M. MAUGUIN.--C'est votre opinion.

_M. le ministre de l'instruction publique_.--Je prie l'honorable membre

d'être bien certain que je n'entends pas exprimer son opinion; c'est la

mienne que j'exprime, et j'ai le droit d'émettre mon opinion comme il a

émis la sienne.

Je dis que dans ma conviction, non-seulement de ministre, mais de

citoyen, ces craintes là sont absurdes, qu'elles sont injurieuses pour

le gouvernement que la France elle-même a fondé. Certes, quand ce

gouvernement a fortifié Lyon, il n'a pas entendu asservir la population

de Lyon; il a entendu garantir Lyon contre l'étranger. C'est dans cette

vue, et dans cette vue uniquement, que les fortifications de Lyon ont

été élevées, et la population de cette ville en est aujourd'hui

convaincue.

Et s'il arrivait qu'un de ces grands désordres qui surviennent

quelquefois au milieu des pays les mieux gouvernés, s'il arrivait,

dis-je, qu'un grand désordre éclatât dans la ville de Lyon, comme celui

qui a éclaté au mois de novembre 1831, et que les forts détachés,

aujourd'hui construits autour de Lyon, servissent à réprimer ces

désordres... _(Voix à gauche:_ Ah! nous y voilà donc!) Vous voyez,

messieurs, que je ne redoute aucune supposition, que je vous parle de

tout avec une entière sincérité. Je dis donc que, s'il arrivait que les

forts détachés construits à Lyon eussent servi à réprimer le désordre

déplorable qui avait éclaté dans cette ville, c'eût été un bien et pour

la population de Lyon et pour la France tout entière _(Adhésion aux

centres.)_

Il ne faut pas croire, messieurs, que tels ou tels moyens, par cela seul

qu'ils pourraient être propres à réprimer des factieux, à rétablir

l'ordre dans le pays, soient destinés à asservir la population.

S'il en était ainsi, il ne faudrait pas que la couronne eût une grande

armée, car on pourrait aussi employer une grande armée pour opprimer un

pays. Il y a des hommes, je le sais, qui proscrivent absolument les

armées permanentes comme un moyen d'oppression; mais je ne suis pas de

cet avis, et certainement la Chambre n'en est pas non plus.

Je le répète, messieurs, je n'ai personnellement aucune opinion sur les

forts détachés. Je n'entends ni les soutenir, ni les combattre. Je dis

seulement que vous avez sous les yeux un ensemble de faits qui prouve

qu'ils ne sont pas aussi dangereux qu'on le prétend. J'ajoute que la

Chambre, ayant voté deux fois des fonds pour ce genre de travail, il

était assez naturel que le ministère crût la chose possible. Il

s'agissait de savoir s'il convenait de porter cette question au budget

ou d'en faire l'objet d'une loi spéciale. C'est sous le point de vue

financier que la question s'est élevée; elle est devenue ensuite

politique.

Mais je suis le premier à le proclamer, messieurs, quand une fois de

telles susceptibilités se sont élevées, quand de telles terreurs ont

pris possession des esprits, d'esprits honnêtes et sincères, étrangers à

la faction, il est du devoir du gouvernement d'en tenir grand compte. Il

y a des choses qui, même utiles, même bonnes, ne doivent pas être

poursuivies quand elles soulèvent, quand elles inquiètent la population.

Elles ne peuvent être reprises, si elles sont bonnes, si elles sont dans

l'intérêt du pays, que lorsque la population, éclairée, désabusée, est

librement revenue de ces préventions qu'il me sera permis d'appeler

populaires, et que, pour mon compte, je regarde comme dénuées de tout

fondement. (_Marques d'adhésion aux centres._)

J'aborde la troisième question dont a parlé l'honorable préopinant. Il

s'agit d'un amendement introduit par la Chambre dans le dernier budget

sur les évêques institués postérieurement au concordat de 1801.

L'honorable membre a reproché au cabinet les paroles d'un de ses membres

devant la Chambre des pairs en lui présentant le budget.

Je remettrai sous les yeux de la Chambre les paroles de l'auteur même de

l'amendement.

En le présentant, M. Eschassériaux disait: «Ma proposition n'est que

l'expression d'un voeu rédigé sous une forme inoffensive. Il respecte à

la fois les droits constitutionnels de la couronne, confirmés par la

Charte, et ce qu'on est convenu d'appeler le pouvoir temporel du pape.

C'est une disposition purement financière qui rentre dans la prérogative

de la Chambre. Mon intention est de prêter un point d'appui au

gouvernement pour qu'il arrive à la conclusion définitive des

négociations entamées avec la cour de Rome.»

