M. GUIZOT.--S'il l'approuve!

_M. le rapporteur._--D'un autre côté, à qui appartient la surveillance?

au comité d'arrondissement qui l'exerce par lui-même et par ses

délégués; j'insiste sur ce point, parce qu'il se reproduira plus tard.

Eh bien! si toute l'autorité appartient au comité d'arrondissement,

n'est-il pas vrai qu'en centralisant, en attirant tout à Paris, on

enlève aux comités d'arrondissement une partie de leurs attributions?

Dans ce cas, l'augmentation de dépenses n'est pas le plus grand

inconvénient; le plus grave, c'est d'appeler à Paris des affaires qui ne

devraient pas y être traitées. Ainsi, par exemple, l'on a exigé des

instituteurs primaires l'accusé de réception d'une circulaire. La

commission a pensé que cette correspondance à propos d'accusés de

réception de circulaire était de la centralisation sans véritable

intérêt; elle a pensé que, si cet examen était fait dans les bureaux du

recteur, il y aurait d'abord économie de frais, et que le recteur

pourrait par là connaître mieux le personnel des instituteurs classés

dans son académie. Voici les diverses raisons qui ont déterminé la

commission à refuser l'augmentation de crédit. (Très-bien, très-bien!)

GUIZOT, _ministre de l'instruction publique._--Je serai fort court.

Si l'honorable rapporteur indiquait une des attributions des autorités

locales qui leur aurait été enlevée par l'autorité centrale pour être

exercées à Paris, il aurait raison; mais il n'en est rien.

Aucune attribution n'a été enlevée à l'autorité locale pour être

concentrée à Paris. L'autorité centrale n'a exercé que les attributions

que la loi lui a conférées.

Quant à la question de fait relative à la circulaire adressée aux

instituteurs et pour laquelle des réponses ont été demandées par

l'autorité centrale; j'ai besoin de donner quelques explications.

Je ne crois pas que tout puisse se traiter par des tiers. Il importe,

quand on veut véritablement connaître les hommes, de traiter directement

avec eux, de les voir quelquefois face à face, de savoir ce qu'ils font,

ce qu'ils ont dans l'âme.

Lorsque j'ai écrit à tous les instituteurs de France, je n'ai pas eu

pour but de leur envoyer une vaine circulaire, mais d'exercer sur eux

quelque influence morale, de leur imprimer une certaine direction dans

l'exécution de la loi du 28 juin. J'ai voulu voir si les instructions

qui leur étaient ainsi données étaient bien comprises. Il m'importait de

savoir dans quel esprit ils allaient agir. Dans ce dessein, je leur ai

demandé de m'adresser personnellement réponse à la circulaire qui leur

était envoyée. J'ai lu moi-même (que la Chambre me permette d'entrer

dans ces détails), j'ai lu quatre ou cinq mille de ces réponses. J'ai vu

ainsi, et la Chambre a pu en juger par le rapport que je lui ai

présenté, quel était l'esprit général des instituteurs primaires en

France, comment il variait de province à province, quel était leur degré

d'instruction, d'intelligence, comment ils entraient plus ou moins dans

l'esprit de la loi que tous avez rendue.

Ce n'était pas pour me procurer le vain plaisir de faire arriver vingt

mille lettres à Paris que j'ai écrit ces circulaires, mais bien pour

exercer sur ces hommes une véritable influence. Eh bien! je n'hésite pas

à dire que ce résultat a été obtenu, que ce n'est pas un résultat

insignifiant, qu'il est dans l'esprit de la loi du 28 juin, et que la

misérable dépense qui a pu en résulter est infiniment inférieure à

l'importance du but qui a été atteint.

M. HAVIN.--Je conçois que, pour la mise à exécution de la loi, M. le

ministre ait pu faire ce qu'il vient de dire; mais je ne conçois pas

qu'il veuille conserver pour 1835 une augmentation qui a pu être

nécessaire seulement dans les premiers moments.

