Il n’y eut jamais plus de tuberculose sous toutes les formes que depuis
qu’on a imaginé de s’en prémunir par tous les moyens possibles. Un
médecin, récemment, nous mettait en garde contre chiens et chats qui
peuvent fort bien la transmettre, surtout aux enfants qui jouent
intimement avec eux. La vérité est que tout est dangereux et qu’il n’y a
rien de plus dangereux que l’exercice même de la vie, mais aussi que
moins on pense à ces dangers de tous les instants, et mieux cela vaut.
Le microbe de la contagion est partout. Il nous guette à chaque
mouvement et il n’y a vraiment qu’un moyen de lui échapper, c’est de
tâcher de mettre son organisme en état de résistance constante. On a
soutenu que la fièvre typhoïde dont l’agent est également répandu
partout s’attaquait principalement aux débilités et que la vraie cause
de sa fréquence dans les casernes était beaucoup moins l’eau que l’état
de fatigue des jeunes soldats. La médecine est orientée à ne considérer
que les germes vivants des maladies, mais le terrain où tombent ces
germes ne saurait être indifférent. L’hygiène sociale ne doit pas faire
oublier l’hygiène individuelle dont le premier commandement est une
saine nourriture. Mais comment recommander cela sans ironie à toutes ces
pauvres femmes qui travaillent pour un salaire qui leur permet de
déjeuner avec quatre sous de charcuterie et deux sous de cerises? Nous
prenons toutes les questions à rebours et nous sommes très surpris de
n’arriver à rien. Si un enfant peut attraper la tuberculose en jouant
avec un chien, il peut tout aussi bien l’attraper en jouant à l’école
avec un camarade ou en ne jouant pas, en s’asseyant seulement à sa place
sur son banc. Il faudrait ne pas vivre. C’est bien cela. Ce serait même
le seul moyen de ne pas mourir.