Le rhume est un état où on ne peut ni parler, ni lire, ni écrire, ni
penser à autre chose qu’au mal ridicule qui nous étreint. La grande
distraction de l’homme enrhumé est d’abord de rechercher dans ses
souvenirs, épais comme le brouillard, la cause de son rhume. Il ne la
trouve jamais avec certitude. Il semble qu’on n’ait rien à se reprocher
et pourtant le mal est venu. Il est là. On le sent grandir avec
épouvante. Mais les souvenirs s’épaississent encore, et il ne nous reste
de conscience que pour courir après une respiration qui menace de
s’échapper tout à fait. Le rhume est un mal ridicule, mais aussi un mal
affreux. Il est probable que s’il durait plus de vingt-quatre heures à
l’état aigu, il serait classé parmi les tortures. Mais si ce n’était pas
une torture, ce serait encore une humiliation, car ses manifestations
extérieures rendent l’homme grotesque. Le rhume vous retranche de
l’humanité. D’ailleurs, maintenant que l’on voit la contagion partout,
on s’écarte volontiers de l’homme enrhumé. Mais si le rhume se transmet
par contact, rien n’est plus capricieux. S’il y a un microbe de la
chose, ce qui est possible après tout, c’est un microbe fantasque, qui
se développe dans les courants d’air, dans les souliers humides et de là
saute subrepticement dans les fosses nasales. Je ne pense pas que l’on
ait même tenté un commencement d’explication de la relation qui existe
entre la plante des pieds et le siège du sens olfactif. C’est un des
mystères de la physiologie humaine et l’un des plus désagréables. Mon
état ne me permet pas de creuser davantage la question, mais il m’impose
de la soumettre aux physiologistes. Il me reste tout juste assez de
lucidité pour envoyer chercher chez le pharmacien des drogues inutiles,
mais dont l’essai me fera toujours passer le temps.