IX

MES observations seraient incomplètes si je ne vous signalais pas les

ouvrages illustrés de gravures, parus depuis 1835 environ jusqu'à

présent, qui font maintenant les délices de beaucoup d'amateurs

nouveaux. J'avoue que moi-même je ne déteste pas ces livres, dont les

illustrations sont pourtant inférieures à celles des ouvrages du XVIIIe

siècle, mais dont le texte est en général plus intéressant que celui

des susdits ouvrages. Toutefois, je me déclare très difficile; je ne

voudrais faire entrer dans ma bibliothèque que les meilleurs.

L'un des premiers et aussi l'un des plus beaux, _Paul et Virginie_,

édition de Curmer, 1838, grand in-8º, est maintenant fort recherché,

et c'est justice; il est orné d'un grand nombre de jolies vignettes sur

bois dans le texte et hors texte, et de quelques gravures sur acier.

Les _Contes de Perrault_, du même éditeur, superbe édition, entièrement

gravée, publiée en 1843, grand in-8º, se vendent plus cher encore

et sont d'une grande rareté. Des exemplaires brochés se sont vendus

jusqu'à 500 francs.

Un grand volume qu'on recherche beaucoup aujourd'hui, après l'avoir

dédaigné, c'est le _Journal de l'expédition des Portes de fer_, ouvrage

rédigé par Charles Nodier, pour le duc d'Orléans et sur les notes de

ce prince, avec d'intéressantes vignettes d'après Raffet; ce volume

très grand in-8º, paru en 1844, vaut aujourd'hui de 400 à 500 francs.

S'il vous arrivait, par un grand hasard, de rencontrer un exemplaire

imprimé entièrement sur papier de Chine, oh! vous pourriez le couvrir

d'or! On n'en connaît jusqu'ici que trois ou quatre, entre autres celui

d'un de nos plus sympathiques _amis des livres_, M. Ferdinand Gauthier.

Celui-là doit être, d'ailleurs, l'exemplaire du duc d'Orléans, car au

milieu des plats de la reliure de Simier, relieur du roi, sont gravées

les initiales F. F. O. (Ferdinand-François d'Orléans), surmontées d'une

couronne fermée. Un autre, broché, a été découvert dernièrement par M.

Jules Brivois, l'auteur de la _Bibliographie des ouvrages illustrés

du XIXe siècle_, un chercheur intelligent et infatigable, qui méritait

vraiment de le posséder après l'avoir si bien décrit!

Viennent ensuite les _Chants et chansons populaires de la France_, beau

recueil publié par H. Delloye, en 1843, formant 3 volumes très grand

in-8º. Le texte des chansons est gravé au milieu d'encadrements formés

de nombreux dessins représentant les différentes scènes; en regard est

la musique, aussi gravée, et l'histoire de chaque chanson est imprimée

sur un feuillet à part. Si vous trouvez ce bel ouvrage broché, avec

ses couvertures imprimées en or et en couleurs, sur lesquelles on voit

de fort jolies vignettes, vous ne risquez rien de le payer 500 à 600

francs; assurez-vous toutefois que l'exemplaire soit entièrement de

premier tirage, et pour cela voyez si au bas de la musique de chaque

chanson se trouve la mention: _Imprimerie de Félix Locquin_, etc.; tout

autre nom d'imprimeur indique une réimpression.

_Notre-Dame de Paris_, par Victor Hugo, édition de 1844, illustrée de

nombreuses figures sur bois et sur acier, grand-in-8º, est encore un

beau livre qu'il ne faut pas manquer d'avoir; on le cote aussi très

cher, lorsque l'exemplaire est de premier tirage et broché, avec la

couverture imprimée.

Un livre intéressant à posséder, et qui cependant se vendit mal

d'abord, _la Peau de chagrin_, par H. de Balzac, édition de 1838, est

un charmant volume, fort recherché aujourd'hui; il est orné de 100

jolies vignettes, finement gravées sur acier et tirées avec soin dans

le texte sur des blancs réservés, ce qui était difficile et double le

mérite du livre au point de vue typographique.

Les différentes éditions illustrées des _Chansons de Béranger_ ont

de la valeur, lorsque les épreuves des figures sont avant la lettre.

