M. DUPIN _aîné, de sa place_.--J'ai dit que le maréchal

Gérard avait accepté sur la déclaration que je lui fis que j'adhérerais

à tout ministère de la guerre qui se renfermerait dans les crédits

votés; et j'ai dit ensuite que le maréchal Gérard, devenu ministre,

n'avait pas vu d'équivoque dans l'adresse et ne s'en était jamais

plaint.

_M. le ministre de l'instruction publique_.--C'est un simple fait que je

voulais rétablir. Le maréchal Gérard était président du conseil depuis

trois semaines ou un mois lorsque l'adresse a été votée. Ainsi ce vote

n'influa en rien sur sa détermination.

Messieurs, votre honorable président s'est étonné aussi qu'une portion

de la majorité eût été attaquée; et, si je ne me trompe, il a dit

insultée, sous le nom de tiers-parti, par une autre portion de la

majorité.

M. DUPIN _aîné_.--J'ai dit par des amis d'une portion de la majorité.

(On rit.)

_M. le ministre de l'instruction publique_.--Je vous demande pardon si

je m'arrête sur ces détails, mais j'ai besoin de dire qu'il n'est

personne qui ne puisse élever des réclamations pareilles; il y a

d'autres portions de la majorité qui, sous d'autres noms, ont été

attaquées ou insultées par des amis de quelques parties de la majorité,

et, pour mon compte, il ne m'est jamais venu en pensée de me fâcher

qu'une portion de la majorité ait été attaquée sous le nom de

doctrinaires, par des amis d'une portion de la majorité. (On rit.) Je

répète que pour mon compte je ne m'en plains pas, je trouve cela tout

simple, quoique sans doute, dans le fond de ma conscience, je puisse le

blâmer; c'est le fait de la liberté de la presse que les différentes

portions de la majorité soient attaquées et souvent calomniées. Je ne

conçois pas que de pareilles attaques vaillent la peine d'être portées à

la tribune.

Je ne sais pas non plus pourquoi votre honorable président vient de

parler d'une portion de la majorité, désignée sous le nom de

_tiers-parti_. Personne, que je sache, n'en a parlé dans cette Chambre;

je n'en ai pas dit un mot, mon honorable ami le ministre de l'intérieur

non plus; ce n'est donc à aucune voix dans cette Chambre que votre

honorable président a répondu; je n'ai point fait de distinction; je

n'ai accusé personne de cette Chambre de former un parti. Je n'ai accusé

personne de vouloir se faire chef de parti. Je n'ai fait aucune

distinction pareille; j'ai parlé de la majorité en général, de

l'inconvénient que nous aurions trouvé, au mois d'août, à voir se former

une scission dans la majorité, et à passer pour les provocateurs de

cette scission; je demande à la Chambre si j'ai dit un seul mot qui

puisse être regardé comme une attaque, comme une allusion à cette

portion de la majorité; ce n'est pas moi qui ai introduit cet élément

fâcheux de distinguer les diverses parties de la majorité, de leur

donner un nom, de les mettre en présence les unes des autres pour

établir une lutte entre elles. Je demande à la Chambre de reconnaître

que ce n'est pas moi qui ai donné ce tour à la discussion.

Je ne rentrerai pas non plus dans le récit des faits qui sont personnels

à votre honorable président, et dont il a entretenu la Chambre; je n'ai

rien à en dire, je n'ai point à les contester, ni à les approuver, ni à

les blâmer; ils me sont complètement étrangers; ce n'est pas moi non

plus qui ai amené cette discussion.

Je reviens au fond même du débat, à la question de l'adresse et du

système; car c'est sur cela que la Chambre est véritablement appelée à

se prononcer.

Je prie votre honorable président, comme je l'ai fait tout à l'heure

avec M. le rapporteur de l'adresse, de reconnaître que je n'en ai même

pas parlé; je n'ai pas demandé à la Chambre de rétracter ou de confirmer

l'adresse. J'ai rappelé un fait qu'il est impossible de méconnaître, et

j'en appelle à la conscience, non-seulement de la Chambre en général,

mais à celle de chacun de ses membres en particulier, et de son

honorable président lui-même. J'ai rappelé qu'il s'était élevé, depuis

trois mois, des doutes sur le sens de l'adresse, sur sa portée, sur

l'intention de la Chambre; que ces doutes avaient été le texte de

presque tout ce qui s'est dit en politique, comme de ce qui s'est passé

depuis trois mois; que c'était l'incertitude sur les véritables

intentions de la Chambre qu'il s'agissait aujourd'hui de faire cesser.

