M. MAUGUIN..--C'est par politesse que j'employais cette forme.

GUIZOT.--J'ai à citer des paroles encore plus positives. Le 16 septembre

1831, M. Mauguin disait:

«Notre position diplomatique est tout à fait changée. Je demande à la

Chambre la permission de lui indiquer ce que les circonstances rendent

nécessaire, et d'examiner avec elle la situation nouvelle où nous allons

nous trouver.

«Je voulais donc la prévenir que, _si elle n'y mettait point obstacle_,

mon intention était de demander aux ministres des renseignements sur ce

qui vient de se passer dans la malheureuse Pologne, et de leur adresser

des interpellations sur leur conduite dans la question belge.»

M. ODILON BARROT.--Je demanderai s'il y a eu un vote préalable sur cette

prétendue permission.

GUIZOT.--Je répondrai tout à l'heure à la question de l'honorable M.

Odilon Barrot. En ce moment, je me borne à rappeler les paroles de M.

Mauguin qui disait formellement: «Je préviens la Chambre que, si elle

n'y met point obstacle, j'adresserai telle interpellation au ministre.»

M. Mauguin reconnaissait donc que la Chambre avait le droit d'y mettre

obstacle. (_On rit._)

_Voix à gauche._--De mettre obstacle à l'ordre du jour, mais non aux

interpellations.

M. FIOT.--Le droit d'interpellation dérive de la responsabilité

ministérielle..., du droit qu'a la Chambre d'accuser les ministres.

GUIZOT.--Il est impossible de croire que les paroles d'un homme tel que

l'honorable M. Mauguin n'aient point de sens. (_Murmures aux

extrémités._) A coup sûr, lorsqu'il dit: «si la Chambre n'y met point

obstacle,» cela veut dire «que la Chambre peut y mettre obstacle.» La

Chambre peut donc y mettre ou ne pas y mettre obstacle, c'est-à-dire que

la question dépend d'elle seule, c'est-à-dire que la Chambre peut

admettre ou ne pas admettre les interpellations.

Maintenant M. Odilon Barrot m'a demandé si cette question a été alors

posée à part: elle ne l'a pas été, parce que le droit de la Chambre n'a

pas été contredit, parce que l'honorable M. Mauguin lui-même l'a

reconnu, parce que (permettez-moi une expression qui n'a rien

d'offensant dans ma pensée), les faiseurs d'interpellations n'avaient

jamais imaginé que la Chambre fût obligée, soumise, servilement soumise

à entendre leurs interpellations.

Histoire parlementaire de France, Volume 2. Recueil complet des discours prononcés dans les chambres de 1819 à 1848 · 第 55 / 119 题