RÉPONSE DE MAGU.

Que vois-je sur ma cheminée!

Dieu! mes yeux sont-ils bien ouverts?

Un papier où ma destinée

Se dévoile et grandit, ô prophétiques vers!

Je m’appelle Magu; je suis grand, je suis sage;

Je suis un être surhumain.

A mes rares vertus chacun doit rendre hommage,

Un S me manquait, je la prends, je suis mage,

Comme l’écrit une invisible main.

A genoux, peuples de la terre.

Vite, dressez-moi des autels;

De mes pieds baisez la poussière;

Je suis le plus grand des mortels.

Et ne me jugez pas sur cette sale étoffe,

Qui compose mes vêtements;

Je suis magicien, savant et philosophe,

Et je commande aux éléments.

A genoux, peuples de la terre!

Vite, dressez-moi des autels;

De mes pieds baisez la poussière;

Je suis le plus grand des mortels.

Tout l’enfer est soumis à ma voix formidable:

Je puis, quand il me plaît, évoquer les démons,

Et des lieux les plus bas faire monter le diable

Sur les plus hauts des monts.

Je vis pauvre et content: je n’ai point d’avarice.

Si je voulais, pourtant j’aurais un grand trésor;

Flamel auprès de moi ne serait qu’un novice

Pour fabriquer de l’or.

A genoux, peuples de la terre!

Vite, dressez-moi des autels;

De mes pieds baisez la poussière;

Je suis le plus grand des mortels.

J’escalade les cieux sans ballon et sans ailes,

Sans machine à vapeur, sans aucun appareil;

Et comme, en vous couchant, vous soufflez vos chandelles,

Je puis éteindre le soleil.

Si je pouvais encore ajouter à ma gloire,

Mes bons vers suffiraient pour illustrer mon nom;

Mais, qu’en ai-je besoin? je vivrai dans l’histoire

Plus que Napoléon.

A genoux, peuples de la terre!

Vite, dressez-moi des autels;

De mes pieds baisez la poussière;

Je suis le plus grand des mortels.

Les poètes du peuple au XIXe siècle · 第 28 / 139 题