Lorsque Élisabeth s’était réveillée, le lendemain de son arrivée à
Paris, sa première sensation avait été la jouissance de se trouver chez
elle. Son petit appartement lui restituait les privilèges de sa vie de
femme. Le vide et le dégoût de la solitude reviendraient sans doute,
elle aurait à souffrir «ces crises de noir» que la volonté même ne peut
surmonter; mais pour le moment, le bien-être de s’appartenir, et un
sentiment plus insaisissable de nouveauté et d’imprévu la
rajeunissaient.
Ce n’était pas qu’elle se laissât distraire du but vers lequel
s’efforçait sa vie. Bien au contraire, il lui semblait tenir son cœur
dans ses mains. Au milieu du bruissement continuel de la foule, dans ce
Paris vaste et magnifique, si noblement ordonné autour de son fleuve et
de ses jardins, un violent désir de beauté soulevait son être. Elle
aussi, mystérieusement attachée à son âme, portait sa parure.
Le soir même, aux heures où un murmure d’amour et de plaisir s’élève de
la foule, son courage ne faiblissait pas: en vain voyait-elle, à tous
les coins de rue, s’écraser des bouches; dans les voitures passer, comme
un bref éclair, les faces unies. Quelle tentation eût pu l’effleurer?
Aimer encore, pouvoir aimer, c’était impossible! Plus pieuse, elle
aurait tendu uniquement vers l’éblouissante réunion en Dieu. Mais
l’inconnu de l’éternité lui donnait une sorte de vertige sous lequel
chancelait son âme. C’était dans ce monde, parmi les vivants de la
terre, qu’elle essayait le rêve épuisant de faire régner Georges. Non
point plus tard, mais dès maintenant... Est-ce que sa trace n’était pas
frémissante encore? Qui donc avait dit que la gloire est le soleil des
morts?
Cette espérance colorait sa vie d’un éclat qui frappait Lucien. Les
préparatifs de l’exposition lui donnaient des prétextes pour la voir
presque chaque jour. Il sonnait à toutes les heures: avant le déjeuner,
elle le recevait parfois dans sa petite salle à manger décorée
d’assiettes. Une large et basse soupière en vieux Saxe, au couvercle
enflé, était accroupie sur une console.
Un matin où il dut monter chez elle de bonne heure pour lui apporter un
renseignement, la table n’était pas encore desservie. Un soleil
cristallin touchait, sur un napperon aux carreaux jaunes, la corbeille à
pain, un morceau de beurre dans une soucoupe et la tasse vide; un
sucrier d’argent côtelé reflétait une petite primevère; la chaise
qu’Élisabeth venait de quitter était encore tournée vers sa place.
Il éprouvait toujours, à pénétrer dans l’intimité de sa vie, le même
sentiment de crainte et de gêne. Combien le troublait cette sensation
d’invisibles regards fixés sur eux? Mais à peine paraissait-elle que ce
malaise s’évanouissait: quand elle l’accueillait, lui tendait la main,
tout rentrait dans l’ordre; qui donc, à les voir ensemble, eût pu s’y
méprendre, et combien sa simplicité mieux que les défenses le
désespérait!
Le soir, il la trouvait dans son salon. Elle portait habituellement une
robe drapée. Il y avait des fleurs dans les vases, des touffes sombres
de violettes, un peu tachées par les boues grasses de la Flaütat dans
lesquelles Mme Virelade les avait cueillies; des branches de mimosa,
coupées par Mlle de Lagarette dans sa petite serre, couchées
soigneusement dans un fin papier, et qui défripaient leurs duvets
écrasés par le long voyage. La province continuait d’envelopper la jeune
femme de ses affections lointaines et de ses parfums.
Lucien apportait régulièrement des informations, des adresses. Ce garçon
sauvage, qui détestait de demander le moindre service, écrivait dix
lettres par jour. Il faisait des visites, téléphonait, ranimant pour les
mettre au service d’Élisabeth toutes ses relations.