M. GUIZOT.--Dans les dépenses que la loi du 28 juin entraîne, il y en a

de deux natures: les unes sont relatives à l'exécution immédiate de la

loi, à l'innovation introduite dans le régime de l'instruction primaire;

les autres, comme j'ai déjà eu l'honneur de le dire à la Chambre; sont

permanentes; indépendamment de la dépense faite dans les premiers

moments de la loi du 28 juin, cette loi a créé une véritable

institution; elle a donné à l'instruction primaire en général une

étendue et une importance qu'elle n'avait pas auparavant. Donc,

indépendamment des dépenses de première mise, si je puis ainsi parler,

des dépenses passagères, il y a un surcroît de travail et un surcroît de

dépense permanente. C'est sur ce motif qu'est fondé l'accroissement de

l'allocation que j'ai demandée. (_Aux voix! aux voix!_)

M. DE RANCÉ.--Tous ceux qui dans les départements ont vu de près tous

les travaux qu'a nécessités la nouvelle loi sont, comme moi, intimement

convaincus qu'à présent, et même pour longtemps, de grandes dépenses

seront nécessitées par le grand travail auquel cette loi donne lieu;

quand on veut la fin, il faut vouloir les moyens. Je ne pense pas qu'on

puisse apporter de réduction sur cet article.

_M. le rapporteur._--Ce n'est pas une réduction que demande la

commission, elle s'oppose seulement à une augmentation.

(_Interruption._)

La commission ne vous propose pas de réduire le crédit sur ce qu'il

était en 1834, elle vous propose au contraire de le laisser tel qu'il

était fixé dans le budget de cette année.

M. GUIZOT.--Ce que vient de dire M. le rapporteur est une erreur; il

n'ignore pas, puisqu'il l'a dit lui-même dans son rapport, que les fonds

qui ont été nécessaires en 1833 et 1834 pour l'exécution de la loi ont

été pris sur les fonds consacrés au service général de l'instruction

primaire. Il a bien fallu faire cette dépense pour 1833 et pour 1834; et

si j'ai porté 10,000 francs de plus aux frais de bureau, c'est pour

n'être pas obligé de faire ce prélèvement sur les fonds généraux de

l'instruction primaire.

Les réductions proposées par la commission sont rejetées.

--Séance du 9 mai 1834.--

La commission du budget avait proposé le rejet de l'allocation de 25,000

francs que j'avais demandée pour la création de quelques chaires

nouvelles, notamment de chaires de droit constitutionnel, dans les

facultés de droit. Je combattis cet amendement, et la Chambre vota

l'allocation proposée. Je combattis également, dans le cours de ce

débat, diverses réductions proposées par la commission et elles furent

presque toutes rejetées.

GUIZOT, _ministre de l'instruction publique._--Je n'ai pas le dessein de

prolonger cette discussion. Je n'aurais pas pris la parole si je n'avais

une observation de quelque importance à présenter sur le crédit de

25,000 francs demandé pour la création de chaires nouvelles dans les

facultés de droit.

La Chambre comprendra sans peine qu'il ne s'agit pas de la réforme

générale qui pourrait être apportée dans cette branche de l'enseignement

supérieur; il s'agit seulement de combler quelques lacunes, de faire

quelques essais pour améliorer et développer l'enseignement du droit, en

attendant qu'on puisse le remanier dans son ensemble.

Comme on l'a dit à la Chambre, le droit criminel n'est pas spécialement

enseigné dans nos facultés, il ne l'est qu'incidemment, et comme une

portion de l'enseignement de la procédure.

Il est évident que le droit criminel est d'une trop grande importance,

et doit tenir trop de place dans notre vie politique pour ne pas être

l'objet d'un enseignement spécial.

Quant au droit constitutionnel, j'ai besoin à cet égard d'expliquer

clairement ma pensée.

