Je reçois ta lettre du 25. J'apprends avec peine que tu es souffrante;

ce n'est pas là une bonne disposition pour faire cent lieues dans cette

saison. Je ne sais ce que je ferai: je dépends des événements; je n'ai

pas de volonté; j'attends tout de leur issue. Reste à Munich, amuse-toi;

ce n'est pas difficile, lorsqu'on a tant de personnes aimables et dans

un si beau pays. Je suis, moi, assez occupé. Dans quelques jours je

serai décidé.

Adieu, mon amie; mille choses aimantes et tendres.

NAPOLÉON.

LETTRE XXXVII

À l'Impératrice, à Mayence.

Géra, le 13, à 2 heures du matin, 1806.

Je suis aujourd'hui à Géra, ma bonne amie; mes affaires vont fort bien

et tout comme je pouvais l'espérer. Avec l'aide de Dieu, en peu de jours

cela aura pris un caractère bien terrible, je crois, pour le pauvre roi

de Prusse, que je plains personnellement, parce qu'il est bon. La reine

est à Erfurt avec le roi. Si elle veut voir une bataille, elle aura ce

cruel plaisir. Je me porte à merveille; j'ai déjà engraissé depuis mon

départ; cependant je fais, de ma personne, vingt et vingt-cinq lieues

par jour, à cheval, en voiture, de toutes les manières. Je me couche à

huit heures et suis levé à minuit; je songe quelquefois que tu n'es pas

encore couchée.

Tout à toi,

NAPOLÉON.

LETTRE XXXVIII

À l'Impératrice, à Mayence.

1er novembre, 2 heures du matin, 1806.

Talleyrand arrive et me dit, mon amie, que tu ne fais que pleurer. Que

veux-tu donc? Tu as ta fille, tes petits-enfants, et de bonnes

nouvelles; voilà bien des moyens d'être contente et heureuse.

Le temps est ici superbe; il n'a pas encore tombé de toute la campagne

une seule goutte d'eau. Je me porte fort bien, et tout va au mieux.

Adieu, mon amie; j'ai reçu une lettre de M. Napoléon; je ne crois pas

qu'elle soit de lui, mais d'Hortense.

Mille choses à tout le monde.

NAPOLÉON.

LETTRE XXXIX

À l'Impératrice, à Mayence.

Le 6 novembre, à 9 heures du soir, 1806.

J'ai reçu ta lettre où tu me parais fâchée du mal que je dis des femmes;

il est vrai que je hais les femmes intrigantes au delà de tout. Je suis

accoutumé à des femmes bonnes, douces et conciliantes; ce sont celles

que j'aime. Si elles m'ont gâté, ce n'est pas ma faute, mais la tienne.

Au reste, tu verras que j'ai été fort bon pour une qui s'est montrée

sensible et bonne, Mme d'Hatzfeld. Lorsque je lui montrai la lettre

de son mari, elle me dit en sanglotant, avec une profonde sensibilité,

et naïvement: _Ah! c'est bien là son écriture!_ Lorsqu'elle lisait, son

accent allait à l'âme; elle me fit peine. Je lui dis: _Eh bien! madame,

jetez cette lettre au feu, je ne serai plus assez puissant pour faire

punir votre mari._ Elle brûla la lettre et me parut bien heureuse. Son

mari est depuis fort tranquille: deux heures plus tard, il était perdu.

Tu vois donc que j'aime les femmes bonnes, naïves et douces; mais c'est

que celles-là seules te ressemblent.

Adieu, mon amie, je me porte bien.

NAPOLÉON.

LETTRE XL

À l'Impératrice, à Mayence.

Le 18 novembre 1806.

Je reçois ta lettre du 11 novembre. Je vois avec satisfaction que mes

sentiments te font plaisir. Tu as tort de penser qu'ils puissent être

flattés; je t'ai parlé de toi comme je te vois. Je suis affligé de

penser que tu t'ennuies à Mayence. Si le voyage n'était pas si long, tu

pourrais venir jusqu'ici, car il n'y a plus d'ennemis, ou il est au delà

de la Vistule, c'est-à-dire à plus de cent vingt lieues d'ici.

J'attendrai ce que tu en penses. Je serai bien aise aussi de voir M.

Napoléon.

Adieu, ma bonne amie.

Tout à toi,

NAPOLÉON.

