XIII

On rencontre quelquefois, dans les préfaces de certains livres

qu’on regarde comme frivoles et de pure imagination, des détails

bibliographiques que l’auteur y a jetés en passant et qui sont dignes

d’être recueillis par des bibliographes sérieux. Nous pouvons ainsi

garantir l’authenticité d’un passage de l’_Avant-propos de l’éditeur_

des _Mémoires du cardinal Dubois_ (Paris, Mame et Delaunay, 1829; 4

vol. in-8), mémoires apocryphes, il est vrai, mais composés quelquefois

sur d’excellents manuscrits.

«Une partie des papiers de Mercier (l’auteur du _Tableau de

Paris_) appartenait, en 1818, à M. Lalle...., un de ses parents.

Ces papiers contenaient plusieurs ouvrages inédits entiers ou

en fragments. J’ai entendu louer, entre autres, un poëme en dix

chants et en vers de dix syllabes, dans le goût de la _Pucelle_

de Voltaire, et illustré par une centaine de figures dessinées

par Mercier lui-même; un recueil de satires et de contes; des

drames, etc. M. Lalle...., ainsi que tous les fonctionnaires

publics (il demeurait place Vendôme), faisait assez peu de cas

de Mercier, de la poésie et des autographes. Il avait un fils,

aimable et mauvais sujet, qui ne partageait pas son mépris de

bureaucrate contre tout ce qui était vers. Ce jeune homme, élève

de seconde au collége de Louis-le-Grand, avait découvert, au

fond d’une armoire hermétiquement fermée, l’héritage lubrique

de la muse de son grand-oncle; les préceptes qu’il y trouvait

lui semblaient préférables à ceux de ses professeurs. Un jour,

M. Lalle...., rentrant de mauvaise humeur, surprit son fils

en commerce avec feu Mercier, de l’Institut national. Dans

l’impétuosité d’un premier mouvement, il saisit tous les papiers

et les jeta au feu.»

Énigmes et découvertes bibliographiques · 第 71 / 82 题