Un statisticien vient de découvrir qu’il y a plus du tiers des habitants
de Paris qui demeurent dans des logements trop étroits, entassés les uns
sur les autres, et que cela est très malsain. Les malheureux réduits à
vivre dans ces étouffoirs seront les premiers de son avis, mais ils lui
feront observer que ce n’est pas tout à fait leur faute et qu’ils
préféreraient même posséder un hôtel entre cour et jardin ou même une
simple villa dans les environs. Mais au prix où sont les pierres
façonnées en maisons, ils sont obligés de se contenter de peu, bien que
cela les navre. S’ils sont voués au suicide lent, ils ne l’ont pas
choisi. C’est déjà très beau pour un pauvre homme, chargé d’une famille,
si peu nombreuse qu’elle soit, d’avoir conquis un tout petit appartement
dans une vieille maison et il est de son devoir de s’en consoler en se
représentant la vie de ceux qui couchent sous les ponts ou qui sont
forcés de s’en remettre aux hospitalités ingénieuses de M. Cochon. Quand
on soulève de ces tristes questions, on devrait en tenir la solution
dans sa main fermée et l’ouvrir au bon moment, pour en faire jaillir la
surprise. Autrement, c’est se jouer de notre sensibilité, car nous n’y
pouvons rien. Et même, du train dont montent les loyers, ce ne seront
bientôt plus les seuls pauvres qui étoufferont dans des casiers
minuscules, ce seront encore les petits employés, les petits retraités,
se loger dans un vrai appartement tendant à devenir un luxe qui n’est
pas à la portée du premier venu. Je souhaite vivement que les maisons à
bon marché dont on parle tant soient un remède à cette misère, mais je
n’y compte nullement. Ce sera très beau si les architectes consentent à
n’y mettre que tout juste la quantité de faux luxe qui permettra de ne
pas y louer plus cher que dans les autres.