J'ai ici encore trop d'affaires pour que je puisse retourner à Paris.

LETTRE XLI

À l'Impératrice, à Mayence.

Le 22 novembre, à 10 heures du soir, 1806.

Je reçois ta lettre. Je suis fâché de te voir triste; tu n'as cependant

que des raisons d'être gaie. Tu as tort de montrer tant de bonté à des

gens qui s'en montrent indignes. Mme L... est une sotte, si bête que

tu devrais la connaître et ne lui prêter aucune attention. Sois

contente, heureuse de mon amitié, de tout ce que tu m'inspires. Je me

déciderai dans quelques jours à t'appeler ici ou à t'envoyer à Paris.

Adieu, mon amie; tu peux actuellement aller, si tu veux, à Darmstadt, à

Francfort; cela te dissipera.

Mille choses à Hortense.

NAPOLÉON.

LETTRE XLII

À l'Impératrice, à Mayence.

Posen, le 2 décembre 1806.

C'est aujourd'hui l'anniversaire d'Austerlitz. J'ai été à un bal de la

ville. Il pleut. Je me porte bien. Je t'aime et te désire. Mes troupes

sont à Varsovie. Il n'a pas encore fait froid. Toutes ces Polonaises

sont Françaises; mais il n'y a qu'une femme pour moi. La connaîtrais-tu?

Je te ferais bien son portrait, mais il faudrait trop le flatter pour

que tu te reconnusses; cependant, à dire vrai, mon coeur n'aurait que de

bonnes choses à en dire. Ces nuits-ci sont longues, tout seul.

Tout à toi,

NAPOLÉON.

LETTRE XLIII

À l'Impératrice, 4 Mayence.

Le 3 décembre, à midi, 1806.

Je reçois ta lettre du 26 novembre, j'y vois deux choses: tu me dis que

je ne lis pas tes lettres; cela est mal pensé. Je te sais mauvais gré

d'une si mauvaise opinion. Tu me dis que ce pourrait être par quelque

rêve de la nuit et tu ajoutes que tu n'es pas jalouse. Je me suis aperçu

depuis longtemps que les gens colères soutiennent toujours qu'ils ne

sont pas colères, que ceux qui ont peur disent souvent qu'ils n'ont pas

peur; tu es donc convaincue de jalousie: j'en suis enchanté! Du reste,

tu as tort; je ne pense à rien moins et dans les déserts de la Pologne

l'on songe peu aux belles... J'ai eu hier un bal de la noblesse de la

province d'assez belles femmes, assez riches, assez mal mises, quoique à

la mode de Paris.

Adieu, mon amie; je me porte bien.

Tout à toi,

NAPOLÉON.

LETTRE XLIV

À l'Impératrice, à Mayence.

Posen, le 3 décembre, à 6 heures du soir.

Je reçois ta lettre du 27 novembre, où je vois que ta petite tête s'est

montée. Je me suis souvenu de ce vers:

Désir de femme est un feu qui dévore.

Il faut cependant te calmer. Je t'ai écrit que j'étais en Pologne, que

lorsque les quartiers d'hiver seraient assis, tu pourrais venir; il faut

donc attendre quelques jours. Plus on est grand et moins on doit avoir

de volonté; l'on dépend des événements et des circonstances. Tu peux

aller à Francfort et à Darmstadt. J'espère sous peu de temps t'appeler;

mais il faut que les événements le veuillent. La chaleur de ta lettre me

fait voir que vous autres jolies femmes vous ne connaissez pas de

barrières; ce que vous voulez doit être; mais moi, je me déclare le plus

esclave des hommes: mon maître n'a pas d'entrailles, et ce maître c'est

la nature des choses.

Adieu, mon amie; porte-toi bien. La personne dont j'ai voulu te parler

est Mme L... dont tout le monde dit bien du mal: l'on m'assure

qu'elle était plus Prussienne que Française. Je ne le crois pas; mais je

la crois une sotte qui ne dit que des bêtises.

NAPOLÉON.

LETTRE XLV

À l'Impératrice, à Mayence.

Le 10 décembre, 5 heures du soir, 1806.

Un officier m'apporte un tapis de ta part; il est un peu court et

étroit; je ne t'en remercie pas moins. Je me porte assez bien. Le temps

est fort variable. Mes affaires vont assez bien. Je t'aime et te désire

beaucoup.

