Cependant la Flèche-Noire, averti par le messager du Castor, s'était hâté
de retourner à son village, l'âme en proie à de sinistres
pressentiments. A mesure que la distance dimunuait et qu'il découvrait
sur la terre les traces des Enfants perdus, les dernières lueurs
d'espoir qu'il conservait encore s'évanouissaient.
Au point du jour il arrivait près du village, et la première personne
qu'il apercevait était l'Abeille accourant vers lui les bras ouverts.
Malgré l'impassibilité dont il ne se départait jamais, à la vue de sa
femme, la Flèche-Noire poussa un vrai rugissement de joie.
--Un ami, dit-il, est venu vers la Flèche-Noire au bord des lacs et lui
a annoncé qu'un grand danger menaçait son village. Sa langue est donc
menteuse?
--Le messager a dit vrai. Les Enfants perdus ont surpris le village
pendant la nuit comme des chiens peureux.
--Et Fleur-de-Printemps? demanda anxieusement le chef cherchant des yeux
sa fille au milieu de ceux qui l'entouraient.
--Sauvée!...
--Et les lâches ennemis?
--Vaincus, repoussés!...
--Bien, fit la Flèche-Noire reprenant son impassibilité ordinaire.
Et, suivi de ses guerriers, il se dirigea vers son wigwam.
A mesure qu'il avançait dans: le village et qu'il apercevait les dégâts
causés par la lutte, les sourcils du chef se fronçaient.
--Dans le coeur du père gronde un orage, disaient les guerriers; sa
colère sera terrible!
Arrivé à la porte de son wigwam, la Flèche-Noire s'assit, invita les
principaux chefs à en faire autant, et, et quelle que fût son impatience
de connaître les détails de l'attaque et de la défense, il ne desserra
pas les lèvres avant d'avant fumé le calumet du conseil.
Le sorcier était arrivé l'un des premiers.
--Que mon père parle, dit la Flèche-Noire; mes oreilles sont ouvertes.
--Les guerriers commandés par leur puissant sachem, dit le médecin avec
un geste mélodramatique, coassaient le bison au bord des lacs, lorsque
les corbeaux, s'envolant vers l'ouest en croassant, m'annoncèrent qu'un
malheur inconnu planait sur la tête des Yakangs. Au moment où le
Grand-Esprit retirait la lumière du Wacondah, le cri des Enfants perdus
retentissait autour du village. Mais les Yakangs sont des guerriers: le
sang des vieux bouillonne comme celui des jeunes!... Ils repoussèrent
d'aborb les Enfants perdus.
--Et les femmes? demanda la Flèche-Noire.
--Les femmes furent renfermées dans la loge de la médecine. Mais
l'Abeille ne voulut pas consentir à suivre l'exemple de ses compagnes.?
--Que fit-elle? dit le chef en fronçant les sourcils.
--L'Abeille est fort courageuse. Armée de la hache du chef, elle prit
place parmi les guerriers et lutta corps à corps contre Oeil-Sanglant.
La Flèche-Noire jeta un regard d'orgueil vers sa femme qui, les yeux
baissés, reçut modestement cet éloge muet.
--Les Enfants perdus sont des lâches! continua le médecin; ne pouvant
vaincre par la force, ils attaquent avec le feu. Les Yakangs allaient
succomber lorsque le Grand-Esprit leur envoya un secours inespéré.
--Lequel?
--Notre frère le Marcheur, accompagné d'un guerrier des visages pales...
puis...
--Eh bien?...
--Le démon du Champ-Rouge! répondit le médecin à voix basse. Il est
l'ami du Marcheur, il protège les Yakangs...
--Que veut dire le grand sorcier?
--Mon père le verra dans la loge de la médecine.
La Flèche-Noire se leva et, accompagné de ses guerriers, se dirigea vers
le réduit où gisait Raoul, veillé par ses amis.
En apercevant le Marcheur, le chef s'élança vers lui les bras ouverts,
et l'étreignant sur sa poitrine:
--Merci, frère! dit-il simplement.
--Bah! fit le trappeur, entre nous, nous ne comptons plus. Ecoutez,
chef; vous vous connaissez en blessures; examinez celle qu'a reçue mon
ami, et dites-moi votre avis.
La Flèche-Noire examina quelques instants le visage du jeune homme;
puis, collant l'oreille contre la poitrine de Raoul, sembla réfléchir
profondément.
--Le visage pâle vivra! dit-il enfin. Dans quelques jours il pourra se
servir de ses armes.
Un double cri, poussé par Fleur-de-Printemps et par Thémistocle,
répondit au chef, et la jeune fille, heureuse et souriante, vint se
jeter au cou de son père.
--La Flèche-Noire, mon frère, dit alors le trappeur en prenant
Thémistocle par le bras, je veux vous présenter un ami dont la vue seule
a mis en fuite vos ennemis.
