,

Mais est povre et las en ce monde,

Et li hardi tousjours habonde

Puis que beau langage a en main.

Partout et à soir et à main

Les trois derreniers poins tiens

Et principalment les retiens

Et tu auras tousjours chevance

Combien que tout soit décevance,

Car nul ne puet chevance avoir

S’il ne met paine à décevoir

Et s’il n’est bien malicieux,

Viseux[496] et caut et engineux,

Semblant doulx et courtois vers tous,

Et en cuer faulx, rude et estous:

Et que tousjours rie sa bouche

Combien qu’au cuer point ne lui touche,

Car combien que beau semblant moustre,

Le ris ne doit point passer oultre

Le neu de la gorge, à nul fuer;

Des dens doit rire et non du cuer.

Il doit estre blaffart[497] toudis,

Et en tous fais et en tous dis

Les puissans doit aplanier[498]

Par souples mos et festier,

Et leur porter grant révérence,

Car on puet moult acquester en ce;

Des povres ne puet il chaloir,

Car ils ne pevent riens valoir:

Ceulx là fait bon bouter arrière,

Sans leur faire semblant ne chière,

Et du tout en tout soy retraire,

Le ménagier de Paris (v. 1 & 2) · 第 21 / 54 段