Adieu, mon amie; je t'écrirai de venir avec au moins autant de plaisir

que tu voudras.

Tout à toi,

NAPOLÉON.

Un baiser à Hortense, à Stéphanie et à Napoléon.

LETTRE XLVI

À l'Impératrice, à Mayence.

Pultusk, le 31 décembre 1806.

J'ai bien ri en recevant tes dernières lettres. Tu te fais des belles de

la Pologne une idée qu'elles ne méritent pas. J'ai eu deux ou trois

jours de plaisir d'entendre Paër et deux chanteuses qui m'ont fait de

très bonne musique. J'ai reçu ta lettre dans une mauvaise grange, ayant

de la boue, du vent et de la paille pour tout lit. Je serai demain à

Varsovie. Je crois que tout est fini pour cette année. L'armée va entrer

en quartiers d'hiver. Je hausse les épaules de la bêtise de Mme de

L...; tu devrais cependant te fâcher et lui conseiller de n'être pas si

sotte. Cela perce dans le public et indigne bien des gens.

Quant à moi, je méprise l'ingratitude comme le plus vilain défaut du

coeur. Je sais qu'au lieu de te consoler ils t'ont fait de la peine.

Adieu, mon amie; je me porte bien. Je ne pense pas que tu doives aller à

Cassel; cela n'est pas convenable. Tu peux aller à Darmstadt.

NAPOLÉON.

LETTRE XLVII

À l'Impératrice, à Mayence.

Varsovie, le 3 janvier 1807.

J'ai reçu ta lettre, mon amie. Ta douleur me touche; mais il faut bien

se soumettre aux événements. Il y a trop de pays à traverser depuis

Mayence jusqu'à Varsovie; il faut donc que les événements me permettent

de me rendre à Berlin pour que je t'écrive d'y venir. Cependant l'ennemi

battu s'éloigne, mais j'ai bien des choses à régler ici. Je serais assez

d'opinion que tu retournasses à Paris, où tu es nécessaire. Renvoie ces

dames qui ont leurs affaires; tu gagneras d'être débarrassée de gens qui

ont dû bien te fatiguer.

Je me porte bien; il fait mauvais. Je t'aime de coeur.

NAPOLÉON.

LETTRE XLVIII

À l'Impératrice, à Mayence.

Varsovie, 7 Janvier 1807.

Mon amie, je suis touché de tout ce que tu me dis; mais la saison

froide, les chemins très mauvais, peu sûrs, je ne puis donc consentir à

t'exposer à tant de fatigues et de dangers. Rentre à Paris pour y passer

l'hiver. Va aux Tuileries, reçois et fais la même vie que tu as

l'habitude de mener quand j'y suis; c'est là ma volonté. Peut-être ne

tarderai-je pas à t'y rejoindre, mais il est indispensable que tu

renonces à faire trois cents lieues dans cette saison, à travers des

pays ennemis, et sur les derrières de l'armée. Crois qu'il m'en coûte

plus qu'à toi de retarder de quelques semaines le bonheur de te voir,

mais ainsi l'ordonnent les événements et le bien des affaires.

Adieu, ma bonne amie; sois gaie et montre du caractère.

NAPOLÉON.

LETTRE XLIX

À l'Impératrice, à Mayence.

Varsovie, le 8 janvier 1807.

Ma bonne amie, je reçois ta lettre du 27 avec celles de M. Napoléon et

d'Hortense qui y étaient jointes. Je t'avais priée de rentrer à Paris.

La saison trop mauvaise, les chemins peu sûrs et détestables, les

espaces trop considérables pour que je permette que tu viennes jusqu'ici

où mes affaires me retiennent. Il te faudrait au moins un mois pour

arriver. Tu y arriveras malade; il faudrait peut-être repartir alors; ce

serait donc folie. Ton séjour à Mayence est trop triste; Paris te

réclame; vas-y, c'est mon désir. Je suis plus contrarié que toi; j'eusse

aimé à partager les longues nuits de cette saison avec toi, mais il faut

obéir aux circonstances.

Adieu, mon amie.

Tout à toi,

NAPOLÉON.

LETTRE L

À l'Impératrice, à Mayence.

Varsovie, le 11 Janvier 1807.

