Je n'ai pas reçu de lettres de toi depuis plusieurs jours; les plaisirs

de Malmaison, les belles serres, les beaux jardins, font oublier les

absents; c'est la règle, dit-on, chez vous autres. Tout le monde ne

parle que de ta bonne santé; tout cela m'est fort sujet à caution.

Je vais demain faire une absence de deux jours en Hongrie avec Eugène.

Ma santé est bonne.

Adieu, mon amie.

Tout à toi,

NAPOLÉON.

LETTRE LXXIV

À l'Impératrice, à Malmaison.

Kems, le 9 septembre 1809.

Mon amie, je suis ici depuis hier à deux heures du matin; j'y suis pour

voir mes troupes. Ma santé n'a jamais été meilleure. Je sais que tu es

bien portante.

Je serai à Paris au moment où personne ne m'attendra plus.

Tout va ici fort bien, et à ma satisfaction.

Adieu, mon amie.

NAPOLÉON.

LETTRE LXXV

À l'Impératrice, à Malmaison.

Le 23 septembre 1809.

J'ai reçu ta lettre du 16, je vois que tu te portes bien. La maison de

la vieille fille ne vaut que cent vingt mille francs; ils n'en

trouveront jamais plus. Cependant, je te laisse maîtresse de faire ce

que tu voudras, puisque cela t'amuse, mais, une fois achetée, ne fais

pas démolir pour y faire quelques rochers.

Adieu, mon amie.

NAPOLÉON.

LETTRE LXXVI

À l'Impératrice, à Malmaison.

Le 25 septembre 1809.

J'ai reçu ta lettre. Ne te fie pas, et je te conseille de te bien garder

la nuit; car une des prochaines, tu entendras grand bruit.

Ma santé est bonne; je ne sais ce que l'on débite; je ne me suis jamais

mieux porté depuis bien des années: Corvisart ne m'était point utile.

Adieu, mon amie; tout va ici fort bien.

Tout à toi,

NAPOLÉON.

LETTRE LXXVII

À l'Impératrice, à Malmaison.

Nymphenbourg, près Munich, le 21 octobre 1809.

Je suis ici depuis hier bien portant; je ne partirai pas encore demain.

Je m'arrêterai un jour à Stuttgard. Tu seras prévenue vingt-quatre

heures d'avance de mon arrivée à Fontainebleau. Je me fais une fête de

te revoir, et j'attends ce moment avec impatience.

Je t'embrasse.

Tout à toi,

NAPOLÉON.

LETTRES DE NAPOLÉON À JOSÉPHINE APRÈS LE DIVORCE

LETTRE LXXVIII

À l'Impératrice, à Malmaison.

8 heures du soir, décembre 1809.

Mon amie, je t'ai trouvés aujourd'hui plus faible que tu ne devais être.

Tu as montré du courage, il faut que tu en trouves pour te soutenir; il

faut ne pas te laisser aller à une funeste mélancolie, il faut te

trouver contente, et surtout soigner ta santé, qui m'est si précieuse.

Si tu m'es attachée et si tu m'aimes, tu dois te comporter avec force et

te juger heureuse. Tu ne peux pas mettre en doute ma constante et tendre

amitié, et tu connaîtrais bien mal tous les sentiments que je te porte

si tu supposais que je puis être heureux si tu n'es pas heureuse, et

content, si tu ne te tranquillises.

Adieu, mon amie, dors bien; songe que je le veux.

NAPOLÉON.

LETTRE LXXIX

À l'Impératrice, à Malmaison.

7 heures du soir.

Je reçois ta lettre, mon amie. Savary me dit que tu pleures toujours;

cela n'est pas bien. J'espère que tu auras pu te promener aujourd'hui.

Je t'ai envoyé de ma chasse. Je viendrai te voir lorsque tu me diras que

tu es raisonnable et que ton courage prend le dessus.

Demain, toute la journée, j'ai les ministres.

