_M. le ministre_.--Je vous en demande pardon; j'ai recueilli à cet égard
un grand nombre de faits... Toutes les fois qu'une commune de 2,000
âmes, de 1,000 âmes même, sera en état d'avoir une école primaire
supérieure, non-seulement je ne m'y opposerai pas, mais j'y aiderai
volontiers. Il s'agit ici d'une obligation absolue; on ne peut l'imposer
qu'aux communes qui sont réellement en état de la supporter. Il y a en
France 363 communes de 6,000 âmes et au-dessus; sur ces 363 communes, il
y en a 150 qui, dans l'état actuel, n'ont pas une école primaire
supérieure. Il y aura donc déjà une grande amélioration introduite dans
l'enseignement primaire, et il n'est pas exact de dire, comme le disait
l'honorable préopinant, que toutes les communes de 6,000 âmes ont déjà
l'instruction qu'on propose de leur donner.
L'amendement fut rejeté.
M. Glais Bizouin (député des Côtes-du-Nord) demanda que non-seulement
toutes les communes chefs-lieux de département, mais aussi toutes les
communes chefs-lieux d'arrondissement, fussent tenues d'avoir une école
primaire supérieure. Je combattis son amendement.
GUIZOT, _ministre de l'instruction publique_.--Je ferai observer au
préopinant qu'il y a un certain nombre de chefs-lieux d'arrondissement
qui n'ont pas plus de 1,500 à 1,800 âmes, et qu'il serait excessif de
leur imposer l'obligation absolue d'avoir une école primaire supérieure.
Si ces villes peuvent l'avoir, on la leur donnera; mais l'obligation
serait trop forte pour elles.
L'amendement fut rejeté.
M. Aroux (député de la Seine-Inférieure) demanda que les villes qui
possédaient un collége pussent y établir une école primaire supérieure.
Je lui répondis:
GUIZOT, _ministre de l'instruction publique_.--Je n'ai qu'un mot à dire.
Lorsque les villes demanderont que l'école primaire supérieure soit
adjointe à leur collége, et toutes les fois que les localités le
permettront, cela ne pourra souffrir aucune difficulté. Je dirai même
que cela existe déjà dans un grand nombre de colléges communaux, et
qu'il me paraît inutile d'introduire dans la loi un détail de ce genre.
M. Aroux demanda de plus qu'en cas d'insuffisance des revenus communaux
pour l'établissement d'une école primaire supérieure, l'enseignement
primaire supérieur pût être introduit dans l'école affectée à
l'instruction élémentaire. Cette demande donna lieu aux observations
suivantes:
GUIZOT, _ministre de l'instruction publique_.--Je ferai remarquer que la
Chambre a déjà rejeté l'expression des mots en outre, qui se trouve dans
l'art. 10, et que l'amendement de M. Aroux n'est autre chose que la
suppression de ces mots.
Remarquez ce qui arriverait: l'art. 10 portait que les communes dont la
population excède 6,000 âmes devront avoir en outre une école primaire
supérieure, et que néanmoins elles pourront n'avoir qu'une école
primaire ordinaire à laquelle on adjoindra l'enseignement supérieur. Les
deux paragraphes disaient le contraire l'un de l'autre. La Chambre ayant
rejeté les mots _en outre_, me paraît avoir rejeté d'avance l'amendement
de l'honorable préopinant.