EXTRAIT.

Les propositions faites à S. S. de la part de l'empereur appartiennent,

pour la plupart, à la haute politique. Parmi les réquisitions et marches

militaires indiquées dans la bulle, on ne trouve aucune matière de

spiritualité.

Les inculpations en matière de foi, énoncées dans la bulle, portent sur

des intentions secrètes, sur lesquelles l'église s'abstient toujours de

prononcer.

On ne peut pas raisonnablement attribuer des complots d'impiété au

prince qui a replacé la religion catholique sur ses autels.

Les articles additionnels au concordat ne lui ont pas porté d'atteintes

essentielles, et les plus affligeans pour l'église sont restés sans

exécution. Il est permis d'espérer des modifications favorables.

Quoique le traitement des ministres inférieurs soit évidemment

insuffisant, il n'en est pas moins vrai que l'empereur a fait pour le

clergé, en général, bien plus qu'il n'avait promis par le concordat.

Dans les discussions politiques, et les guerres ou invasions qui

s'ensuivent, de quelque côté que soient la justice ou les torts, les

souverains temporels ne sont responsables qu'à celui-là seul qui donne

et ôte les couronnes. Lorsque le pape Grégoire IX eut fait connaître à

saint Louis qu'il avait excommunié l'empereur Frédéric, le saint roi

répondit qu'il enverrait _des hommes probes_ pour s'informer de quelle

manière ce prince pensait sur la foi catholique, et que, s'il tenait une

doctrine saine, il ne devait pas être molesté par l'excommunication.

L'empereur répondit qu'il était chrétien, qu'il était catholique, et que

sa croyance était pure sur tous les articles de la foi orthodoxe: _Se

esse virum catholicum, christianum, sanè de omnibus orthodoxæ fidei

articulis sentientem_. (Voir dans l'histoire les guerres, les schismes

et les scandales qui furent la suite de tant de censures prodiguées pour

des intérêts temporels ou d'un genre mixte.)

Le concile de Trente ne paraît pas applicable à l'espèce présente. Son

décret, invoqué par la bulle, n'a point eu, et n'a pu avoir pour objet

les différends entre les souverains, et les événemens qui en sont les

résultats, lorsque la foi et la discipline essentielle de l'église n'y

sont point compromises; et dira-t-on que ces deux choses reposent

essentiellement sur la souveraineté temporelle des papes?

Lorsque, sous Louis XIV et Louis XV, Avignon fut occupé par les troupes

françaises, les papes se sont abstenus de l'excommunication. Pie VI, qui

s'est montré si justement sévère contre la constitution civile du

clergé, parce qu'elle attaquait la discipline essentielle de l'église,

n'a pas prononcé d'excommunication contre les spoliateurs de l'église

gallicane. (Voir l'art. 13 du concordat de 1801.)

Exemples de la sage antiquité dans l'usage des censures.--L'église

considérait que son ministère est tout entier _pour l'édification, et

non pour la destruction_. Elle usait surtout d'une admirable

circonspection, lorsqu'il s'agissait des rois et des empereurs, et même

simplement de ceux qui avaient une grande influence sur les peuples.

(Voir l'histoire des huit premiers siècles de l'église.)

Les bulles de Boniface VIII contre Philippe-le-Bel, de Jules II contre

Louis XII, de Sixte-Quint contre Henri IV, n'ont jamais eu de force ni

d'effet en France, parce que les évêques de France ont refusé de les

reconnaître et de les publier. Par la même raison, la bulle _in Cænâ

Domini_, si long-temps et si solennellement publiée à Rome, a toujours

été regardée parmi nous comme non avenue. Si la bulle du 10 juin dernier

eût été adressée aux évêques de France, nous pensons qu'ils l'eussent

déclarée contraire à la discipline de l'église gallicane, à l'autorité

du souverain, et capable, contre l'intention du pape, de troubler la

tranquillité publique.

Mémoires du duc de Rovigo, pour servir à l'histoire de l'empereur Napoléon, Tome 5 · 第 64 / 71 题