M. GUIZOT.--Je suis obligé de répondre à l'interpellation de M. Odilon
Barrot qui ignore sans doute qu'à présent même, à l'École des chartes,
il y a six ou huit jeunes gens qui ne font guère autre chose qu'étudier
la lecture des manuscrits et les écritures de tous les temps, que c'est
là leur travail, qu'ils s'y exercent, et qu'ils sont fort versés dans la
paléographie. C'est à tel point que, dans certain nombre de
départements, on s'adresse à moi pour me demander des archivistes pris
parmi ces jeunes gens, qui soient en état d'aller déchiffrer les vieux
titres entassés dans les archives départementales. Plusieurs de ces
jeunes gens sont déjà partis, et il y a quelques jours que j'en ai
envoyé un à Poitiers.
M. ODILON BARROT.--Je vous prie de nous dire si ce sont ces jeunes gens
qui vous fatiguent par leurs publications républicaines, et dont vous
voulez vous débarrasser. (Murmures.)
M. GUIZOT.--Si ces jeunes gens, qui ne me fatiguent point mais qui
nuisent à la France par leurs publications et le mauvais état de leur
esprit, si ces jeunes gens trouvaient un solide et sérieux emploi de
leurs facultés, s'ils trouvaient de véritables études à faire au lieu de
perdre leur temps dans de mauvais travaux, je ne doute pas qu'un grand
nombre d'entre eux, et surtout les plus distingués, ne préférassent un
bon et solide travail qui leur serait offert.
A une proposition de M. Garnier-Pagès, je répondis:
M. GUIZOT, _ministre de l'instruction publique_.--Je dirai à la Chambre
que la pensée de l'honorable préopinant (M. Garnier-Pagès) a été
prévenue; depuis plusieurs mois, sur les fonds d'encouragement allouées
à mon budget, j'ai prélevé une très-petite somme pour envoyer à Londres
un élève de l'École des chartes, qui s'est déjà enfermé dans la Tour de
Londres, et qui, avec l'autorisation du gouvernement anglais, en
compulse les archives. Il a déjà recueilli, sur notre plus ancienne
histoire, des documents importants dont il m'a transmis des copies. Il
continue son travail; et, sans aucun doute, si la Chambre alloue les
fonds qui lui sont demandés, ce travail prendra beaucoup de
développement, et plusieurs autres personnes pourront aussi y être
employées. (_Très-bien! très-bien!_)