LA SAVOIE

Il est bien curieux, ce nouveau guide en Savoie que vient de publier M.

van Gennep, au nom si peu savoyard, mais qui n’en a pas moins de

multiples raisons pour aimer ce pays, qu’il connaît mieux que quiconque.

Guide n’est pas le mot. C’est plutôt une monographie pittoresque,

quoique, si j’allais là-bas, je l’emporterais sans doute avec moi plus

volontiers que tels ou tels guides proprement dits, car avec lui,

j’emporterais l’âme même de la Savoie. Histoire, géographie, contes,

légendes et traditions, il résume tout cela dans une manière sûre et

agréable aussi. On y apprend que, comme toutes les autres provinces

curieuses de France ou des entours, la Savoie fut découverte par les

Anglais. Ce sont eux qui les premiers contemplèrent ses montagnes avec

un regard désintéressé, avec l’espoir d’y trouver une émotion. Cela

remonte au XVIIe siècle, à l’heure où les Français qui auraient pu

partager de tels sentiments se contentaient de voyager de Paris à

Fontainebleau, en carrosse mal suspendu. Un Anglais parcourait alors

l’Europe «à cheval, en charrette, en bateau, en chaise à porteurs, mais

surtout à pieds». Plus tard il se lança à travers l’Orient mais si

c’était encore assez hardi, ce l’était peut-être moins que d’explorer la

Savoie. Il faut retenir son nom, c’était un certain Thomas Coryat. Sa

relation n’a pas encore été entièrement traduite. Avant lui, le Vénitien

Morosini a dit quelque chose de la Savoie, mais Morosini n’a aucun sens

du pittoresque. Il l’a beaucoup moins que l’historien latin Ammien

Marcellin, qui donne du paysage alpestre un tableau assez saisissant et

parle romantiquement de l’horreur des neiges éternelles. Trois Italiens

du XVIIe siècle connurent aussi la Savoie, qui les étonna. Après eux, il

n’en est plus guère question jusqu’à Jean-Jacques et à son aventure des

Charmettes. On sait que la Savoie existe, on la traverse mais on ferme

sans doute les yeux à ce moment, on ne la voit pas. Le livre de M. van

Gennep me l’a montrée. Avant lui je ne la connaissais guère.

La fin de l'art · 第 62 / 71 题