Tel l’enfant du hameau, dans la cité le voisine
Courant de la fortune éprouver les hasards,
Sur le toit paternel, du haut de la colline,
Une dernière fois retourne ses regards;
Tel je me retourne moi-même,
A peine au sommet du coteau,
Pour donner un regard suprême
Aux champs qui furent mon berceau!
Quel jour rafraîchissant inonde ma paupière!
Je vous ai reconnus, ô vallons toujours chers!
Aux lieux où l’on naquit plus douce est la lumière,
Et plus doux sont aussi les airs!
Courons d’abord, courons vers cette humble chaumière.
Souvent mes pas amis, en franchirent le seuil;
Souvent... Mais, qu’ai-je vu? l’herbe y croît, et le lierre
L’enveloppe ainsi qu’un linceul!
Funeste isolement où mon regard succombe,
Cherchant des traits aimés qu’il ne retrouve plus;
Quoi! partout des vieillards dévorés par la tombe
Font place à des enfants que je n’ai pas connus!
Et ces tendres amis, compagnons du jeune âge....
Vers des bords plus heureux et plus remplis d’appas,
Les uns se sont enfuis; d’autres font le voyage
D’où l’on ne revient pas!
Celui-ci, pauvre enfant, pour qui ces champs avares
N’offraient qu’un sol aride et que des fruits amers,
Cherchant sous d’autres cieux des destins moins barbares,
Sillonne le gouffre des mers!
Celui-là d’un bien-être aux sources toujours sûres
Dédaignant tout à coup les paisibles douceurs,
Est allé, vain mortel, dans les cités impures,
Briguer d’orageuses grandeurs!
Cet autre, qu’à la fois doua le ciel propice
De sagesse et de biens en le douant du jour,
Dans un trépas hâté rendit à sa justice
Ce qu’il tenait de son amour!
Se peut-il? pas un seul! O champs! O bois tranquilles!
Si déserts aujourd’hui, si peuplés autrefois!...
Pas un seul qui, du sein de vos mornes asiles,
Tressaille et réponde à ma voix!
Pareils aux grains légers que, de leur vive haleine,
Dispersent au hasard les rapides autans,
Tous, livrant leur fortune au souffle qui l’entraîne,
Flottent dispersés par le temps!
Adieu! comme eux je pars: comme eux je m’abandonne
Au caprice des vents qui me vont entraîner!
Mais partout votre aspect, que le ciel rie ou tonne,
Dans mon cœur viendra rayonner!
Mais ma voix résonnant dans l’espace, peut-être
Plus haut que la tempête et que les vents jaloux,
Viendra vous dire: O vous, champs qui l’avez vu naître,
Il vit, il se souvient de vous.