Je n'ai pas besoin de le dire à la Chambre; elle voit que les paroles de

M. le ministre des finances devant la Chambre des pairs ont exactement

le même sens. M. le ministre des finances a dit qu'il existait un traité

conclu avec le pape, en vertu duquel tant d'évêchés étaient érigés en

France, qu'il était de la prérogative de la couronne de nommer à ces

évêchés, qu'elle en avait le droit et peut-être le devoir tant que le

traité existait, attendu que le traité liait également les deux parties.

La Chambre a refusé des fonds pour le traitement de quelques-uns de ces

siéges; la Chambre était dans son droit. Mais la prérogative de la

couronne de nommer à ces sièges, et le traité en vertu duquel on aurait

nommé n'en subsistaient pas moins. Accoutumons-nous, messieurs, à

comprendre qu'un droit ne tue pas le droit qui est à côté, que les

pouvoirs peuvent et doivent vivre ensemble en se respectant, en

conservant toute leur indépendante. Je n'examine pas si au fond

l'amendement est bon ou mauvais; il est dans le droit de la Chambre, et

à ce titre il est respectable; mais ce qu'a dit M. le ministre des

finances devant la Chambre des pairs est parfaitement constitutionnel;

M. Eschassériaux lui-même l'avait dit d'avance.

Je demande pardon à la Chambre si je ne mets pas dans mes idées tout

l'ordre que je désirerais moi-même y apporter, mais je suis le discours

de l'honorable membre. (_Rire général._)

Après ces trois reproches qui s'adressaient au cabinet, l'honorable

membre a pris à partie (je demande pardon de l'expression) un de nos

honorables collègues, M. le procureur général près la cour royale de

Paris, qui vient de sortir de cette enceinte, et que la Chambre a

entendu tout à l'heure avec tant d'estime, pour n'en pas dire davantage.

(_Oui! oui!_) Il lui a reproché d'avoir dit dans un discours prononcé à

l'occasion, je crois, d'un procès à M. de Kergorlay: «Guerre à outrance,

guerre à mort, etc.....» Est-ce à dire, messieurs, qu'il ait été dans la

pensée de M. le procureur général qu'il fallait tuer... (_Oh! oh!_) Non,

certes; il s'est servi d'une expression (il ne me désavouerait pas sans

doute) peut-être un peu exagérée, d'une expression de rhétorique plutôt

que de langage légal; mais il n'y a personne, dans un plaidoyer, à qui

cela n'arrive: connaissez-vous un avocat qui n'exagère pas un peu?

(_Hilarité prolongée._)

Je ne pense donc pas que de pareilles expressions puissent être prises

au pied de la lettre, et je suis convaincu que M. le procureur général

lui-même ne les prendrait pas ainsi. Je ne regarde donc pas le reproche

comme bien grave.

L'orateur a été plus loin, et ce qui s'est passé, il y a quelques jours

dans cette Chambre, lorsqu'un certain nombre de membres ont donné leur

suffrage à M. le procureur général pour les fonctions de vice-président,

a été pour lui une nouvelle occasion d'attaquer le ministère. Il a

prétendu que M. le procureur général était, par cela seul, le symbole

politique du ministère.

La Chambre me permettra de lui dire que j'ai donné ma voix à M. le

procureur général pour la vice-présidence...

_Voix à droite._--Nous le croyons sans peine!

_M. le ministre de l'instruction publique._--Et je déclare que je n'ai

pas cru, le moins du monde, lier mon opinion tout entière aux opinions

ou à la politique de M. le procureur général près la cour royale de

Paris. Je le regarde, messieurs, comme l'un des hommes qui, depuis trois

ans, ont rendu, je ne dis pas seulement au gouvernement de Juillet, mais

à la France, mais à l'ordre social, les plus signalés services

(_Adhésion aux centres_), comme l'un des hommes les plus étrangers à

cette faiblesse des convictions, à cette mollesse des âmes qui est le

mal le plus profond dont nous soyons travaillés. Je le regarde comme

ayant donné l'exemple si rare d'une conviction profonde et toujours

prête à passer dans les actions, d'un courage simple, inébranlable, à

l'épreuve de tous les genres de danger, et, ce qui est pire que les

dangers, de tous les dégoûts. Il a tout supporté dans l'intérêt, je le

répète, et du gouvernement de Juillet et de l'ordre social. Je l'en

honore profondément; et c'est pour lui témoigner le cas que je fais de

lui que je lui ai donné mon suffrage pour la vice-présidence. Je n'ai

pas entendu le moins du monde me lier à toutes ses opinions; et que la

Chambre me pardonne ce détail d'intérieur, quelques jours après son

discours, je lui dis chez moi, à dîner, que je ne partageais pas son

opinion sur le jury; que, sur la majorité exigée pour la condamnation, à

mon avis, il ne fallait pas y toucher, que sur le vote secret, mon

opinion n'était point arrêtée, et que, quant à l'usage d'insérer, comme

menace, les noms des jurés dans les journaux, cela me paraissait mériter

répression.

