M. ODILON BARROT.--C'est alors une misérable équivoque.

M. DUCOS.--Je le répète: si c'est un payement réel, un payement

définitif et régulier que vous avez entendu faire par le traité du 4

juillet 1831, je l'approuve, parce que je dis encore une fois qu'à mon

sens nous devons réellement 25 millions et même davantage. Mais si c'est

comme transaction, je croyais vous avoir dit que, comme transaction, la

Chambre pouvait accuser les signataires du traité ou d'imprévoyance ou

d'impéritie. (_Violents murmures aux centres._)................

_M. le ministre de l'instruction publique_.--Je remonte à la tribune

pour remercier l'honorable M. Ducos des paroles qu'il a dites, et que

nous tenions à entendre de sa bouche. Il vous a dit qu'il n'avait pas

entendu élever la moindre insinuation contre les honorables signataires

du traité de 1831. Cependant il les avait renvoyés à leur conscience; il

leur avait demandé d'interroger leur conscience, et de voir si elle

pouvait leur répondre en paix. C'est cette phrase qui m'a fait monter à

la tribune. L'honorable préopinant l'a expliquée; je répète que je le

remercie de l'explication qu'il en a donnée. (_Très-bien! très-bien!_)

--Séance du 17 avril 1835.--

Je répondis à M. Mauguin qui avait dit que les États-Unis d'Amérique

n'avaient pas défendu leur pavillon contre l'Angleterre.

GUIZOT, _ministre de l'instruction publique_.--L'honorable préopinant

veut-il me permettre d'expliquer en deux mots ce que je voulais dire?

(_M. Mauguin fait un signe d'assentiment._) Voici ce que je lis dans

l'_Histoire de France depuis le 18 brumaire jusqu'à la paix de Tilsit_,

par M. Bignon:

«Un ordre du cabinet britannique ayant autorisé l'arrestation de tout

bâtiment américain chargé de marchandises ou denrées qui ne

proviendraient pas des États-Unis, plus de cinquante bâtiments subirent

les conséquences de cet ordre, et furent conduits dans des ports

britanniques. On n'évaluait pas à moins de trois mille le nombre des

marins pressés par les vaisseaux de guerre anglais. De telles insultes

étaient intolérables. Le Gouvernement des États-Unis n'avait de prise

que contre les Anglais qui résidaient sur son territoire. On les fit

rassembler dans un même lieu, sous la surveillance d'un commissaire

américain. En ouvrant la session du Congrès, le président Jefferson

éleva la voix contre des vexations insupportables, ayant leur source

dans un système nouveau qu'on ne pouvait laisser subsister. Par un

message en date du 27 janvier 1806, il réclama encore contre les

nouveaux principes interposés par l'Angleterre dans la loi des nations;

mais ce qui valait mieux qu'un appel à la justice, toujours dédaigné par

le cabinet britannique quand il peut le faire sans danger, une mesure

courageuse, adoptée par le Congrès relativement à la presse des matelots

américains, fit voir aux Anglais que, même pour des États dépourvus de

marine capable de lutter contre eux, il existe toujours des moyens de se

défendre contre l'oppression. Voici le texte du bill:

«Tout individu qui pressera un matelot américain sera considéré comme

pirate, et puni de mort. Tous les marins américains sont autorisés à

tuer les individus qui voudraient presser à leur bord. Chaque matelot,

pour prix de sa résistance en pareil cas, recevra 200 dollars. Si le

président des États-Unis apprend qu'un marin américain est enrôlé par

force, un semblable traitement sera fait à un marin de la puissance qui

aura commis l'offense. Tout marin américain qui aura été pressé de cette

manière recevra une indemnité de 60 dollars pour chaque mois qu'il aura

passé dans l'esclavage,» Cet acte du gouvernement américain plaît à

l'âme et à la raison, parce qu'il montre un peuple qui, malgré l'extrême

infériorité de ses forces, conserve envers un État puissant le juste

sentiment de sa dignité. Il est beau pour un peuple, dont la marine est

si faible encore, d'avoir le courage de déclarer piraterie et de punir

comme telle des actions autorisées par une puissance aussi redoutable

que l'Angleterre; il est beau d'assurer un prix à une généreuse

résistance; il est digne d'un peuple libre de pourvoir aux

dédommagements de tout marin victime de la presse pour chacun des jours

pendant lesquels il aura été privé de sa liberté.» (_Sensation

prolongée. Mouvement marqué d'agitation._)

Histoire parlementaire de France, Volume 2. Recueil complet des discours prononcés dans les chambres de 1819 à 1848 · 第 95 / 119 题