Et il avait beaucoup de relations: ce que l’on appelle «Paris» est une
immense masse humaine infiltrée de provinciaux; que leur réputation
s’établisse à la Chambre, dans les affaires, ou dans le monde des
lettres et des arts, des affinités les rapprochent. Ils se reconnaissent
à l’accent, au type et au caractère. Que deux ou trois se réunissent,
fût-ce au café ou dans une chambre d’étudiant, la petite patrie se
reforme; chacun prend conscience d’une instinctive solidarité, une
amitié en amène d’autres, comme la plante arrachée entraîne les racines
mêlées à son chevelu.
Un soir,--c’était le second dimanche après son retour--Élisabeth
énumérait à Lucien les visites qu’elle avait décidé de faire.
--Déjà, ne put-il s’empêcher de dire...
Elle était assise dans un grand fauteuil de velours anglais, un carnet
ouvert sur ses genoux, près du dôme multicolore baissé sur une lampe au
long pied doré. Une lumière couleur de fleur enveloppait sa tête et son
cou; à côté d’elle, sur le divan qui s’enfonçait dans la zone d’ombre,
elle avait laissé en rentrant son manteau, sa toque et ses gants. Il
était un peu penché vers elle:
--Vous ne craignez pas de reprendre contact avec ces gens? Le monde,
vous savez, quand on a du chagrin...
Il ajouta:
--La peine des autres, la peine de la guerre, c’est si démodé... Ce ne
sera la faute de personne, mais tout ce que vous verrez vous fera du
mal.
Elle secouait lentement la tête:
--Oh! moi! cela n’a aucune importance...
--Attendez un peu, vous devez être si fatiguée!
--Je ne suis jamais fatiguée. Les Lopès-Welsch m’ont envoyé une
invitation. C’est pour vendredi... Je compte y aller.
--Chez les Lopès-Welsch!
Les arguments se pressaient sur ses lèvres pour la dissuader. C’était
lui, lui, qui offrait de faire à sa place toutes les démarches. N’eût-il
pas dû, au contraire, se féliciter qu’elle voulût rentrer dans la vie?
Un instinct l’avertissait que la solitude travaillait contre lui pour
Georges. Il ne fallait pas qu’elle fût toujours seule. Elle avait une
trop grande force de vie intérieure. Le monde oublieux et dur, qui va de
l’avant, la lui rejetterait peut-être un jour, stupéfaite de son réveil
et désemparée sur les débris de son idéal. On lui parlerait crûment de
sa jeunesse, de sa vie à vivre. Les indifférents savent si bien porter
des coups meurtriers. Cependant une répugnance profonde s’élevait en
lui, s’exaspérait: il craignait qu’elle lui échappât.
--Pourquoi si tôt? L’exposition est pour février.
Mais elle avait hâte d’engager la lutte: «Tant de choses échouent, qui
mériteraient de réussir, pour n’avoir pas été assez préparées...»
En réalité, depuis son retour, une profonde sensation de solitude et de
liberté ranimait ses forces. Malgré la brume et le froid, elle sortait
plusieurs fois par jour. La rue, avec le mouvement perpétuel des gens,
des voitures, les éclats multiples des enseignes lumineuses jaillissant
le soir comme des feux de phares, dégageait une impression de vie
fiévreuse qui la pénétrait. La vie du dehors surexcitait son désir
d’agir. Dans les journaux, aux devantures des libraires, elle
reconnaissait avec une poignante sensation d’envie le nom de jeunes
hommes qu’elle avait connus. Le succès comblait les vivants. Tout était
pour eux. Rien pour les morts! Mais elle saurait, s’il le fallait,
forcer l’attention, arracher à l’indifférence ce que le monde lui devait
encore: la part de Georges. Et puis après... Non, après, après...
c’était le trou noir, elle ne savait plus.
--M. Lopès-Welsch, expliqua-t-elle, quand il est venu pour le monument,
n’a même pas parlé de Georges. Vous savez ce que sont ces hommes
politiques, ils ne pensent à rien...