M. le rapporteur de la commission a paru croire qu'il s'agissait de

créer, dans les facultés de droit, un enseignement de philosophie

politique. Ce n'est pas là mon objet. On ne fait dans les facultés que

trop de philosophie politique, et de mauvaise philosophie politique!

C'est un enseignement positif, c'est l'enseignement du droit

constitutionnel positif, l'enseignement de la Charte comme droit écrit,

comme on apprend le Code civil (_Très-bien!_); c'est cet enseignement

que je voudrais introduire dans nos facultés.

La philosophie politique, comme l'a dit M. Prunelle, n'appartient pas

aux facultés de droit; c'est un enseignement purement philosophique, qui

n'appartient qu'aux facultés des lettres. Ce que je voudrais, dis-je,

introduire dans nos facultés de droit, c'est l'enseignement du droit

constitutionnel positif français. Je voudrais qu'il y eût, dans toutes

nos facultés, une explication détaillée de la Charte, comme étant notre

code constitutionnel. (_Assentiment._) Je désire que personne ne se

méprenne sur ma pensée: mon intention n'est pas de créer, dans les

facultés de droit, des chaires de philosophie politique; c'est plutôt de

substituer l'enseignement du droit écrit à l'enseignement de la

philosophie politique.

Si j'avais sous la main un assez grand nombre d'hommes éclairés, et qui

eussent fait leurs preuves en fait de jugement et de sciences, un nombre

suffisant pour introduire tout à coup cet enseignement dans toutes nos

facultés, c'est plus de 25,000 francs que je demanderais. Mais la

Chambre me permettra de le lui dire, ces hommes-là manquent; c'est dans

l'espérance d'en trouver quelques-uns et pour faire des essais partiels

dans nos principales facultés que je demande 25,000 francs.

La commission avait proposé le rejet d'une augmentation de crédit de

9,000 francs, dans laquelle étaient compris les frais d'impression du

recueil des historiens des Croisades, entrepris par l'Académie des

inscriptions. Je la combattis.

GUIZOT, _ministre de l'instruction publique_.--Je demande à faire une

seule observation. Je ne parle pas de ce qui concerne le recueil des

historiens des croisades; mais dans cette somme de 9,000 francs se

trouvent 5,000 francs destinés aux dépenses communes des cinq académies.

L'augmentation résulte de l'introduction d'une sixième académie, qui

non-seulement a exigé des fonds spéciaux, mais encore a augmenté la

masse des frais de chauffage, de correspondance et de bureau, en un mot

les dépenses communes de l'Institut. Les 5,000 francs dont il s'agit ont

pour but de pourvoir à cette augmentation de charges.

M. TAILLANDIER.--Une seule observation sur ce que vient de dire M. le

ministre de l'instruction publique. J'ai examiné cette question, et je

crois qu'il suffirait de rejeter la proposition de la commission en ce

qui concerne les historiens des croisades. Quant à l'accroissement de

dépenses résultant de la création d'une nouvelle classe de l'Institut,

je ferai observer qu'il y a des membres de l'Institut qui font partie de

plusieurs académies et qui ne touchent pas un double traitement. M. le

ministre pourrait donc disposer du double traitement qui n'est pas

touché pour augmenter les frais du matériel.

GUIZOT.--Il ne faut pas faire de confusion en ce qui regarde le

personnel et ce qui regarde le matériel. L'augmentation des frais

matériels tient à ce que, par exemple, il y a eu deux séances de plus

par semaine, et qu'il a fallu chauffer les salles pour ces séances-là.

Voilà les frais matériels qui sont augmentés; il est impossible de n'y

pas pourvoir.

La réduction est mise aux voix; elle n'est pas adoptée.

--Séance du 10 mai 1834.--

GUIZOT, _ministre de l'instruction publique_.--En proposant à la Chambre

l'augmentation de crédit dont il est question pour la Bibliothèque, j'ai

mis sous ses yeux tous les renseignements propres à l'éclairer; j'avais

demandé à l'administration de la Bibliothèque un état détaillé de ses

besoins, avec les motifs sur lesquels les dépenses devaient être

fondées. Ce rapport a été distribué à la Chambre. Il en résulte qu'un

arriéré considérable, soit pour achat de livres, soit pour ouvrages

dépareillés, soit pour reliures, existe à la Bibliothèque.

