III

Notre divin patron, frères, veut des apôtres

Qui sachent, comme lui, vouer leur vie aux autres;

Qui sachent flageller les tyrans, les ingrats,

Que l’or de nos sueurs rendit riches et gras.

Aimons le Christ, afin que de ses faux ministres

Son bras fasse avorter tous les desseins sinistres;

Prions pour ne plus voir, le soir, sur les pavés,

L’ivresse et la misère aux regards dépravés;

Prions pour que son souffle éteigne, dans nos villes,

L’incendiaire feu des discordes civiles;

Prions, prions le Christ! Demandons-lui qu’un jour

Nos femmes n’aillent plus prostituer l’amour;

Que de saintes vertus il dote nos compagnes,

Et qu’il rende déserts nos prisons et nos bagnes;

Et, pour consolider cet avenir naissant,

N’épargnons ni nos bras, frères, ni notre sang.

Instruisons-nous; les maux sont fils de l’ignorance.

Travaillons; le travail donne l’indépendance.

Ainsi, je ne suis pas un de ces insensés

Qui prêchent le labeur avec les bras croisés;

Mon travail me nourrit, et mon plus bel éloge,

C’est le bruit sourd que fait ma truelle dans l’auge.

Le soir, quand vous voyez s’envoler tour à tour

Sur les flots du tabac les fatigues du jour,

Que des livres choisis de science et d’histoire,

De leurs trésors féconds ornent votre mémoire;

Puisez-y le secret de vos droits; les tyrans

Ne foulèrent jamais que des fronts ignorants.

L’ignorance enraya le char de l’industrie;

Oh! cultivons l’étude, aimons bien la patrie;

Songeons que, sur la mer des mondes en travail,

Du vaisseau du progrès Dieu tient le gouvernail.

Les poètes du peuple au XIXe siècle · 第 87 / 139 题