M. de Montalivet retira son amendement.

--Chambre des députés.--Séance du 1er juin 1838.--

GUIZOT, _ministre de l'instruction publique_.--Messieurs, conformément

aux ordres du roi, nous avons l'honneur de vous présenter le projet de

loi sur l'instruction primaire dont la Chambre s'est déjà occupée, et

que la Chambre des pairs vient d'adopter; avec quelques amendements qui

doivent être soumis à vos délibérations.

Déjà, messieurs, les votes d'un grand nombre de conseils généraux et de

conseils municipaux ont, en quelque sorte, devancé l'adoption de ce

projet. Les sommes allouées par les conseils généraux de département,

pour l'instruction primaire en 1833; s'élèvent à 1,100,166 fr., et

plusieurs ont formellement exprimé qu'ils votaient ces allocations dans

l'espérance que la loi proposée serait bientôt en vigueur. Beaucoup de

conseils municipaux ont également manifesté l'intention de faire, des

que la loi serait rendue, et pour en seconder l'exécution, notamment en

ce qui concerne l'instruction primaire supérieure, des sacrifices

considérables. Je reçois presque chaque jour, à ce sujet, des demandes

et des propositions qui attestent avec quel zèle l'administration sera

soutenue par le pays dans l'accomplissement de cette tâche. De mon côté,

je me suis déjà occupé de préparer les mesures et les instructions

nécessaires pour assurer la prompte et complète exécution de la loi.

Cette exécution exigera, soit de la part de l'administration spéciale de

l'instruction publique, soit de la part de l'administration générale,

des travaux assez longs et qui ne seront pas sans difficulté. Il s'agit

de fonder, dans beaucoup de lieux, des établissements nouveaux. Des

pouvoirs nouveaux eux-mêmes, et divers, seront appelés à y concourir. Il

faudra que leurs attributions soient déterminées avec détail et

précision, de telle sorte qu'au lieu de s'entraver mutuellement, ils

marchent ensemble et sans embarras vers le même but. Leur action, dans

les premiers temps surtout devra être soigneusement surveillée et

dirigée, afin qu'ils s'engagent dans des voies conformes au véritable

esprit de la loi. Une inspection étendue et attentive des écoles

maintenant existantes sera nécessaire, non-seulement pour procurer à

l'administration cette connaissance exacte de l'état actuel de

l'instruction primaire qui doit la diriger dans ses travaux, mais

encore, et surtout peut-être, pour faire pénétrer dans les campagnes

comme dans les villes, au sein des familles comme dans l'esprit des

instituteurs, une ferme confiance dans l'autorité supérieure, et le

sentiment de sa bienveillance active. Enfin l'extension des écoles

normales primaires, l'introduction, dans leur régime intérieur, des bons

principes et des bonnes habitudes qui doivent former de bons maîtres, et

la composition des traités ou livres élémentaires de tout genre

nécessaires pour alimenter l'instruction à mesure qu'elle se répand,

exigeront des soins particuliers, et une attention assidue à ne point

perdre de temps, car l'oeuvre est longue et urgente à la fois.

Les préparatifs convenables sont faits, messieurs, pour que ces divers

travaux commencent promptement et s'exécutent sans relâche. Nous

n'attendons plus pour nous y livrer, et pour accomplir ainsi, en fait

d'instruction populaire, cette promesse de la Charte à laquelle la

Chambre s'est déjà si intimement associée, que l'adoption définitive du

projet de loi qui vous est soumis. Nous l'espérons de voire patriotisme

et de vos lumières.

--Chambre des députés.--Séance du 17 juin 1833.--

La nouvelle commission chargée par la Chambre des députés d'examiner les

amendements adoptés par la Chambre des pairs, proposa elle-même, sur la

composition et le rôle des divers comités appelés à la surveillance des

écoles primaires, un nouvel amendement qui donna lieu à une longue

discussion dans laquelle j'intervins en ces termes:

GUIZOT, _ministre de l'instruction publique_.--Je ne veux en aucune

façon ni rengager ni continuer la discussion qui a déjà trop occupé la

Chambre. Je lui dois une explication sur les motifs qui ont déterminé le

gouvernement à adhérer à l'amendement de la commission, et qui me font

persister dans cette adhésion.

Voici les questions qui ont été successivement posées dans votre

commission.

Y aurai-t-il un comité local spécialement chargé de la surveillance des

écoles?

Quelques membres dans la commission différaient d'abord d'opinion à cet

égard; ils se sont ralliés à penser qu'un comité local et spécial

convenait mieux.

Le curé ou le pasteur fera-t-il essentiellement partie de ce comité?

La commission, à l'unanimité, s'est ralliée à cette opinion. Mais, en

même temps, quelques craintes restaient, dans l'esprit d'un grand nombre

de membres, sur l'influence trop grande peut-être que le curé pourrait

exercer dans ce comité; et alors s'est offert comme palliatif, comme

moyen de diminuer cette influence, la translation au conseil municipal

du droit de présentation d'un instituteur, ce qui était l'une des

principales attributions du comité local. On a pensé que le comité

n'étant dès lors chargé que de la surveillance de l'école, de

l'inspection habituelle, de donner son avis et de provoquer la

suspension de l'instituteur, il n'y avait pas à redouter l'influence

excessive des curés.

J'ai adhéré et j'adhère encore à cet amendement, parce que je crois,

d'un côté, qu'il faut rallier aux lois un aussi grand nombre d'esprits

que possible, et, de l'autre, qu'il faut dissiper les craintes et les

préventions qui peuvent s'élever dans des esprits sincères contre cet

article de la loi.

