M. DUBOIS-AYMÉ.--Je l'ai été aussi.

_M. le ministre de l'instruction publique_.--Je parle de ce qui s'est

passé hier. Ils sont les seuls qui aient été frappés. Le ministère est

donc très-loin de professer que tous les fonctionnaires doivent lui

inféoder leur vote.

M. JOLLIVET.--M. Dulong a été destitué, et il n'avait pas parlé! (Bruits

divers.)

_M. le Président_.--M. Jollivet, vous n'avez pas le droit d'interrompre.

_M. le ministre de l'instruction publique_.--Je répète aux interrupteurs

qu'il y a dans cette Chambre plusieurs députés fonctionnaires qui ont

non-seulement voté, mais parlé avec une entière indépendance, et qui

n'ont pas été atteints par une mesure semblable à celle dont il s'agit

en ce moment.

_Voix à gauche_.--C'est un avertissement.

_D'autres voix_.--Ils le seront bientôt.

_M. le ministre de l'instruction publique_.--Il n'est donc pas exact de

dire que tous les députés fonctionnaires inféodent leurs votes au

ministère. Ce qui se passe ici, et la conduite du ministère lui-même,

prouve évidemment le contraire.

Mais, messieurs, toutes choses dans ce monde sont des questions de plus

ou de moins; toutes choses ont leur limite; et quand l'indépendance, la

liberté du vote va, non-seulement jusqu'à l'opposition, l'opposition

avouée, mais jusqu'à cette opposition qui porte sur le fond des

principes, sur le système et la conduite générale du gouvernement, quand

cette opposition, radicale quant au fond des choses, devient en même

temps violente dans la forme, quand on en arrive à ce point, je dis que

le gouvernement se doit à lui-même de ne pas souffrir que sa dignité

soit blessée par cette hostilité dans ses propres rangs, par cette

opposition radicale, systématique... (_Rumeurs aux extrémités_) portant

sur le fond... (_Interruption._)

_M. le Président_.--J'invite la Chambre au silence dans l'intérêt de

toutes les opinions.

_M. le ministre de l'instruction publique_.--Vous me répondrez,

messieurs.

Je dis que lorsque l'opposition arrive à ce point de n'être plus

simplement un acte d'indépendance et de liberté, mais d'être en même

temps une déclaration de principes et d'intentions contraires aux

principes et aux intentions du gouvernement, contraires à la conduite

générale du gouvernement, je dis qu'alors il est impossible qu'un

gouvernement qui veut faire les affaires du pays, qui veut les faire

selon ses idées et sa conscience, supporte dans son sein une telle

dissidence, principe funeste de désordre et de faiblesse, principe qui

détruit la force vitale du gouvernement..., (Assentiment au centre) qui

lui ôte la confiance au dehors, qui empêche ses amis de se rallier

énergiquement autour de lui, qui détruit cette unité sans laquelle toute

administration est impossible.

Ceci est tout simplement une question de bon sens et de loyauté pour

chacun de nous.... (_Exclamations dubitatives aux extrémités._) Oui, une

question de bon sens et de loyauté, et j'en parle, non pas en théorie,

mais par ma propre expérience. Puisque l'honorable préopinant a bien

voulu rappeler quelques-unes de mes paroles en 1820, qu'il me soit

permis de rappeler aussi que, à cette époque, je m'étais mis fortement

en opposition, en opposition déclarée avec le système du gouvernement

qui prévalait; et cela, messieurs, sans y être obligé, car je n'étais

membre d'aucune Chambre; c'était pour la satisfaction personnelle de ma

conscience, c'était l'expression libre et spontanée de mes opinions.

Eh bien! j'ai été écarté du gouvernement à cette époque; j'ai été

destitué par le ministère d'alors; c'était tout simple, je l'ai trouvé

tout simple, et je ne m'en suis ni plaint, ni étonné; j'ai trouvé

naturel que le gouvernement qui suivait une ligne de conduite mauvaise,

selon moi, une ligne de conduite que j'avais hautement proclamée

mauvaise, j'ai trouvé naturel, dis-je, que ce gouvernement se séparât

d'un fonctionnaire qui l'attaquait, qui faisait non-seulement acte de

liberté, mais acte d'hostilité. On ne peut pas être à la fois dans la

garnison de la place et dans l'armée des assiégeants. (_Approbation aux

sections intérieures._) Il est impossible de jouer à la fois les deux

rôles... (_Silence! Écoutez!_)

Je reviendrai tout à l'heure à l'objection relevée par un des honorables

interrupteurs. En attendant, je reste dans la question telle que je l'ai

posée.

