--Chambre des députés.--Séance du 18 mai 1835.--
Dans la discussion du budget du ministère de la guerre pour l'année
1836, M. Arago avait demandé que les élèves sortants de l'École
polytechnique pussent, s'ils le désiraient, entrer dans la carrière de
l'instruction, donnant à entendre que cette faculté leur était
interdite. Je lui répondis:
GUIZOT, _ministre de l'instruction publique_.--Je ne voudrais pas
exprimer une opinion positive sur la question soulevée par l'honorable
préopinant. Je ferai seulement remarquer que la carrière de
l'instruction publique n'est pas fermée aux élèves qui sortent de
l'École polytechnique: on entre dans l'instruction publique,
c'est-à-dire dans les colléges royaux; par la voie du concours de
l'agrégation. Les élèves de l'École normale, bien qu'ils soient
spécialement destinés à l'instruction publique, sont obligés de subir
l'épreuve du concours. Les élèves de l'École polytechnique, comme les
autres, peuvent se présenter; il n'y a pas de raison pour les en
dispenser, puisque les élèves de l'École normale eux-mêmes n'en sont pas
exempts. Il n'est donc pas exact de dire que la carrière de
l'instruction publique soit formée aux élèves de l'École polytechnique
Ils peuvent se présenter au concours comme tous les autres et aux mêmes
conditions.
M. ARAGO.--Je n'ai pas émis une opinion arrêtée; j'ai seulement
manifesté le voeu de voir introduire dans l'instruction publique les
élèves de l'École polytechnique. Mais vous voyez que la question est
celle-ci: l'examen subi par l'élève de l'École polytechnique, au moment
de sa sortie, est-il suffisant pour qu'un élève puisse être reçu
professeur dans les colléges royaux?
_Plusieurs voix_.--Non! non!
_M. le ministre de l'instruction publique_.--Pour répondre à l'honorable
membre, je dois insister sur ce fait que j'ai mis sous les yeux de la
Chambre, c'est que l'École normale est particulièrement destinée à
former des professeurs. Les élèves de l'École normale subissent des
examens en sortant de l'École; cela ne les dispense pas de se présenter
au concours d'agrégation et de lutter avec des hommes qui sortent de
l'instruction libre. C'est cette concurrence entre l'instruction reçue à
l'École normale et l'instruction libre qui fait la force des concours
d'agrégation et la garantie de la science de ceux qui entrent dans
l'instruction publique.
M. ARAGO.--Je n'insisterai pas sur cet incident que j'ai jeté dans la
discussion sans avoir réfléchi. M. le ministre de l'instruction publique
verra s'il n'y aurait pas moyen de faire arriver d'une manière utile les
élèves de l'École polytechnique dans l'instruction publique.
_M. le ministre de l'instruction publique_.--Ils n'ont qu'à se présenter
au concours; il leur est ouvert comme à tout le monde.