IX.--L'ADOPTION.

Cependant la Flèche-Noire, averti par le messager du Castor, s'était hâté

de retourner à son village, l'âme en proie à de sinistres

pressentiments. A mesure que la distance dimunuait et qu'il découvrait

sur la terre les traces des Enfants perdus, les dernières lueurs

d'espoir qu'il conservait encore s'évanouissaient.

Au point du jour il arrivait près du village, et la première personne

qu'il apercevait était l'Abeille accourant vers lui les bras ouverts.

Malgré l'impassibilité dont il ne se départait jamais, à la vue de sa

femme, la Flèche-Noire poussa un vrai rugissement de joie.

--Un ami, dit-il, est venu vers la Flèche-Noire au bord des lacs et lui

a annoncé qu'un grand danger menaçait son village. Sa langue est donc

menteuse?

--Le messager a dit vrai. Les Enfants perdus ont surpris le village

pendant la nuit comme des chiens peureux.

--Et Fleur-de-Printemps? demanda anxieusement le chef cherchant des yeux

sa fille au milieu de ceux qui l'entouraient.

--Sauvée!...

--Et les lâches ennemis?

--Vaincus, repoussés!...

--Bien, fit la Flèche-Noire reprenant son impassibilité ordinaire.

Et, suivi de ses guerriers, il se dirigea vers son wigwam.

A mesure qu'il avançait dans: le village et qu'il apercevait les dégâts

causés par la lutte, les sourcils du chef se fronçaient.

--Dans le coeur du père gronde un orage, disaient les guerriers; sa

colère sera terrible!

Arrivé à la porte de son wigwam, la Flèche-Noire s'assit, invita les

principaux chefs à en faire autant, et, et quelle que fût son impatience

de connaître les détails de l'attaque et de la défense, il ne desserra

pas les lèvres avant d'avant fumé le calumet du conseil.

Le sorcier était arrivé l'un des premiers.

--Que mon père parle, dit la Flèche-Noire; mes oreilles sont ouvertes.

--Les guerriers commandés par leur puissant sachem, dit le médecin avec

un geste mélodramatique, coassaient le bison au bord des lacs, lorsque

les corbeaux, s'envolant vers l'ouest en croassant, m'annoncèrent qu'un

malheur inconnu planait sur la tête des Yakangs. Au moment où le

Grand-Esprit retirait la lumière du Wacondah, le cri des Enfants perdus

retentissait autour du village. Mais les Yakangs sont des guerriers: le

sang des vieux bouillonne comme celui des jeunes!... Ils repoussèrent

d'aborb les Enfants perdus.

--Et les femmes? demanda la Flèche-Noire.

--Les femmes furent renfermées dans la loge de la médecine. Mais

l'Abeille ne voulut pas consentir à suivre l'exemple de ses compagnes.?

--Que fit-elle? dit le chef en fronçant les sourcils.

--L'Abeille est fort courageuse. Armée de la hache du chef, elle prit

place parmi les guerriers et lutta corps à corps contre Oeil-Sanglant.

La Flèche-Noire jeta un regard d'orgueil vers sa femme qui, les yeux

baissés, reçut modestement cet éloge muet.

--Les Enfants perdus sont des lâches! continua le médecin; ne pouvant

vaincre par la force, ils attaquent avec le feu. Les Yakangs allaient

succomber lorsque le Grand-Esprit leur envoya un secours inespéré.

--Lequel?

--Notre frère le Marcheur, accompagné d'un guerrier des visages pales...

puis...

--Eh bien?...

--Le démon du Champ-Rouge! répondit le médecin à voix basse. Il est

l'ami du Marcheur, il protège les Yakangs...

--Que veut dire le grand sorcier?

--Mon père le verra dans la loge de la médecine.

La Flèche-Noire se leva et, accompagné de ses guerriers, se dirigea vers

le réduit où gisait Raoul, veillé par ses amis.

