FIN DE LA RÉPONSE DES ÉVÊQUES.

Nous avons montré, par les exemples de l'antiquité, que l'église a

toujours évité de recourir à l'usage des censures envers les souverains,

à cause des suites funestes qu'elles pouvaient avoir pour la religion.

Heureusement nous n'avons aujourd'hui rien de semblable à redouter. Si

nous sommes profondément affligés de l'interruption passagère de nos

communications avec le souverain pontife, nous ne sommes point alarmés

pour l'avenir. La déclaration publique et si souvent réitérée qu'à faite

Sa Majesté, qu'elle ne romprait jamais le lien de l'unité, nous rassure.

Nous savons que, si une force aveugle brise tout au gré de ses caprices

et de ses passions, la force accompagnée de la sagesse connaît les

bornes qu'elle doit respecter, et ne les dépasse jamais. La foi, la

hiérarchie de l'église, tous les points essentiels de sa discipline ne

recevront aucune atteinte. Les liens sacrés et indissolubles de la

subordination catholique continueront à unir les brebis et les pasteurs

au premier pasteur, au père commun de tous. Enfin, l'église gallicane,

qui s'est distinguée dans tous les temps par la pureté de sa doctrine,

par son zèle pour l'unité, par son attachement et son respect filial

pour le successeur de saint Pierre et pour l'église de Rome, mère et

maîtresse de toutes les églises, conservera précieusement ces sentimens,

et sera toujours la première à les manifester.

Nous ne nous en écarterons pas en marchant sur les traces de nos

prédécesseurs assemblés en 1510, avec les députés des chapitres et des

universités du royaume. À leur exemple, et en empruntant, quoique dans

une cause différente, le langage de nos pères assemblés à Chartres, en

1591, au sujet des lettres monitoriales du pape Grégoire XIV, «sans rien

diminuer de l'honneur et du respect dus à S. S., et après avoir conféré

et mûrement délibéré sur le fait de la bulle, nous disons avoir reconnu,

par l'autorité des saints décrets, constitutions canoniques et exemples

des saints pères, dont l'antiquité est pleine, droits et libertés de

l'église gallicane, desquelles nos prédécesseurs évêques se sont

toujours prévalus en pareilles entreprises, à raison des inconvéniens

infinis qui s'ensuivraient, au préjudice et à la ruine de notre sainte

religion:

«Que les censures et excommunications portées par ladite bulle sont

nulles, tant en la forme qu'en la matière, et qu'elles ne peuvent lier

ni obliger la conscience..., nous réservant de représenter et de faire

entendre à N. S. P. la justice de notre cause et saintes intentions, et

rendre S. S. satisfaite, de laquelle nous devons nous promettre la même

réponse que fit le pape Alexandre, écrivant ces mots, à l'archevêque de

Ravenne: _Nous porterons patiemment, quand vous n'obéirez pas à ce qui

nous aura été, par mauvaises impressions, suggéré et persuadé_.»

Cette déclaration est la réponse la plus précise que nous puissions

faire à la question proposée par S. M. I., au sujet de la bulle du 10

juin 1809; car la déclaration authentique de la nullité de

l'excommunication semble être le plus sûr moyen pour empêcher que les

souverains pontifes ne se laissent aller aux fausses suggestions par

lesquelles on tenterait de leur persuader d'en publier de semblables à

l'avenir.

Que si la déclaration d'un petit nombre d'évêques n'était pas regardée

comme suffisante, il resterait à la soumettre à l'examen d'une assemblée

du clergé de France, ou même d'un concile national, pour y être

renouvelée. Nous avons tout lieu de croire que cette assemblée, ou ce

concile, après avoir établi les vrais principes, et déclaré quel est

l'esprit de l'église dans l'application des censures à l'égard des

souverains, et notamment des rois ou empereurs des Français, déclarerait

la nullité et interjetterait appel au concile général, ou au pape mieux

informé, tant de la bulle d'excommunication du 10 juin, que de toutes

les bulles semblables qui pourraient être rendues par la suite. Ces

formes d'appel sont depuis long-temps usitées en France. Elles l'ont

toujours été dans l'église, quoique sous des noms différens, comme un

recours légitime, dans certains cas extraordinaires, à l'autorité

supérieure de l'église universelle; et c'est ce qu'on peut voir

développé par toute la suite de la tradition ecclésiastique, dans la

défense de la déclaration du clergé de France, par le grand évêque de

Meaux.

En prouvant que la bulle du 10 juin doit être regardée comme nulle et de

nul effet, nous avons offert à Sa Majesté, contre ce décret et tout

autre semblable qui pourrait émaner de la cour de Rome, une garantie

suffisante; et si, _dans des temps de troubles et de calamités, les

Papes se portaient à des excès de pouvoir aussi contraires à la charité

chrétienne qu'à l'indépendance et à l'honneur du trône_, de pareils

excès porteraient leur remède avec eux-mêmes, et les évêques de France

en arrêteraient tout l'effet.

Mais l'ancienne et constante doctrine de l'église gallicane fournit une

garantie encore plus solide, parce qu'elle soustrait les souverains, en

ce qui concerne l'ordre politique et leurs droits temporels, non

seulement à la juridiction du Pape, mais encore à l'autorité de l'église

elle-même.

Nous reconnaissons donc, et dans la circonstance présente, nous nous

faisons un devoir de déclarer, avec la célèbre assemblée du clergé de

1682, «qu'à saint Pierre et à ses successeurs, vicaires de J. C., et à

l'église, Dieu a donné la puissance dans les choses spirituelles, et qui

appartiennent au salut; mais non dans les choses civiles et temporelles,

le Seigneur ayant dit: «_Rendez donc à César ce qui est à César, et à

Dieu ce qui est à Dieu_. C'est aussi le précepte de l'apôtre: _Que toute

personne soit soumise aux puissances supérieures; car il n'est aucune

puissance qui ne vienne de Dieu_. Les puissances qui existent, c'est

Dieu qui les a ordonnées. C'est pourquoi celui qui résiste à la

puissance résiste à l'ordre que Dieu a établi. Donc les rois et les

princes, en ce qui concerne le temporel, ne sont soumis, par

l'institution divine, à aucune puissance ecclésiastique; ils ne peuvent

être déposés par l'autorité des chefs de l'église, ni directement, ni

indirectement, et leurs sujets ne peuvent être ni dispensés de la foi et

de l'obéissance qu'ils leur doivent, ni déliés du serment de fidélité

qu'ils leur ont prêté, et qu'il faut s'attacher à cette doctrine comme

nécessaire à la tranquillité publique, comme non moins utile à l'église

qu'à l'empire, comme entièrement conforme à la parole de Dieu, à la

tradition des saints pères et aux exemples des saints.»

Mémoires du duc de Rovigo, pour servir à l'histoire de l'empereur Napoléon, Tome 5 · 第 65 / 71 题