Nous sommes habitués maintenant aux feuillages follement agités du
cinéma et le feuillage rigide du théâtre nous semble encore moins
naturel. Je faisais cette remarque à l’un des décors de _Faust_,
extrêmement agréable, d’une valeur de tableau, mais, comme un tableau,
donnant la sensation d’être en dehors du mouvement. Il y a là une
contradiction qui nous est plus sensible que jamais entre la nature
agitée du premier plan et la nature figée des lointains, pas assez
lointains pour qu’il fût admissible d’y voir les choses légères dans une
telle immobilité. Mais, il faut en prendre son parti. Tout
perfectionnement dans la mise en scène ne fera qu’accentuer son côté
artificiel et plus un décor approchera en de certains points de la
vérité et de la perspective, plus il s’en éloignera par certains autres.
On arrivera sans doute à des concordances précises du cinéma et du
phonographe qui donneront des représentations parfaites pour l’ouïe
comme pour la vue, mais peut-être que cela ne sera plus de l’art. Les
combinaisons mécaniques peuvent devenir d’un réalisme absolu et
satisfaire moins le sens esthétique qu’un certain désaccord entre les
deux éléments spectaculaire et auditif. D’ailleurs, c’est là un point
secondaire. Il était bien plus intéressant pour moi de remarquer combien
le côté mélodrame de la vieille tragédie romantique et éternelle
empoignait le public, plus sensible, au malheur de Marguerite qu’à la
fantasmagorie métaphysique où elle n’est en réalité qu’un accessoire. Il
faut convenir qu’il a raison et qu’il n’y a que cela de bon dans le
«premier _Faust_». L’humain ne se démode pas. Il n’en est pas de même du
surhumain.