Voilà ma conversation avec M. le procureur général; mais je vous le

demande, parce que je ne partageais pas sur cette question toutes les

idées de M. le procureur général, j'aurais hésité à lui donner ma voix à

la vice-présidence? moi, témoin de sa droiture, de son courage, des

dégoûts dont il est abreuvé, et qu'il supporte si dignement? Non,

messieurs, j'ai saisi cette occasion de lui témoigner mon estime, et je

lui en renouvelle ici l'expression. (_Très-bien!_)

Messieurs, si je ne me trompe, j'ai parcouru les griefs particuliers de

l'honorable membre contre le ministère. Il est ensuite revenu à une

attaque contre le système du ministère en général. C'est une question

qui a été souvent débattue à cette tribune. J'essayerai donc, messieurs,

d'être aussi bref que possible. Je demande seulement la permission de

saisir cette occasion pour rétablir un petit fait qui, de peu

d'importance en soi, ne laisse pas d'en avoir un peu pour moi. Je n'ai

jamais prononcé à cette tribune le mot de _quasi-légitimité_. Je prie

tous ceux des honorables membres qui auraient quelques doutes à cet

égard de vouloir bien consulter mes discours de tout genre dans les

journaux du temps, ils n'y trouveront nulle part ce mot sorti de ma

bouche. Un petit journal l'a inventé; et autant qu'il m'en souvient, ce

journal est le _Figaro_; je ne lui en veux pas du tout pour cela. (_On

rit._)

Je ne tiens aujourd'hui qu'à expliquer ma pensée, et je serai aussi

parfaitement sincère sur ce point que sur tous les autres.

Messieurs, je regarde le gouvernement de Juillet, non comme

_quasi-légitime_, mais comme pleinement légitime, comme le gouvernement

le plus légitime dans son origine, car il a été l'oeuvre de la raison

publique et de la nécessité; c'est un gouvernement qu'on ne pouvait se

dispenser de faire, qui était le seul possible, le seul bon, le seul

légitime pour la France; je n'ai donc pu employer, je n'ai employé aucun

mot qui élevât le moindre doute, la moindre restriction quant à sa

légitimité; ce que j'ai pensé et dit, le voici: j'ai dit que, lorsque la

portion destructive de la révolution de Juillet fut accomplie, pendant

même qu'elle s'accomplissait, pendant que le trône de Charles X tombait,

au moment même, par cet instinct, par cette électricité de bon sens qui

s'empare des plus grandes masses d'hommes, il fut évident que la France

était monarchique, qu'elle ne pouvait chercher son salut hors de cette

condition. Mais, messieurs, ne fait pas des rois qui veut. Il n'est au

pouvoir de personne, même de 32 millions d'hommes, d'aller prendre au

milieu de la foule le premier venu et de le faire roi. Il n'y a que deux

manières de faire des rois. Ou bien, comme l'a fait Napoléon, on se fait

roi soi-même, par la guerre, par la gloire, en sauvant son pays l'épée à

la main: ainsi s'est fait roi Napoléon. Ou bien on arrive à la couronne

parce qu'on est né prince, qu'on est sur les marches du trône, qu'on est

(je vous demande pardon de l'expression vulgaire) du bois dont se font

les rois. (_On rit._) Eh bien! messieurs, le prince qui nous gouverne,

par une de ces bonnes fortunes que la Providence réserve aux peuples

qu'elle favorise, en même temps qu'il était prince, il se trouvait, ses

sentiments et par sa vie entière, d'accord avec les sentiments, avec les

intérêts généraux du pays; il se trouvait incorporé dans la cause

nationale depuis bien des années (_Très-bien! très-bien!_); il était duc

d'Orléans, et il était en même temps profondément Français, Français

constitutionnel, Français libéral, Français de notre révolution de 1789.

Ce sont ces deux circonstances réunies, sa naissance et sa vie, qui

l'ont fait roi, et je le répète, il n'était pas en notre pouvoir d'en

faire un autre.

Je sais qu'il est des gens qui ne veulent faire honneur à la révolution

de Juillet que de la portion insurrectionnelle, du renversement du

gouvernement de Charles X. Pour moi, messieurs, je l'accepte tout

entière dans ce qu'elle a eu de monarchique comme dans ce qu'elle a eu

de libéral; j'honore, j'admire la justesse d'esprit avec laquelle la

France tout entière a sur-le-champ reconnu et accepté le seul

gouvernement qui pût faire son salut. Et la dignité nationale, comme la

dignité du roi, est intéressée à ce que ce grand événement conserve,

dans l'esprit de tous, son vrai et complet caractère. (_Vive adhésion._)

Il y a un dernier point sur lequel l'honorable membre a beaucoup

insisté, c'est l'aristocratie. L'honorable membre accuse quelques

membres du cabinet, et moi particulièrement, de tendance aristocratique.