Le chef considéra quelques instants la figure extraordinaire du nègre;
puis baissant la tête et tombant à genoux:
--Que le démon du Champ-Rouge soit favorable à nos fils! murmura-t-il.
Thémistocle, surpris de l'action de l'Indien, s'empressa de le relever
et, lui secouant énergiquement la main:
--Bon nègre comprend pas votre langue peau rouge, dit-il en fiançais;
mais vous êtes un bon compagnon, et frère du Marcheur: cela me suffit.
--Le démon du Champ Rouge! murmurait à part lui le trappeur. Ah! ah! les
Peaux-Rouges prennent Thémistocle pour un être surnaturel. Le fait est
qu'à sa tournure!... Hé! hé! mais alors notre affaire ira toute
seule!... Brave nègre, va!...
La Flèche-Noire ne s'était pas trompé. Au bout de quinze jours, Raoul
entrait en convalescence et, un mois après, complètement rétabli, mais
encore faible, il errait par le village, examinant curieusement tout ce
qui l'entourait et liant Connaissance avec les Indiens, qui
l'accueillaient comme un compagnon d'armes.
Cependant le jeune homme s'impatientait; il n'oubliait pas le motif qui
l'avait amené dans ces contrées, et souvent il accusait le Marcheur de
lenteur et d'insouciance.
--Patience, patience, répondait dogmatiquement le trappeur; vous êtes
encore trop faible, et puis... j'ai mon idée!
Raoul, tout en maugréant, se résignait. Peu à peu cependant son
impatience devint moins vive, et l'on eût pu croire que le jeune ami du
trappeur oubliait le but de son voyage. Peut-être Fleur-de-Printemps
n'était-elle pas étrangère à ce changement.
--Monsieur le marquis, dit un jour le trappeur en se frottant
joyeusement les mains, nous partirons bientôt.
--Déjà!... fit Raoul.
--Voilà bien la jeunesse! deux beaux yeux lui font oublier... Puis,
monsieur le marquis, reprit le Marcheur, je dois vous demander s'il vous
répugnerait de devenir le frère de ces braves Indiens?
--Qu'entendez-vous par là, mon ami?
--Je désire vous faire adopter par la tribu des Yakangs, ainsi que je
l'ai été, si toutefois vous le permettez.
--Si je le permets! mais mon ami, c'est une distinction dont je serai
fier. D'ailleurs, ne m'avez-vous pas révélé les avantages qu'une
semblable adoption peut me procurer?
--Avantages immenses, inappréciables, qui se résument par deux cents
amis dévoués, deux cents frères, considérant comme personnelle toute
injure qui vous sera faite.
--Fort bien, mon ami; mais croyez-vous que les Yakangs daigneront
m'adopter comme ils l'ont fait pour vous?
--A dire vrai, c'est un honneur dont les Peaux-Rouges sont peu prodigues
envers les blancs. Cependant vous avez donné votre sang pour eux, ils
vous en seront reconnaissants... Je compte d'ailleurs beaucoup sur
Thémistocle pour réussir.
--Sur moi? s'écria Thémistocle étonné.
--Expliquez-vous, dit Raoul.
--C'est bien simple. Les Indiens considèrent comme surnaturels tous les
objets, tous les phénomènes qu'ils ne connaissent pas. Thémistocle est
un de ces phénomènes-là. Les Yakangs n'ont jamais vu d'hommes noirs.
Pour eux, un visage humain ne peut avoir que deux couleurs: rouge ou
blanc; Thémistocle, dont le teint bouleverse toutes leurs idées, passe à
leurs yeux pour un être supérieur, en dehors de la nature humaine.
Ajoutez à cela la haute taille, le costume et la vigueur de notre ami..
--Mon brave Thémistocle, dit Raoul en riant, te voilà passé à l'état de
phénomène!
--Mieux que cela, à l'état de divinité redoutable.
--Et comment l'appelle-t-on?
--Le démon du Champ-Rouge.
--Qu'est-ce que cela veut dire?
--Rappelez-vous monsieur le marquis, l'endroit où nous nous sommes
rencontrés pour la première fois et où vous m'avez sauvé la vie. Ce lieu
a reçu des Indiens le nom de _Champ-Rouge_. 'On le croit hanté par une
puissance malfaisante, ennemie des Indiens. Aussi, quand ils aperçurent
notre ami noir, les coquins qui m'avaient attaqué crurent voir
apparaître la divinité vengeresse et s'enfuirent en criant: Le _démon du
Champ-Rouge_.
--En effet, je m'en souviens...
--Eh bien! c'est là-dessus que je compte pour vous faire adopter par les
Yakangs.
--Vraiment?
--Venez avec moi, et vous, Thémistocle, n'oubliez pas que vous êtes dieu
ou diable, à votre choix, mais qu'il vous faut faire tout ce que je vous
dirai, et rien que cela: est-ce bien entendu?