J'ai reçu ta lettre du 27, où je vois que tu étais un peu inquiète sur

les événements militaires. Tout est fini, comme je te l'ai mandé à ma

satisfaction, mes affaires vont bien. L'éloignement est trop

considérable pour que je permette que, dans cette saison, tu viennes si

loin. Je me porte fort bien, un peu ennuyé quelquefois de la longueur

des nuits.

Je vois ici, jusqu'à cette heure, assez peu de monde.

Adieu, mon amie; je désire que tu sois gaie et que tu donnes un peu de

vie à la capitale. Je voudrais fort y être.

Tout à toi,

NAPOLÉON.

J'espère que la reine est allée à La Haye avec M. Napoléon.

LETTRE LI

À l'Impératrice, à Mayence.

Le 16 Janvier 1807.

Ma bonne amie, j'ai reçu ta lettre du 5 janvier; tout ce que tu me dis

de ta douleur me peine. Pourquoi des larmes, du chagrin? N'as-tu donc

plus de courage? Je te verrai bientôt; ne doute jamais de mes sentiments

et, si tu veux m'être plus chère encore, montre du caractère et de la

force d'âme. Je suis humilié de penser que ma femme puisse se méfier de

mes destinées.

Adieu, mon amie; je t'aime, je désire te voir et veux te savoir contente

et heureuse.

NAPOLÉON.

LETTRE LII

À l'Impératrice, à Mayence.

Varsovie, le 18 janvier 1807.

Je crains que tu n'aies bien du chagrin de notre séparation qui doit

encore se prolonger de quelques semaines et de ton retour à Paris.

J'exige que tu aies plus de force. L'on me dit que tu pleures toujours:

fi! que cela est laid! Ta lettre du 7 janvier me fait de la peine. Sois

digne de moi et prends plus de caractère. Fais à Paris la représentation

convenable et surtout sois contente.

Je me porte très bien et je t'aime beaucoup; mais, si tu pleures

toujours, je te croirai sans courage et sans caractère; je n'aime pas

les lâches, une impératrice doit avoir du coeur.

NAPOLÉON.

LETTRE LIII

À l'Impératrice, à Mayence.

Varsovie, le 19 janvier 1807.

Mon amie, je reçois ta lettre; j'ai ri de ta peur du feu. Je suis

désespéré du ton de tes lettres et de ce qui me revient. Je te défends

de pleurer, d'être chagrine et inquiète; je veux que tu sois gaie,

aimable et heureuse.

NAPOLÉON.

LETTRE LIV

À l'Impératrice, à Mayence.

Le 23 janvier 1807.

Je reçois ta lettre du 15 janvier. Il est impossible que je permette à

des femmes un voyage comme celui-ci: mauvais chemins, chemins peu sûrs

et fangeux. Retourne à Paris, sois-y gaie, contente; peut-être y

serai-je aussi bientôt. J'ai ri de ce que tu me dis que tu as pris un

mari pour être avec lui; je pensais, dans mon ignorance, que la femme

était faite pour le mari, le mari pour la patrie, la famille et la

gloire; pardon de mon ignorance, l'on apprend toujours avec nos belles

dames.

Adieu, mon amie; crois qu'il m'en coûte de ne pas te faire venir;

dis-toi: c'est une preuve combien je lui suis précieuse.

NAPOLÉON.

LETTRE LV

À l'Impératrice, à Paris.

Le 26, à midi, 1807.

Ma bonne amie, j'ai reçu ta lettre; je vois avec peine comme tu

t'affliges. Le pont de Mayence ne rapproche ni n'éloigne les distances

qui nous séparent. Rentre donc à Paris. Je serais fâché et inquiet de te

savoir si malheureuse et si isolée à Mayence. Tu comprends que je ne

dois, que je ne puis consulter que mon coeur, je serais avec toi ou toi

avec moi; car tu serais bien injuste si tu doutais de mon amour et de

tous mes sentiments.

NAPOLÉON.

LETTRE LVI

À l'Impératrice, à Paris.

Wittemberg, le 1er février, à midi, 1807.

Ta lettre du 11, de Mayence, m'a fait rire. Je suis aujourd'hui à

quarante lieues de Varsovie; le temps est froid mais beau.

Adieu, mon amie; sois heureuse, aie du caractère.

NAPOLÉON.

LETTRE LVII

À l'Impératrice, à Paris.