Mais celle de Perrotin, sous le titre d'_Œuvres complètes_, parue en

1847, en 2 volumes in-8º, ornée de 53 belles gravures sur acier, d'une

finesse admirable, exécutées sur de fort jolis dessins de A. de Lemud,

Charlet, Daubigny, Raffet, Sandoz et autres, est particulièrement

recherchée. Les exemplaires, très rares, dont les épreuves sont tirées

sur papier de Chine, avant la lettre, valent aujourd'hui de 1,000 à

1,500 francs. Si vous achetez ce beau livre, vous pouvez y joindre les

_Dernières Chansons_, de 1857, en 1 volume, et _Ma biographie_, de

1860, 1 volume, avec 22 nouvelles gravures des mêmes artistes, plus une

photographie, publiées après coup pour y être jointes, savoir: 14 pour

le premier de ces volumes, et 8 plus la photographie pour le second.

Les éditions illustrées par Henri Monnier, et aussi celle qui contient

de petites vignettes sur acier, sous la date de 1833 et 1834, sont

encore très estimées.

J'aime beaucoup un volume plus modeste que ceux-là, le _Livre des

orateurs_, par Cormenin, édition de 1842, portant le titre de onzième,

ornée de 27 portraits sur acier; vous connaissez ce texte plein

d'esprit, de malice et de bon sens; les portraits, qui sont bien

gravés, ont aussi leur intérêt.

Dans le genre satirique, tâchez donc de trouver le _Musée Dantan_,

recueil de 100 charges fort amusantes, faites sur les célébrités de

l'époque, paru en 1839, chez Delloye. Ce volume est rare.

Ai-je besoin de vous recommander les principaux ouvrages illustrés

par Grandville? Surtout le fameux recueil in-4º, les _Métamorphoses

du jour_, de 1829, et l'édition des mêmes dessins reportés sur bois,

parue en 1842, in-8º; les _Animaux peints par eux-mêmes_, 1842; les

_Fables de La Fontaine_, 1838, 2 volumes in-8º, avec le complément

de 120 gravures, paru en 1840; les _Voyages de Gulliver_, 2 volumes,

1838; les _Petites Misères de la vie humaine_, 1 volume, de 1843;

_Cent Proverbes_, 1845; enfin plusieurs autres livres illustrés par

le même artiste, et dont je laisse à votre goût le soin de décider

l'acquisition.

Dans l'année 1843, parut en livraisons un charmant recueil de contes

illustrés, que je vous engage beaucoup à faire entrer dans votre

bibliothèque: c'est _la Pléiade, ballades, fabliaux, nouvelles et

légendes_, volume in-8º illustré de jolies vignettes à l'eau-forte et

de gravures sur bois, d'après Ch. Jacque, Gavarni, Jeanron, etc. Mais

vous serez obligé de le payer cher, 250 à 300 francs, s'il est broché,

avec couverture conservée.

Un ouvrage des plus intéressants et qu'il ne faut pas manquer

d'acquérir, c'est le recueil ayant pour titre _les Français peints par

eux-mêmes_, 9 volumes grand in-8º, publiés par Curmer en 1841 et 1842,

y compris le volume intitulé _le Prisme_, qui en fait nécessairement

partie. Outre les études humoristiques fort nombreuses, dues à nos

principaux écrivains, Balzac, Ch. Nodier, Léon Gozlan, J. Janin, Alph.

Karr, Cormenin, Fréd. Soulié, Pétrus Borel, etc., vous y trouverez des

types dessinés avec verve et esprit, par des artistes de premier ordre,

tels que: Meissonier, Gavarni, Grandville, Daumier, Charlet, Daubigny,

Français, Tony Johannot, Bertall, etc. Choisissez de préférence un

des exemplaires dont les gravures sont coloriées, et parmi ceux-là

distinguez encore un des anciens, car il en existe un grand nombre dont

le coloris plus récent est détestable. Je m'en rapporte à votre goût

pour cela, vous les reconnaîtrez certainement.