Je le répète, je n'ai jamais demandé à la Chambre de se démentir, je ne

lui ferais pas une pareille in jure. Je sais très-bien que la Chambre

sera fidèle à sa pensée; mais je lui demande de faire cesser

l'incertitude qui existe sur cette pensée et de mettre un terme à ses

fâcheuses conséquences. Il s'agit en cela d'un fait positif, d'un fait

qui s'est produit au dehors par toutes les voies, par les journaux, par

les événements, dans la question de l'amnistie, dans la crise

ministérielle; partout a éclaté, partout a été proclamée et commentée

cette incertitude sur les dispositions de la Chambre, sur son intention,

sur sa disposition à concourir ou à ne pas concourir à la politique qui

gouverne la France depuis quatre ans. Je prie la Chambre de remarquer

que je me sers à dessein du mot _la politique_ pour éviter le mot

_système_. Si j'avais su que le mot système déplût à ce point à votre

honorable président, je me serais abstenu de l'employer (_On rit_); je

n'y ai aucune espèce d'intérêt; je ne viens pas discuter ici ce que

c'est qu'un système, si nous en avons, ou si nous n'en avons pas un; je

dirai simplement qu'il y a une certaine politique qui prévaut et dans

les conseils du roi et dans les Chambres depuis quatre ans, qu'elle a

été différente de certaine autre politique, qu'il s'agit de savoir si

l'on soutiendra celle-ci ou celle-là, que c'est là une question

parfaitement simple, qu'il est très-aisé de la dégager du mot système et

de toutes les discussions de ce genre, et je vais en donner la preuve.

Voulez-vous que je parle du passé comme l'a fait votre honorable

président? Eh bien! il y a des gens qui disent qu'en effet, il a bien

fallu résister, que, depuis quatre ans, il s'est produit des occasions

qui appelaient la résistance du pouvoir; mais qu'on a trop résisté,

qu'on a réprimé trop durement, trop violemment; que, d'un autre côté, il

y avait des concessions à faire et qu'on n'a pas faites; en un mot,

qu'il fallait réprimer moins et autrement qu'on ne l'a fait; qu'il

fallait accorder plus et autrement qu'on n'a fait. C'est là une opinion

qui existe. Eh bien! nous ne sommes pas de cette opinion. Nous croyons

que depuis quatre ans on n'a pas réprimé trop violemment, qu'on n'a fait

que suffire à la nécessité, et qu'on n'a pas toujours suffi. Nous

croyons qu'on n'a pas manqué à faire les concessions dont le pays avait

besoin, qu'on a présenté aux Chambres et que les Chambres ont adopté

toutes les lois de liberté dont le pays avait besoin, et qu'il était

raisonnable de lui accorder dans ce temps; nous croyons qu'on n'a pas

trop refusé, ni trop réprimé.

Voilà pour le passé; j'arrive au présent. Il y a des gens qui disent

que, tout en supposant que la politique de la résistance ait été

nécessaire dans le passé, elle ne l'est plus aujourd'hui, que l'anarchie

est définitivement vaincue, qu'on peut changer de politique, gouverner

d'une tout autre façon; qu'aujourd'hui il n'y a plus d'inconvénient,

qu'au contraire il y aurait avantage à accorder l'amnistie, à faire

sortir de prison les deux cent-vingt et un condamnés politiques, comme

on l'a dit, qui y sont renfermés. Un des membres du ministère du 10

novembre a dit tout à l'heure que c'était là sa disposition, son

opinion. Pour nous, messieurs, nous n'avons pas été de cet avis. Et nous

ne souffrirons pas qu'on nous parle de dureté, de cruauté, parce que

nous avons une opinion différente depuis quatre ans. Nous prétendons que

nous avons fait nos preuves en fait de modération et de douceur; nous

prétendons que lorsque des désordres pareils à ceux d'avril dernier

n'ont pas eu d'autre conséquence que les lois que vous avez votées,

lorsqu'on n'a demandé aucune mesure extraordinaire, lorsqu'il n'y a pas

eu une condamnation à mort exécutée, nous prétendons que nous avons le

droit de parler d'amnistie, de clémence, de modération et de douceur,

que notre opinion est parfaitement libre quand nous examinons si la

mesure est ou non opportune.

Nous nous décidons par des raisons politiques, par des raisons de

sûreté, par des raisons d'État, et nous sommes parfaitement libres

d'adopter tel ou tel parti sans être accusés de cruauté ou de dureté.

Je dis donc qu'il y a des personnes qui croient qu'aujourd'hui,

aujourd'hui même, l'amnistie est bonne, opportune, d'autres ne la

regardent pas comme telle. Certes, ce sont là deux politiques

différentes.

Passons à l'avenir: il y a des personnes qui pensent que la réforme

électorale est un but vers lequel il faut tendre immédiatement. Le

langage diffère à la vérité; les uns disent qu'il ne faut pas parler en

ce moment d'une telle réforme, parce que cela compromettrait la

question. D'autres disent que la réforme électorale doit se borner à

rendre tous les jurés électeurs et tous les électeurs éligibles;

d'autres la veulent plus profonde. Mais tous se réunissent à demander

une réforme électorale, légère ou profonde, prompte ou lente. Nous, nous

pensons que, d'ici à un temps assez long, il n'y a point lieu à une

réforme électorale, que l'intérêt du pays la repousse au lieu de la

commander.