Un des préopinants s'étonnait de ce qu'il fallait relier bien des livres

de la Bibliothèque. Le principe fondamental de la Bibliothèque du roi,

c'est d'être une collection complète de tout ce qui est imprimé en

France. Eh bien! pour qu'une collection soit complète et se conserve, la

reliure est indispensable. Il n'est personne qui ne sache qu'au bout de

quatre-vingts ou de cent ans un livre broché disparaît.

Il y aurait donc une véritable déperdition de livres, une véritable

perte du capital, si on ne prenait pas soin de la reliure. Il résulte

des renseignements que j'ai mis sous les yeux de la Chambre

qu'indépendamment des services généraux, il existe 150,000 volumes

brochés qu'il est urgent de relier; je dis urgent, si on veut que la

plupart de ces livres ne périssent pas.

Il ne faut pas croire que le crédit que j'ai demandé soit suffisant pour

pourvoir à ces dépenses. C'est simplement un à-compte qui permettrait de

relier les livres les plus importants et d'attendre pour les autres.

J'ajoute un fait qui m'échappait; c'est que lorsque j'ai apporté une

modification dans le régime de la Bibliothèque, et que j'ai fait cesser

quelques abus qui s'y étaient introduits, un grand nombre d'ouvrages

importants se sont trouvés dépareillés; il faut les remplacer. Une

partie du crédit dont il s'agit est destinée à cet emploi.

Quant aux 60,000 doubles dont on vient de parler, il est vrai qu'ils

existent à la Bibliothèque du roi; on est occupé à organiser un système

d'échange qui permettra de remplacer ces doubles par de bons ouvrages.

Mais les opérations d'échanges sont lentes et l'on n'a pas encore pu les

faire.

La réduction proposée par la commission est rejetée.

GUIZOT, _ministre de l'instruction publique_.--Messieurs, sur ces deux

crédits, sur celui qui est relatif au professeur d'arabe à Marseille et

celui qui est destiné à secourir les jeunes élèves sortant de l'École

des chartes, je serai d'une opinion différente de celle de M. le

rapporteur.

Je crois que, si la Chambre allouait un crédit qui va se présenter tout

à l'heure au chapitre suivant et qui est destiné à un travail sur

l'histoire de France, les 4,000 fr. que je demande ici pour les jeunes

élèves de l'École des chartes pourraient être supprimés, si toutefois,

comme je le dis, la Chambre accordait les fonds destinés au travail sur

les documents de l'histoire de France.

Quant au crédit de 4,000 fr. destiné au professeur d'arabe à Marseille,

il est vrai que jusqu'ici ce professeur avait été payé sur des économies

faites sur l'ensemble des chapitres. Ces économies devaient être

employées à autre chose; mais il s'est trouvé une chaire vacante, et la

portion de traitement vacante fut portée à la chaire d'arabe à

Marseille. Cette chaire est d'une véritable nécessité à cause de nos

relations avec le Levant. Il m'a paru utile de ne pas la laisser au

hasard d'une économie et de la porter positivement au budget. Elle a

existé jusqu'ici en quelque sorte en cachette, et livrée aux chances

d'économie qui pourraient avoir lieu sur ce chapitre. C'est pour la

tirer de cet état précaire, pour lui donner une existence avouée, que je

l'ai portée au budget.

Je serais disposé à abandonner le crédit de 4,000 fr. relatif aux élèves

de l'École des chartes, dans l'espérance de le trouver dans le chapitre

suivant, relatif à la publication de documents inédits sur l'histoire de

France, qui me fournira l'occasion d'employer ces jeunes gens; mais

quant à la chaire d'arabe de Marseille, je crois qu'il est utile de

l'écrire positivement au budget, et d'en faire les fonds.