En apercevant le Marcheur, le chef s'élança vers lui les bras ouverts,

et l'étreignant sur sa poitrine:

--Merci, frère! dit-il simplement.

--Bah! fit le trappeur, entre nous, nous ne comptons plus. Ecoutez,

chef; vous vous connaissez en blessures; examinez celle qu'a reçue mon

ami, et dites-moi votre avis.

La Flèche-Noire examina quelques instants le visage du jeune homme;

puis, collant l'oreille contre la poitrine de Raoul, sembla réfléchir

profondément.

--Le visage pâle vivra! dit-il enfin. Dans quelques jours il pourra se

servir de ses armes.

Un double cri, poussé par Fleur-de-Printemps et par Thémistocle,

répondit au chef, et la jeune fille, heureuse et souriante, vint se

jeter au cou de son père.

--La Flèche-Noire, mon frère, dit alors le trappeur en prenant

Thémistocle par le bras, je veux vous présenter un ami dont la vue seule

a mis en fuite vos ennemis.

Le chef considéra quelques instants la figure extraordinaire du nègre;

puis baissant la tête et tombant à genoux:

--Que le démon du Champ-Rouge soit favorable à nos fils! murmura-t-il.

Thémistocle, surpris de l'action de l'Indien, s'empressa de le relever

et, lui secouant énergiquement la main:

--Bon nègre comprend pas votre langue peau rouge, dit-il en fiançais;

mais vous êtes un bon compagnon, et frère du Marcheur: cela me suffit.

--Le démon du Champ Rouge! murmurait à part lui le trappeur. Ah! ah! les

Peaux-Rouges prennent Thémistocle pour un être surnaturel. Le fait est

qu'à sa tournure!... Hé! hé! mais alors notre affaire ira toute

seule!... Brave nègre, va!...

La Flèche-Noire ne s'était pas trompé. Au bout de quinze jours, Raoul

entrait en convalescence et, un mois après, complètement rétabli, mais

encore faible, il errait par le village, examinant curieusement tout ce

qui l'entourait et liant Connaissance avec les Indiens, qui

l'accueillaient comme un compagnon d'armes.

Cependant le jeune homme s'impatientait; il n'oubliait pas le motif qui

l'avait amené dans ces contrées, et souvent il accusait le Marcheur de

lenteur et d'insouciance.

--Patience, patience, répondait dogmatiquement le trappeur; vous êtes

encore trop faible, et puis... j'ai mon idée!

Raoul, tout en maugréant, se résignait. Peu à peu cependant son

impatience devint moins vive, et l'on eût pu croire que le jeune ami du

trappeur oubliait le but de son voyage. Peut-être Fleur-de-Printemps

n'était-elle pas étrangère à ce changement.

--Monsieur le marquis, dit un jour le trappeur en se frottant

joyeusement les mains, nous partirons bientôt.

--Déjà!... fit Raoul.

--Voilà bien la jeunesse! deux beaux yeux lui font oublier... Puis,

monsieur le marquis, reprit le Marcheur, je dois vous demander s'il vous

répugnerait de devenir le frère de ces braves Indiens?

--Qu'entendez-vous par là, mon ami?

--Je désire vous faire adopter par la tribu des Yakangs, ainsi que je

l'ai été, si toutefois vous le permettez.

--Si je le permets! mais mon ami, c'est une distinction dont je serai

fier. D'ailleurs, ne m'avez-vous pas révélé les avantages qu'une

semblable adoption peut me procurer?

--Avantages immenses, inappréciables, qui se résument par deux cents

amis dévoués, deux cents frères, considérant comme personnelle toute

injure qui vous sera faite.

--Fort bien, mon ami; mais croyez-vous que les Yakangs daigneront

m'adopter comme ils l'ont fait pour vous?