Adieu, mon amie; je suis triste aussi aujourd'hui; j'ai besoin de te

savoir satisfaite et d'apprendre que tu prends de l'aplomb.

Dors bien.

NAPOLÉON.

LETTRE LXXX

À l'Impératrice, à Malmaison.

Jeudi, à midi, 1809.

Je voulais venir te voir aujourd'hui, mon amie; mais je suis très occupé

et un peu indisposé. Je vais cependant aller au conseil. Je te prie de

me dire comment tu te portes.

Ce temps est bien humide et pas du tout sain.

NAPOLÉON.

LETTRE LXXXI

À l'Impératrice, à Malmaison.

Vendredi, à 8 heures, 1810.

Je voulais venir te voir aujourd'hui, mais je ne le puis; ce sera,

j'espère, pour demain. Il y a bien longtemps que tu m'as donné de tes

nouvelles.

J'ai appris avec plaisir que tu t'étais promenée dans ton jardin pendant

ces froids.

Adieu, mon amie; porte-toi bien, et ne doute jamais de mes sentiments.

NAPOLÉON.

LETTRE LXXXII

À l'Impératrice, à Malmaison.

Dimanche, à 8 heures du soir, 1810.

J'ai été bien content de t'avoir vue hier; je sens combien ta société a

de charmes pour moi. J'ai travaillé aujourd'hui avec Estève. J'ai

accordé cent mille francs pour 1810, pour l'extraordinaire de Malmaison.

Tu peux donc faire planter tant que tu voudras; tu distribueras cette

somme comme tu l'entendras. J'ai chargé Estève de te remettre deux cent

mille francs aussitôt que le contrat de la maison Julien sera fait. J'ai

ordonné que l'on paierait ta parure de rubis, laquelle sera évaluée par

l'intendance, car je ne veux pas de voleries de bijoutiers. Ainsi, voilà

quatre cent mille francs que cela me coûte.

J'ai ordonné que l'on tînt le million que la liste civile te doit, pour

1810, à la disposition de ton homme d'affaires, pour payer tes dettes.

Tu dois trouver dans l'armoire de Malmaison cinq cent mille à six cent

mille francs; tu peux les prendre pour faire ton argenterie et ton

linge.

J'ai ordonné qu'on te fit un très beau service de porcelaine; l'on

prendra tes ordres pour qu'il soit très beau.

NAPOLÉON.

LETTRE LXXXIII

À l'Impératrice, à Malmaison.

Mercredi, 6 heures du soir, 1810.

Mon amie, je ne vois pas d'inconvénient que tu reçoives le roi de

Wurtemberg quand tu voudras. Le roi et la reine de Bavière doivent aller

te voir après-demain.

Je désire fort aller à Malmaison: mais il faut que tu sois forte et

tranquille: le page de ce matin dit qu'il t'a vue pleurer.

Je vais dîner tout seul.

Adieu, mon amie; ne doute jamais de mes sentiments pour toi; tu serais

injuste et mauvaise.

NAPOLÉON.

LETTRE LXXXIV

À l'Impératrice, à Malmaison.

Samedi, à 1 heure après-midi, 1810.

Mon amie, j'ai vu hier Eugène qui m'a dit que tu recevrais les rois.

J'ai été au concert jusqu'à huit heures; je n'ai dîné, tout seul, qu'à

cette heure-là.

Je désire bien te voir. Si je ne viens pas aujourd'hui, je viendrai

après la messe.

Adieu, mon amie; j'espère te trouver sage et bien portante. Ce temps-là

doit bien te peser.

NAPOLÉON.

LETTRE LXXXV

À l'Impératrice, à Malmaison.

Trianon, le 17 janvier 1810.

Mon amie, d'Audenarde, que je t'ai envoyé ce matin, me dit que tu n'as

plus de courage depuis que tu es à Malmaison. Ce lieu est cependant tout

plein de nos sentiments, qui ne peuvent et ne doivent jamais changer, du

moins de mon côte.