Je ne voudrais pas engager ici une grande discussion philosophique, et

m'appesantir sur le sens du mot aristocratie; je serai très-court. Je

pense que, dans un grand et vieux pays comme la France, il y a de

profondes diversités entre les différentes classes de citoyens, des

diversités naturelles, historiques, des diversités de fortune,

d'éducation, de lumières, de situation, des diversités de tout genre.

Je pense que de ces diversités, il résulte qu'il y a des classes

beaucoup plus riches, beaucoup plus éclairées, plus influentes que

d'autres. Est-ce là ce que l'on appelle l'aristocratie? Si c'est là ce

qu'on appelle de l'aristocratie, comme j'ai eu l'honneur de le dire dans

l'autre Chambre, il y en a toujours eu, il y en aura toujours, et l'on

ne parviendra point à l'abolir.

Certains partis, certains hommes dans la Révolution française ont eu la

prétention d'effacer complétement ce qu'on appelle l'aristocratie, de

l'effacer comme la royauté; la royauté est revenue, et dans le sens dont

je parle, l'aristocratie aussi est revenue. Les supériorités naturelles

et réelles, les supériorités d'éducation, de fortune, les diversités

inévitables entre les hommes, ont repris leur place, leur influence dans

la société.

Messieurs, si ces aristocraties naturelles, simples, inévitables,

avaient des priviléges, si elles étaient exemptes de payer certains

impôts, si elles étaient exemptes de la conscription, si elles avaient

le monopole des charges publiques, en un mot, si les abus contre

lesquels s'est faite la révolution de 1789 existaient encore, je serais

aussi ardent que vous à en demander la destruction. Mais je le demande,

y a-t-il parmi nous rien de semblable? Il y a des classes diverses, mais

sans aucun privilége; elles sont, comme la population tout entière,

soumises à la liberté de la presse, à la concurrence pour les charges

publiques; elles sont soumises à l'égalité de l'impôt, à l'élection pour

la participation au pouvoir.

Vous avez introduit le principe électif dans les différents degrés de la

société pour différentes fonctions. Vous avez l'aristocratie

départementale, l'aristocratie municipale, comme l'aristocratie

politique; vous avez fait des électeurs, des éligibles différents; ce

sont deux, trois, quatre aristocraties que vous avez faites, et ce sont

ces aristocraties-là que j'approuve; eh bien! messieurs, je n'en veux

pas d'autre. (_Très-bien!_) Je n'en ai jamais voulu d'autre.

Messieurs, je comprends des sociétés faites autrement que la nôtre; je

n'ai pas la prétention que le monde entier soit modelé selon mes goûts,

et que les formes sociales soient partout les mêmes. Mais je regardé la

société française comme celle où il y a le plus de justice, de vérité,

où les faits sociaux sont le plus équitablement et le plus

convenablement réglés; ma conviction est si profonde à cet égard que je

donnerais mille fois ma vie plutôt que de souffrir que la moindre

atteinte fût portée à cette constitution sociale de mon pays. Mais, en

revanche, je n'irai jamais abuser des mots, profiter de certains

souvenirs qui corrompent encore les esprits, pour dire qu'il ne doit

point y avoir d'aristocratie dans la société, et exciter, à propos de ce

mot, ces passions que je regarde comme mauvaises, quoiqu'on les appelle

démocratiques, ces passions haineuses, jalouses, envieuses, subalternes,

qui sont, je le répète, avec la faiblesse et la mollesse de nos moeurs,

notre plaie et notre véritable désordre moral. (_Très-bien! très-bien!_)

Messieurs, je crois avoir parcouru tous les reproches, tant particuliers

que généraux, que l'honorable membre a adressés au ministère. Je ne veux

dire qu'un dernier mot.

L'honorable orateur a parlé d'un mécontentement croissant, de

l'éloignement progressif d'une partie de la population. Si cela était

vrai, il y aurait là une étrange contradiction avec le projet d'adresse

pour lequel l'honorable membre a voté; car ce projet d'adresse parle

beaucoup au contraire de l'amélioration qui s'est manifestée dans l'état

des esprits, des rapprochements que de tous côtés l'on est porté à

accepter, de l'adoucissement des opinions. Le projet d'adresse croit

cette disposition si réelle qu'il encourage le gouvernement, la

population, la Chambre à s'y laisser aller. Il demande au gouvernement

de rallier autour de lui tous les amis sincères et éclairés de la

monarchie constitutionnelle. En effet, dans plusieurs des discours

prononcés hier par quelques-uns de nos honorables collègues, j'ai

reconnu, et je m'en félicite, les traces de cette même disposition. Je

le répète donc: si l'honorable membre pense, comme il disait tout à

l'heure, que le mécontentement va croissant, que c'est la conséquence du

système du gouvernement, il a eu tort de voter pour l'adresse, car elle

dit positivement le contraire. (_Mouvement très-vif d'approbation._)