La différence est tellement grande entre les deux sortes d'exemplaires,

que l'œil du vrai amateur ne s'y trompe pas. Le premier coloris fut

fait très habilement, par des mains exercées, bien exactement entre

les lignes du dessin, et au moyen de couleurs très fines; tandis que

plus tard, pour écouler les exemplaires restés en magasin, on employa

à la hâte des barbouilleurs quelconques; et les couleurs, souvent

maladroitement placées, sont aussi bien plus criardes. Tâchez de

recueillir en même temps toutes les couvertures des livraisons; vous

y verrez des notes, des renseignements curieux et une correspondance

intéressante.

N'oubliez pas d'avoir le _Diable à Paris, Paris et les Parisiens,

Mœurs et Coutumes, Caractères et Portraits_, curieux et bel ouvrage

entièrement illustré par Gavarni et Bertall. Le texte se compose

d'articles pleins d'esprit et d'originalité, fournis par un grand

nombre d'écrivains, comme George Sand, Balzac, Alfred de Musset,

Gérard de Nerval, Alphonse Karr, Théophile Gautier, Eugène Sue, Octave

Feuillet, Henri Monnier, Léon Gozlan, Jules Janin, P.-J. Stahl, Arsène

Houssaye, etc. L'ouvrage forme 2 volumes grand in-8º, publiés chez J.

Hetzel, le premier en 1845, et le deuxième en 1846; là se trouve le

premier tirage des gravures, qui sont fort intéressantes.

Cela me conduit à vous conseiller l'acquisition des principaux volumes

illustrés par Gavarni, ce spirituel dessinateur et écrivain, dont le

talent fut peut-être le plus complet de tous ceux des artistes de

notre époque. Nul au moins n'a observé l'humanité avec plus de vérité

et n'a traduit ses observations avec un crayon plus fin et une plume

plus mordante. Ne manquez pas d'acheter surtout les 4 volumes in-4º

dans lesquels furent réunis, sous le titre d'_Œuvres choisies_, ses

principaux dessins, au nombre de 320, parfaitement gravés sur bois.

Outre les légendes spirituelles de chaque sujet, vous y trouverez des

notices intéressantes par Théophile Gautier, Laurent-Jan, Lireux, Léon

Gozlan et P.-J. Stahl. Tâchez de trouver aussi ses lithographies, ce

qui est plus rare encore, mais présente un grand intérêt au point de

vue de l'art, qui traduit là directement la pensée de l'artiste.

L'édition collective des _Œuvres de Balzac_ (que je vous ai déjà

citée ailleurs), parue de 1842 à 1848, chez Dubochet, Hetzel et

Paulin, et chez Furne, en 17 volumes in-8º, est bien illustrée. Comme

d'ailleurs elle est imprimée avec soin, en beaux caractères faciles

à lire, je vous en conseille l'acquisition. On y voit des dessins de

Tony Johannot, Meissonier, Gavarni, Henri Monnier, Bertall, Célestin

Nanteuil, Gérard Séguin, Français, etc. Tous ces dessins sont fort

bien gravés sur bois. Pour compléter cette édition, il faut y ajouter

les tomes XVIIIe, XIXe et XXe, parus chez Houssiaux, en 1855, imprimés

exprès dans le même format, avec gravures d'après les mêmes artistes.

Le premier tirage de ces 20 volumes est devenu très rare.

Je vous engage à acheter les meilleurs ouvrages illustrés par Gustave

Doré, surtout les _Œuvres de Rabelais_, édition populaire publiée par

Bry, en 1854, format in-4º, à deux colonnes, et le charmant livre de

Balzac, les _Cent Contes drolatiques_, paru en 1855; les illustrations

de ce dernier en font un petit chef-d'œuvre de verve et d'originalité.

L'_Histoire pittoresque et caricaturale de la Sainte Russie_, ce

malicieux et amusant pamphlet écrit et dessiné par G. Doré, fut

publié dans le même format que les Œuvres de Rabelais déjà citées. Il

est digne de figurer à côté des deux premiers. Les grands ouvrages

illustrés par cet artiste si fécond et si fantaisiste mériteraient bien

tous d'entrer dans votre bibliothèque, mais ils sont si encombrants!...

Heureusement des volumes comme l'_Enfer_, le _Paradis_ et le

_Purgatoire_, du Dante, les _Fables de La Fontaine_, la _Bible_, la

_Légende du Juif-Errant_, les _Contes de Perrault_, peuvent être mis

sur une table de salon, et il est toujours agréable d'en feuilleter les

belles gravures.

