L’ÉGLISE.

Le soleil, du matin, sur l’église en prière

Vient épancher à flots sa limpide lumière;

Les tabernacles d’or et les saints radieux

De reflets jaillissants éblouissent les yeux:

Planant sur leurs autels parfumés, les madones

Semblent pencher plus bas le front sous leurs couronnes,

Pour respirer l’encens des vases pleins de fleurs,

En rêvant à l’aspect des humaines douleurs.

Les vitraux peints d’azur, de topaze et de rose,

Sur les parois brûlants, qu’une eau prudente arrose,

Ont secoué l’éclat des robes de leurs saints,

Suspendus à l’ogive en lumineux essaims;

On dirait, émaillant les dalles diaprées,

Des fleurs du paradis les ombres colorées;

La rose du portail, les grands arcs élancés,

Les chapiteaux romans aux monstres enlacés,

Où l’artiste naïf sculpta, de fantaisie,

Quelque emblème ignoré d’inculte poésie;

Le chœur, le maître-autel, tout de dentelle et d’or,

Les vieux tableaux noircis, l’orgue muet encor,

Les chapelles en fête et leurs saintes images

Qui retracent, auprès de la crèche et des mages,

Le gibet où Jésus bénit en expirant;

Sur leurs socles marbrés les anges adorant!

Tout, aux feux du soleil, s’échauffe et se ranime,

Tout vit prêt à chanter un cantique unanime,

Tout semble, avec la foi des harpes de Sion,

Soupirer la prière et l’adoration.

Les poètes du peuple au XIXe siècle · 第 34 / 139 题