--Séance du 6 janvier 1834.--

En prenant part à la discussion de l'adresse, M. Berryer attaqua

vivement la révolution de 1830 et la politique du juste milieu. Je lui

répondis:

M. GUIZOT, _ministre de l'instruction publique_.--Messieurs, si nous

étions des enfants, si nous n'avions aucune connaissance de ce qui s'est

passé dans le monde depuis qu'il existe, je comprendrais le débat qui

nous occupe en ce moment; mais en vérité, avec quelque expérience des

hommes, avec quelque connaissance de l'histoire, je ne le comprends pas;

et avec quelque talent qu'il ait été soutenu, je ne puis le trouver

digne de fixer longtemps l'attention d'hommes sensés. (_Sensation._)

Il y a eu dans le monde des révolutions, messieurs, des révolutions qui

ont changé les sociétés, qui ont renouvelé les gouvernements et la

société elle-même. Il y en a eu qui ont réussi, pleinement réussi, qui

ont fondé des sociétés nouvelles, des gouvernements nouveaux. Je le

répète; si cela n'était jamais arrivé, si nous étions des enfants, ou si

nous étions à l'origine du monde, l'honorable orateur qui descend de la

tribune aurait le droit de dire tout ce qu'il a dit; mais l'expérience

est contre lui; l'expérience a déjà plus d'une fois prononcé que ce

qu'il déclare impossible était possible, que ce changement profond des

gouvernements et des sociétés pouvait réussir.

Messieurs, c'est qu'il n'y a rien d'infaillible, rien d'immortel dans ce

monde; c'est que les meilleurs principes peuvent s'user ou se corrompre;

c'est que ce principe, par exemple, de l'hérédité monarchique que nous

professons tous, qui est dans nos moeurs et dans nos lois, peut tomber

en de telles mains, peut être associé à une telle cause que ce qu'il a

de bon périsse dans cette alliance, et qu'ainsi l'hérédité monarchique,

quelque salutaire qu'elle soit à la société, succombe par la faute de

ceux dans les mains de qui le principe est déposé, (_Vive adhésion._)

Faudra-t-il pour cela abandonner le principe? Faudra-t-il que la société

renonce à ce qu'il a de vrai et de salutaire? Non, messieurs, la

société, si elle est sensée, si elle est éclairée, si elle est forte,

séparera le principe et les hommes qui en sont dépositaires; elle se

débarrassera des hommes qui compromettent le principe, et reprendra le

principe au milieu de sa propre ruine pour le relever et en refaire le

fondement de l'ordre public. (_Nouvelles marques d'adhésion._)

Je sais, messieurs, que de telles oeuvres sont difficiles, périlleuses,

qu'elles coûtent très-cher à une société; aussi je ne lui conseillerai

jamais de les entreprendre de gaieté de coeur et sans une nécessité

absolue. Ce n'est pas pour une vaine satisfaction d'esprit, ce n'est pas

pour accomplir une volonté capricieuse et arbitraire, ce n'est pas pour

donner raison à tel ou tel système de philosophie, à telle ou telle

forme de gouvernement, qu'on doit entreprendre de renouveler ainsi les

gouvernements et les sociétés; il faut y être condamné. Mais quand on y

est condamné, condamné par la nécessité, il y va du salut et de la

dignité d'un peuple d'accepter cette condamnation, cette tâche terrible,

cette entreprise redoutable, et de l'accomplir, quels qu'en soient les

périls et les souffrances. (_Vive adhésion._)

Voilà, messieurs, la situation dans laquelle nous nous sommes trouvés;

nous sommes tombés dans la nécessité de briser le principe de l'hérédité

monarchique, de nous séparer des hommes qui le compromettaient, qui en

faisaient un instrument nuisible pour la France, au lieu d'en faire pour

elle un instrument de salut. Et cette nécessité, messieurs, nous ne

l'avons pas cherchée, on nous l'a faite. Et la France l'a librement

acceptée; je dis librement acceptée; quand la France a reconnu cette

nécessité-là, elle a pris en main ses propres affaires, et elle a changé

son gouvernement, quoi qu'il dût lui en coûter.

Et maintenant, on nous demande, messieurs, ce que nous avons fait là; on

nous reproche de parler de la nécessité; on nous dit que nous avons fait

un acte de souveraineté du peuple. La Chambre me permettra de n'entrer

dans aucune discussion métaphysique, de m'en tenir aux faits et au

simple bon sens.

Ce que nous avons fait, le voici.

Nous avons changé une dynastie reconnue incapable de nous gouverner.