Parmi les ouvrages intéressants de satire politique ou de satire de

mœurs, ne manquez pas de chercher un bel exemplaire de cette fameuse

publication qui s'appelait _la Caricature morale et politique_, parue

de 1830 à 1835 et dans laquelle se trouvent réunies les charges les

plus jolies, les plus spirituelles et les plus mordantes qui aient été

dessinées à notre époque. La collection complète et en bon état de ce

journal fameux vaut très cher, 700 à 800 francs au moins. C'est un beau

prix, mais on trouve là les chefs-d'œuvre satiriques de nos principaux

artistes, Raffet, Daumier, Grandville, Henri Monnier, Ch. Philippon,

Célestin Nanteuil, V. Adam, etc.... et cela présente un grand intérêt.

Dans le même ordre d'idées, il est curieux d'avoir _Jérôme Paturot à

la recherche d'une position sociale_, de Louis Reybaud, belle édition

de 1846, illustrée par Grandville; _Jérôme Paturot à la recherche de

la meilleure des républiques_, édition pareille de 1849, illustrée par

Tony Johannot; l'_Assemblée nationale comique_, de Lireux, illustrée

par Cham, en 1850; la _Revue comique, à l'usage des gens sérieux_,

parue de novembre 1848 à décembre 1849; les _Robert-Macaire_, par

Daumier et Ch. Philippon, en choisissant le premier tirage colorié;

la _Correctionnelle_, 1840, illustrée par Gavarni. Tous ces ouvrages

datent d'une époque où la lithographie et la gravure sur bois furent

en honneur, à juste titre d'ailleurs, car jamais de plus consciencieux

artistes ne s'adonnèrent à ces deux branches aujourd'hui un peu trop

négligées de l'art du dessin.

Peu de volumes contiennent des dessins de Meissonier; je vous

recommande particulièrement un joli recueil presque entièrement

illustré par ce maître, les _Contes rémois_, du comte de Chevigné,

édition de 1858, qui contient le premier tirage. Les gravures sont

sur bois et fort bien exécutées. Si vous pouvez trouver un exemplaire

en papier de Hollande, avec figures tirées sur papier de Chine,

achetez-le; mais je vous préviens qu'il vaut très cher, de 500 à 600

francs.

Bientôt devait trôner en maître et gagner rapidement les sympathies

des amateurs d'estampes, comme celles des amateurs de livres, un art

qui possède un très grand charme, une grande puissance d'expression:

la gravure à l'eau-forte. Déjà, depuis plusieurs années, quelques

essais timides avaient été tentés avec succès pour l'illustration

des livres. Célestin Nanteuil et Ch. Jacque, entre autres, avaient

donné de remarquables spécimens de fines gravures à l'eau-forte; mais

ce fut seulement vers 1860 que la mode et le goût du jour vinrent

donner raison aux artistes qui avaient fait de nouvelles tentatives

en ce genre. Les différents ouvrages d'Alfred Delvau, par exemple,

_les Cythères parisiennes_, _les Heures parisiennes_, _les Cafés et

Cabarets de Paris_, _les Barrières de Paris_, _les Dessous de Paris_,

etc... parus de 1865 à 1867, offraient déjà de jolies illustrations

à l'eau-forte, par Gustave Courbet (qui n'a pas dû en faire

beaucoup d'autres), par Félicien Rops, Bracquemond, Émile Bénassit,

Émile Thérond, Léop. Flameng. Mais c'étaient là des livres de peu

d'importance et que les libraires vendaient à très bon marché, quoique

la valeur en ait décuplé depuis.

Les éditeurs Jouaust et Lemerre ne tardèrent pas à publier leurs

intéressantes collections de livres illustrés, dont les gravures à

l'eau-forte sont signées d'artistes devenus célèbres, Leloir, Ad.