Le principe qui a présidé à la rédaction de la loi sur l'instruction

primaire, c'est précisément de n'admettre aucune opinion exclusive, de

n'en pas faire une loi systématique, de lui concilier autant que

possible toutes les influences, toutes les opinions. Eh bien! il est

certain qu'un grand nombre de membres, convaincus d'ailleurs que

l'influence du clergé n'est pas dangereuse dans l'instruction primaire,

un grand nombre d'hommes sincères, amis de nos institutions, redoutent

l'excès de cette influence, et sont préoccupés de craintes à cet égard.

Il importe, dans l'intérêt de la loi sur l'instruction primaire, de

dissiper ces craintes. L'amendement de la commission a été conçu dans ce

dessein. Il est vrai que la loi qui en résulté est un peu moins logique,

un peu moins systématique, un peu moins bien ordonnée que ne l'étaient

le projet de loi primitif et l'amendement adopté par la Chambre des

pairs; mais je tiens beaucoup plus à rallier à la loi un plus grand

nombre d'esprits et à dissiper des craintes sincères, quoique mal

fondées à mon avis, qu'à la rédaction systématique et à la très-bonne

composition de la loi.

Je crois donc que, dans l'intérêt pratique qui doit nous animer tous

pour le succès de le loi même, pour le succès de l'instruction primaire,

il est utile d'adopter l'amendement de votre commission; il prouvera que

le gouvernement n'a pas voulu donner au clergé une influence excessive,

et que, en même temps qu'il a cru nécessaire de l'appeler dans les

comités de l'instruction primaire; il a respecté les préventions qui

existaient dans un grand nombre d'esprits.

Tel est le seul motif qui m'a décidé à adhérer à l'amendement de la

commission. Je persiste dans cette adhésion.

M. LAURENCE.--M. le ministre vient de laisser tomber du haut de la

tribune une parole qui qualifie de la manière la plus juste le résultat

de la disposition sur laquelle vous avez à vous prononcer. Déjà

l'intention de l'article qu'on s'est efforcé d'amender a été

suffisamment expliquée par M. Étienne.

Sous cette disposition, en apparence si simple, se cachaient tant de

périls que lui-même, en vous les signalant, à expliqué comment la

commission, se défiant elle-même de l'introduction des curés et des

pasteurs, avait cherché à paralyser l'effet de cette introduction

c'est-à-dire que c'est au moment où l'ennemi allait entrer dans la place

(_Murmures_) qu'on s'occupe de se défendre contre ses attaques. M. le

ministre nous a avoué, comme M. Étienne, en termes aussi précis, quoique

plus brièvement, que le mal existait dans toute sa profondeur, si bien

qu'il a voulu y chercher un palliatif. (_Mouvements divers._) Je prends

acte de cette expression, dont, pour ma part, je proclame la justesse.

Oui, il y a mal, mal volontaire, mais remédiable, puisque l'article

n'est pas encore voté; et puisque l'on réclame un palliatif, nous

pouvons, en rejetant l'article, rendre le remède inutile.

M. le ministre n'a pu s'empêcher de convenir que le projet demandé par

la commission n'était pas parfaitement logique, qu'il était moins net,

moins rationnel que celui de la Chambre des pairs. En effet, si le

commentaire a manqué à cette disposition, le sens en a été facilement

compris. En vérité, on se demande ce que sera la loi future. Ce sera

sans contredit une loi bâtarde, mixte, équivoque, à laquelle je n'ose

pas donner un nom, de peur de provoquer quelques réclamations; mais,

comme tout parti moyen, elle a de grands inconvénients pour une

assemblée de législateurs graves, comme doit être la nôtre. Qu'il y ait

de la franchise, et que l'on dise sa pensée nettement et sans

déguisement. Si on proclame qu'il y a mal, qu'on le dise avec franchise.

Ne reculons pas devant notre propre système; il ne convient pas à un

pouvoir de se déguiser.

_M. le ministre de l'instruction publique_.--Je n'ai que deux

observations à faire sur ce que vient de dire le préopinant. Je n'ai pas

reconnu qu'il y eût un mal dans la disposition dont il s'agit. Je ne

suis pas de ceux qui pensent que la présence des ecclésiastiques dans

les comités d'instruction primaire est un mal. La Chambre sait bien que

j'ai proclamé l'opinion contraire. Mais j'ai dit en même temps qu'il y

avait un grand nombre d'hommes, amis sincères de l'instruction primaire

et de nos institutions, qui éprouvaient à cet égard des méfiances, des

préventions; que c'était pour aller au-devant de ces méfiances, pour

guérir ces préventions, pour rallier ces hommes-là à la loi et à

l'instruction primaire, que j'avais adopté l'amendement de la

commission.

On qualifiera, si l'on veut, cette politique de politique de

_juste-milieu_; je ne la répudie en aucune façon à ce titre: au

contraire, je suis de ceux qui pensent que les lois ne sont pas faites

pour l'amusement des philosophes, mais pour l'utilité des sociétés, et

que la première condition de leur utilité c'est d'être acceptées par le

plus grand nombre d'hommes sincères dans la société à laquelle elles

sont destinées. Je crois que cette politique est raisonnable, et qu'elle

doit présider à une loi d'instruction primaire comme à toute espèce

d'autre loi.

Tel est, encore une fois, le motif qui m'a fait adhérer à l'amendement

de la commission.

M. JOUFFROY.--Je demande la priorité pour l'article de la Chambre des

pairs.

Histoire parlementaire de France, Volume 2. Recueil complet des discours prononcés dans les chambres de 1819 à 1848 · 第 28 / 119 题