--Comptez sur Thémistocle, répondit le nègre déjà pénétré ee la majesté
de son rôle.
Le Marcheur, accompagné de ses deux amis, se dirigea vers la place du
village où la tribu était rassemblée. Une espèce d'estrade avait été,
par les soins du trappeur, construite au milieu de la place. En face, la
Flèche-Noire et les principaux guerriers peints et costumés en guerre se
tenaient immobiles sous les armes.
Le Marcheur, Raoul et Thémistocle montèrent gravement sur l'estrade.
--Les guerriers Yakangs sont mes frères, dit le trappeur d'une voix
forte; veulent-ils permettre à leur frère blanc de parler?
--Oui, oui, répondirent les Peaux-Rouges.
--Yakangs, le démon du Champ-Rouge, après vous avoir couverts de sa
protection pour mettre en fuite les lâches Enfants perdus, m'a fait
entendre sa voix.
--Parlez, frère, dit la Flèche-Noire avec respect; nos oreilles sont
ouvertes.
--A vous, Thémistocle! dit le trappeur à voix basse. Soyez majestueux
autant que vous le pourrez. Parlez lentement; je traduirai phrase par
phrase ce que vous direz. Vous finirez en leur ordonnant d'adopter votre
maitre.
--Cela suffit, dit Thémistocle.
Le nègre, rejetant en arrière sa peau de bison, agita, en guise de
salut, les plumes de dindon qui ornaient sa tête. Appuyé sur sa massue
dans la pose de l'Hercule Farnèse, il commença d'une voix grave, lente
et monotone, ayant l'air de se parler à lui-même, les yeux levés vers le
ciel:
--Guerriers de la grande nation des Yakangs, d'où vient que vous courbez
la tête devant moi? La peur tient-elle vos yeux fixés vers la terre? Les
Yakangs ne sont pas des vielles femmes sans courage; ils sont les plus
braves guerriers et les plus adroits chasseurs des prairies. A leur vue,
les ennemis s'enfuient comme une troupe d'élans ou de cerfs timides...
Cela est-il vrai, hommes puissants?
--Bravo! Thémistocle! murmura le Marcheur.
--Exorde par insinuation, ajouta Raoul.
--Levez les yeux, guerriers, continua le nègre, marchant à grands pas
sur l'estrade et agitant les bras. Vous savez que le Grand-Esprit est
mon père et que les prairies bienheureuses sont mes domaines... Regardez
mon visage, que la contemplation du feu divin a brûlé pour toujours.
Guerriers, ce n'est point un homme, celui qui n'a ni la peau rouge ni la
peau blanche. Ecoutez! écoutez! Je chassais dans les prairies bien
heureuses lorsque le Grand-Esprit, mon père, me dit: "Parmi mes fils
rouges du désert, il y a des lâches et des voleurs indignes de voir la
lumière du Wacondah!... va et punis-les." Et moi, fils respectueux, je
quittai mes domaines, enveloppé d'une nuée d'orage. Caché sous les
rochers du Champ-Rouge, j'ai, depuis des centaines de lunes, épié au
passage et immolé, suivant les ordres de mon père, les lâches et les
voleurs. Guerriers, je suis heureux de le reconnaître jamais ma colère
ne s'est appesantie sur votre race. Les Yakangs sont des braves.
--Monsieur le marquis, dit le trappeur à voix basse, Thémistocle fera
maintenant tout ce qu'il voudra des Indiens.
En effet les éloges du nègre avaient produit un effet extraordinaire
parmi les Yakangs. Ces naïfs Peaux-Rouges, qui jusqu'alors écoutaient
courbés dans l'attitude du respect, levaient maintenant leur front
rayonnant d'orgueil.
Thémistocle, croisant ses longs bras sur sa vaste poitrine, garda le
silence pendant quelques instants afin de doubler l'effet de ses
paroles.
--Rapprochez-vous de moi, dit-il à voix basse à ses amis, et ne vous
offensez pas de ce que je vais faire.
--Guerriers, continua-t-il à haute voix, j'errais dans les solitudes du
Champ-Rouge, lorsque mon oeil, qui embrasse toute la terre d'un regard,
vit une troupe de loups poltrons et perfides se diriger vers votre
village, enveloppée des ténèbres de la nuit. Vos jeunes gens chassaient
le bison au bord des lacs sous la conduite de la Flèche Noire, ce
courageux guerrier que le Maître de la vie aime et propose comme modèle
à ceux qui habitent les prairies bienheureuses du Wacondah.
Le chef Yakang, malgré son impassibilité ordinaire, poussa un cri de
triomphe et d'orgueil en apprenant la haute opinion qu'avait de lui le
Grand-Esprit.