J'ai bien envie de te voir, mais il faut que je sois sûr que tu es

forte, et non faible; je le suis aussi un peu, et cela me fait un mal

affreux.

Adieu, Joséphine; bonne nuit. Si tu doutais de moi, tu serais bien

ingrate.

NAPOLÉON.

LETTRE LXXXVI

À l'Impératrice, à Malmaison.

30 Janvier 1810.

Mon amie, je reçois ta lettre. J'espère que la promenade que tu as faite

aujourd'hui, pour montrer ta serre, t'aura fait du bien.

Je te saurai avec plaisir à l'Élysée, et fort heureux de te voir plus

souvent; car tu sais combien je t'aime.

NAPOLÉON.

LETTRE LXXXVII

À l'Impératrice, à Malmaison.

Mardi, à midi, 1810.

J'apprends que tu t'affliges, cela n'est pas bien. Tu es sans confiance

en moi, et tous les bruits que l'on répand te frappent; ce n'est pas me

connaître, Joséphine. Je t'en veux, et si je n'apprends que tu es gaie

et contente, j'irai te gronder bien fort.

Adieu, mon amie.

NAPOLÉON.

LETTRE LXXXVIII

À l'Impératrice, à Malmaison.

Samedi, à 6 heures du soir, 1810.

J'ai dit à Eugène que tu aimais plutôt à écouter les bavards d'une

grande ville que ce que je te disais; qu'il ne faut pas permettre que

l'on te fasse des contes en l'air pour t'affliger.

J'ai fait transporter tes effets à l'Élysée. Tu viendras incessamment à

Paris; mais sois tranquille et contente, et aie confiance entière en

moi.

NAPOLÉON.

LETTRE LXXXIX

À l'Impératrice, à l'Élysée-Napoléon.

Vendredi, 6 heures du soir, 1810.

Savary me remet, en arrivant, ta lettre; je vois avec peine que tu es

triste; je suis bien aise que tu ne te sois pas aperçue du feu.

J'ai eu beau temps à Rambouillet.

Hortense m'a dit que tu avais eu le projet de venir dîner chez Bessières

et de retourner coucher à Paris. Je suis fâché que tu n'aies pas pu

exécuter ton projet.

Adieu, mon amie; sois gaie, songe que c'est le moyen de me plaire.

NAPOLÉON.

LETTRE XC

À l'Impératrice, à l'Élysée-Napoléon.

19 février 1810.

Mon amie, j'ai reçu ta lettre. Je désire te voir; mais les réflexions

que tu me fais peuvent être vraies. Il y a peut-être quelque

inconvénient à nous trouver sous le même toit pendant la première année.

Cependant la campagne de Bessières est trop loin pour pouvoir revenir;

d'un autre côté, je suis un peu enrhumé et je ne suis pas sûr d'y aller.

Adieu, mon amie.

NAPOLÉON.

LETTRE XCI

À l'Impératrice, à Malmaison.

Le 12 mars 1810.

Mon amie, j'espère que tu auras été contente de ce que j'ai fait pour

Navarre. Tu y auras vu un nouveau témoignage du désir que j'ai de t'être

agréable.

Fais prendre possession de Navarre; tu pourras y aller le 25 mars passer

le mois d'avril.

Adieu, mon amie.

NAPOLÉON.

LETTRE XCII

De l'Impératrice Joséphine à l'Empereur Napoléon.

Navarre, le 19 avril 1810.

Sire,

Je reçois, par mon fils, l'assurance que Votre Majesté consent à mon

retour à Malmaison, et qu'elle veut bien m'accorder les avances que je

lui ai demandées pour rendre habitable le château de Navarre.

Cette double faveur, Sire, dissipe en grande partie les inquiétudes et

même les craintes que le long silence de Votre Majesté m'avait

inspirées. J'avais peur d'être entièrement bannie de son souvenir: je

vois que je ne le suis pas. Je suis donc aujourd'hui moins malheureuse,

et même aussi heureuse qu'il m'est désormais possible de l'être.