GUIZOT, _ministre de l'instruction publique_.--Je ne veux que donner à

la Chambre quelques explications de fait pour qu'elle sache bien

précisément de quoi il s'agit.

Il ne s'agit ici d'aucun travail analogue aux travaux dont les

commissions de l'Institut sont chargées; les travaux dont on a parlé

sont spéciaux et déterminés: c'est la continuation des recueils des

historiens, c'est le recueil des ordonnances des rois de France; les

commissions auxquelles ces travaux sont confiés ne peuvent pas s'occuper

d'autre chose.

Personne n'ignore que dans les bibliothèques et dans les archives du

royaume, ainsi que dans les archives des différents ministères, et

spécialement dans celles du ministère des affaires étrangères, il existe

un nombre immense de correspondances et de documents d'une extrême

importance pour notre histoire. Ce sont ces documents-là qu'il s'agit de

recueillir et de publier; cette publication n'aurait pu être faite par

aucune des commissions de l'Institut dont on a parlé. Elle a besoin

d'être l'objet d'un travail, d'un crédit spécial.

Il ne faut pas que la Chambre se figure que ceci est un moyen de créer

des traitements au profit de certaines personnes. Et ici je crois donner

une explication satisfaisante à M. de Sade. Aucun traitement ne sera

créé, aucune fonction, aucune place ne sera établie. Un certain nombre

de travaux spécialement désignés seront confiés momentanément,

passagèrement, à certaines personnes. Lorsque ces travaux seront

terminés, des indemnités leur seront allouées spécialement pour ce

travail. Il n'y aura pas de traitements fixes, de places permanentes. Il

y aura purement et simplement une indemnité donnée à chaque travailleur

pour le travail particulier qui lui aura été confié.

Je prie la Chambre de me permettre de mettre sous ses yeux une

considération qui a une valeur plus que littéraire, une valeur morale et

en quelque sorte politique.

Hier, M. Bellaigue se plaignait avec raison de la vie que mènent dans

nos grandes villes, et particulièrement à Paris, un grand nombre de

jeunes gens qui ont de l'esprit, de grandes facultés, et qui viennent

les perdre ici ou en faire un détestable emploi, soit dans une mauvaise

littérature, soit dans une mauvaise politique. Cela est très-vrai; c'est

un grand mal, un des maux qui nous travaillent le plus dangereusement et

que nous n'aurions pas à redouter si ces jeunes gens avaient un emploi

utile, légitime et sérieux de leurs facultés, si au lieu de faire des

articles de journaux ou de mauvaises pièces de théâtre, il y avait pour

eux un moyen d'étudier sérieusement, laborieusement, et d'employer leur

temps et leurs facultés d'une manière utile pour eux-mêmes et pour le

pays.

Eh bien! la proposition que j'ai l'honneur de faire à la Chambre est un

moyen d'offrir, à un certain nombre de jeunes gens distingués, des

travaux de ce genre. Ce n'est là qu'une vue accessoire, mais qui n'est

pas sans importance.

On se fait une très-fausse idée des richesses dont je parle quand on

croit qu'elles sont déjà connues. J'ai étudié avec autant de soin que

l'honorable M. Auguis les manuscrits déposés aux archives des affaires

étrangères à l'époque dont il a parlé, et qui est l'époque de la

révolution d'Angleterre. Eh bien! je puis affirmer à la Chambre que les

cinq sixièmes des documents qui existent dans les archives des affaires

étrangères, et les plus importants peut-être, non-seulement ne sont pas

publiés, mais n'ont pas même été consultés, quelques-uns parce qu'ils

sont d'une lecture très-difficile. Je dirai en particulier à la Chambre

qu'il y a une correspondance tout entière annotée en marge de la main du

cardinal Mazarin. La lecture de l'écriture du cardinal Mazarin est une

véritable étude; il faut avoir passé un certain temps à s'en rendre

compte pour en venir à bout. Ce travail n'a pas été entrepris. On

m'accordera cependant que cela peut compter au nombre des documents

historiques les plus importants. Je pourrais indiquer beaucoup de faits

de ce genre; un de nos honorables collègues, M. le général Pelet,

pourrait vous dire qu'aux archives de la guerre, il y a, sur l'histoire

militaire de la France, un grand nombre de documents originaux

extrêmement importants, écrits par les contemporains, et qu'il serait

utile de publier.