Je dis que c'est une question de bon sens et de loyauté.

Il choque le bon sens, en effet, qu'un gouvernement soit obligé de

garder dans son sein des adversaires, des adversaires qui trouvent ses

principes généraux mauvais, sa conduite générale mauvaise, qui veulent

qu'il agisse d'après d'autres principes, qu'il marche dans une autre

direction, qu'il tende vers un autre but, qu'il recherche d'autres

alliances; je dis qu'un gouvernement qui se condamnerait à cette

condition perdrait ses propres amis et n'acquerrait pas ses adversaires.

_Au centre_.--Oui, oui! C'est vrai! Très-bien!

_M. le Ministre de l'instruction publique_.--L'un des honorables membres

qui m'interrompaient tout à l'heure m'a dit, m'a crié: «Mais vous

proclamez l'incompatibilité des fonctions de député avec les emplois

publics.»

Messieurs, ce n'est pas dans notre Chambre que cette question là se

décide; c'est au dehors, dans les colléges électoraux; ce sont les

électeurs qui en sont juges. (_Rumeurs aux extrémités._) Quand les

électeurs trouvent que les principes, la direction, la conduite de

l'administration leur conviennent, ils envoient ici des hommes qui sont

de cet avis. Que ces hommes deviennent ou ne deviennent pas

fonctionnaires, peu importe; s'ils deviennent fonctionnaires, c'est que

les électeurs ont voulu qu'ils marchassent dans cette direction, qu'ils

suivissent ces principes. Si les électeurs sont d'un autre avis, ils

n'envoient pas à la Chambre des hommes qui soient de l'avis de

l'administration, mais des hommes d'un avis contraire, et

l'administration est obligée de changer de principes. Il n'y a là rien

que de très-simple.

Il ne résulte donc, de ce que j'ai l'honneur de dire à la Chambre,

aucune incompatibilité entre les emplois publics et les fonctions de

député; il en résulte seulement que chacun agit avec conscience, selon

son opinion et se place dans la situation qui correspond à son opinion,

au lieu de se placer dans une situation contraire.

Il s'agit donc de savoir si, dans le cas particulier qui nous occupe et

a donné lieu à la mesure attaquée, les faits sont d'accord avec les

principes que je viens d'exposer à la Chambre. Or, je ne puis m'empêcher

de penser, et je le répète sans faire aucun tort, dans ma propre pensée,

aux honorables membres qui ont été l'objet de cette mesure, je ne puis

m'empêcher de penser qu'ils ont manifesté hier une opposition, une

dissidence de principe, d'intention avec le gouvernement, une dissidence

radicale quant au fond, et violente quant à la forme.

_Au centre_.--Oui! oui! (_Bruit aux extrémités._)

_M. le Ministre de l'instruction publique_.--Je dis que la dissidence

est radicale quant au fond. Et que voulez-vous de plus radical qu'une

dissidence qui porte sur la Charte.... (_Exclamations aux extrémités_)

sur le sens, sur la valeur de la constitution même de l'État?

On vous a dit hier à cette tribune, ce n'est pas l'honorable membre

auquel je fais allusion qui l'a dit, mais ce sont les amis avec lesquels

il vote, on vous a dit que vous aviez deux Chartes, une Charte aperçue

et une Charte inaperçue, une Charte réfléchie et une Charte irréfléchie,

une Charte de 1814 et une Charte de 1830.

