dans leur tome III de mars, et en deux textes. Le plus court, qui est
aussi le plus ancien, ne contient pas l'épisode où il est question de
Clovis. Les Bollandistes les regardent l'un et l'autre comme étant du
dixième ou du onzième siècle. Le livre de Jaulnay, _le Parfait prélat_,
contient un troisième texte, qui se retrouve aussi dans le manuscrit
5295 de la Bibliothèque nationale de Paris, du onzième siècle, et qui
n'est qu'une paraphrase du deuxième des Bollandistes. On y lit ce
passage:
«Venerabilis Deoque amabilis Coelestinus ex nobili Hibernorum provincia
exortus, divinâ inspiratione spiritaliter dictare conatus esse
[eam vitam dicitur] ob gloriosissimi regis jussionem Chlodovei, qui
sanctorum confessorum Christi Remigii et Vedasti exhortatione piaque
prædicatione baptizatus et ad Dei fidele servitium est conversus. Ille
enim cum desiderio fuisset excitatus, aliquid particulatim de præfati
sanctissimi confessoris reliquiis accipere, Deo revelante, super
sarcophagum ejus duabus tabulis lapideis vitam ejus inscriptam invenit,
et ad agnitionem omnium infamari præcepit.»
Il est inutile de dire que cet Irlandais Coelestinus ne se trouve nulle
part.
SAINT SACERDOS DE LIMOGES (5 mai).--Sa Vie a été publiée par les
Bollandistes dans le tome II de mai. Elle fut écrite au douzième siècle
par Hugues de Fleury, qui dit s'être servi d'une biographie antérieure
du même saint. On voit par l'épisode même où il est mis en relation
avec Clovis, comme aussi par le recueil des notes prises par Hugues de
Fleury pour la composition de son travail, que le saint, dans la pensée
de l'hagiographe, appartient bien au sixième siècle. Sur cette question
de la date, il faut lire l'article de M. Couderc, dans _Bibliothèque de
l'École des Chartes_, t. LIV (1893), pp. 468 et suivantes.
SAINT SÉVERIN, abbé de Saint-Maurice-en-Valais (11 février). Sa vie
a été publiée dans les _Acta Sanctorum_ des Bollandistes au tome
III de février et dans les _S. R. M._, t. III.--Le tombeau de saint
Séverin était, dès le septième siècle, l'objet d'un culte religieux
à Château-Landon, et l'on voit par la Vie de saint Éloi (I, 32) que
celui-ci fabriqua la châsse de ce saint. Déjà le martyrologe d'Usuard
et une recension de celui de Bède lui attribuent la guérison de Clovis:
_Eodem die castro nantonensi sancti Severini abbatis monasterii
agaunensis: cujus precibus cultor Dei rex Flodovæus a diutinâ
infirmitate suâ liberatus est_.
La Vie de saint Séverin fut composée, au dire du prologue, sur l'ordre
de l'archevêque Magnus de Sens (801-818), d'après un écrit antérieur
qu'elle attribue à un prêtre Faustus. «Sacram sane libelli seriem,
quam Faustus presbiter discipulus sancti Severini abbatis de ejus vita
vel actibus post ipsius ediderat obitum transcribentes, jubente etiam
venerabili viro Magno merito in nomine urbis senonicæ antistite, vitia
scriptoris corrigere curantes, commodum duximus secundum ingenioli
nostri capacitatem ejusdem historiæ textum aliquanto clariore propagare
sermone.» (_O. c._, p. 547 E.) Cette Vie toutefois ne contient pas
autre chose que le récit du voyage de saint Séverin pour aller guérir
Clovis, et de sa mort à Château-Landon, avec l'épisode de la guérison
miraculeuse de l'évêque de Nevers. Il n'entre pas dans ma pensée
d'accepter ce document sans contrôle, mais les motifs allégués contre
son authenticité par M. Krusch ne suffisent pas pour lui permettre
de traiter l'auteur de faussaire. (_La falsification des Vies de
saints burgondes_, dans les _Mélanges Julien Havet_, p. 41-56, et
_S. R. M._, t. III, p. 166.) (Cf. Giry, _La Vie de saint Maur du
Pseudo-Faustus_.--_Biblioth. de l'École des Chartes_, 57, 1896.)