J'irai à la fin du mois à Malmaison, puisque Votre Majesté n'y voit

aucun obstacle. Mais, je dois vous le dire, Sire, je n'aurais pas si tôt

profité de la liberté que Votre Majesté me laisse à cet égard, si la

maison de Navarre n'exigeait pas, pour ma santé, et pour celle des

personnes de ma maison, des réparations qui sont urgentes. Mon projet

est de demeurer à Malmaison fort peu de temps; je m'en éloignerai

bientôt pour aller aux eaux. Mais, pendant que je serai à Malmaison,

Votre Majesté peut être sûre que j'y vivrai comme si j'étais à mille

lieues de Paris. J'ai fait un grand sacrifice, Sire, et chaque jour je

sens davantage toute son étendue. Cependant, ce sacrifice sera ce qu'il

doit être, il sera entier de ma part. Votre Majesté ne sera troublée,

dans son bonheur, par aucune expression de mes regrets.

Je ferai sans cesse des voeux pour que Votre Majesté soit heureuse,

peut-être même en ferai-je pour la revoir; que Votre Majesté en soit

convaincue, je respecterai toujours sa nouvelle situation, je la

respecterai en silence; confiante dans les sentiments qu'elle me portait

autrefois, je n'en provoquerai aucune preuve nouvelle; j'attendrai tout

de sa justice et de son coeur.

Je me borne à lui demander une grâce, c'est qu'elle daigne chercher

elle-même un moyen de convaincre quelquefois, et moi-même et ceux qui

m'entourent, que j'ai toujours une petite place dans son souvenir et une

grande place dans son estime et dans son amitié. Ce moyen, quel qu'il

soit, adoucira mes peines, sans pouvoir, ce me semble, compromettre, ce

qui m'importe avant tout, le bonheur de Votre Majesté.

JOSÉPHINE.

LETTRE XCIII

Réponse de l'Empereur Napoléon

À l'Impératrice Joséphine, à Navarre.

Compiègne, le 21 avril 1810.

Mon amie, je reçois ta lettre du 19 avril; elle est d'un mauvais style.

Je suis toujours le même; mes pareils ne changent jamais. Je ne sais ce

qu'Eugène a pu te dire. Je ne t'ai pas écrit, parce que tu ne l'as pas

fait, et que j'ai désiré tout ce qui peut t'être agréable.

Je vois avec plaisir que tu ailles à Malmaison, et que tu sois contente;

moi, je le serai de recevoir de tes nouvelles et de te donner des

miennes. Je n'en dis pas davantage jusqu'à ce que tu aies comparé cette

lettre à la tienne; et, après cela, je te laisse juge qui est meilleur

et plus ami de toi ou de moi.

Adieu, mon amie; porte-toi tien et sois juste pour toi et pour moi.

NAPOLÉON.

LETTRE XCIV

Réponse de l'Impératrice Joséphine.

Mille, mille tendres remerciements de ne m'avoir pas oubliée. Mon fils

vient de m'apporter ta lettre. Avec quelle ardeur je l'ai lue, et

cependant j'y ai mis bien du temps; car il n'y a pas un mot qui ne m'ait

fait pleurer, mais ces larmes étaient bien douces! J'ai retrouvé mon

coeur tout entier, et tel qu'il sera toujours: il y a des sentiments qui

sont la vie même et qui ne peuvent finir qu'avec elle.

Je serais au désespoir que ma lettre du 19 t'eût déplu; je ne m'en

rappelle pas entièrement les expressions, mais je sais quel sentiment

bien pénible l'avait dictée, c'était le chagrin de n'avoir pas de tes

nouvelles.