Eh bien! nous, messieurs, nous croyons que nous n'avons qu'une Charte,

qui n'a qu'une date, qui a été également réfléchie dans tous ses

articles au moment où elle a été votée. Nous n'adoptons pas cette

distinction entre des articles qui ont passé inaperçus et d'autres

articles sur lesquels on a longuement délibéré; nous disons que tous les

articles de la Charte sont de même date, de même valeur, qu'ils ont la

même autorité, et qu'il est contraire à l'essence même de la

Constitution de venir faire de telles distinctions.

Quand il y a différence d'opinion, de sentiment sur un point aussi

fondamental, je vous le demande, n'est-ce pas là une dissidence

radicale, une de ces dissidences qui permettent de s'estimer toujours,

de s'honorer profondément, mais qui ne permettent pas de marcher et

d'agir ensemble?

De la Constitution, je passe à ce qui regarde la politique habituelle du

gouvernement. Quel est le système de l'administration actuelle? C'est le

système du 13 mars; système, je me fais honneur de le dire, implanté

dans cette Chambre par mon honorable et illustre ami, M. Casimir

Périer...; (_Approbation des centres_) système adopté par la Chambre à

cette époque, et qui, dans ma pensée, a sauvé le pays. (_Nouvel

assentiment aux bancs de la majorité._)

Ce système, ce n'est pas comme vous le disait hier l'honorable orateur

qui m'a précédé à cette tribune, ce n'est pas un système de fusion

aveugle entre les différents partis; il n'a pas la prétention de réunir

toutes les pensées, toutes les intentions. Cela serait fort désirable

sans doute, mais nous n'aspirons pas à un tel rêve. Ce que nous voulons,

c'est la paix entre tous les intérêts paisibles; c'est la transaction

continuelle, et de tous les moments, entre le présent et le passé; et

quand je dis le passé, je parle de tous les passés de la France, de tous

les passés depuis quarante ans; car il y en a eu beaucoup, messieurs, et

de fort différents, et qui tous ont laissé des traces profondes dans

notre pays.

Eh bien! notre système de politique, c'est de ne pas aller chaque jour

remuer tous ces passés, fouiller partout le sol de la France, exhumer

tout ce qu'on peut y trouver de ruines et de cadavres, pour les jeter

sans cesse à la tête des générations actuelles. (_Sensation._)

Nous ne voulons rien de semblable, messieurs; nous voulons que tous les

passés soient, non pas oubliés, rien ne doit être oublié pour

l'instruction des peuples, mais que la politique ne les prenne plus pour

règle, qu'elle n'en tienne plus compte dans les lois, qu'elle ne fasse

plus de différence entre telle et telle date, qu'elle ne donne pas aux

uns des droits qu'elle conteste aux autres, qu'elle ne ménage pas les

uns plus que les autres. Nous voulons une politique juste, une politique

impartiale, une politique qui sache calmer les haines, étouffer les

mauvais souvenirs... (_Bravos aux sections intérieures_), qui n'aille

pas s'adresser continuellement à des passions que vous ne ranimerez pas

puissamment, je vous en préviens, car elles sont, non pas mortes, mais

vieillies, à des passions qui ne sont plus en état de s'emparer de la

France, et de la lancer sur l'Europe comme elles l'ont fait une fois.

Non, les passions révolutionnaires n'ont de puissance aujourd'hui que

pour nous troubler, nous agiter, nous empêcher de faire le bien; elles

ne peuvent plus nous inspirer cet enthousiasme, nous procurer cette

gloire qu'elles nous ont donnés une fois. Tous les appels qu'on leur

adresse sont impuissants pour leur faire produire des résultats

énergiques et grands. Mais ces appels n'en font pas moins beaucoup de

mal au pays, en entretenant dans les esprits une irritation, une

méfiance réciproques qui divise les citoyens, empêche le gouvernement de

s'affermir, et détruit tous les bons effets de cette transaction

générale que nous appelons la Charte. Car, ne vous y trompez pas,

messieurs, en 1830 comme en 1814, à quelque date que vous la preniez,

dans quelques articles que vous la considériez, la Charte est une

transaction, une grande transaction entre des principes anciens et des

principes nouveaux, entre des intérêts anciens et des intérêts nouveaux,

entre des faits anciens et des faits nouveaux. Ce caractère de

transaction politique est le caractère dominant de la Charte, et c'est

ce qui a fait de la Charte une ancre de salut, une arche de paix.