On qualifiera cela de système, ou de tout autre nom; il est clair, et

c'est la seule chose que je dise, qu'il y a des politiques toutes

différentes. Eh bien! c'est là ce qui caractérise la conduite d'un

cabinet, ce qu'on appelle la politique du cabinet. Et quand nous venons

demander à la Chambre de se prononcer pour tel ou tel système, nous ne

lui demandons pas de nous donner un diplôme, d'adopter d'avance telles

ou telles formules dont on déduira telles ou telles conséquences; ce

serait là, permettez-moi de vous le dire, de la scolastique et non de la

politique. La politique part de certaines idées générales et se meut

dans la sphère de ces idées avec largeur et liberté: elle sait qu'on ne

déduit pas rigoureusement toutes les conséquences; elle sait s'adapter

aux circonstances, aux événements; elle sait attendre: c'est là la

politique; c'est de celle-là qu'il s'agit, et non de système d'écoliers!

Messieurs, c'est à la Chambre à savoir si elle veut s'associer à la

politique qui a été suivie depuis quatre ans, si elle la regarde comme

bonne et utile au pays, si elle croit que c'est dans cette direction

qu'il faut marcher, sans doute en la modifiant selon les circonstances,

les progrès du temps et les états divers de la société, mais en partant

de ce point, la résistance à l'esprit révolutionnaire, le dessein de le

vaincre, et de rasseoir sur ses véritables bases la société ébranlée. Ce

dessein est la pensée fondamentale, le but constant du gouvernement;

nous croyons que c'est là la condition _sine qua non_ de la liberté tout

aussi bien que de la sécurité sociale, du progrès de notre société dans

l'avenir tout aussi bien que de sa sécurité dans le présent.

On parle beaucoup de liberté, de progrès. Messieurs, la première de

toutes les libertés, celle qu'un gouvernement doit assurer avant tout,

c'est la liberté des hommes modérés, des hommes prudents, des hommes

sages, des pères de famille. Cette liberté leur échappe au milieu des

orages; quand le désordre est au sein de la société, savez-vous qui est

libre? Ce sont les esprits ardents, les brouillons, les hommes qui

veulent changer leur situation; les hommes tranquilles, modérés, les

pères de famille, ne sont pas libres alors, ils perdent leur liberté au

contraire; ils ne sont pas propres à de tels orages; ils en ont horreur

et dégoût. Eh bien! le premier devoir d'un gouvernement est d'assurer la

liberté de ces hommes; c'est la vraie liberté; quand la société est

ébranlée, celle-là disparaît; ils se retirent de la scène du monde, et

nous voulons qu'ils y restent, qu'ils exercent dans les affaires du pays

l'influence qui leur appartient; nous voulons qu'ils remplissent leurs

devoirs d'électeurs municipaux, leurs devoirs de gardes nationaux, leurs

devoirs politiques, qu'ils prennent aux affaires de la France toute la

part qu'ils peuvent y prendre, et qui peut seule faire le bonheur du

pays. (_Marques d'adhésion._)

Ce que je dis de la liberté, je le dis également du progrès. La première

condition du progrès, c'est la sécurité, c'est l'ordre; sans l'ordre, il

n'y a point de progrès véritable.

Parlez-vous du progrès politique, de l'extension des droits politiques,

des institutions politiques? Faut-il que je remette sous vos yeux le

simple catalogue des lois politiques que vous avez votées depuis quatre

ans, la simple énumération des droits politiques que vous avez

distribués? Je ne veux pas dire que vous en seriez effrayés, car je ne

le suis point moi-même. Non, messieurs, je n'en suis point effrayé;

j'accepte avec confiance cette extension des droits et des libertés

politiques que nous avons donnée au pays depuis quatre ans; mais je dis

qu'elle a été donnée libéralement, qu'il n'y a pas eu d'avarice, de

parcimonie. Je dis qu'il n'est pas vrai, comme on le répète tous les

jours, qu'il faille se précipiter et précipiter la société tout entière

avec nous vers des droits politiques plus étendus, plus considérables.

Je dis qu'en faisant ce que nous avons fait depuis quatre ans, nous

avons, sinon dépassé, du moins atteint la mesure de ce qui est sage et

possible. Je dis qu'il faut nous y renfermer, qu'il faut que la société,

si longtemps fatiguée, se repose un peu de ses fatigues au sein de ses

droits politiques, et dans la situation politique que nous lui avons

faite depuis quatre ans. Elle en a besoin, messieurs, c'est seulement en

s'y reposant qu'elle apprendra à en jouir, qu'elle deviendra capable

d'acquérir des droits nouveaux. Occupons-nous, messieurs, de préparer

les éléments de cette capacité; occupons-nous du progrès intellectuel et

du progrès industriel, du progrès des lumières et du progrès des

richesses. Voilà les deux points sur lesquels j'appelle aujourd'hui

toute votre attention: répandez les lumières dans toutes les classes de

la société; augmentez le bien-être général; c'est là surtout ce dont

aujourd'hui la société a besoin.