Je t'avais écrit à mon départ de Malmaison; et, depuis, combien de fois

j'aurais voulu t'écrire! Mais je sentais les raisons de ton silence, et

je craignais d'être importune par une lettre. La tienne a été un baume

pour moi. Sois heureux, sois-le autant que tu le mérites; c'est mon

coeur qui te parle. Tu viens aussi de me donner ma part de bonheur, et

une part bien vivement sentie: rien ne peut valoir pour moi une marque

de ton souvenir.

Adieu, mon ami; je te remercie aussi tendrement que je t'aimerai

toujours.

JOSÉPHINE.

LETTRE XCV

À l'Impératrice Joséphine, à Navarre.

Compiègne, le 28 avril 1910.

Mon amie, je reçois deux lettres de toi. J'écris à Eugène. J'ai ordonné

que l'on fit le mariage de Tascher avec la princesse de la Leyen.

J'irai demain à Anvers voir ma flotte et ordonner des travaux. Je serai

de retour le 15 mai.

Eugène me dit que tu veux aller aux eaux, ne te gêne en rien. N'écoute

pas les bavardages de Paris; ils sont oisifs et bien loin de connaître

le véritable état des choses. Mes sentiments pour toi ne changent pas et

je désire beaucoup te savoir heureuse et contente.

NAPOLÉON.

LETTRE XCVI

À l'Impératrice Eugénie, à Malmaison.

Mon amie, je reçois ta lettre. Eugène te donnera des nouvelles de mon

voyage et de l'Impératrice. J'approuve fort que tu ailles aux eaux.

J'espère qu'elles te feront du bien.

Je désire bien te voir. Si tu es à Malmaison à la fin du mois, je

viendrai te voir.

Ma santé est fort bonne; il me manque de te savoir contente et bien

portante. Fais-moi connaître le nom que tu voudrais porter en route.

Ne doute jamais de toute la vérité de mes sentiments pour toi; ils

dureront autant que moi; tu serais fort injuste si tu en doutais.

NAPOLÉON.

LETTRE XCVII

À l'Impératrice Joséphine, aux eaux d'Aix, en Savoie.

Rambouillet, le 8 juillet 1810.

Mon amie, j'ai reçu ta lettre du 3 juillet. Tu auras vu Eugène, et sa

présence t'aura fait du bien. J'ai appris avec plaisir que les eaux te

sont bonnes. Le roi de Hollande vient d'abdiquer la couronne, en

laissant la régence, selon la Constitution, à la reine. Il a quitté

Amsterdam et laissé le grand-duc de Berg.

J'ai réuni la Hollande à la France; mais cet acte a cela d'heureux qu'il

émancipe la reine, et cette infortunée fille va venir à Paris avec son

fils, le grand-duc de Berg; cela la rendra parfaitement heureuse.

Ma santé est bonne. Je suis venu ici pour chasser quelques jours. Je te

verrai avec plaisir cet automne. Ne doute jamais de mon amitié. Je ne

change jamais. Porte-toi bien, sois gaie et crois à la vérité de mes

sentiments.

NAPOLÉON.

LETTRE XCVIII

À l'Impératrice Joséphine, à Navarre.

Fontainebleau, le 14 novembre 1810.

Mon amie, j'ai reçu ta lettre. Hortense m'a parlé de toi. Je vois avec

plaisir que tu es contente. J'espère que tu ne t'ennuies pas trop à

Navarre.

Ma santé est fort bonne. L'Impératrice avance heureusement dans sa

grossesse. Je ferai les différentes choses que tu me demandes pour ta

maison. Soigne bien ta santé, sois contente et ne doute jamais de mes

sentiments pour toi.

NAPOLÉON.

LETTRE XCIX

À l'Impératrice Joséphine, à Navarre.

Je reçois ta lettre. Je ne vois pas d'inconvénient au mariage de Mme

de Mackau avec Wattier, si cela lui convient; ce général est un fort

brave homme. Je me porte bien. J'espère avoir un garçon; je te le ferai

savoir aussitôt.