Les révolutions, messieurs, ne se terminent que par les transactions,

par un accommodement général, légitime, entre tous les partis, entre

tous les intérêts, entre toutes les idées. Ne croyez pas qu'il soit

jamais arrivé à une révolution de se terminer par le triomphe complet,

exclusif, d'un parti ou d'un système. Non, il n'y a jamais eu dans le

monde de parti, de système qui fût assez raisonnable, assez juste pour

que son triomphe complet et exclusif mît la paix dans la société. C'est

pour cela qu'il faut une transaction après de longues agitations

politiques, après de longues vicissitudes, une transaction qui fasse à

tous une part, qui ménage tout le monde, qui prenne ce qu'il y a de

juste et de raisonnable dans toutes les idées, dans tous les intérêts.

Voilà le véritable caractère de la Charte, et ce qui a fait sa force; en

1814 même, elle a été le triomphe du parti national, et, en même temps,

elle a été une transaction, une pacification générale.

Eh bien! ce que nous avons voulu depuis 1830, mes amis et moi, puisqu'il

est permis ici de parler des personnes, ce que nous avons voulu, c'est

que la Charte ne perdît pas ce caractère, c'est que la Charte de 1830

fût aussi une arche de paix en France, une pacification générale et

définitive. Ce que nous avons voulu, c'est que, en assurant, par une

grande victoire, l'empire des principes et des intérêts nationaux que la

Restauration avait si souvent attaqués, la Charte rendit cependant

justice à tout le monde, ménageât tout le monde, ne semât nulle part le

trouble et la méfiance, et ne fit aucun appel aux passions

révolutionnaires, aux passions haineuses. (_Mouvement d'adhésion._)

Voilà quelle a été notre politique, voilà quoi a été le système que nous

avons défendu, système qui nous a paru en contradiction évidente avec la

mesure proposée hier et soutenue par les honorables membres dont il

s'agit.

Je ne veux pas, messieurs, revenir sur la discussion d'hier; je ne veux

pas me donner un démenti à moi-même en réchauffant les passions dans

cette assemblée et au dehors, en faisant appel à des souvenirs fâcheux;

mais je ne puis m'empêcher de dire que la mesure proposée hier et qui

tendait à une révision de toutes les pensions, pour atteindre et frapper

certaines personnes qu'il fallait bien aller chercher parmi les autres

pour les découvrir, car elles ne sont pas marquées au front et vous ne

pouvez pas les reconnaître à la simple vue, je ne puis m'empêcher de

dire que cette mesure devait avoir pour résultat de troubler cette paix

publique, d'inquiéter ces intérêts maintenant à peu près tranquilles...

(_Légers murmures de doute aux extrémités_) d'alarmer les existences, de

méconnaître les droits acquis. C'est à cause de cela que nous nous

sommes opposés à la mesure; c'est par là qu'elle nous a paru en

contradiction directe, en hostilité évidente avec le système général de

conduite et de principes que nous avons soutenu et pratiqué depuis la

révolution de 1830.

Voilà pour le fond.

Quant à la forme, je n'ai rien à en dire, mais j'en appelle aux

souvenirs de la Chambre; il nous a paru qu'elle était violente,

contraire à la dignité du gouvernement, à la dignité du pouvoir qui, en

même temps qu'il doit respecter les droits, la liberté, le caractère de

ses adversaires, doit aussi se respecter et se faire respecter lui-même.

(_Adhésion des centres._) Messieurs, il n'y a pas de gouvernement sans

respect; la force, la force même légale est loin de suffire au maintien

de l'ordre dans la société; c'est le respect qui est le véritable ciment

de la société, la véritable force du pouvoir. Il ne peut s'en passer; et

quand on travaille à lui enlever cette force, quand on lui manque à ses

propres yeux comme aux yeux du public, il se doit à lui-même de

ressentir l'offense et d'en demander raison. (_Mouvement très-prononcé

d'assentiment._)

Comme marque d'improbation pour cette mesure, M. Odilon Barrot avait

proposé, sur le crédit supplémentaire de 3,000 francs demandé pour

l'École normale, une réduction de 500 francs qui fut rejetée.