--A dire vrai, c'est un honneur dont les Peaux-Rouges sont peu prodigues

envers les blancs. Cependant vous avez donné votre sang pour eux, ils

vous en seront reconnaissants... Je compte d'ailleurs beaucoup sur

Thémistocle pour réussir.

--Sur moi? s'écria Thémistocle étonné.

--Expliquez-vous, dit Raoul.

--C'est bien simple. Les Indiens considèrent comme surnaturels tous les

objets, tous les phénomènes qu'ils ne connaissent pas. Thémistocle est

un de ces phénomènes-là. Les Yakangs n'ont jamais vu d'hommes noirs.

Pour eux, un visage humain ne peut avoir que deux couleurs: rouge ou

blanc; Thémistocle, dont le teint bouleverse toutes leurs idées, passe à

leurs yeux pour un être supérieur, en dehors de la nature humaine.

Ajoutez à cela la haute taille, le costume et la vigueur de notre ami..

--Mon brave Thémistocle, dit Raoul en riant, te voilà passé à l'état de

phénomène!

--Mieux que cela, à l'état de divinité redoutable.

--Et comment l'appelle-t-on?

--Le démon du Champ-Rouge.

--Qu'est-ce que cela veut dire?

--Rappelez-vous monsieur le marquis, l'endroit où nous nous sommes

rencontrés pour la première fois et où vous m'avez sauvé la vie. Ce lieu

a reçu des Indiens le nom de _Champ-Rouge_. 'On le croit hanté par une

puissance malfaisante, ennemie des Indiens. Aussi, quand ils aperçurent

notre ami noir, les coquins qui m'avaient attaqué crurent voir

apparaître la divinité vengeresse et s'enfuirent en criant: Le _démon du

Champ-Rouge_.

--En effet, je m'en souviens...

--Eh bien! c'est là-dessus que je compte pour vous faire adopter par les

Yakangs.

--Vraiment?

--Venez avec moi, et vous, Thémistocle, n'oubliez pas que vous êtes dieu

ou diable, à votre choix, mais qu'il vous faut faire tout ce que je vous

dirai, et rien que cela: est-ce bien entendu?

--Comptez sur Thémistocle, répondit le nègre déjà pénétré ee la majesté

de son rôle.

Le Marcheur, accompagné de ses deux amis, se dirigea vers la place du

village où la tribu était rassemblée. Une espèce d'estrade avait été,

par les soins du trappeur, construite au milieu de la place. En face, la

Flèche-Noire et les principaux guerriers peints et costumés en guerre se

tenaient immobiles sous les armes.

Le Marcheur, Raoul et Thémistocle montèrent gravement sur l'estrade.

--Les guerriers Yakangs sont mes frères, dit le trappeur d'une voix

forte; veulent-ils permettre à leur frère blanc de parler?

--Oui, oui, répondirent les Peaux-Rouges.

--Yakangs, le démon du Champ-Rouge, après vous avoir couverts de sa

protection pour mettre en fuite les lâches Enfants perdus, m'a fait

entendre sa voix.

--Parlez, frère, dit la Flèche-Noire avec respect; nos oreilles sont

ouvertes.

--A vous, Thémistocle! dit le trappeur à voix basse. Soyez majestueux

autant que vous le pourrez. Parlez lentement; je traduirai phrase par

phrase ce que vous direz. Vous finirez en leur ordonnant d'adopter votre

maitre.

--Cela suffit, dit Thémistocle.

Le nègre, rejetant en arrière sa peau de bison, agita, en guise de

salut, les plumes de dindon qui ornaient sa tête. Appuyé sur sa massue

dans la pose de l'Hercule Farnèse, il commença d'une voix grave, lente

et monotone, ayant l'air de se parler à lui-même, les yeux levés vers le

ciel:

--Guerriers de la grande nation des Yakangs, d'où vient que vous courbez

la tête devant moi? La peur tient-elle vos yeux fixés vers la terre? Les

Yakangs ne sont pas des vielles femmes sans courage; ils sont les plus

braves guerriers et les plus adroits chasseurs des prairies. A leur vue,

les ennemis s'enfuient comme une troupe d'élans ou de cerfs timides...