Adieu, mon amie. Je suis bien aise que Mme d'Arberg t'ait dit des

choses qui te fassent plaisir. Quand tu me verras, tu me trouveras avec

les mêmes sentiments pour toi.

NAPOLÉON.

LETTRE C

À l'Impératrice Joséphine, à Malmaison.

Trianon, 25 août 1813.

J'ai reçu ta lettre. Je vois avec plaisir que tu es en bonne santé. Je

suis pour quelques jours à Trianon. Je compte aller à Compiègne. Ma

santé est fort bonne.

Mets de l'ordre dans tes affaires; ne dépense que un million cinq cent

mille francs et mets de côté tous les ans autant; cela fera une réserve

de quinze millions en dix ans pour tes petits-enfants: il est doux de

pouvoir leur donner quelque chose et de leur être utile. Au lieu de

cela, l'on me dit que tu as des dettes, cela serait bien vilain.

Occupe-toi de tes affaires et ne donne pas à qui en veut prendre. Si tu

me veux plaire, fais que je sache que tu as un gros trésor. Juge combien

j'aurais mauvaise opinion de toi si je te savais endettée avec trois

millions de revenu.

Adieu, mon amie, porte-toi bien.

NAPOLÉON.

LETTRE CI

À l'Impératrice Joséphine, à Malmaison

Vendredi, 8 heures du matin, 1813.

J'envoie savoir comment tu te portes, car Hortense m'a dit que tu étais

au lit hier. J'ai été fâché contre toi pour tes dettes; je ne veux pas

que tu en aies; au contraire, j'espère que tu mettras un million de côté

tous les ans, pour donner à tes petites-filles lorsqu'elles se

marieront.

Toutefois, ne doute jamais de mon amitié pour toi et ne te fais aucun

chagrin là-dessus.

Adieu, mon amie; annonce-moi que tu es bien portante. On dit que tu

engraisses comme une bonne fermière de Normandie.

NAPOLÉON.

* * * * *

APPENDICES

DIALOGUE SUR L'AMOUR

_Ce texte, rédigé par Bonaparte, en 1791, lors de son séjour à Valence,

à l'âge de vingt-deux ans, demeura inconnu pendant cent et trois ans._

_Cet écrit d'un style sec et sans unité trace vigoureusement la

conception que Napoléon devait avoir toute sa vie de la femme._

_Le sort de ce manuscrit fut mouvementé._

_À sa chute, Napoléon l'envoya à Fesch_[5] _enfermé parmi d'autres dans

un des cartons de son cabinet. Fesch n'en prit jamais connaissance. À la

mort de celui-ci, en 1839, son grand vicaire, l'abbé Lyonnet, à qui le

carton revint, en vendit le contenu à Libri_[6], _qui le revendit à des

amateurs, entre autres à lord Ashburnham, dont le fils, en 1884, le

céda, pour une somme de 675,000 francs, à la bibliothèque

Médico-Laurentienne de Florence, où il fut copié par MM. Frédéric Masson

et Guido Biagi qui, en 1895, le publièrent sous le titre de «Napoléon

inconnu»._

[Note 5: Oncle de Napoléon Ier, né à Ajaccio, archevêque de Lyon

et grand aumonier de l'Empire.]

[Note 6: Collectionneur équivoque qui volait ce qu'il ne pouvait

acquérir.]

* * * * *

DIALOGUE SUR L'AMOUR

DES MAZIS[7].--Comment, monsieur, qu'est-ce que l'amour? Eh quoi!

n'êtes-vous donc pas composé comme les autres hommes?

[Note 7: Alexandre Des Mazis avait été à l'École militaire de Paris,

l'instructeur d'infanterie de Bonaparte. Tous deux s'étalent liés d'une

étroite amitié qui se resserra au cours de communes garnisons. Émigré

sous la Terreur, Des Mazis ne rentra en France que sous le consulat.

Napoléon le nomma administrateur mobilier de la couronne, officier civil

de sa maison et chambellan. À la chute de l'empereur, Des Mazis servit

les Bourbons.]