Mon amie, ta lettre du 20 janvier m'a fait de la peine; elle est trop

triste. Voilà le mal de ne pas être un peu dévote! Tu me dis que ton

bonheur fait ta gloire, cela n'est pas généreux; il faut dire: le

bonheur des autres fait ma gloire, cela n'est pas conjugal; il faut

dire: le bonheur de mon mari fait ma gloire, cela n'est pas maternel; il

faudrait dire: le bonheur de mes enfants fait ma gloire; or, comme les

peuples, ton mari, tes enfants ne peuvent être heureux qu'avec un peu de

gloire, il ne faut pas tant en faire fi! Joséphine, votre coeur est

excellent et votre raison faible; vous sentez à merveille, mais vous

raisonnez moins bien.

Voilà assez de querelle; je veux que tu sois gaie, contente de ton sort,

et que tu obéisses, non en grondant et en pleurant, mais de gaité de

coeur et avec un peu de bonheur.

Adieu, mon amie; je pars cette nuit pour parcourir mes avant-postes.

NAPOLÉON.

LETTRE LVIII

À l'Impératrice, à Paris.

Eylau, 3 heures du matin, 9 février 1807.

Mon amie, il y a eu hier une grande bataille; la victoire m'est restée,

mais j'ai perdu bien du monde; la perte de l'ennemi, qui est plus

considérable encore, ne me console pas. Enfin, je t'écris ces deux

lignes moi-même, quoique je sois bien fatigué, pour te dire que je suis

bien portant et que je t'aime.

Tout à toi,

NAPOLÉON.

LETTRE LIX

À l'Impératrice, à Paris.

Eylau, le 9 février, à 6 heures du soir, 1807.

Je t'écris un mot, mon amie, afin que tu ne sois pas inquiète. L'ennemi

a perdu la bataille, quarante pièces de canon, dix drapeaux, douze mille

prisonniers; il a horriblement souffert. J'ai perdu du monde: seize

mille tués, trois mille ou quatre mille blessés.

Ton cousin Tascher se porte bien; je l'ai appelé près de moi avec le

titre d'officier d'ordonnance.

Corbineau a été tué d'un obus; je m'étais singulièrement attaché à cet

officier qui avait beaucoup de mérite; cela me fait de la peine. Ma

garde à cheval s'est couverte de gloire. D'Allemagne est blessé

dangereusement.

Adieu, mon amie.

Tout à toi,

NAPOLÉON.

LETTRE LX

À l'Impératrice, à Paris.

Eylau, le 11 février, à 8 heures du matin, 1807.

Je t'écris un mot, mon amie; tu dois avoir été bien inquiète. J'ai battu

l'ennemi dans une mémorable journée, mais qui m'a coûté bien des braves.

Le mauvais temps qu'il fait me force à prendre mes cantonnements.

Ne te désole pas, je te prie; tout cela finira bientôt et le bonheur de

te voir me fera promptement oublier mes fatigues. Au reste, je n'ai

jamais été si bien portant.

Le petit Tascher, du 4e de ligne, s'est bien comporté; il a eu une

rude épreuve. Je l'ai appelé près de moi, je l'ai fait officier

d'ordonnance; ainsi, voilà ses peines finies. Ce jeune homme

m'intéresse.

Adieu, ma bonne amie; mille baisers.

NAPOLÉON.

LETTRE LXI

À l'Impératrice, à Paris.

Eylau, le 14 février 1807.

Mon amie, je suis toujours à Eylau. Ce pays est couvert de morts et de

blessés. Ce n'est pas la belle partie de la guerre; l'on souffre et

l'âme est oppressée de voir tant de victimes. Je me porte bien. J'ai

fait ce que je voulais et j'ai repoussé l'ennemi en faisant échouer ses

projets.

Tu dois être inquiète, et cette pensée m'afflige. Toutefois,

tranquillise-toi, mon amie, et sois gaie.

Tout à toi,

NAPOLÉON.

Dis à Caroline et à Pauline que le grand-duc et le prince se portent

très bien.

LETTRE LXII

À l'Impératrice, à Paris.

Liebstadt, le 21, à 2 heures du matin, 1807.

Je reçois ta lettre du 4 février; j'y vois avec plaisir que ta santé est

bonne. Paris achèvera de te rendre la gaieté et le repos, le retour à

tes habitudes, la santé.