SAINT SOLEIN DE CHARTRES (25 septembre).--Un résumé substantiel de la
légende de saint Solein, contenant l'histoire de ses relations avec
Clovis et de la part prépondérante qu'il prit à sa conversion et à son
baptême, se trouve déjà, au neuvième siècle, dans le martyrologe de
Raban-Maur.
D'autre part nous possédons une vie de ce saint que les Bollandistes
tiennent pour fort ancienne, et dont le style rappelle à M. Krusch
celui de Fortunat. Cette vie, que dans la première édition de ce
livre je prenais à tort pour une amplification du douzième ou du
treizième siècle, et que l'on trouve déjà dans un manuscrit du dixième
(Bibliothèque royale de Bruxelles, nº 7984), vient d'être l'objet d'une
édition critique par M. W. Levison (_Zur Geschichte des Frankenkœnigs
Chlodowech_, dans _Bonner Jahrbücher_, t. CIII); il faudrait en reculer
la composition jusqu'au delà du neuvième siècle s'il était prouvé,
comme l'admet cet éditeur, que la notice de ce saint qui se trouve
dans le martyrologe de Raban-Maur est le résumé de la Vie. Dans tous
les cas, l'historicité des renseignements fournis par la Vie est très
sujette à caution; la personnalité du saint, toutefois, est acquise
à l'histoire, car Grégoire de Tours a vu sa tombe miraculeuse à
Maillé. (_Gloria confess._, c. 21.) Je ne sais ce qu'il faut penser
de la notice donnée par un manuscrit du quatorzième siècle, d'après
lequel, en faisant l'élévation de ses reliques, on aurait trouvé une
inscription avec ces mots: _Hic requiescit Sollempnius episcopus,
Clodovei regis tempore cum eo huc veniens hic sepultus_.
SAINT VAAST, évêque d'Arras (6 février).--M. Krusch a rendu un
grand service aux études mérovingiennes en fournissant la preuve
(_Mittheilungen des Instituts für œsterreichische Geschichtsforschung_,
t. XIV) que la vie de ce saint qu'on trouve dans les _Acta Sanctorum_
des Bollandistes au t. I de février et dans les _S. R. M._ t. III,
a pour auteur l'abbé Jonas de Bobbio, qui la composa pendant son
séjour à l'abbaye de Saint-Amand, vers le milieu du septième siècle.
Aux nombreux arguments internes invoqués par M. Krusch à l'appui de
sa thèse, je crois en devoir ajouter un. L'une des particularités
caractéristiques du style de Jonas, c'est l'expression _inter incendia_
suivie d'un déterminatif et prise dans un sens figuré: ainsi _inter
flagrantis ignis incendia_ (_Vita Columbani_, c. 58); _inter pœnæ
incendia_ (_V. Eustasii_, c. 18); _inter pœnas incendii_ (_V. Attalæ_,
c. 2, 6); _inter pœnas incendii_ (_V. Bertulfi_, c. 15). Or cette
expression reparaît aussi dans le _Vita Vedastis_, c. 1: _inter
incendia bellorum_. Je n'ai pas souvenance d'avoir jamais trouvé cette
expression ailleurs que dans les passages cités.
M. Krusch a prouvé aussi que la source de Jonas, dans l'histoire de la
bataille contre les Alamans, a été soit Grégoire de Tours lui-même,
soit sa source. Il aurait dû marquer cependant d'une manière plus
nette que l'épisode de la guérison de l'aveugle de Rilly-aux-Oies par
saint Vaast repose apparemment sur une antique tradition locale, comme
l'a démontré récemment, d'une manière à mon sens concluante, le R. P.
Jubaru dans son article intitulé: _Clovis a-t-il été baptisé à Reims?_
(_Études religieuses_, etc., t. LXVII, 1896.) Il eût dû aussi convenir
qu'il en est de même de la mention de Reims comme lieu du baptême, au
lieu de prétendre, sur la foi d'une lettre de saint Nizier de Trèves
mal interprétée (cf. ci-dessus, p. 324, note 2), qu'il faut absolument
renoncer au baptême à Reims, qui serait dans la Vie de saint Vaast et
dans Frédégaire, III, 21, le résultat d'une interprétation vicieuse du
texte de Grégoire. Tout en accordant à M. Krusch que la Vie de saint
Vaast cesse de pouvoir être mise en balance avec Grégoire de Tours pour
l'épisode principal qu'elle raconte, nous continuerons de lui attribuer
la valeur d'une tradition très ancienne sur un saint dont l'histoire
est étroitement unie à celle de Clovis, et nous repoussons avec la
plus grande énergie les étranges conclusions par lesquelles M. Krusch
compromet la valeur de sa propre découverte.