--A eux-mêmes, rectifia-t-il.
Il se résignait à ce qu’elle acceptât cette invitation. Sa volonté
n’était jamais capable d’un long effort; surtout il sentait que la
discussion serait inutile: que pouvait-il tenter, pour la retenir, qui
ne l’exposât à l’inconvenance ou au ridicule? Son amitié, qu’Élisabeth
acceptait si loyalement, ne lui donnait pas le droit!
Un moment encore, sa tête de philosophe mécontent penchée dans l’ombre,
il dut écouter des plaintes irritantes: personne n’avait jamais compris
Georges...
Les qualités de Georges, la valeur de Georges... Ah! s’il avait voulu
lui faire de la peine! Mais il ne pouvait pas. Au moment où la colère
s’élevait en lui, prête à crier: «Cela est faux, vous vous enfoncez dans
une idée vaine», une pudeur morale le retenait. Georges avait été son
ami. Tout ce qui était exalté, sincère, peut-être chimérique, lui
inspirait d’ailleurs une admiration mêlée d’envie. Était-ce à lui de
gâcher une si belle chose?
Dans la rue, il se rappela que lui aussi avait reçu une invitation;
sitôt rentré, son chapeau encore sur sa tête, il bouleversa ses papiers
pour la retrouver.
* * * * *
M. Lopès-Welsch habitait depuis cinquante ans, dans le faubourg
Saint-Honoré, le premier étage d’un de ces hôtels que rehaussent encore
des idées de considération et de luxe. Une grande glace, au bas de
l’escalier, reflétait des banquettes de velours et des plantes vertes.
La silhouette de Lucien apparut sur ce fond brillant et s’évanouit. Un
autre invité, mince, élégant, montait derrière lui. Dans l’antichambre,
un vieux domestique en gants blancs assénait des regards furieux aux
dames qui ne finissaient pas de se préparer.
Lucien traversa une pièce au tapis épais, tapissée de tableaux. Des
rideaux de peluche étaient tirés devant les fenêtres. Dans le grand
salon très éclairé, quelques groupes se formaient autour d’un énorme
piano à queue; des robes claires de jeunes filles, du satin noir; des
colliers de perles sur tous les cous. Un jeune homme en smoking, l’air
heureux et alerte, se détacha...
Lucien, en lui serrant la main, jeta un coup d’œil circulaire et se
ressaisit: Élisabeth n’était pas encore arrivée.
Mme Lopès-Welsch, maigre, décharnée, les pommettes saillantes, ses yeux
voilés par la cataracte baissés et fuyants, était assise sur un canapé.
Lucien la salua, dit quelques paroles, sans que la certitude lui vînt
d’être reconnu. Quelques messieurs, qui causaient entre eux, ne parurent
pas le remarquer; un israélite velu et voûté, la peau collée sur les
tempes creuses, lui adressa un sourire froidement aimable.
M. Lopès-Welsch allait et venait, inclinait sur la main des dames de
vieilles lèvres voluptueuses. Lucien le trouva blanchi, la figure
flasque, ses traits sinueux comme détendus, les paupières molles sur des
yeux glauques. Mais la voix avait gardé ses intonations caressantes: sûr
de son charme, il continuait de faire la cour aux femmes comme un acteur
qui répète un ancien rôle et ne doute pas de le tenir encore à la
perfection. «Très content de vous voir», lança-t-il à Lucien, de ce ton
affable qui laissait percer la plus complète indifférence. «Que
préparez-vous?» lui demanda-t-il un peu plus tard. Son air
involontairement protecteur glaça le jeune homme en lui rappelant ses
obligations. Mais la manière même dont cette question était posée lui
ôtait sa présence d’esprit et les moyens de s’expliquer. Dans cette
société, où la valeur des gens était cotée d’après le succès, la fortune
et les services qu’on en peut attendre, comment eût-il rendu
intelligible sa manière d’être? Si une seule personne, dans ce salon, se
souvenait encore de son livre, elle eût cru faire une concession
d’amabilité en le rappelant. Combien il préférait d’ailleurs qu’on n’en
parlât pas!