La situation étant telle, messieurs, les politiques entre lesquelles

vous avez à choisir étant ainsi bien déterminées, il s'agit uniquement

de savoir si la Chambre veut, non pas s'enchaîner, mais prendre un

parti. Comme votre honorable président, je respecte l'indépendance de la

Chambre. Je n'ai pas la moindre intention d'y porter la moindre

atteinte, ni dans le présent, ni dans l'avenir, et sur ce point je m'en

rapporte parfaitement à la Chambre elle-même. Je suis bien sûr que, quel

que soit son vote dans cette circonstance, elle ne se regardera pas

comme enchaînée à la politique du ministère, et que, si jamais nous

pouvions nous écarter des véritables intérêts du pays, la Chambre nous

désavouerait à l'instant même. Son indépendance ne peut donc être

compromise; la Chambre s'appartiendra toujours à elle-même. Soyez

tranquilles d'ailleurs, messieurs; nous ne viendrons jamais vous

demander d'abdiquer votre dignité, votre considération, votre autorité

sur le pays. Et de quoi vivons-nous, de quoi vit le gouvernement de

Juillet? N'est-ce pas en grande partie de l'autorité, de la

considération et de la force des Chambres? Sans doute, il a la sienne

propre, mais il sait aussi quels avantages il doit tirer de son alliance

étroite avec les Chambres, et de l'appui qu'elles lui prêtent. Et c'est

parce que nous le savons, que nous venons vous demander votre adhésion;

c'est parce que nous savons que le gouvernement que la France a adopté

en 1830 ne peut se passer de la confiance et du concours des Chambres,

de votre autorité, de votre influence, de votre considération, que nous

venons vous demander de les lui prêter; nous ne vous demandons pas de

les abdiquer, mais de les mettre au service du trône. Ce que nous vous

demandons, c'est une alliance sincère, conforme à vos opinions

d'aujourd'hui, avec la faculté d'en changer demain si vous aviez des

motifs pour cela, mais une alliance sincère, profonde, avec un

gouvernement que vous avez fondé et que vous voulez comme nous.

Si vous ne nous prêtiez pas votre force, c'est que vous croiriez que

notre politique est mauvaise, qu'il y a une meilleure politique à

suivre; je pourrais m'en affliger, mais je ne m'en étonnerais pas. Vous

en avez le droit; c'est à vous d'en user dans toute sa plénitude; et une

Chambre qui use de tout son droit, qui fait ce que nous vous demandons

de faire aujourd'hui, ne perd à coup sûr rien de sa considération, de

son influence, de son autorité.

Soyez-en sûrs, messieurs, ce qui se passe maintenant devant vous sera un

jour, dans votre histoire, un des actes qui auront le plus étendu,

consolidé l'autorité et la considération de la Chambre. C'est dans votre

propre intérêt, comme dans celui du pouvoir, que nous vous demandons

d'être tout ce que vous avez le droit d'être d'après la Charte de 1830

et de le dire hautement. (_Marques nombreuses d'adhésion._)

--Chambre des députés,--Séance du 6 décembre 1834.--

GUIZOT, _ministre de l'instruction publique_.--Messieurs, je ne

retiendrai pas longtemps la Chambre; elle nous rendra cette justice que

nous nous sommes constamment appliqués dans cette discussion à concilier

les égards dus à l'adresse qu'elle a faite au mois d'août avec ce que

nous regardons comme une nécessité politique de la situation du pays et

de la nôtre en particulier.

Je ne veux pas rengager la question dans son ensemble.

_Plusieurs voix_.--La discussion est fermée. (_Bruit, agitation._)

_M. le ministre de l'instruction publique_.--J'attendrai le silence,

messieurs; j'ai besoin et droit de dire à la Chambre ce que je crois

utile dans l'intérêt de mon pays, et pour l'acquit de mon propre

honneur.

Nous nous sommes, comme j'avais l'honneur de le dire à la Chambre, nous

nous sommes constamment appliqués à concilier les égards dus à un acte

de la Chambre, à son adresse, avec ce que nous regardons comme le besoin

le plus pressant de la situation du pays.

Ce besoin, c'est de sortir de l'incertitude dans laquelle, n'importe par

quelle cause, le pays se trouve plongé. (_Bruit aux extrémités._)

En vérité, messieurs, cette impatience de votre part ferait croire que

vous n'êtes pas pressés de sortir de cette incertitude, que vous tenez à

la prolonger, que vous en avez besoin.