§ III.--LOI SALIQUE
La plus ancienne rédaction latine de la _Loi salique_ paraît être
due à Clovis. Avant lui, cette loi était déjà arrêtée et fixée dans
un ensemble de formules non écrites, mais confiées à la mémoire, et
conçues dans l'idiome germanique des Francs. Cette rédaction germanique
primitive, non mise par écrit, c'est évidemment celle qui fut l'œuvre
des quatre prud'hommes, au dire de la tradition franque. Faite en terre
germanique et par un peuple qui ne connaissait encore les Romains que
comme des ennemis, elle ne pouvait être qu'en langue franque[366]. Il
s'en est conservé de curieux vestiges dans les _gloses malbergiques_
ajoutées au texte de la loi par plusieurs manuscrits. Cf. Kern, _Notes
on the Frankish words in the Lex salica_, dans Hessels et Kern, _Lex
salica_, pp. 433-435.
[Note 366: C'est l'idée qui est à la base des traditions,
et lorsque celles-ci disent que les auteurs de la loi la firent
outre-Rhin, elles se trompent sans doute au point de vue géographique,
mais elles ne font qu'accentuer l'origine toute germanique de la loi.]
Tout porte à croire que la première rédaction latine de la loi et sa
mise par écrit sont du temps de Clovis. Le _Grand Prologue_ de la
loi, sans le dire explicitement, marque cependant en termes formels
le souvenir de l'activité législative de ce roi; l'épilogue parle
également de Clovis, bien qu'il ne le nomme pas, et tous les deux
ajoutent qu'il a fait des additions à la loi. Celle-ci ne peut donc pas
être postérieure à Clovis, puisqu'il l'a complétée; elle ne lui est
pas antérieure non plus, puisqu'on ne prononce le nom d'aucun de ses
prédécesseurs. Comme elle ne présente pas la moindre trace d'influence
chrétienne, il semble bien qu'elle ait été rédigée avant la conversion
des Francs au christianisme. Le _Grand Prologue_ dit formellement que
la nation franque fit sa loi _dum adhuc teneretur barbara_. Il est vrai
qu'il semble faire ici allusion à la rédaction germanique; mais le
manuscrit de Leyde se réfère à la rédaction de Clovis lorsqu'il écrit:
_Non est sacramentum in Francos; quando illi legem composuerunt, non
erant christiani_.
On croit retrouver la rédaction de Clovis dans le texte où la Loi
salique se compose de soixante-cinq titres, dont le dernier est
intitulé: _De caballo excorticato_. Ce texte est celui du manuscrit
4404 de la Bibliothèque de Paris, qui est donné pour le plus ancien
dans les éditions de Pardessus, de Merkel et de Hessels. L'épilogue
dit en termes formels que le roi des Francs, qu'il ne nomme pas et
qui paraît être Clovis, ajouta trois titres à la loi, et que dès lors
il y en eut soixante-huit. Le manuscrit de Leyde contient une notice
disant que les quatre prud'hommes auteurs de la Loi salique se sont
arrêtés au titre _de mitio fristito_; or ce titre est, en effet, le
soixante-sixième dans le manuscrit 4404 de Paris, qui contient le
texte original de la première rédaction latine.
Il est difficile de marquer avec précision le moment du règne de Clovis
où eut lieu la rédaction de la Loi salique; toutefois, puisque d'une
part elle paraît antérieure à sa conversion au christianisme, et que de
l'autre le titre 47 indique la Loire et la Charbonnière comme limites
des Francs qui se servent du texte latin, il semble bien qu'il faille
placer la date de la rédaction entre 491 et 496.
La loi salique a été fréquemment éditée. Les divers textes de cet
important monument législatif, y compris la _Lex emendata_ de
Charlemagne, ont été réunis par Pardessus, _La loi salique_, Paris,
1843, qui les a fait suivre de dissertations sur les principales
questions qui s'y rapportent. A côté de ce remarquable ouvrage, qui
n'a rien perdu de sa valeur, il faut placer l'édition synoptique de
Hessels, _Lex salica, the ten texts with the glosses and the lex
emendata, with notes on the frankish words in the lex salica by
H. Kern_, Londres, 1880. Quant au texte primitif, il a été édité
séparément par Waitz, _Das alte Recht der salischen Franken_, Kiel,
1846; par Merkel, Berlin, 1850; par J.-F. Behrend, Berlin, 1874. Une
seconde édition du travail de J.-F. Behrend a été publiée en 1897 à
Weimar, par son fils, R. Behrend.
