CORRESPONDANCES

On va publier les lettres de Verlaine à un de ses amis. Elles s’étendent

sur un grand espace de temps, une trentaine d’années. Si elles sont très

intéressantes, je ne les ai pas feuilletées assez longtemps pour m’en

rendre bien compte, mais elles sont des lettres de Verlaine et cela

suffit. Il n’avait pas toujours beaucoup de distinction dans sa prose et

il y en a moins que jamais dans ces lettres à un camarade; l’on y verra

du moins la preuve qu’il est quelquefois bon de séparer l’homme de

l’écrivain et d’en faire l’objet de deux jugements séparés, si l’on

tient à juger. Mais, et c’est là ce que je voulais dire, le ton lâché

d’une correspondance peut venir aussi de la qualité du correspondant et

du genre d’amitié qu’il inspire. C’est pourquoi on regrettera toujours

de ne pas posséder les correspondances complètes, les lettres des deux

parties. Je ne connais que peu de recueils de ce genre, en dehors de la

correspondance de Gœthe et de Schiller, de Flaubert et de George Sand,

où les épistoliers parurent à un moment à peu près sur le même plan.

Quand l’un des correspondants est inconnu ou sans grande réputation, on

supprime généralement ses lettres, sans se douter qu’on supprime ainsi

une partie de l’intérêt que présentent celles que l’on a conservées. De

la sorte, la plupart des correspondances ressemblent à des dialogues où

l’on aurait effacé les répliques d’un des discoureurs, à une scène de

comédie réduite à un seul rôle. Mais qui voudrait qu’un Verlaine eût

conservé les lettres qu’on lui adressait? Ce ne serait plus le poète

errant et malade, ce ne serait plus Verlaine. Félicitons-nous plutôt

qu’un de ses amis eût songé à garder dès 1868 la plupart (car il en

manque certainement) des lettres qu’il en recevait. Cet homme était-il

un homme d’ordre? Avait-il prévu la fortune singulière de son ami? Peu

importe. J’en ai tenu un instant le manuscrit autographe. Il est,

matériellement, bien curieux.

La fin de l'art · 第 42 / 71 题