Chantons, ô fils de la poussière,
Chantons l’hymne de notre amour;
Offrons l’encens de la prière:
Voici resplendir la lumière
Qui chasse l’ombre du faux jour!
O débile et mourante flamme,
Qui devait brûler sur l’autel,
Une seule voix te réclame;
Mais cette voix réveille l’âme;
Cette voix lui prédit le ciel.
Viens à nous et quitte ce monde,
Où devaient s’égarer tes pas;
Etoile, dans ta nuit profonde,
A travers le brouillard immonde,
Etoile, ne nous vois-tu pas?
Ton front est superbe, ô poète;
Tu t’adores, risible Dieu!
L’orgueil a couronné ta tête;
Tu prends la robe de prophète,
Et rêves ta place au saint lieu!
Hélas! trop faible créature,
Rougis au penser de tes jours,
Jetés aux flots d’une onde impure:
Rallume en ta jeune nature
Le foyer des nobles amours!
Enfant, respire l’espérance,
La fleur au parfum le plus doux!
L’âme doit voir sa délivrance:
Même aux plus longs jours de souffrance,
Ne chante jamais qu’à genoux!
Les pleurs, l’extatique délire,
Dont sourit un monde moqueur,
Les secrets où seul tu peux lire,
Tout ce qui fait vibrer la lyre,
Tout ce qui fait battre le cœur.
N’est-ce pas la moisson sacrée?
N’est-ce pas l’éternel trésor?
Réponds, réponds, âme inspirée;
Pourquoi te verser, égarée,
Du poison dans ta coupe d’or?
Chantons, ô fils de la poussière,
Chantons l’hymne de notre amour;
Offrons l’encens de la prière;
Voici resplendir la lumière
Qui chasse l’ombre d’un faux jour!
Mais quand, dégagé des mille entraves qui embarrassent son essor, cet
esprit rêveur, oubliant le monde physique, s’égare dans les régions
inconnues de la fantaisie, il empreint ses tableaux de couleurs étranges
et saisissantes; il invente un langage sombre, mystérieux, qui glisse
dans vos veines le frisson de la crainte; il promène l’imagination et
le cœur dans un labyrinthe de sentiments et de passions fermé au genre
humain, et nous, fascinés, saisis d’une curiosité immense, nous le
suivons dans les sinuosités inextricables de ses créations inspirées,
espérant, peut-être, entrevoir à travers les éclairs magiques de son
génie l’énigme des choses d’ici-bas.
Le fragment suivant nous initiera à ce genre de poésie:
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