§ IV.--LETTRES
1. LETTRE DE CLOVIS AUX ÉVÊQUES DE SON ROYAUME
Sirmond, _Concilia Galliæ_, t. I, Paris, 1629, p. 176.--Dom Bouquet,
IV, p. 54.--M. G. H., Boretius, _Capitularia Regum francorum_, t. I,
Hanovre, 1883, p. 1.
Cette lettre, seul document authentique émané de Clovis qui soit arrivé
jusqu'à nous, se trouve déjà dans des manuscrits du sixième et du
septième siècle, en tête des canons du concile d'Orléans, en 511, et
pour cette raison on s'est persuadé qu'elle était adressée aux Pères
de ce concile. Cependant rien dans son texte ne permet de le croire,
et tout prouve qu'elle a la valeur d'une circulaire royale adressée à
l'épiscopat franc peu après la guerre d'Aquitaine, en vue de favoriser
l'œuvre de réparation de l'Église. C'est l'opinion de Sirmond, _o. c._,
et aussi de Maassen, M. G. H., _Concilia_, qui n'admet pas la lettre
dans son recueil. Boretius ne veut pas se prononcer.
2. LETTRES DE SAINT REMI A CLOVIS
Il y en a deux. (Dom Bouquet, IV, p. 51.--M. G. H., _Epistolæ
merovingici et karolini ævi_, t. II, pp. 112 et 113.) La première fut
écrite peu après 481, pour féliciter Clovis de son avènement au trône.
La seconde est une lettre de condoléance au sujet de la mort
d'Alboflède, sœur de Clovis, _o. c._ Elle a été connue de Grégoire de
Tours, qui en cite un fragment. (_Hist. Franc._, II, 31.)
3. LETTRES DE THÉODORIC LE GRAND A CLOVIS
(M. G. H., _Cassiodori senatoris Variæ_, éd. Mommsen, _Auctores
Antiquissimi_, t. XII, Berlin, 1894.--Dom Bouquet, IV, p. 2 et 4.)
Elles sont au nombre de deux. La première (Cassiodore, _Variar._,
II, 41) a pour but de détourner Clovis de poursuivre davantage les
Alamans vaincus. Comme il est aujourd'hui établi qu'aucune des lettres
de Cassiodore n'a été écrite avant 501 (Usener, _Anecdoton Holderi_,
p. 70), celle qui nous occupe est de beaucoup postérieure à la date
traditionnelle de la bataille de Clovis contre les Alamans. Comme,
d'autre part, cette lettre semble se rapporter à des événements
récents, les uns ont imaginé, comme Vogel (_Historische Zeitschrift_,
t. LVI), de contester la chronologie de Grégoire de Tours, qui place
la bataille contre les Alamans dans la quinzième année du règne de
Clovis (496), et de la faire descendre entre les années 501 et 507,
ce qui bouleverserait toute la suite des événements, même les mieux
datés. Les autres ont préféré supposer que la guerre des Francs contre
les Alamans se partage en plusieurs luttes, dont la première serait
marquée par la bataille de 496, et dont les autres auraient eu lieu
les années suivantes. (Schubert, _Die Unterwerfung der Alamannen unter
die Franken_, Strasbourg, 1884, Mommsen, préface de son édition des
_Variarum_ de Cassiodore, pp. XXXII et suivantes.) Je me suis rangé à
cet avis.
La seconde lettre de Théodoric à Clovis (Cassiodore, _Variar._, III,
4) est écrite pour l'empêcher de faire la guerre à Alaric, roi des
Visigoths. On ne peut la séparer des lettres 1, 2 et 3 du même livre
IV, adressées dans le même but à Alaric, à Gondebaud et aux autres rois
germaniques, et qui ont été analysées dans le texte de ce livre.
4. LETTRE DE SAINT AVITUS DE VIENNE A CLOVIS
(Sirmond, _Sancti Aviti Viennensis archiepiscopi opera_, Paris, 1643,
nº 41.--Dom Bouquet, IV, p. 49.--Peiper, M. G. H., _Alcimi Ecdicii
Aviti Viennensis episcopi opera quæ supersunt_; Berlin, 1883, nº
46.--Chevalier, _Œuvres complètes de saint Avit, évêque de Vienne_,
Lyon, 1890, nº 38.)
