Je vois sur le prospectus d’une «Université» mondaine l’indication d’un
cours de frivolités! Il y a là un double signe de décadence si marqué
que je lui dois bien quelques réflexions. C’est d’abord le mot
Université tombé à rien, à qualifier un endroit où l’on donne des leçons
de piano, où l’on conte ces anecdotes historiques qui prennent le titre
d’histoire, où des tableaux pittoresques de Paris, quasi
cinématographiques, s’appellent sociologie, où cent choses de jeu sont
qualifiées d’enseignement, où l’enseignement vrai se dérobe sous la
fanfreluche. Rien de plus gentil et qui mérite mieux d’être fréquenté
par les jeunes filles et qui peut-être soit mieux à leur mesure, mais
rien qui déconsidère plus sûrement le vieux mot d’Université, jadis si
grave et si riche. Cette Université enrubannée et les universités
populaires, qui n’y ressemblent guère, mais étaient aussi des sortes de
parodies, tout cela montre que le vieux nom d’Université n’est plus
guère pris au sérieux et c’est assez juste, car on a fini par
s’apercevoir que la scission est à peu près absolue entre l’âme
française et l’âme universitaire. Chacune chante de son côté. Bien peu
d’écrivains d’aujourd’hui et même de philosophes qui aient une culture
universitaire. On voit même parmi eux des sortes d’illettrés qui font
fort bonne figure dans la corporation. La culture littéraire de la
France s’élabore plus que jamais en dehors de l’Université. Et
finalement je trouve charmant que ce nom et ce titre soient usurpés par
un institut de frivolités. La vieille Université ne peut qu’y gagner:
est-ce que d’éminents professeurs ne professent pas aux deux sièges? On
s’y méprend. Est-ce la coupe qu’ils enseignent à la Sorbonne, la danse
ou l’aquarelle? On le croit quelquefois. Et pour bien des raisons cela
n’a aucune importance.