IX

On nous promet des détails curieux sur la fabrication d’une espèce

de papier, qui fut en usage, vers 1840, pour l’impression d’un

grand nombre d’ouvrages populaires, et qui avait été préparé, avec

préméditation, par ordre de certains industriels, avec des ingrédients

portant en eux-mêmes un germe de destruction latente. C’était là une

invention, non brevetée il est vrai, à l’aide de laquelle on assignait

d’avance une durée déterminée au papier, qui était soumis à diverses

préparations chimiques. Il en résultait que ce papier devait se

désorganiser, inévitablement, au bout de quinze, de dix, et même de

cinq ans. Par bonheur, ce procédé ingénieux n’a pas été longtemps mis

en œuvre, à cause des conséquences fâcheuses qu’on en pouvait attendre.

Mais le papier, déjà fabriqué sur échantillon, a été vendu à d’honnêtes

libraires, qui l’ont employé, sans savoir le mystère: _Latet anguis in

herba_.

X

La lettre suivante a été publiée dans un de ces recueils périodiques de

bibliographie qui n’ont fait que paraître et disparaître, _le Bulletin

de la librairie à bon marché_, dont il n’existe que huit numéros en

trois fascicules, janvier à juillet 1858:

«Mon cher Monsieur,

«Vous venez d’ajouter à votre _Bibliothèque gauloise_ un des plus

curieux volumes que vous pussiez y faire entrer. C’est le recueil

des _Aventures burlesques_ de Dassoucy, rassemblées et annotées

avec beaucoup d’intelligence et de goût, par M. Émile Colombey.

Cette édition remettra certainement en honneur l’auteur et son

livre. Elle contient quatre ouvrages de Dassoucy, publiés d’abord

séparément et à différentes époques. Deux de ces ouvrages sont

rares: les _Aventures d’Italie_ et la _Prison de M. Dassoucy_;

le troisième est très-rare, les _Pensées de M. Dassoucy dans

le Saint-Office de Rome_; on ne connaît à vrai dire que le

quatrième, les _Aventures de M. Dassoucy_, imprimées plusieurs

fois à un grand nombre d’exemplaires; intéressants mémoires, qui,

dans ces derniers temps, ont servi de base aux discussions des

biographes sur l’époque du voyage de Molière en Languedoc avec

sa troupe de comédiens. Les autres écrits de Dassoucy n’ont pas

eu l’avantage d’être relus et discutés avec le même intérêt. Ils

sont bien dignes pourtant de reprendre leur place, sinon parmi

les chefs-d’œuvre de la littérature du dix-septième siècle, du

moins entre les ouvrages les plus amusants et les plus originaux

que cette littérature a produits.

«Je signalerai seulement ici une particularité bibliographique,

qui me paraît avoir échappé à tous les biographes, comme à

tous les éditeurs de Molière: on trouve, dans les _Aventures

d’Italie_, un couplet de chanson, composé par Molière (voy. p.

240 de la nouvelle édition). C’est Dassoucy qui fait chanter ce

couplet, par un de ses pages de musique, devant la cour de Savoie:

Loin de moy, loin de moy, tristesse,

Sanglots, larmes, soupirs!

Je revoy la princesse

Qui fait tous mes désirs:

O célestes plaisirs!

Doux transports d’allégresse!

Viens, Mort, quand tu voudras,

Me donner le trespas:

J’ay reveu ma princesse!

«A ce couplet, qui fut probablement improvisé à table en

l’honneur de quelque comédienne, Dassoucy en ajouta un second,

qui ne vaut pas le premier et qui n’en est que la faible

paraphrase; mais, comme il en avait aussi composé la musique, il

les faisait chanter ensemble pour avoir le prétexte d’associer

son nom à celui de Molière: «Vous, monsieur Molière, dit-il, dans

ses _Aventures d’Italie_, vous qui fistes à Béziers le premier

couplet de cette chanson, oseriez-vous bien dire comme elle fut

exécutée et l’honneur que vostre muse et la mienne reçurent en

cette rencontre?»

«Dassoucy n’était pas seulement un écrivain plaisant et

spirituel, un poëte aimable et charmant; c’était encore un

compositeur de musique très-distingué; et, pendant plus de vingt

ans, les airs qu’il composait avec accompagnement de luth et de

théorbe, furent chantés à la cour avec ceux de Guedron et de

Boesset. Les paroles de quelques-uns de ces airs sont imprimés

dans les recueils, mais sans nom d’auteur. Il faudrait avoir le

manuscrit original des Airs de M. Dassoucy, que possédait le duc

de la Vallière et que nous avons vu à la Bibliothèque impériale,

il y a vingt-cinq ans (si toutefois notre mémoire ne nous fait

pas défaut), pour retrouver les chansons que Molière fit mettre

en musique par cet ami de sa jeunesse; car Dassoucy déclare

positivement qu’il avait _animé_ plusieurs fois des paroles de

Molière. Castil-Blaze ne s’est pas même préoccupé de chercher ces

paroles, ces vers du grand homme, en compilant deux gros volumes

de savantes recherches sous le titre de: _Molière musicien_.»

Énigmes et découvertes bibliographiques · 第 59 / 82 题