Je me porte à merveille. Ce temps et le pays sont mauvais. Mes affaires

vont assez bien; il dégèle et gèle dans vingt-quatre heures: l'on ne

peut voir un hiver aussi bizarre.

Adieu, mon amie; je t'aime, je pense à toi et désire te savoir contente,

gaie et heureuse.

Tout à toi,

NAPOLÉON.

LETTRE LXIII

À l'Impératrice, à Paris.

Osterode, le 2 mars 1807.

Mon amie, il y a deux ou trois jours que je ne t'ai écrit; je me le

reproche; je connais tes inquiétudes. Je me porte fort bien; mes

affaires sont bonnes. Je suis dans un mauvais village, où je passerai

encore bien du temps: cela ne vaut pas la grande ville. Je te le répète,

je ne me suis jamais si bien porté; tu me trouveras fort engraissé.

Il fait ici un temps de printemps; la neige fond, les rivières dégèlent,

cela me fait plaisir.

J'ai ordonné ce que tu désires pour Malmaison; sois gaie et heureuse,

c'est ma volonté.

Adieu, mon amie; je t'embrasse de coeur.

Tout à toi,

NAPOLÉON.

LETTRE LXIV

À l'Impératrice, à Paris.

Le 27, à 7 heures du soir, 1807.

Mon amie, ta lettre me fait de la peine. Tu ne dois pas mourir; tu te

portes bien, et tu ne peux avoir aucun sujet raisonnable de chagrin.

Je pense que tu dois aller au mois de mai à Saint-Cloud; mais il faut

rester tout le mois d'avril à Paris.

Ma santé est bonne. Mes affaires vont bien.

Tu ne dois pas penser à voyager cet été; tout cela n'est pas possible;

tu ne dois pas courir les auberges et les camps. Je désire, autant que

toi, te voir, et même vivre tranquille.

Je sais faire autre chose que la guerre, mais le devoir passe avant

tout. Toute ma vie, j'ai tout sacrifié, tranquillité, intérêt, bonheur,

à ma destinée.

Adieu, mon amie. Vois peu cette Mme de P..., c'est une femme de

mauvaise société; cela est trop commun et trop vil.

Napoléon.

J'ai eu lieu de me plaindre de M. T..., je l'ai envoyé dans sa terre, en

Bourgogne; je ne veux plus en entendre parler.

LETTRE LXV

À l'Impératrice, à Paris.

Le 10 mai 1807.

Je reçois ta lettre. Je ne sais ce que tu me dis des dames en

correspondance avec moi. Je n'aime que ma petite Joséphine, bonne,

boudeuse et capricieuse, qui sait faire une querelle avec grâce, comme

tout ce qu'elle fait; car elle est toujours aimable, hors cependant

quand elle est jalouse: alors elle devient toute diablesse. Mais

revenons à ces dames. Si je devais m'occuper de quelqu'une d'entre

elles, je t'assure que je voudrais qu'elles fussent de jolis boutons de

rose. Celles dont tu parles sont-elles dans ce cas?

Je désire que tu ne dînes jamais qu'avec des personnes qui ont dîné avec

moi; que ta liste soit la même pour tes cercles, que tu n'admettes

jamais à Malmaison, dans ton intimité, des ambassadeurs et des

étrangers. Si tu faisais différemment, tu me déplairais; enfin ne te

laisse pas circonvenir par des personnes que je ne connais pas et qui ne

viendraient pas chez toi si j'y étais.

Adieu, mon amie.

Tout à toi,

NAPOLÉON.

LETTRE LXVI

À l'Impératrice, à Saint-Cloud.

Friedland, le 15 juin 1807.

Mon amie, je ne t'écris qu'un mot, car je suis bien fatigué; voilà bien

des jours que je bivouaque. Mes enfants ont dignement célébré

l'anniversaire de la bataille de Marengo.

La bataille de Friedland sera aussi célèbre et est aussi glorieuse pour

mon peuple. Toute l'armée russe est en déroute, quatre-vingts pièces de

canon, trente mille hommes pris ou tués; vingt-cinq généraux russes

tués, blessés ou pris; la garde russe écrasée: c'est une digne soeur de

Marengo, Austerlitz, Iéna. Le bulletin te dira le reste. Ma perte n'est

pas considérable; j'ai manoeuvré l'ennemi avec succès.