Tout à l’heure, dans la rue, revenu à un sentiment plus juste des
choses, il se reprocherait comme son péché le plus humiliant d’être si
sensible aux moindres contacts. N’était-ce pas, de sa part, une
pitoyable faiblesse de conférer au premier venu le pouvoir de blesser
ses nerfs? En réalité, personne n’y songeait. Les salons s’emplissaient
peu à peu de personnalités assez diverses. M. Lopès-Welsch, sénateur,
financier, propriétaire d’un cru fameux, allié à la haute banque
israélite, avait des attaches dans plusieurs mondes. Ce n’était pas chez
lui un plan mais une fructueuse habitude d’être agréable. La vie
politique lui avait appris qu’il n’est personne dont on ne puisse
espérer, le moment venu, tirer un profit. Ce vieil habitué des scènes
mondaines et parlementaires plaisait par ses prodigieuses ressources.
Les gens qui ont dans le caractère des arêtes dures, se laissant
eux-mêmes séduire par l’onctuosité brillante de son esprit souple,
admiraient que ses arguments, au lieu de se heurter brusquement aux
obstacles, eussent un mouvement vif et gracieux pour les contourner.
C’était son art de charmer ses adversaires les plus hérissés, de les
assouplir, de les désarmer; sa voix leur versait, à travers l’éternelle
berceuse des louanges, ce goût des conciliations universelles qui
faisait dire: «Ah! ce Lopès-Welsch!» Pour tant qu’on se méfiât de son
bel air de violoncelle, on se laissait prendre. On ne résiste guère à un
homme qui a des relations dans toute l’Europe, un inépuisable fonds
d’anecdotes, des vins excellents; et puis tant de charme personnel, une
apparente négligence au milieu de combinaisons vivement poussées ou
laissées en route et ce ton galant du mécène pour qui le dilettantisme
fait partie du luxe.
Derrière Lucien, un gros homme chauve, congestionné, aux petits yeux
bridés, racontait où il avait dîné la veille. Le nom de son hôte, d’une
consonance étrangère, éveilla une faible rumeur: «Je le croyais en
prison,» commença quelqu’un. Le reste se perdit. A ce moment, une sorte
d’instinct l’avertissant, Lucien tourna vers l’entrée un regard anxieux.
Son visage changea. Élisabeth, rassemblant sur ses bras nus les plis
d’une longue écharpe aux franges soyeuses, s’arrêtait au seuil du salon.
C’était la première fois qu’il la revoyait en robe du soir. Elle lui
parut plus grande, en velours noir, le haut des épaules d’une blancheur
splendide, avec un air de royauté mystérieuse qui jamais encore ne
l’avait frappé. Il imaginait, pour cette pénible rentrée dans le monde,
un masque de pâleur comprimant les traits. Combien sa présence effaçait
toute conception mesquine de son attitude! Jamais elle ne lui avait paru
plus naturelle, comme supérieure aux difficultés, dans cette situation
pourtant si gênante de la femme qui reparaît seule. Il la regarda
traverser le salon. M. Lopès-Welsch l’accompagnait. Les regards se
fixaient sur elle. Un groupe se formait maintenant autour de son
fauteuil: plusieurs personnes s’étaient levées, rappelaient leur nom;
des visages se penchaient sur sa main nue. Lui seul, qui l’avait saluée
au passage, ne s’approchait pas. Il semblait que tous fussent, auprès
d’elle, respectueux, affables; la nuance de tristesse qui s’était peinte
sur les visages, avec les premiers mots vagues de condoléances,
s’effaçait déjà.