Cela est-il vrai, hommes puissants?

--Bravo! Thémistocle! murmura le Marcheur.

--Exorde par insinuation, ajouta Raoul.

--Levez les yeux, guerriers, continua le nègre, marchant à grands pas

sur l'estrade et agitant les bras. Vous savez que le Grand-Esprit est

mon père et que les prairies bienheureuses sont mes domaines... Regardez

mon visage, que la contemplation du feu divin a brûlé pour toujours.

Guerriers, ce n'est point un homme, celui qui n'a ni la peau rouge ni la

peau blanche. Ecoutez! écoutez! Je chassais dans les prairies bien

heureuses lorsque le Grand-Esprit, mon père, me dit: "Parmi mes fils

rouges du désert, il y a des lâches et des voleurs indignes de voir la

lumière du Wacondah!... va et punis-les." Et moi, fils respectueux, je

quittai mes domaines, enveloppé d'une nuée d'orage. Caché sous les

rochers du Champ-Rouge, j'ai, depuis des centaines de lunes, épié au

passage et immolé, suivant les ordres de mon père, les lâches et les

voleurs. Guerriers, je suis heureux de le reconnaître jamais ma colère

ne s'est appesantie sur votre race. Les Yakangs sont des braves.

--Monsieur le marquis, dit le trappeur à voix basse, Thémistocle fera

maintenant tout ce qu'il voudra des Indiens.

En effet les éloges du nègre avaient produit un effet extraordinaire

parmi les Yakangs. Ces naïfs Peaux-Rouges, qui jusqu'alors écoutaient

courbés dans l'attitude du respect, levaient maintenant leur front

rayonnant d'orgueil.

Thémistocle, croisant ses longs bras sur sa vaste poitrine, garda le

silence pendant quelques instants afin de doubler l'effet de ses

paroles.

--Rapprochez-vous de moi, dit-il à voix basse à ses amis, et ne vous

offensez pas de ce que je vais faire.

--Guerriers, continua-t-il à haute voix, j'errais dans les solitudes du

Champ-Rouge, lorsque mon oeil, qui embrasse toute la terre d'un regard,

vit une troupe de loups poltrons et perfides se diriger vers votre

village, enveloppée des ténèbres de la nuit. Vos jeunes gens chassaient

le bison au bord des lacs sous la conduite de la Flèche Noire, ce

courageux guerrier que le Maître de la vie aime et propose comme modèle

à ceux qui habitent les prairies bienheureuses du Wacondah.

Le chef Yakang, malgré son impassibilité ordinaire, poussa un cri de

triomphe et d'orgueil en apprenant la haute opinion qu'avait de lui le

Grand-Esprit.

--Pouvais-je laisser massacrer mes fils les Yakangs, tandis qu'ils

s'endormaient dans une sécurité trompeuse? Non! Rapide comme l'éclair,

je volai au secours de mes fils menacés. En route, je trouvai deux

visages pâles qui marchaient au même but. Ces amis, vous les connaissez,

les voilà.

En disant ces mots, Thémistocle saisit dans chaque main le Marcheur et

Raoul stupéfaits, et les soulevant par leur ceinture de chasse, les tint

suspendus en l'air, à bout de bras, pendant quelques instants.

Les Indiens poussèrent une immense clameur d'admiration. Jamais ils

n'avaient assisté à un pareil trait de vigueur corporelle. Evidemment

l'être capable d'un tel effort était bien un être surnaturel.

--Guerriers, continua Thémistocle, vous savez le reste. Conduit par mon

père, le Maître de la vie, j'eus le bonheur d'arriver à temps, au moment

où les Yakangs, malgré leur courage indomptable, allaient succomber sous

le nombre. Ma vue suffit à chasser les chiens peureux. Hélas! l'un des

visages pâles gisait sur la terre, baigné dans son sang. Guerriers,

votre coeur est bon et reconnaissant; le Marcheur est déjà votre frère;

n'est-il pas juste que son ami le devienne aussi?