Sois sans inquiétude et contente.

Adieu, mon amie; je monte à cheval.

NAPOLÉON.

L'on peut donner cette nouvelle comme une notice, si elle est arrivée

avant le bulletin. On peut aussi tirer le canon, Cambacérès fera la

notice.

LETTRE LXVII

À l'Impératrice, à Saint-Cloud.

Le 6 juillet 1807.

J'ai reçu ta lettre du 25 juin. J'ai vu avec peine que tu étais égoïste

et que les succès de mes armes seraient pour toi sans attraits.

La belle reine de Prusse doit venir dîner avec moi aujourd'hui.

Je me porte bien et désire beaucoup te revoir, quand le destin l'aura

marqué. Cependant, il est possible que cela ne tarde pas.

Adieu, mon amie; mille choses aimables.

NAPOLÉON.

LETTRE LXVIII

À l'Impératrice, à Saint-Cloud.

Le 7 juillet 1807.

Mon amie, la reine de Prusse a dîné hier avec moi. J'ai eu à me défendre

de ce qu'elle voulait m'obliger à faire encore quelques concessions à

son mari; mais j'ai été galant, et me suis tenu à ma politique. Elle est

fort aimable. J'irai te donner des détails qu'il me serait impossible de

te donner sans être bien long. Quand tu liras cette lettre, la paix avec

la Prusse et la Russie sera conclue et Jérôme reconnu roi de Westphalie,

avec trois millions de population. Ces nouvelles pour toi seule.

Adieu, mon amie; je t'aime et veux te savoir contente et gaie.

NAPOLÉON.

LETTRE LXIX

À l'Impératrice, à Saint-Cloud.

Le 18, à midi, 1807.

Mon amie, je suis arrivé hier à cinq heures du soir à Dresde, fort bien

portant, quoique je sois resté cent heures en voiture, sans sortir. Je

suis ici chez le roi de Saxe, dont je suis fort content. Je suis donc

rapproché de toi de plus de moitié du chemin.

Il se peut qu'une de ces belles nuits je tombe à Saint-Cloud comme un

jaloux; je t'en préviens.

Adieu, mon amie; j'aurai grand plaisir à te voir.

Tout à toi,

NAPOLÉON.

LETTRE LXX

À l'Impératrice, à Paris.

Le 9 janvier 1809.

Moustache m'apporte une lettre de toi du 31 décembre. Je vois, mon amie,

que tu es triste et que tu as l'inquiétude très noire. L'Autriche ne me

fera pas la guerre. Si elle me la fait, j'ai cent cinquante mille hommes

en Allemagne, et autant sur le Rhin, et quatre cent mille Allemands pour

lui répondre. La Russie ne se séparera pas de moi. On est fou à Paris;

tout marche bien.

Je serai à Paris aussitôt que je le croirai utile. Je te conseille de

prendre garde aux revenants; un beau jour, à deux heures du matin...

Mais adieu, mon amie; je me porte bien, et suis tout à toi.

NAPOLÉON.

LETTRE LXXI

À l'Impératrice, à Plombières.

Le 19 juin, à midi, 1809.

Je reçois ta lettre, où tu m'annonces ton départ pour Plombières. Je

vois ce voyage avec plaisir, parce que j'espère qu'il te fera du bien.

Eugène est en Hongrie, et se porte bien. Ma santé est fort bonne, et

l'armée en bon état.

Je suis bien aise de savoir le grand-duc de Berg avec toi.

Adieu, mon amie; tu connais mes sentiments pour Joséphine; ils sont

invariables.

NAPOLÉON.

LETTRE LXXII

À l'Impératrice, à Paris.

Schoenbrunn, le 21 août 1809.

J'ai reçu ta lettre du 14 août, de Plombières; j'y vois que tu seras

arrivée le 18 à Paris ou à Malmaison. Tu auras été malade de la chaleur,

qui est bien grande ici. Malmaison doit être bien sec et brûlé par ce

temps-là.

Ma santé est bonne. Je suis cependant un peu enrhumé de la chaleur.

Adieu, mon amie.

NAPOLÉON.

LETTRE LXXIII

À l'Impératrice, à Malmaison.

Le 31 août 1809.

Tendresses impériales · 第 2 / 4 段