(_Très-bien, très-bien!_) Nous avons, à cette occasion, dans cette

nécessité, apporté d'importantes modifications aux institutions qui nous

régissaient; nous avons, non pas aboli la Charte, nous l'avons

profondément modifiée; et en faisant ces deux choses, nous avons fait un

grand acte de volonté et de puissance nationale, un de ces actes qui, je

le répète, coûtent cher aux peuples, qui leur imposent des années de

périls et de sacrifices, mais qui les grandissent et les glorifient dans

l'histoire. C'est une grande chose, messieurs, que de réussir dans une

pareille entreprise; c'est une de ces choses qui donnent à une nation un

sentiment de force, d'élévation, de liberté, de grandeur qu'elle ne

pourrait puiser à aucune source. C'est ce qui a fait l'orgueil de la

nation anglaise. Elle a payé cher l'entreprise de disposer d'elle-même,

de disposer de son gouvernement; mais, je le répète, elle a grandi, elle

s'est fortifiée, elle s'est glorifiée par un tel résultat.

Mettant donc à part toute métaphysique, à part toute discussion de mots

et de systèmes, voilà ce que nous avons fait: nous avons changé une

dynastie, et réformé profondément nos institutions, par un grand acte de

volonté et de puissance nationale.

Dans quelle situation nous sommes-nous trouvés placés après cet acte?

dans la situation à laquelle la Révolution française, la Révolution de

1789, devait nécessairement arriver. Entreprise contre l'absolutisme et

les priviléges, pour introduire, non pas l'égalité et la liberté

absolues qui ne sont pas de ce monde, qui sont des chimères de l'esprit

humain, mais pour introduire beaucoup plus d'égalité et beaucoup plus de

liberté dans la société française, la révolution de 1789 s'est trouvée

très-promptement condamnée à une autre tâche. En luttant contre

l'absolutisme, contre les priviléges, elle a déchaîné l'anarchie; elle a

déchaîné des idées et des passions antisociales; elle a déchaîné ces

chimères d'égalité absolue, de liberté illimitée, ces rêves d'honnêtes

gens et ces passions de mauvaises gens (_Vive approbation_) contre

lesquels nous luttons aujourd'hui. (_Très-bien!_)

Voilà ce qu'a fait la Révolution française; en sorte qu'elle s'est

trouvée bientôt condamnée, à quoi? à cette politique qu'on nous reproche

aujourd'hui, à la politique du juste milieu.

Lutter d'une part, contre l'absolutisme et le privilége, ses anciens

ennemis, ses ennemis primitifs, et de l'autre, contre les idées

anarchiques qu'elle a déchaînées elle-même, soit par le vice de sa

propre nature, soit par les erreurs des hommes, voilà la situation dans

laquelle notre révolution s'est trouvée placée, dans laquelle nous nous

trouvons placés aujourd'hui, situation naturelle, inévitable.

On nous la reproche, messieurs; on nous reproche la politique du

juste-milieu; on nous reproche de lutter, d'un côté, contre

l'absolutisme et le privilége, et de l'autre, contre l'anarchie! Mais

c'est là précisément ce qui fait notre gloire, ce qui fait l'honneur du

pays; c'est la plus grande preuve de bon sens, de raison, de justice,

que le pays ait donnée, particulièrement depuis trois ans. (_Approbation

au centre._)

Je vous le demande, messieurs, car, en vérité, il m'est plus facile,

pour répondre au discours de l'honorable préopinant, d'en appeler à des

idées simples, à des faits évidents pour tous, que de le suivre dans le

dédale ingénieux de ses propres idées et des reproches qu'il a adressés

à tous les partis de la société, qu'avons-nous fait depuis trois ans?

Nous avons laissé la liberté à tout le monde, à tous les partis, à

toutes les opinions; et non-seulement nous avons laissé la liberté à

tous, mais nous avons voulu que la sécurité de tous fût garantie. Il le

fallait; car pensez-y bien, messieurs, pour que la liberté soit réelle

dans un pays, il faut la liberté des hommes raisonnables aussi bien que

celle des hommes ardents; il faut que les esprits sages puissent

manifester leur avis, exercer l'influence à laquelle ils ont droit. Or,

une pareille liberté n'existe qu'à la condition de la sécurité. Les

esprits ardents, turbulents, appellent les tempêtes, les révolutions;

ils ne les craignent pas; ils y sont libres; mais les hommes prudents,

raisonnables, qui représentent la masse de la société et ses principaux

intérêts légitimes, ont besoin de calme et de sécurité pour être libres.

Et ces intérêts, messieurs, ces intérêts de la famille, de la vie

privée, sont bien légitimes, essentiellement légitimes. Chacun a,

non-seulement droit, mais raison de penser à ses affaires, à sa famille,

à l'éducation, à l'avenir de ses enfants, de souhaiter les circonstances

les plus favorables pour accomplir ses devoirs de père de famille. Je ne

puis assez me récrier contre cette pente de notre temps à placer les

hommes dans une situation extraordinaire, et à ne pas vouloir ménager

les situations simples, naturelles, et les intérêts qui s'y rattachent.