Il était évident que chacun se félicitait de voir reparaître une femme
belle et veuve. Lucien se souvint des éloges que l’on faisait d’elle dès
le début de son mariage, alors qu’il était presque d’obligation de la
comparer à son mari pour en venir à dire qu’elle lui était supérieure à
tous les égards. Les jugements mondains fondent ainsi, sur les qualités
les plus dissemblables, des coefficients de valeur dont le souvenir ne
s’efface guère. Maintenant que le mari n’était plus là, le tact voulait
qu’on en parlât discrètement, avec l’intention de passer bientôt à
d’autres sujets.
Le monde ne croit guère aux douleurs qui durent. Lucien remarquait dans
les sourires, sur les visages, cette expression de détente qui suit
l’accomplissement d’un devoir banal. Chacun revenait à son naturel. Un
jeune homme beau comme un athlète, au front d’Apollon, incliné vers
elle, n’avait même pas songé à prendre une attitude de circonstance.
L’ignorance totale du malheur éclatait dans toute sa personne.
Lucien se pencha, pour la regarder, entre le dossier d’un fauteuil et la
cheminée. Elle avait le teint un peu animé, la bouche souriante. Il se
détourna, se pencha encore: cette fois, à travers un rayonnement
magnétique, il vit ses yeux graves.
* * * * *
La soirée s’achevait. A côté du piano ouvert, une dame massive, en satin
noir, qu’accompagnait un mince jeune homme penché sur sa flûte, chantait
la cantate nuptiale de Bach. Élisabeth était assise à l’extrémité d’un
canapé. Des ombres de fatigue creusaient son visage. A plusieurs
reprises, son regard s’était de loin posé sur Lucien.
Lui, un peu penché, écoutait à peine. Les phrases graves et exaltantes
ne le pénétraient pas. Jamais son visage n’avait reflété un état d’âme
plus misérable. Le morceau fini, il se leva. La dame imposante, entourée
et félicitée, ouvrait un grand éventail de plumes.
Devant la cheminée, un vieillard chauve parlait à mi-voix; un homme
d’une quarantaine d’années, mince, plat, distingué, qui avait une figure
d’Ancien Testament dans un léger collier de barbe, l’approuvait des
yeux: quelques mots arrivaient à Élisabeth... talent surfait... tel
autre flûtiste était supérieur... Le plus jeune parlait longuement, avec
des phrases de dilettante. Elle courbait la tête, le cœur brusquement
envahi d’angoisse: que leur fallait-il? Elle n’avait rien désiré, elle,
de plus pur, de plus enchanteur que ces sons d’argent dont son âme
frémissait encore. Et c’étaient les mêmes gens qui jugeraient Georges.
Lui aussi, on le discuterait, le comparerait, avec cette sécheresse qui
glaçait déjà son amour.
Le silence se faisait. Un morceau encore... Élisabeth regardait, sur le
fond doré d’une console, un groupe de trois jeunes filles assises sur un
pouf; les robes se touchaient--bouquet blanc, lilas, vert jade--une
figure riait de jeunesse, éblouissante, dans l’écheveau des cheveux
légers. Élisabeth ferma les yeux. Quand elle les rouvrit, Lucien s’était
en silence rapproché d’elle.
Dans l’escalier, comme elle descendait, le visage pâli sous une
dentelle, il l’accompagna sans lui dire un mot. La nuit était claire, la
glace sombre de l’asphalte luisante sous les réverbères. Une auto passa,
à laquelle Lucien fit un signe. La portière se referma brusquement sur
eux. Dix minutes à peine de silence, dans l’obscurité de la voiture
autour de laquelle volaient les lumières. Un grand Paris vide fuyait
derrière eux. Lucien entrevit l’arène brillante de la Concorde, les feux
de la Seine. L’auto tourna deux fois, ralentit... Pourquoi ce moment
devait-il finir?
Quand la porte s’ouvrit sur les ténèbres du corridor, Élisabeth se
retourna; Lucien aperçut une figure défaite, infiniment triste. Quel mal
le monde lui avait-il fait? Quels stigmates en rapportait-elle? Mais
déjà, la main sur le battant de la porte, elle disparaissait.