_Bonaparte_.--Je ne vous demande pas la définition de l'amour. Je fus

jadis amoureux et il m'en est resté assez de souvenir pour que je n'aie

pas besoin de ces définitions métaphysiques qui ne font jamais

qu'embrouiller les choses; je vous dis plus que de nier son existence.

Je le crois nuisible à la société, au bonheur individuel des hommes,

enfin je crois que l'amour fait plus de mal... et que ce serait un

bienfait d'une divinité protectrice que de nous en défaire et d'en

délivrer le monde.

DES MAZIS.--Quoi! l'amour nuisible à la société, lui qui vivifie la

nature entière, source de toute production, de tout bonheur. Point

d'amour, monsieur, autant vaudrait-il anéantir notre existence.

_Bonaparte_.--Vous vous échauffez. La passion vous transporte.

Reconnaissez, je vous en prie, votre ami. Ne me regardez pas avec

indignation et répondez pourquoi, depuis que cette passion vous domine,

ne vous vois-je plus dans vos sociétés ordinaires? Que sont devenues vos

occupations? Pourquoi négligez-vous vos parents, vos amis? Vos journées

entières sont sacrifiées à une promenade monotone et solitaire jusqu'à

ce que l'heure vous permette de voir votre Adélaïde.

DES MAZIS.--Eh! que m'importe à moi, monsieur, vos occupations, vos

sociétés? À quoi aboutit une science indigeste? Qu'ai-je à faire de ce

qui s'est passé il y a mille ans? Quelle influence puis-je avoir sur le

cours des astres? Que m'importe le minutieux détail des discussions

puériles des hommes?... Je me suis occupé de cela sans doute.

Qu'avais-je de mieux à faire? Il fallait bien par quelque moyen me

soustraire à l'ennui qui me menaçait; mais croyez-moi, je sentais au

milieu de mon cabinet le vide de mon coeur. Parfois mon esprit était

satisfait, mais mes sentiments! Ô Dieu! je n'ai fait que végéter tant

que je n'eus pas aimé. Actuellement, au contraire, quand l'amour

m'arrache au sommeil, je ne dis plus: «Pourquoi le soleil luit-il

aujourd'hui pour moi?» Non! le premier rayon de lumière me présente ma

chère Adélaïde en habit du matin. Je la vois penser à moi, me sourire.

Hier au soir elle me serrait la main, elle soupirait, nos regards se

rencontraient. Comme ils exprimaient nos sentiments! Je contemple un

portrait qui me ravit l'âme. Cent fois je le remets pour le reprendre

aussitôt. Cette promenade, monsieur, que vous appelez monotone, eh! non,

la vaste étendue du globe ne contient pas plus de variété. D'abord, mon

esprit repasse les choses qu'elle m'a dites; je relis le billet qu'elle

m'a écrit; je pense à celui qui doit peindre toute l'étendue de mon

amour. Je le refais cent fois. Mon imagination s'élève; je vois bientôt

mes feux couronnés; je regrette tantôt de ne pas avoir une fortune

immense à lui sacrifier. Ici même, je voudrais avoir une couronne.

Concevez le charme de la proposer à ses parents, la joie que cela lui

causerait. Tout ce qui approche d'elle est sacré à mes yeux. Une autre

fois je penserai aux préparatifs des noces qui doivent bientôt nous

unir, jusqu'aux présents que je dois lui faire. Mon coeur se dilate à

imaginer quelque chose qui puisse l'obliger, lui prouver mon amour.

Voyez-vous le château où nous devons passer nos jours, les sombres

bosquets, les riantes prairies, les délicieux parterres? Rien ne

m'affecte que le plaisir d'être tous les jours à côté d'elle. Mais

bientôt elle doit me donner des gages de notre amour... Mais vous riez!

En vérité, je vous déteste.

Tendresses impériales · 第 3 / 4 段