--Chambre des députés.--Séance du 25 mars 1833.--

M. Bellaigue, député de l'Yonne, ayant demandé quelques explications sur

la forme et les éléments du budget du ministère de l'instruction

publique, je les donnai en ces termes:

GUIZOT, _ministre de l'instruction publique_.--J'ai lieu de m'étonner de

la première observation qu'a faite l'honorable orateur. Le budget se

divise en deux parties: l'une comprend le budget de l'Université,

l'autre le budget du ministère de l'instruction publique proprement dit.

L'Université, ayant des recettes spéciales, a un budget à part, comme la

caisse des invalides de la marine, comme les autres établissements

spéciaux. Ce budget est resté trop longtemps en dehors du contrôle des

Chambres, mais il y est rentré depuis plusieurs années.

L'observation particulière du préopinant sur le traitement du ministre

est fondée sur ce fait. L'administration des cultes était auparavant

réunie à l'instruction publique; la moitié du traitement du ministre

était supportée par l'Université, et l'autre par l'administration des

cultes; mais l'administration des cultes ayant été distraite de ce

département, le budget de l'Université a été appelé à supporter le

traitement en entier. Il n'y a eu que mutation, il n'y a pas dépense de

plus pour l'État.

Je ne dis pas que la division du budget de l'instruction publique en

deux parties ne soit pas dans le cas d'être changée; mais vous sentez

que ce changement tient nécessairement à l'organisation générale de

l'administration de l'instruction publique, qui doit être faite aussitôt

que cela se pourra. J'ai déjà eu l'honneur d'annoncer que le

gouvernement s'occupe de cet objet; il sera présenté sans aucun doute

une loi sur l'administration de l'instruction publique; mais elle n'est

pas aussi urgente que la loi sur l'instruction primaire, que nous avons

présentée, ni que celle sur l'instruction secondaire que nous vous

présenterons. J'ai été au plus pressé. Je suis loin de dire que ce mode

d'administration ne soit pas susceptible de réforme; mais ce qui importe

le plus dans l'intérêt public, c'est que les écoles soient nombreuses et

bonnes, et que tous les besoins de l'enseignement soient satisfaits.

C'est lorsque les réformes vraiment pressantes pour le public seront

faites qu'une loi générale sur l'administration de l'instruction

publique viendra consommer l'oeuvre.

La Chambre n'ignore pas que, toutes les fois qu'on a commencé par

vouloir organiser l'administration, les établissements ont perdu

beaucoup de temps. Il vaut mieux d'abord assurer les services publics;

on pourra ensuite songer à une nouvelle organisation de l'administration

centrale. Le gouvernement n'a nullement l'intention d'éluder aucune des

promesses de la Charte; il entend les accomplir toutes pleinement, mais

en suivant l'ordre dans lequel elles doivent être accomplies pour

répondre aux besoins de la société.

Quant au fait particulier de l'administration centrale, je ferai

remarquer à l'honorable préopinant que lorsqu'on a transféré une partie

des bureaux du ministère des travaux publics au ministère de

l'instruction publique, il en est résulté une augmentation de dépenses

pour le chauffage des employés, qui ont été placés dans un nouveau

local. J'ignore s'il y a eu, au ministère des travaux publics, une

diminution sur la dépense du chauffage; ce qu'il y a de certain, c'est

que les nouveaux employés qui ont été reportés à mon ministère doivent

être chauffés et éclairés.