--Oui, oui! crièrent les guerriers.

Les Yakangs sont reconnaissants, dit la Flèche-Noire; ils obéiront aux

désirs du démon du Champ-Rouge: le visage pâle deviendra notre frère.

--Hourra! cria le trappeur en jetant en l'air son bonnet de peau de

raton, hourra, Thémistocle! vous êtes grand comme le monde! Souffrez que

je vous embrasse.

Et, sans attendre la réponse, le trappeur pressa le nègre dans ses bras.

Celui-ci le repoussa doucement et, se retournant vers la foule:

--Guerriers, continua-t il après s'être recueilli pendant quelques

instants, le Maître de la vie est content; il m'ordonne de rester au

milieu de vous avec mes amis les visages pâles. J'obéirai à ses ordres,

je chasserai le bison avec vous et combattrai vos ennemis.

Réjouissez-vous, guerriers! un jour viendra où la grande race des

Yakangs s'étendra sur la prairie comme l'eau du fleuve qui déborde.

Une explosion de cris enthousiastes et d'applaudissements frénétiques

accueillit cette prophétie de bon augure; puis Thémistocle, descendant

de l'estrade, fut entouré par les Indiens, qui, n'en ayant plus peur,

s'approchaient de lui pour le toucher. Quelques-uns même des plus hardis

coupaient avec leur couteau à scalper des morceaux de sa peau de bison

et les emportaient comme des talismans. Sans l'intervention de la

Flèche-Noire, Thémistocle eût été bientôt dépouillé du vêtement qui

faisait sa gloire et son orgueil.

On procéda immédiatement à l'adoption du marquis. Vu son état de

faiblesse et les observations du Marcheur, les épreuves usitées en

pareil cas furent supprimées. La Flèche Moire, s'approchant du jeune

homme, l'embrassa sur les lèvres et lui fit don d'un costume complet de

guerre. En échange, Raoul donna un de ses pistolets, que l'Indien reçut

avec les marques de la plus vive satisfaction.

Le sorcier, s.'approchant à son tour, se mit en devoir de pratiquer

l'opération du tatouage.

--Hum! monsieur le marquis, dit le trappeur, voilà un mauvais quart

d'heure à passer. Mais il y a des circonstances où l'homme doit savoir

souffrir sans se plaindre...

Le sorcier mit à nu le bras du jeune homme et, lui piquant la peau à

l'aide d'une épine d'acacia trempée dans le suc de certaines plantes,

lui dessina les figures emblématiques de la tribu des Yakangs. Pendant

ce temps, les chefs et les principaux guerriers dansaient autour de

l'estrade, poussant des cris discordants.

--A quoi bon tout ce vacarme? demanda Raoul.

--A empêcher les plaintes que la douleur pourra vous arracher de

parvenir aux oreilles des gens de la tribu.

--Alors, mon ami, faites cesser ce tapage. Je veux montrer aux Indiens

qu'un blanc est aussi capable qu'eux de souffrir sans se plaindre.

Et en effet, pendant toute la durée de l'opération, le jeune homme ne

proféra pas une plainte, malgré la douleur cuisante que lui causait la

liqueur corrosive. L'opération terminée, il fut conduit dans la loge de

la médecine, où il demeura enfermé toute la journée, afin, disait le

sorcier, de s'entretenir avec le Grand-Esprit.

Lorsqu'il en sortit, le soir, Raoul faisait partie de la puissante tribu

des Yakangs.

Pour fêter cet heureux jour, un grand feu fut allumé sur la place, et

les danses et les jeux se prolongèrent pendant une partie de la nuit.

Les derniers Peaux-Rouges: Le trésor de Montcalm · 第 13 / 21 题