Cette lettre fut écrite peu de temps après le baptême de Clovis, dans
le commencement de 497. Elle a longtemps prêté à des malentendus, parce
que, par suite d'une méprise du copiste, on y avait rattaché la fin
d'une lettre écrite au nom de Gondebaud à l'empereur d'Orient. Pétigny
(II, 433) est le premier qui se soit aperçu de l'erreur commise et qui
ait prouvé qu'il faut séparer les deux documents, et sa conjecture a
été admise par Peiper et par M. l'abbé Chevalier, dans leurs éditions
respectives des œuvres de saint Avitus, ainsi que par M. Krusch,
_N. A._, XII (1887), p. 296. Les protestations de Jahn (_Geschichte
der Burgundionen und Burgundiens_, t. II, p. 136, note 2), de Vogel
(_Historische Zeitschrift_, t. LVI, p. 392) et d'Arnold (_Cæsarius von
Arelate_, p. 203, note 652) contre une correction si heureuse doivent
être tenues pour non avenues.
5. LETTRE DES PÈRES DU CONCILE D'ORLÉANS A CLOVIS (511)
Se trouve en tête des actes de ce concile; voir les éditions ci-dessus
mentionnées de Sirmond et de Maassen. Pour le reste, cf. le texte, p.
132.
§ V.--DIPLOMES DE CLOVIS
Nous possédons en tout six diplômes attribués à Clovis, ou huit si l'on
tient compte des diverses rédactions. Ce sont:
1. et 2. Diplômes pour Saint-Mesmin de Micy.
3 -- -- Saint-Jean de Réomé.
4 -- -- Saint-Pierre-le-Vif de Sens.
5 -- -- Sainte Marie de Bethléem en Gâtinais.
6. -- -- Saint-Hilaire de Poitiers.
On trouvera la bibliographie relative à ces documents dans Pardessus,
_Diplomata_, _Chartæ_, _Epistolæ_, _Leges_, etc., Paris, 1843, t. I,
et dans K. Pertz, M. G. H., _Diplomatum imperii tomus I_, Hanovre,
1872. Pour les travaux les plus récents, voir dans le texte du chapitre
XII les passages relatifs aux diverses fondations en particulier. Il
est à noter qu'aucun diplôme de Clovis n'est authentique, et que tout
l'ensemble aurait dû figurer sous la rubrique qui suit, si quelques-uns
ne pouvaient être considérés comme étant le remaniement moderne d'un
original disparu.
§ VI.--DOCUMENTS APOCRYPHES
Nous ne mentionnerons pas ici les documents apocryphes qui sont depuis
longtemps reconnus comme tels, par exemple le faux Hunibald de Tritheim
et autres; il serait oiseux de faire l'énumération de ces pièces,
qui ne trompent plus personne. Il y a plus d'utilité à marquer que
dans les derniers temps une nouvelle officine de falsifications a été
découverte, et que toutes les pièces sorties de cette fabrique doivent
être tenues pour apocryphes. Le faussaire n'est autre que le savant
Jérôme Vignier, et parmi les documents fabriqués par lui nous avons à
noter ici:
1. La rédaction la plus courte du diplôme de Clovis pour Saint-Mesmin
de Micy. C'était le seul diplôme de ce roi dont l'authenticité fût
admise par les critiques, et notamment par les derniers éditeurs,
Pardessus et Pertz.
2. Le _Collatio episcoporum_, c'est-à-dire le document relatif à une
conférence d'évêques tenue à Lyon entre évêques catholiques et ariens,
en présence du roi Gondebaud.
3. La lettre du pape Anastase II à Clovis. Bien que ne portant aucun
caractère interne de supposition (elle est d'ailleurs trop courte pour
offrir beaucoup de prise à la critique), cette lettre doit être tenue
pour suspecte à cause de sa provenance.
Le mérite d'avoir dénoncé l'officine de Jérôme Vignier et d'avoir
exclu par là de la littérature historique un bon nombre de pièces
fausses appartient à Julien Havet, dans ses _Questions mérovingiennes_.
(_Bibliothèque de l'École des Chartes_, t. XLVI, 1885, et _Œuvres de
Julien Havet_, Paris, 1896, t. I.)
