M. ODILON BARROT.--Nous n'avons pas prétendu cela non plus.

M. GUIZOT.--Je prie l'honorable M. Odilon Barrot de vouloir bien

remarquer que je ne l'ai pas interrompu quand il a parlé.

_M. le Président_.--Ce n'est pas ici une interpellation, c'est une

discussion.

M. GUIZOT.--Messieurs, je rappelle à la Chambre ses propres précédents,

les précédents des membres mêmes qui ont adressé la plupart des

interpellations. Eh bien! j'affirme, parce que j'ai relu toutes ces

discussions, que jamais il n'était entré dans l'esprit de personne que

la Chambre fût absolument tenue d'entendre les interpellations qui

pourraient être faites.

Je dis que c'est ici un fait nouveau, une prétention toute nouvelle, qui

s'est manifestée hier, pour la première fois, une prétention destructive

des droits de la majorité. (_Rumeurs aux bancs de l'opposition_.) Oui,

messieurs, destructives des droits de la majorité, qui sont les droits

de la Chambre et les premiers droits de la Chambre. Sans doute, je

professe un grand respect pour les droits de la minorité; jamais, pour

mon compte, je n'a rien fait pour diminuer en rien sa liberté de

discussion; mais, après tout, quand il faut arriver à un résultat, les

premiers droits de la Chambre sont les droits de la majorité. Nous les

maintiendrons, messieurs; nous ne souffrirons pas qu'on vienne détruire

le respect dû à la majorité et porter le trouble dans les délibérations

de la Chambre. (_Très-bien! très-bien!_)

Je le répète, messieurs, le droit d'interpellation des membres est

dominé par un droit placé au-dessus, par le droit de la majorité

d'admettre ou de ne pas admettre les interpellations.

Messieurs, il n'y a point de droit dans ce monde qui ne soit soumis à un

contrôle supérieur; et la majorité elle-même est soumise au contrôle du

pays par l'élection; et les électeurs eux-mêmes sont soumis au contrôle

de l'opinion universelle du pays; de la raison universelle qui se

manifeste tôt ou tard, et finit toujours par prévaloir.

Je réduis toute cette discussion à deux points. En principe, le droit

d'interpellation est une conséquence du droit d'initiative. La Chambre,

par tolérance, pour la plus grande facilité de la discussion, a dispensé

les interpellations de quelques-unes des formes, de quelques-unes des

nécessités auxquelles l'initiative ordinaire des députés est soumise.

Mais dans tous les précédents qu'on peut citer à ce sujet, il a toujours

été reconnu que la Chambre conservait le droit d'admettre les

interpellations ou de ne pas les admettre. La lecture du _Moniteur_ le

prouve d'une manière invincible; les paroles de M. Mauguin que j'ai

citées le disent formellement; et quand on vient vous demander

aujourd'hui d'élever le droit individuel d'interpellation au-dessus du

droit de la Chambre, on viole tous les précédents comme tous les

principes; on vous propose de détruire les droits de la majorité, et de

porter le trouble dans vos délibérations à venir. (_Marques d'adhésion

aux centres_.)

Histoire parlementaire de France, Volume 2. Recueil complet des discours prononcés dans les chambres de 1819 à 1848 · 第 56 / 119 题