_Voix à gauche_.--C'est vous qui en avez besoin.

_M. le ministre de l'instruction publique_.--Non, messieurs, nous

n'avons pas besoin d'incertitude, nous ne voulons pas d'obscurité.

Chargés du pouvoir et de la responsabilité qu'il entraîne, c'est de

clarté, de force que nous avons besoin, et nous ne les trouvons pas dans

la situation actuelle.

Il faut que la Chambre exprime clairement ce qu'elle désire, et nous

trouvons, nous, cette expression dans l'ordre du jour motivé qui vous

est proposé.

L'ordre du jour motivé nous paraît concilier la clarté et la force dont

nous avons besoin avec les égards que nous avons toujours observés, que

pour mon compte j'ai soigneusement observés pour l'adresse de la

Chambre.

Cet ordre du jour motivé rend hommage à l'adresse; il en maintient les

principes, et en même temps il manifeste la ferme intention de la

Chambre de soutenir le gouvernement dans la marche qu'il a suivie

jusqu'à présent, de l'exhorter à y persévérer, de lui prêter son

concours; c'est là le double but que nous avons poursuivi. Nous n'avons

pas, je le répète, mis l'adresse en question; nous nous sommes

simplement appliqués à signaler les inconvénients, les périls, et

l'affaiblissement, pour le pouvoir et le pays, qui résultaient de

l'incertitude répandue sur son vrai sens. (_Rumeur d'impatience à

gauche._)

L'ordre du jour motivé, dans les termes dans lesquels il est proposé,

rend hommage à l'adresse et dissipe les doutes. (_Nouvelle

interruption._)

_Voix du centre_.--Attendez le silence.

M. LE GÉNÉRAL DEMARÇAY.--Il ne doit point y avoir de discussion après la

clôture.

_M. le ministre de l'instruction publique_.--Je ferai observer à M. le

général Demarçay que la clôture n'a été prononcée que sur la discussion

générale, et non pas sur l'ordre du jour motivé, qui n'était pas même

encore proposé au moment de la clôture; ainsi l'ordre du jour motivé est

en discussion.

L'ordre du jour motivé est en discussion, et je viens exprimer

l'adhésion du gouvernement à cet ordre du jour, parce qu'il nous paraît

répondre aux besoins les plus pressants du pays et du pouvoir, parce

qu'il nous paraît prêter au gouvernement la force dont il a besoin en le

maintenant dans la direction politique qu'il a suivie et qui est la

seule que nous voulions suivre, en même temps qu'il ne porte aucune

atteinte aux plus scrupuleuses, aux plus susceptibles exigences de la

Chambre elle-même.

Nous adhérons donc expressément à l'ordre du jour proposé; nous le

regardons comme le seul qui satisfasse aux nécessités politiques que,

pour le compte du pays, nous avons besoin de voir satisfaites en ce

moment. (_Agitation._)

Je repris la parole après M. Odilon Barrot.

GUIZOT, _ministre de l'instruction publique_.--Messieurs, je ne

rentrerai pas dans le fond de la discussion; je ne mêlerai pas surtout

des discussions anciennes aux discussions actuelles; je veux seulement

relever quelques faits qui me sont personnels et que je ne puis passer

sous silence.

Si l'honorable préopinant m'avait fait l'honneur de faire quelque

attention aux paroles que je venais de prononcer à cette tribune, il

aurait vu que ce que j'avais dit, c'est précisément que notre

politique..... Quand je dis notre politique, je parle de celle de la

Chambre et du roi. (_Explosion de murmures à gauche. Plusieurs voix._

Nous prenons acte!)

M. CHARAMAULE.--Ce n'est pas constitutionnel. Le roi est inviolable, et

doit être respecté ici par ses ministres.

_M. le ministre de l'instruction publique_.--Je retire le mot qui excite

vos réclamations; le mot que je voulais dire, c'est le gouvernement du

roi: la Chambre sait mon opinion à ce sujet. Je l'ai non-seulement

professée, mais pratiquée constamment; vous ne pouvez me faire procès

pour une expression, je voulais parler du gouvernement du roi.

Je dis donc que, depuis quatre ans, la politique des Chambres et du

gouvernement du roi a été, je ne dirai pas de résister, de céder, ce

sont des mots dont je n'aime pas à me servir, mais de rétablir l'ordre,

et en même temps de maintenir et d'étendre les libertés publiques. Si

l'orateur m'avait écouté, il aurait vu que c'était là précisément ce que

je venais d'essayer de montrer à la tribune, non par des arguments, mais

par des faits. Je venais de rappeler à la Chambre toutes les extensions

que les libertés publiques ont reçues depuis quatre ans; extensions, je

le répète, qui n'ont pas été arrachées au gouvernement du roi, mais qui

ont été proposées par lui; j'ai eu moi-même l'honneur de présenter

plusieurs de ces propositions.

