LXXVI

--Chambre des députés,--Séance du 24 mars 1836.--

Après la dissolution du cabinet du 11 octobre 1835, et la formation d'un

cabinet par M. Thiers, (22 février 1836), la demande des fonds secrets

par le nouveau ministère amena, sur la dernière crise ministérielle et

la politique future, des explications auxquelles je pris part en ces

termes:

GUIZOT.--Je n'avais nul dessein de prendre la parole dans ce débat;

j'avais même le dessein de me taire. Mais au milieu de ce mouvement

subit d'explication et de sincérité qui s'est emparé de toutes les

parties de la Chambre, j'éprouve le besoin de dire aussi très-brièvement

ce que je pense de notre situation, et quelle est celle que, pour mon

compte et, j'ose le dire, pour celui de mes amis, je me propose de tenir

devant la Chambre.

Je demande à la Chambre la permission d'écarter sur-le-champ toute

considération, toute question personnelle; je n'ai pas coutume, la

Chambre me fera, j'en suis sûr, l'honneur de me croire, de m'établir sur

ce terrain. J'ai défendu la politique qui a prévalu depuis six ans; je

l'ai défendue comme simple député, sans y avoir aucun intérêt. Comme

ministre, j'ai aidé, il m'est permis de le dire, j'ai aidé M. Casimir

Périer à faire prévaloir cette politique; j'aiderai mes successeurs

comme j'ai aidé mes prédécesseurs, avec le même zèle, là même franchise.

(_Très-bien! très-bien!_)

J'écarterai également tout le passé. Je n'ai pas plus qu'un autre la

manie d'en faire un continuel sujet de récriminations, un obstacle au

rapprochement des esprits, à l'extension de notre ancienne majorité, un

obstacle aux victoires de notre politique, de cette politique que nous

avons soutenue dans les mauvais jours, et à laquelle on se rallie

aujourd'hui dans les jours de prospérité. On nous l'a contestée pendant

cinq ans, quand l'émeute grondait aux portes de cette Chambre, quand les

difficultés les plus graves pesaient sur la tête du gouvernement. On

cesse de la contester aujourd'hui.

Histoire parlementaire de France, Volume 2. Recueil complet des discours prononcés dans les chambres de 1819 à 1848 · 第 113 / 119 题