RÉPONSE DES ÉVÊQUES.

Pour répondre à la question proposée par S. M., il nous a paru

indispensable d'entrer dans un examen de la bulle qui en est l'objet;

car si, d'un côté, le respect et l'obéissance que nous devons au

souverain, qui nous interroge nous obligent à lui répondre avec la

franchise et la véracité de notre ministère, de l'autre, la vénération

profonde et le dévoûment de tout évêque catholique à Sa Sainteté lui

font un devoir non moins pressant de ne pas s'expliquer légèrement sur

un acte émané d'elle, et dont les principes et les résultats sont d'une

si haute importance.

Voici le précis de la bulle.

«Le Pape commence par déclarer qu'il ne peut pas croire que des raisons

politiques, des mesures militaires, et son refus d'accéder à une partie

des demandes qui ont été faites par le gouvernement français, aient été

les seuls motifs de l'invasion de Rome et des provinces de l'État

romain, qu'il attribue aux vues les plus funestes à la religion.

«S. S. rappelle ensuite son zèle et ses travaux pour le rétablissement

du culte en France; mais, continue le Pape, à peine le concordat eut-il

été promulgué, qu'il fut anéanti par la publication simultanée des

articles organiques, dont le S. P. porta ses plaintes au sacré collége,

dans son allocution du 24 mai 1802, où il les présenta comme subversifs

de la liberté promise à la religion catholique, et même quelques uns

comme indirectement contraires à la doctrine de l'Évangile.

«Le concordat italique ayant été violé de la même manière, ces deux

traités, loin d'avoir été salutaires à l'église, sont devenus pour elle

de vrais fléaux.

«Toutes les plaintes et les représentations du saint siége ont été

éludées. Les demandes que le gouvernement français ne cessa d'ajouter à

ses prétentions, mirent le pape dans l'alternative de trahir son

ministère apostolique, ou de s'exposer à une déclaration de guerre. Le

S. P. prit alors la résolution de ne pas livrer, même par un assentiment

tacite, le domaine temporel dont il était dépositaire, et de conserver

l'indépendance nécessaire au libre exercice de la puissance spirituelle.

«Le S. P. rappelle ensuite les persécutions par lesquelles on a tenté

d'ébranler sa constance.

«En regrettant de ne pouvoir apaiser l'orage par le sacrifice de sa

propre vie, et de se voir réduit à surmonter sa douceur naturelle pour

faire usage des armes spirituelles qui lui sont confiées, S. S. pense

que l'invasion totale de ses États l'oblige de lancer les anathèmes

portés par les saints canons, à l'exemple de ses prédécesseurs.

«La bulle déclare alors que tous les auteurs, fauteurs, conseillers et

exécuteurs de ces attentats ont encouru l'excommunication prononcée par

le droit canonique, surtout par le concile de Trente (session 22, chap.

11); et, s'il en est besoin, le S. P. les excommunie et les anathématise

de nouveau, sans nommer personne individuellement.

«S. S. défend d'attenter aux droits et prérogatives des personnes

comprises dans cette censure, et termine son décret par les clauses du

style.»

D'après ce précis de la bulle du 10 juin 1809, l'attention se porte

naturellement sur le mélange des motifs spirituels et temporels énoncés

dans le préambule, et sur lesquels est fondée la sentence prononcée par

le dispositif.

Mémoires du duc de Rovigo, pour servir à l'histoire de l'empereur Napoléon, Tome 5 · 第 63 / 71 题