Dans la même séance, à l'occasion de la discussion du budget du

ministère de l'instruction publique, M. Jouffroy, député du Doubs,

revint sur l'incident de la révocation de M. Dubois, comme inspecteur

général de l'instruction publique, et souleva la question des droits des

membres de l'Université. Je lui répondis:

GUIZOT, _ministre de l'instruction publique_.--Quand cette question

s'est élevée pour la première fois, quand j'ai été appelé à la traiter,

j'ai le premier reconnu que les membres du corps enseignant avaient des

droits, des droits que nul ne pouvait violer, et qui trouvaient, dans le

régime de l'Université, leurs garanties. Pas plus aujourd'hui que

l'autre jour, je ne conteste ces droits. Quand un membre de l'Université

croit son droit méconnu ou violé, il y a pour lui des moyens légaux pour

le réclamer. Tout droit d'un membre du corps enseignant trouve, dans ce

corps même, des juges qui prononcent selon certaines formes et dans

certaines limites. Il ne me viendrait pas en pensée, je ne dis pas

d'empêcher, mais de trouver mauvais qu'un membre du corps enseignant,

qui croit son droit méconnu, réclame ses garanties, les réclame dans les

formes et par les moyens légaux. C'est le cas particulier dans lequel

nous sommes aujourd'hui.

La question universitaire n'arrive donc pas naturellement devant la

Chambre. Elle trouve ailleurs, dans le corps enseignant lui-même, dans

le conseil présidé par le grand maître, ses juges légaux. C'est là

qu'elle doit être portée, et l'honorable membre peut l'y porter.

Ce n'est donc pas sur la question universitaire que je retiendrai un

moment l'attention de la Chambre, car, encore une fois, ce n'est pas ici

qu'elle peut être vidée. Mais indépendamment de la question

universitaire, il y a ici une question politique que je ne veux pas

réveiller de manière à soulever une nouvelle irritation dans cette

Chambre, mais dont il m'est impossible de ne pas dire quelques mots.

La distinction dont j'ai entretenu la Chambre entre les membres

administratifs et les membres enseignants, je ne l'ai pas inventée; elle

est écrite dans les décrets constitutifs de l'Université elle-même. Je

n'examine pas quelles sont, aux termes de ces décrets, les conséquences

qu'elle peut avoir; mais, quant à la distinction même, elle est écrite

dans les décrets de l'Université.

Je lis dans l'article 29 du décret du 19 mars 1808, qui est constitutif:

«Les fonctionnaires de l'Université prendront rang entre eux dans

l'ordre suivant, sur deux colonnes, l'une indiquant le rang de

l'administration, l'autre celui de l'enseignement. _Administration_:

grand-maître, chancelier, conseillers à vie, conseillers ordinaires,

etc. _Enseignement_: les professeurs des facultés, les professeurs des

lycées, les agrégés, les régents de collége, les maîtres d'étude, etc.»

Il y a plusieurs autres articles des décrets constitutifs dans lesquels

je retrouverais la même distinction.

Quant à ses conséquences, lorsqu'il s'agit d'un acte purement

universitaire, fait par un membre de l'Université dans ses fonctions

d'instruction publique, que ce membre appartienne soit à

l'administration, soit à l'enseignement, les formes suivant lesquelles

il peut être suspendu, révoqué, rayé, sont déterminées par les décrets

de l'Université.

Mais il s'agit ici de tout autre chose. Il n'est pas question d'actes

universitaires, d'actes faits dans l'instruction publique, mais d'actes

d'une toute autre nature. Lorsqu'un membre de l'Université commet un

délit quelconque, un délit prévu au code pénal, il n'est pas justiciable

du conseil de l'Université; il est, comme tous les autres citoyens,

soumis à la juridiction des tribunaux ordinaires. La juridiction

universitaire s'applique à tous les membres de l'Université, mais

seulement pour les actes universitaires.

La question est donc de savoir si les membres de l'Université, dans

leurs actes étrangers à l'instruction publique, dans leurs actes

politiques, par exemple, sont soustraits aux conséquences de la

responsabilité du ministre, par leur qualité de membres du corps

enseignant; (_M. Odilon Barrot_: je demande la parole.)... c'est-à-dire,

si les membres de l'Université, et particulièrement ceux qui

administrent l'instruction publique, qui sont les yeux, les bras, les

mains, les agents du ministre de l'instruction publique, sont

complètement indépendants de lui, et soumis seulement à la juridiction

du conseil de l'Université en toutes choses, dans leurs actes politiques

comme dans leurs actes universitaires.

Histoire parlementaire de France, Volume 2. Recueil complet des discours prononcés dans les chambres de 1819 à 1848 · 第 44 / 119 题