L'honorable préopinant a parlé ici d'abandon de principes, de démentis

donnés à une conduite passée. Messieurs, voici ce qui s'est fait depuis

quatre ans: nous avons attentivement examiné quels avaient été les voeux

de la France avant la révolution de Juillet, de 1789 à 1830. Nous avons

examiné, avec la pleine liberté de notre raison, quels étaient les voeux

réels, vraiment nationaux, les voeux légitimes, quelles étaient les

extensions de liberté que la France, la France éclairée et raisonnable,

réclamait. Eh bien! messieurs, je n'hésite pas à le dire, dans les

quinze années dont a parlé l'orateur, on n'a pas demandé ce qui s'est

accompli depuis quatre ans; je dis que, depuis quatre ans, on a donné

plus d'extension aux libertés publiques que dans les quinze années

précédentes on n'avait songé à en demander. (_Plusieurs voix._ C'est

vrai!) Rappelez-vous, messieurs, tous les débats des quinze années dont

a parlé l'orateur, ouvrez les discours de cette époque, vous verrez si

en matière d'élections municipales, d'élections de conseils généraux, de

la garde nationale, et dans une multitude d'autres questions....

_A gauche_.--C'est la Charte!

_M. le ministre de l'instruction publique_.--Je prie les personnes qui

m'interrompent de se rappeler que nous avons concouru tout aussi bien

qu'elles à la confection de la Charte de 1830 et aux promesses qu'elle

contient, que nous avons fait insérer ces promesses dans le texte, et

qu'après avoir contribué à les faire insérer, nous les avons fait

accomplir. Nous sommes venus vous proposer les lois exigées par ces

promesses, et nous les avons loyalement exécutées quand elles ont été

rendues.

Nous n'avons reculé devant aucune des conséquences vraiment libérales et

légitimes de la révolution de Juillet, comme de la Charte de 1830.

Et je répète que l'accomplissement des promesses a été plus large, plus

étendu que ne l'avait été la pensée de l'honorable préopinant lui-même

pendant les quinze années de la Restauration. Je dis que les discours

tenus à cette époque dans les Chambres demandaient des libertés moins

larges que celles qui ont été instituées depuis la Charte, depuis 1830.

On a donc en vérité, permettez-moi de le dire, on a mauvaise grâce à

venir prétendre que nous avons abandonné nos principes, que nous avons

démenti notre passé. Non-seulement nous n'avons pas abandonné nos

principes, mais nous les avons réalisés, nous les avons traduits en

faits. Il est vrai que ce but une fois atteint, et pendant que nous

l'atteignions, notre ambition s'est contenue, que nous avons reconnu

qu'à côté de la nécessité d'accomplir ces promesses, de réaliser le

gouvernement parlementaire, de réaliser l'intervention du pays dans les

affaires municipales, dans toutes les parties du gouvernement, nous

avons reconnu, dis-je, qu'il y avait de grands désordres à réprimer,

qu'il y avait de mauvaises pensées, de mauvais instincts, de mauvaises

passions à contenir, que nous avions, comme j'ai eu l'honneur de vous le

dire tout à l'heure, l'ordre à rétablir en même temps que la liberté à

maintenir, les promesses légitimes d'une révolution à accomplir et les

tentatives illégitimes de la même révolution à dompter. Voilà,

messieurs, ce que nous avons fait. Nous avons accepté dans toute son

étendue la double mission que l'état du pays nous imposait. Nous n'avons

reculé devant aucune de ses difficultés. Nous n'avons pas craint la

liberté, car nous l'avons en toute occasion protégée. L'honorable

préopinant parle de je ne sais quelle clameur générale qui s'élève,

dit-il, contre notre système. Comment? Voilà quatre années que ce

système se discute dans cette Chambre, dans l'autre, et au dehors par la

presse, qu'il est soumis à l'épreuve des élections, de la publicité, à

toutes les épreuves constitutionnelles à travers lesquelles un système

peut passer; il a triomphé de toutes ces épreuves, il en est sorti avec

la majorité dans les élections, avec la majorité dans les Chambres, et

vous venez nous dire qu'il s'élève une clameur générale contre ce

système!

Permettez-moi de vous demander où est cette clameur? Quelle est donc

votre nation? Qui consultez-vous, qui interrogez-vous? (_Très-bien!

très-bien!_)

Nous, nous sommes dans la Charte, la Charte est notre forteresse, c'est

de la Charte que nous interrogeons le pays, selon les voies

constitutionnelles, et le pays nous répond, et nous croyons à ses

réponses, et nous ne nous méfions pas des réponses du pays, et c'est

uniquement en vertu de ces réponses que nous venons ici soutenir ses

véritables intérêts et maintenir notre politique.