Je voudrais donner à la Chambre une idée un peu exacte de l'étendue de

ce travail, et elle verrait qu'on a tort de nous renvoyer aux

commissions de l'Institut et aux travaux spéciaux dont on a parlé. C'est

vouloir que rien ne soit fait. Aucune de ces commissions ne peut se

charger du travail que j'ai l'honneur de proposer à la Chambre.

Je conçois toutes les objections tirées des économies; elles sont

graves, et si la Chambre jugeait que, pour la première année,

l'allocation tout entière serait trop considérable, je reconnaîtrais

avec M. la rapporteur et avec la sous-commission du budget, dans le sein

de laquelle j'ai traité la question, je reconnaîtrais qu'effectivement,

la première année, il n'y aura pas de publication à faire, que les

travaux préparatoires, les extraits, les copies, rempliront cette

première année, que, par conséquent, la dépense sera moins forte que

celle des années suivantes, et qu'il serait possible, comme la

sous-commission en avait eu l'idée, et comme M. Vatout l'a proposé, de

réduire l'allocation pour cette première année. Mais que la Chambre soit

bien assurée qu'il s'agit de mettre le public en possession de richesses

historiques dont il ne pourrait être mis en possession d'aucune autre

manière.

J'ajouterai une autre observation. La Révolution française est

considérée avec raison comme un véritable mur de séparation entre le

passé et le présent. Notre histoire, avant 1789, est en quelque sorte

pour nous de l'histoire ancienne. Déjà les souvenirs s'effacent, les

hommes qui les comprenaient meurent. Il importe de se presser si l'on

veut profiter de ces manuscrits. L'intelligence en sera perdue bientôt,

de même que les monuments matériels disparaîtront.

Je vois devant moi M. le procureur général de la cour des comptes. Les

archives de la cour des comptes sont pleines de documents de ce genre.

Combien de personnes sont en état d'aller s'enfermer dans ces archives,

de les lire, d'en tirer les faits qu'il nous importerait de connaître?

Messieurs, il y a urgence, le temps presse, les manuscrits périssent

matériellement; ils périssent aussi moralement; on sera bientôt hors

d'état de les comprendre, et il importe d'en entreprendre promptement la

publication.

M. TAILLANDIER. Je prends la liberté de demander à M. le ministre à qui

sera confiée la direction de ces travaux.

M. AUGUIS. Je demande la parole pour un fait personnel; je n'ai qu'un

mot à dire. M. le ministre de l'instruction publique vient de déclarer à

la Chambre que plus des quatre cinquièmes de la correspondance de la

France avec l'Angleterre, de 1647 à 1688, étaient inédits. Eh bien!

quant à cette correspondance annotée par le cardinal Mazarin, il n'y a

qu'un inconvénient, c'est que la correspondance de Barillon a été

publiée, partie en France, partie en Angleterre, dans la correspondance

de Lemaire. L'autre partie, qui est la correspondance de Bourdeau, avec

des notes, a été également publiée.

M. GUIZOT.--L'honorable M. Auguis est dans l'erreur. M. de Barillon

n'était pas ambassadeur en Angleterre du temps du cardinal Mazarin. Il

n'a été ambassadeur à Londres qu'après la restauration de Charles II, et

le cardinal Mazarin était mort. (_Rire général._)

Histoire parlementaire de France, Volume 2. Recueil complet des discours prononcés dans les chambres de 1819 à 1848 · 第 65 / 119 题