--Pouvais-je laisser massacrer mes fils les Yakangs, tandis qu'ils
s'endormaient dans une sécurité trompeuse? Non! Rapide comme l'éclair,
je volai au secours de mes fils menacés. En route, je trouvai deux
visages pâles qui marchaient au même but. Ces amis, vous les connaissez,
les voilà.
En disant ces mots, Thémistocle saisit dans chaque main le Marcheur et
Raoul stupéfaits, et les soulevant par leur ceinture de chasse, les tint
suspendus en l'air, à bout de bras, pendant quelques instants.
Les Indiens poussèrent une immense clameur d'admiration. Jamais ils
n'avaient assisté à un pareil trait de vigueur corporelle. Evidemment
l'être capable d'un tel effort était bien un être surnaturel.
--Guerriers, continua Thémistocle, vous savez le reste. Conduit par mon
père, le Maître de la vie, j'eus le bonheur d'arriver à temps, au moment
où les Yakangs, malgré leur courage indomptable, allaient succomber sous
le nombre. Ma vue suffit à chasser les chiens peureux. Hélas! l'un des
visages pâles gisait sur la terre, baigné dans son sang. Guerriers,
votre coeur est bon et reconnaissant; le Marcheur est déjà votre frère;
n'est-il pas juste que son ami le devienne aussi?
--Oui, oui! crièrent les guerriers.
Les Yakangs sont reconnaissants, dit la Flèche-Noire; ils obéiront aux
désirs du démon du Champ-Rouge: le visage pâle deviendra notre frère.
--Hourra! cria le trappeur en jetant en l'air son bonnet de peau de
raton, hourra, Thémistocle! vous êtes grand comme le monde! Souffrez que
je vous embrasse.
Et, sans attendre la réponse, le trappeur pressa le nègre dans ses bras.
Celui-ci le repoussa doucement et, se retournant vers la foule:
--Guerriers, continua-t il après s'être recueilli pendant quelques
instants, le Maître de la vie est content; il m'ordonne de rester au
milieu de vous avec mes amis les visages pâles. J'obéirai à ses ordres,
je chasserai le bison avec vous et combattrai vos ennemis.
Réjouissez-vous, guerriers! un jour viendra où la grande race des
Yakangs s'étendra sur la prairie comme l'eau du fleuve qui déborde.
Une explosion de cris enthousiastes et d'applaudissements frénétiques
accueillit cette prophétie de bon augure; puis Thémistocle, descendant
de l'estrade, fut entouré par les Indiens, qui, n'en ayant plus peur,
s'approchaient de lui pour le toucher. Quelques-uns même des plus hardis
coupaient avec leur couteau à scalper des morceaux de sa peau de bison
et les emportaient comme des talismans. Sans l'intervention de la
Flèche-Noire, Thémistocle eût été bientôt dépouillé du vêtement qui
faisait sa gloire et son orgueil.
On procéda immédiatement à l'adoption du marquis. Vu son état de
faiblesse et les observations du Marcheur, les épreuves usitées en
pareil cas furent supprimées. La Flèche Moire, s'approchant du jeune
homme, l'embrassa sur les lèvres et lui fit don d'un costume complet de
guerre. En échange, Raoul donna un de ses pistolets, que l'Indien reçut
avec les marques de la plus vive satisfaction.
Le sorcier, s.'approchant à son tour, se mit en devoir de pratiquer
l'opération du tatouage.
--Hum! monsieur le marquis, dit le trappeur, voilà un mauvais quart
d'heure à passer. Mais il y a des circonstances où l'homme doit savoir
souffrir sans se plaindre...
Le sorcier mit à nu le bras du jeune homme et, lui piquant la peau à
l'aide d'une épine d'acacia trempée dans le suc de certaines plantes,
lui dessina les figures emblématiques de la tribu des Yakangs. Pendant
ce temps, les chefs et les principaux guerriers dansaient autour de
l'estrade, poussant des cris discordants.
--A quoi bon tout ce vacarme? demanda Raoul.
--A empêcher les plaintes que la douleur pourra vous arracher de
parvenir aux oreilles des gens de la tribu.
--Alors, mon ami, faites cesser ce tapage. Je veux montrer aux Indiens
qu'un blanc est aussi capable qu'eux de souffrir sans se plaindre.
Et en effet, pendant toute la durée de l'opération, le jeune homme ne
proféra pas une plainte, malgré la douleur cuisante que lui causait la
liqueur corrosive. L'opération terminée, il fut conduit dans la loge de
la médecine, où il demeura enfermé toute la journée, afin, disait le
sorcier, de s'entretenir avec le Grand-Esprit.
Lorsqu'il en sortit, le soir, Raoul faisait partie de la puissante tribu
des Yakangs.
Pour fêter cet heureux jour, un grand feu fut allumé sur la place, et
les danses et les jeux se prolongèrent pendant une partie de la nuit.