Ces intérêts ont besoin de repos, de sécurité. Tandis que les orages,

les révolutions, les grandes crises n'épouvantent pas les hommes

violents, ne leur enlèvent pas leur liberté, elles enlèvent celle des

hommes sages, prudents, et c'est à ceux-là surtout que nous avons tenu à

la conserver. Voilà pourquoi nous avons fait de l'ordre, de la sécurité,

le but principal de notre politique; voilà pourquoi nous nous sommes

efforcés de les ramener promptement dans notre société troublée. Mais,

pour atteindre ce but, nous avons eu confiance dans nos institutions,

dans la liberté; c'est avec nos institutions et la liberté que nous

avons triomphé, que la politique du juste-milieu a prévalu contre toutes

les autres.

Et on vient dire que nous n'avons pas foi dans les institutions du pays!

S'il en était ainsi, messieurs, nous serions bien ingrats; car, je le

répète, c'est avec nos institutions, avec la liberté, avec la

discussion; et parce que nous avons eu foi dans le pays que nous avons

triomphé. Croyez-vous qu'autrement la politique de la modération eût

triomphé le lendemain d'une révolution? Non, messieurs; sans le secours

de la liberté, de la publicité, de la discussion, sans notre appel

continuel à la raison publique, c'eût été la politique violente,

révolutionnaire, qui l'aurait emporté pour un temps, sauf à amener une

de ces grandes réactions qui rejettent dans le despotisme les sociétés

fatiguées de l'anarchie.

Nous n'avons donc aucune raison de nous délier de nos institutions. Au

contraire, elles ont fait notre force. Il n'est peut-être aucun de nous,

et certainement aucun des hommes associés à notre politique, à qui l'on

n'ait dit bien souvent: «Vous entreprenez une oeuvre impossible; vous

luttez contre le cours des choses, contre des passions que vous ne

viendrez jamais à bout de surmonter. Renoncez donc à une oeuvre

impossible. Laissez aller les choses. Cherchez votre sûreté personnelle.

Ne prétendez pas faire prévaloir cette raison, cette équité universelle

dans le gouvernement de votre pays.» Voilà ce que l'on vous a dit cent

fois; et c'est précisément ce que vient de vous dire l'honorable M.

Berryer. Il vous a dit: «Vous tentez une chose impossible; vous ne

parviendrez jamais à dompter de telles passions, à concilier des

principes aussi contradictoires.» Cependant qu'avons-nous fait depuis

trois ans? Nous avons rétabli la tranquillité publique, nous avons

ramené les esprits à la modération, et la prospérité a reparu. Cela

est-il vrai ou faux? Si cela est vrai, c'est le résultat de la politique

que vous avez suivie depuis trois ans; c'est parce que vous avez adopté

cette politique de juste-milieu, cette politique qui ne s'inquiète pas

des conséquences de tel ou tel principe, qui s'occupe uniquement à

rapprocher les intérêts, à calmer les passions, à faire pénétrer dans

toutes les relations sociales, dans tous les ressorts du gouvernement un

peu de raison, un peu de justice, un peu de toutes ces bonnes choses qui

sont le baume des sociétés. _(Très-bien!)_

Voilà la politique que vous avez suivie depuis trois ans. Et c'est au

moment où l'on commence, non-seulement à en recueillir, mais à en

proclamer les fruits, où la Chambre elle-même, où votre propre adresse,

de l'aveu de la plupart, je ne veux pas dire de tous, mais de la plupart

de vous; c'est au moment, dis-je, où l'adresse qui proclame ce résultat

a été reçue avec une approbation générale qu'on vient vous dire que ce

que vous tentez est impossible, que vous n'y réussirez pas! Messieurs,

on vous trompe: vous y avez réussi; je ne dis pas réussi

infailliblement, réussi sans aucune chance de retour; je ne dis pas

réussi sans que vous soyez condamnés à persévérer longtemps et

laborieusement dans le même système, à faire encore beaucoup d'efforts,

à essuyer de grandes vicissitudes: vous aurez tout cela à faire; mais en

persévérant dans les mêmes voies vous avancerez comme vous avez déjà

avancé, vous recueillerez les mêmes fruits, et ce qu'on vous déclaré

impossible deviendra chaque jour plus naturel, plus facile. Nous verrons

encore, j'en conviens, ce que nous avons vu depuis trois ans, nous

verrons ces emportements, ces opinions violentes, ces alliances qu'on

appelle carlo-républicaines. Messieurs, cela n'est pas, et ne sera pas

nouveau pour nous: il y a trois ans que nous le voyons; c'est notre

condition, c'est la condition du juste-milieu; nous ne nous en étonnons

pas plus aujourd'hui que nous ne nous en sommes étonnés il y a un, deux

ou trois ans. Nous lutterons contre ces emportements, contre ces partis

extrêmes; nous travaillerons à leur faire accepter volontairement, de

bonne grâce, la justice, la raison, l'équité; et quand ils ne voudront

pas l'accepter de bonne grâce, nous essayerons de la leur imposer par

l'autorité des lois, par la force du gouvernement; et nous ne ferons

ainsi rien de nouveau, rien de plus que ce que vous avez fait jusqu'à

aujourd'hui.