Vous avez parlé d'abandon de principes. Mais qu'avez-vous fait quand

nous sommes venus ici, non pas abandonner les droits de la couronne,

comme vous l'avez dit, non pas faire descendre le pouvoir d'une manière

illégitime dans cette Chambre, mais maintenir les principes pour

lesquels nous avons combattu, nous et vous, depuis quinze ans, réclamer

le concours des Chambres, qui est indispensable au pouvoir royal,

soutenir que c'était dans ce concours même que résidait le gouvernement

représentatif, qu'il devait se présenter toujours à cette épreuve, la

subir, en sortir victorieux, ou laisser l'administration à d'autres,

qui, sans doute auraient eu raison aux yeux du pays? Qu'avez-vous fait?

Qu'avez-vous dit?

Voilà un principe que nous n'avons pas abandonné, un principe que nous

avons pratiqué, et qui, permettez-moi de vous le dire, a été

singulièrement abandonné dans la dernière discussion de cette Chambre

par une partie des membres de l'opposition: si bien que l'un d'entre

eux, qui hier combattait à cette tribune le projet du gouvernement,

l'honorable M. de Sade, a cru devoir rendre justice à ce que le

gouvernement du roi avait fait, et a réclamé pour lui l'intelligence

vraie et la pratique sincère du gouvernement représentatif; c'est de vos

propres bancs que cette réclamation s'est élevée, et j'en prends acte

comme d'un hommage rendu à la pure vérité. (_Très-bien! très-bien!_)

Je ne reviendrai pas sur ce que l'honorable préopinant a rappelé du

passé; cependant, je ne puis me dispenser de dire un mot d'une question

bien souvent débattue dans cette Chambre, celle de l'état de siége.

C'est le point sur lequel il a le plus insisté, sur lequel ses

honorables amis sont le plus souvent revenus; j'ai eu l'honneur d'y

répondre moi-même plusieurs fois à cette tribune et d'une manière que je

croyais péremptoire; je suis donc obligé de répéter ma réponse, car je

ne puis rien faire de plus.

J'ai dit à cette tribune qu'au moment où, en 1832, l'état de siége fut

déclaré, on n'avait pas encore résolu la question de savoir quelle était

la portée d'une pareille juridiction; elle avait été pratiquée souvent

dans le sens dans lequel le gouvernement l'avait entendue. Le

gouvernement était donc autorisé à l'entendre en ce sens, à la pratiquer

ainsi.

La question a été portée devant la cour de cassation, le gouvernement a

accepté à l'instant même sa décision.

_Plusieurs voix_.--Il le fallait bien.

_M. le ministre de l'instruction publique_.--Permettez-moi donc..... Le

gouvernement a accepté sur-le-champ la décision judiciaire; il n'a pas

même épuisé tous les moyens qui étaient en son pouvoir; il n'a pas fait

renvoyer l'affaire à une autre cour, ce qui aurait amené la réunion de

toutes les sections de la Cour de cassation; le gouvernement n'a pas

porté la question jusqu'au bout de l'ordre judiciaire comme il l'aurait

pu; il s'est hâté de témoigner son respect pour la justice, pour

l'interprétation des lois par la voie judiciaire.

Et quand des événements analogues sont survenus, quand la même situation

a reparu en 1834, le gouvernement n'a point pensé à revenir sur de

pareilles mesures; il a suivi la ligne de conduite tracée par l'arrêt

même dont a parlé le préopinant. Il s'est conformé à tous les principes

du régime constitutionnel.

Je répète que je ne reviens sur cette réponse que parce qu'on est revenu

sur le reproche, car j'avais déjà répondu à la Chambre. Maintenant je ne

dirai plus qu'un mot.

C'est, dit-on, le sentiment de la peur qui a été depuis quatre ans le

mobile du gouvernement, la base générale du système. Je demande la

permission à la Chambre d'exprimer ici un sentiment personnel. Je ne

puis m'accoutumer à un pareil reproche. S'il y a quelque chose dont les

membres du gouvernement et les membres de la Chambre qui les ont appuyés

aient fait preuve, depuis quatre ans, c'est de courage; je ne dis pas

seulement de ce courage corporel qui résiste au danger...

_Voix nombreuses à gauche_.--On vous reproche d'exploiter le sentiment

de la peur.

_M. le ministre de l'instruction publique_.--Ceci est la seconde partie

de la question, je la traiterai plus tard. Il me convient aussi à moi de

parler de la première. Je dis que s'il y a quelque chose dont les

membres du gouvernement et les membres de cette Chambre qui ont appuyé

son système politique depuis quatre ans aient fait preuve, c'est de

courage. Ils ont eu le double courage de résister à l'entraînement

révolutionnaire, aux passions de la multitude, j'irai plus loin si vous

voulez, à des passions nationales, respectables et nobles en

elles-mêmes, et dont je suis fort loin de médire à cette tribune, mais

qui auraient entraîné le pays dans d'immenses dangers et sans avantage

pour lui.

