LE LIMOUSIN

Ce fut, au grand siècle, un pays ridicule et, de plus, un lieu d’exil.

Un sieur Jannart, ami de Fouquet et parent de La Fontaine, ayant été

prié de se retirer à Limoges, le poète l’y suivit. Plusieurs de ses

lettres à Mlle de La Fontaine sont datées de cette ville; il en goûte

surtout la table et la bonne compagnie, dont il loue les mérites. On y

voit cependant que la connaissance du français cessait vers Bellac: plus

loin, le paysan ne parle que son patois. On croyait fermement, dans le

reste de la France, que le Limousin était un pays de rustres, quasi de

sauvages, et ce nom seul suffisait à faire rire. M. de Pourceaugnac est

«gentilhomme limosin», et cela tout d’abord égayait le parterre.

Molière, ayant à plaire au public, devait feindre de partager ses

préjugés. La Fontaine ne les partage point, mais il les connaît:

«N’allez pas, dit-il, vous figurer que le reste du diocèse soit

malheureux et disgracié du ciel comme on se le figure dans nos

provinces. Je vous donne les gens de Limoges pour aussi fins et aussi

polis que peuple de France.» Cependant il les trouve un peu

complimenteurs et ils ne lui plaisent point. Le préjugé contre cette

province et ses habitants dura longtemps. Encore au siècle dernier on ne

voulait les connaître que d’après les maçons qui en étaient presque tous

originaires. Auvergnats, Savoyards, Bretons et Limousins passèrent

longtemps pour des types peu recommandables, gros paysans sales,

mangeurs de soupe, avares et retors. Puis on vit peu à peu qu’ils

ressemblaient à tous les autres paysans et qu’ils avaient leurs mérites.

Comme pays, le Limousin est encore un des moins connus, bien qu’il soit

l’un des plus pittoresques. Mais son tour est enfin venu de connaître la

mode, de recevoir et peut être de garder les visiteurs. Étant le dernier

découvert, il est certainement le moins gâté. Touristes, profitez de

cette virginité.

La fin de l'art · 第 61 / 71 题