PROCESSION DE VENDREDI SAINT EN ESPAGNE

Depuis quinze ans bientôt, ce qui marque surtout dans ma mémoire les

fêtes de Pâques--mais je ne saurais dire pourquoi,--c'est, au pays

basque, à Irun, cet instant qui suit la rentrée de la procession du

vendredi saint dans l'église sombre et amène le retour soudain du

silence sur la vieille petite ville, après l'agitation de l'archaïque

défilé.

Cela se passe chaque fois par quelque soir de printemps encore

incertain, avec des tiédeurs qui déjà grisent un peu, et avec des

feuilles dépliées à peine aux arbres de la place que l'église domine de

ses hauts murs austères. Immuable, ce défilé de la procession depuis

quinze ans que je le connais: la même musique; les mêmes saints et les

mêmes saintes en bois peint, promenés sur des brancards; les mêmes douze

pêcheurs basques, au visage dur, aux joues rasées comme celles des

moines, figurant les douze apôtres en toge romaine;--seulement, d'une

année à l'autre, je les vois vieillir.

Les mêmes humbles dévotes, figurant les trois saintes femmes, en longs

vêtements noirs, éplorées derrière le cercueil du Christ;--seulement,

d'une année à l'autre, je les vois vieillir....

Et toujours, ces centaines de vieux paysans, à l'expression si triste et

fermée, qui suivent, le cierge à la main.

Quand tout cela, après la promenade lente par la ville, s'est engouffré

sous le grand portail de l'église, déjà obscure, alors commence pour

moi cet instant d'indicible mélancolie, sur cette place du moyen âge

redevenue silencieuse, et où l'on sent tout à coup le froid du soir,

tandis que l'air reste imprégné d'une odeur d'encens, et le sol criblé

de mille taches de cire par le passage de tous ces modestes cierges de

pauvres....

Le château de La Belle-au-bois-dormant · 第 13 / 32 题