Ils ont eu ce courage. Voilà leur résistance; et, en même temps, ils ont

eu le courage de ne pas avoir peur des libertés du pays; ils ont eu le

courage de n'en appeler jamais qu'à la liberté, à la discussion, à la

publicité; ils ont eu le courage de mettre en mouvement, en quatre ans,

plus d'institutions nouvelles, plus de libertés nouvelles que jamais

pays, à aucune époque, n'en a conquis en un pareil espace de temps.

Croyez-vous, messieurs, que parmi nos propres amis, parmi les hommes

qui, consciencieusement et courageusement, appuient notre politique, il

n'y en ait pas eu, et beaucoup, qui aient trouvé quelque imprudence dans

cette confiance aux libertés publiques, dans cette facilité avec

laquelle nous y faisions appel?

Croyez-vous que beaucoup d'hommes très-sensés, très-éclairés, ne

pensassent pas qu'il eût été plus sage, plus prudent, de procéder avec

plus de lenteur? Nous ne l'avons pas cru; nous nous sommes confiés à la

vertu de nos institutions et au bon sens du pays; nous avons eu du

courage avec nos propres amis, comme contre nos adversaires, et nos

propres amis ont eu aussi le courage de se confier avec nous aux

libertés publiques, au bon esprit de cette révolution de Juillet que

nous n'avons voulu ni arrêter, ni dénaturer, mais que nous avons voulu

conduire sûrement, loyalement, moralement, dans les seules voies qui

pussent l'honorer et la sauver en même temps.

Voilà ce que nous avons fait, messieurs; certes ce n'est pas là le

système de la peur.

_Aux centres_.--Très-bien! très-bien!

_M. le ministre de l'instruction publique_.--On a dit après cela que, si

nous n'avions pas peur, nous faisions appel au sentiment de la peur dans

les autres. On a dit que c'était là le ressort que nous avions adopté

comme principal mobile de notre gouvernement.

Je suis encore obligé de répéter ici une réponse déjà faite plusieurs

fois: il y a des peurs viles et honteuses, et il y a des peurs sages,

raisonnables, sans lesquelles on n'est pas digne, je ne dis pas de

gouverner les affaires du pays, mais même de s'en mêler. Comment! dans

vos affaires privées, dans vos intérêts domestiques, il n'y a personne

qui ne sache que la prudence, la réserve, est un des premiers devoirs de

l'homme de sens, du père de famille, qu'il faut avoir peur dans le sens

que j'indique quand on est chargé d'aussi chers intérêts. Et vous

voudriez que, chargés des affaires d'un grand pays, responsables de ses

destinées, nous n'eussions pas les yeux ouverts sur les dangers qui le

menacent, que nous ne missions pas nos soins continuels à ouvrir les

yeux de nos concitoyens, et particulièrement de ceux qui sont appelés à

influer sur les affaires du pays! Vous voudriez que nous adoptassions

cette politique pusillanime qui croit qu'en fermant les yeux sur les

dangers on les éloigne! Savez-vous pourquoi on ferme les yeux sur les

dangers! C'est parce qu'on en a peur. (_Aux centres.--Très-bien!_)

On en a peur, lorsqu'on n'ose pas les déclarer tout haut, marcher droit

à eux, faire ce qu'il faut pour les prévenir, pour leur résister.

Savez-vous ce qu'on fait quand on a peur des passions populaires? On dit

qu'elles n'existent pas, que cela passera. Et les passions populaires

passent en effet, mais comme un torrent qui dévaste tout devant lui, (Au

centre: Très-bien! très-bien!)

Eh bien! messieurs, il faut en avoir peur; mais c'est là la peur

prudente, la peur politique sans laquelle on n'est pas digne

d'intervenir dans les affaires de son pays.

Voilà celle que nous avons, je ne dis pas excitée, mais que nous avons

soigneusement éclairée, avertie, toutes les fois que nous avons cru voir

quelque péril. Nous sommes les sentinelles de l'État: c'est notre devoir

de crier très-fort quand un danger se laisse entrevoir, sans nous

inquiéter des conséquences qui peuvent en advenir pour nous-mêmes, ni

des luttes dans lesquelles une pareille prévoyance et de tels

avertissements donnés au pays pouvaient nous engager.

Voilà le système de la peur que nous avons pratiqué et que nous

pratiquerons toujours.

Ce que vous appelez la peur, nous l'appelons la prudence; ce que vous

appelez la peur, nous l'appelons la prévoyance: ce sont les premières

lois de la sagesse politique, nous n'y manquerons jamais.

M. le ministre descend de la tribune au milieu des applaudissements des

sections intérieures.

Histoire parlementaire de France, Volume 2. Recueil complet des discours prononcés dans les chambres de 1819 à 1848 · 第 75 / 119 题