On nous parle des fautes que nous avons faites; mais quel est le

gouvernement qui, dans une situation difficile comme celle où nous nous

sommes trouvés, quand nous tentions cette oeuvre qu'on vous a dite

impossible, ait pu ne pas faire de fautes? Comment ne pas donner un peu

plus tantôt dans un sens, tantôt dans un autre? Je suis sûr,

parfaitement sûr que nous n'avons jamais été violents, persécuteurs.

Cependant, dans ce nombre infini de faits qui se passent sur un

territoire comme celui de la France, je ne veux pas dire qu'il n'y ait

pas eu des erreurs, des injustices commises. Oui, il y en a eu, mais il

y en a eu moins, beaucoup moins, que dans tout autre système de

gouvernement (_Marques nombreuses d'adhésion_), car notre politique a

constamment lutté contre nos propres fautes.

L'humanité est faible, nous l'avons été quelquefois, nous le serons

encore; mais nous luttons sans cesse contre notre propre faiblesse. Les

principes que nous professons sont les seuls au nom desquels on puisse

la vaincre; ce sont les principes éternels du bon sens, de la justice,

de la modération, de la sagesse, du ménagement de tous les intérêts, du

respect de toutes les idées respectables. Ce sont là les principes au

nom desquels nous avons tenté et nous poursuivrons cette oeuvre qu'on

vous déclare impossible, mais qui n'en est pas moins, sinon accomplie,

du moins fort avancée. (_Adhésion_.)

On vient de vous dire en finissant que nous avions vu tomber les deux

plus grands pouvoirs que le monde ait jamais connus, le pouvoir du génie

et le pouvoir d'un principe qui avait gouverné la France depuis quatorze

siècles. Cela est vrai, nous les avons vus tomber. Eh! messieurs,

n'est-ce donc rien que leur chute? N'y a-t-il pas là une grande leçon?

Pourquoi sont-ils tombés? Parce qu'ils étaient incapables de nous

gouverner. (_Très-bien! très-bien!_) Pourquoi Napoléon, malgré son

génie, est-il tombé? Parce que la France ne veut pas être gouvernée par

le despotisme et la conquête. Pourquoi la Restauration, malgré la force

du principe de la monarchie héréditaire, est-elle tombée? Parce qu'elle

a voulu abuser de ce principe, parce qu'elle a voulu en faire un

instrument de déception; je ne me servirai pas du mot oppression. La

Restauration a commis beaucoup d'actes d'oppression, mais dans son

ensemble, et à tout prendre elle n'a pas été une époque d'oppression et

de servitude. Je n'hésite pas à le dire devant cette Chambre; la France

a été plus libre, en résultat, pendant la plupart des années de la

Restauration, qu'elle ne l'avait été dans presque toutes les époques

antérieures; et c'est à l'école de cette liberté que nous avons appris

les premiers éléments de cette politique modérée, juste, amie du droit,

qui, depuis la révolution de Juillet, a fait le salut de notre pays.

Elle le fera définitivement.

Oui, messieurs, les deux grands pouvoirs dont je viens de parler sont

tombés; ils sont tombés par des fautes auxquelles nous ne sommes point

condamnés. Nous avons des écueils dans notre situation, nous avons à

lutter contre de grandes difficultés; mais nous sommes en possession des

seules armes avec lesquelles on puisse vaincre de tels ennemis; nous

sommes en possession des seuls principes de gouvernement avec lesquels

on puisse surmonter toutes les difficultés qui nous assiégent.

Nous les surmonterons, messieurs, en dépit de tous les partis extrêmes,

en dépit de toutes les alliances, de toutes les associations

particulières, quelles qu'elles soient; et le jour, passez-moi

l'expression, le jour où l'étrange scandale qui vient de vous être donné

à cette tribune, l'étrange scandale de voir discuter, de voir mettre en

question l'existence même de votre gouvernement, la validité du serment,

du serment prêté sans arrière-pensée, sans restriction, le jour où ce

scandale deviendra un danger pour l'ordre social, le jour où ce scandale

compromettrait le gouvernement que nous avons fondé, l'ordre que nous

avons rétabli et les espérances de notre avenir, ce jour-là je ne sais

pas ce que fera la Chambre, mais je suis bien sûr qu'elle réprimera un

tel scandale, et qu'elle fera ce qu'il faudra pour le faire cesser.

(_Mouvement prononcé d'assentiment aux centres_.)

Histoire parlementaire de France, Volume 2. Recueil complet des discours prononcés dans les chambres de 1819 à 1848 · 第 51 / 119 题