II
LA CONTROVERSE SUR LE BAPTÊME DE CLOVIS
Pour ne pas scinder d'une manière fâcheuse l'historique du baptême de
Clovis, j'ai rejeté à la fin de ce chapitre l'exposé d'une théorie très
radicale qui a été défendue à plusieurs reprises, dans ces derniers
temps, au sujet de cet événement. Selon les érudits qui préconisent
cette théorie, le baptême de Clovis n'aurait rien de commun avec le vœu
fait sur le champ de bataille, et il faudrait écarter comme légendaire
le récit de Grégoire de Tours. Examinons leurs raisons.
M. Krusch (_Zwei Heiligenleben des Jonas von Susa_, dans _Mittheilungen
des Instituts für œsterreichische Geschichtsforschung_ t. XIV) oppose
à Grégoire de Tours la lettre de saint Nizier de Trèves à Clotsinde,
petite-fille de Clovis et femme d'Alboïn, roi des Lombards. Dans cette
lettre, le saint exhorte la reine à tâcher de convertir Alboïn, comme
sa grand'mère Clotilde a autrefois converti Clovis. «Celui-ci, en
homme avisé qu'il était, ne voulut pas se laisser convaincre avant
d'avoir reconnu la vérité des miracles catholiques; l'ayant reconnue,
il s'agenouilla humblement dans l'église de Saint-Martin et promit
de se laisser baptiser sans retard.» V. le texte ci-dessus t. I, p.
323, note. M. Krusch déduit de ce passage: 1º que Clovis a été baptisé
à Tours; 2º que son baptême n'a rien de commun avec la bataille des
Alamans. Nous avons déjà montré en son lieu l'inanité de la première
conclusion. Quant à la seconde, nous ferons remarquer que saint
Nizier ne veut nullement raconter le baptême de Clovis, et qu'il a
tenu à rappeler à Clotsinde comment il s'est laissé persuader de la
vérité de la religion catholique: c'est, dit-il, après avoir reconnu
la réalité de ses miracles. Tout lecteur non prévenu accordera que
ce passage ne prouve rien contre le vœu du champ de bataille: tout
au contraire, on aurait le droit de soutenir qu'il y fait allusion,
car enfin, quel miracle pouvait paraître à Clovis plus persuasif
que celui de sa victoire? Chose étonnante! M. Krusch croit que son
interprétation est confirmée par le passage de la lettre de saint
Avitus où ce prélat écrit qu'«en vain les sectateurs de l'hérésie ont
essayé de voiler aux yeux de Clovis l'éclat de la vérité chrétienne
par la multitude de leurs opinions contradictoires.» Cela prouverait,
selon M. Krusch, que Clovis n'a été empêché de se faire chrétien que
par les divisions confessionnelles au sein du christianisme, et que,
partant, le récit de Grégoire de Tours appartient au domaine de la
fable: «Es existiert folglich kein Zusammenhang zwischen der Taufe
und der Alamannenschlacht.» (p. 444.) De pareilles assertions portent
leur réfutation en elles-mêmes. Le passage visé d'Avitus prouve que
les ariens ont essayé de gagner Clovis à leur cause: en quoi cela
exclut-il le vœu du champ de bataille et sa conséquence naturelle,
qui est le baptême du roi franc? M. Krusch va plus loin, et par une
série de raisonnements fallacieux sur la chronologie des lettres de
saint Avitus, croit pouvoir conclure que sa lettre à Clovis est de
507, et que le baptême a eu lieu à Tours, après l'expédition contre
les Visigoths. L'objection que dans ce cas Grégoire de Tours n'aurait
pas ignoré une particularité si glorieuse pour son église, et qu'il
se serait bien gardé de la passer sous silence, ne touche guère M.
Krusch. Selon lui, Grégoire de Tours savait fort bien la vérité, car
il connaissait la lettre de saint Nizier; s'il a soigneusement évité
de prononcer le nom de sa ville épiscopale, c'est... par cléricalisme,
parce qu'il fallait, pour sa thèse, que Clovis fût déjà catholique
lorsqu'il remporta ses victoires sur les ariens Gondebaud et Alaric. Il
me suffira d'avoir exposé la thèse; je la réfuterais plus longuement si
je croyais qu'il fût nécessaire, ou si je pouvais me persuader que M.
Krusch la défend sérieusement.