Lalauze, Ed. Hédouin, Laguillermie, Boilvin, Léop. Flameng, de Los

Rios, Edmond Morin, Henri Pille, Worms, Giacomelli, Burnand, Delort,

Mongin, Le Rat, Arcos, Monziès, etc... Dans la collection Jouaust

surtout, vous trouverez quelques jolis ouvrages, vraiment réussis,

tant au point de vue des gravures qu'à celui du texte. Achetez donc,

par exemple, les _Œuvres de Molière_, illustrées par Leloir, en 8 vol.

in-8º; les eaux-fortes de Léopold Flameng, exécutées sur les dessins

de Louis Leloir pour cet important ouvrage, peuvent compter parmi ses

meilleures. Choisissez de préférence un exemplaire imprimé sur papier

de Chine; le tirage des épreuves y est meilleur et les volumes en sont

moins encombrants. Je vous cite maintenant au hasard quelques livres de

Jouaust qui sont encore dignes d'une bibliothèque de luxe: les _Contes

de Perrault_, avec de gracieuses eaux-fortes de Lalauze, en 2 volumes;

le _Voyage sentimental_, de Sterne, avec gravures à l'eau-forte d'Ed.

Hédouin; le _Voyage autour de ma chambre_, par Xavier de Maistre, ce

spirituel livre qui est le mieux réussi de la collection et qui est

aussi illustré d'eaux-fortes charmantes par Ed. Hédouin; les _Contes

rémois_, par le comte de Chevigné, avec eaux-fortes de Rajon, d'après

les dessins de J. Worms; les _Voyages de Gulliver_, illustrés par

Lalauze; _Gil Blas_, avec eaux-fortes de Los Rios; la _Physiologie

du goût_, qui contient de ravissantes vignettes à l'eau-forte, par

Lalauze, en tête des principaux chapitres; la _Vie des dames galantes_,

de Brantôme, avec gravures à l'eau-forte par Boilvin, d'après les

dessins d'Ed. de Beaumont, et quelques autres, selon votre goût et le

genre d'ouvrages que vous aimez. Mais tâchez d'acquérir de préférence

les exemplaires tirés de format in-8º sur papier Whatman ou sur papier

de Chine, qui contiennent les premiers tirages avant la lettre des

figures en épreuves supérieures.

Les _Œuvres (choisies) de Fr. Coppée_, publiées chez Lemerre, avec

eaux-fortes de Boilvin, forment encore un beau livre, très désirable.

Il y a plusieurs volumes superbes à choisir dans les belles séries en

divers formats publiées par la librairie et imprimerie Quantin. En

général, les meilleurs et les plus dignes d'une bibliothèque d'amateur

sont ceux qui ont paru en moyen ou petit format, toute question

d'importance et de prix à part. La petite collection antique renferme,

par exemple, des illustrations pleines d'originalité et en même temps

de grâce, et la partie typographique en est très soignée. Vous avez

assez de goût, mon ami, pour distinguer dans les autres séries ce qui

mérite de fixer votre attention et, d'ailleurs, la place que vous avez

à consacrer dans vos armoires aux ouvrages illustrés de grand format

pourra influer sur votre choix. La librairie Hachette et MM. Charavay

frères ont aussi publié quelques beaux volumes avec gravures.

M. Chamerot, qui s'était contenté jusqu'à présent d'imprimer pour

le compte des autres des volumes exécutés toujours avec un soin

particulier, et d'obtenir pour cela une médaille d'or à l'Exposition

universelle de 1878, vient d'adjoindre à sa maison des salons de

libraire-éditeur. Il a heureusement inauguré une série de publications

qu'il prépare, en donnant une édition de luxe de la _Chanson de

l'Enfant_, par Jean Aicard. Ce beau volume est illustré de dessins

charmants de Lobrichon, Rudaux et Steinlen, gravés sur bois avec un

vrai talent par L. Rousseau. C'est déjà une œuvre capitale et je vous

conseille de la mettre dans votre bibliothèque, en choisissant un

exemplaire sur papier du Japon. Vous y trouverez des épreuves superbes

_avant la lettre_ supérieures à celles du papier ordinaire.

Un jeune libraire, L. Conquet, a commencé de publier quelques livres

illustrés, qu'on s'arrache dès leur apparition; et c'est justice, car

ces volumes sont établis avec beaucoup d'intelligence, de goût et

d'art. Ce sont presque toujours des réimpressions de luxe des plus

intéressants ouvrages de nos auteurs modernes ou même contemporains.

L'éditeur a compris que les collections de volumes du même format,

ornés de la même façon, par les mêmes artistes ou les mêmes procédés,

devenaient d'une monotonie désespérante. Il s'est attaché à varier

le genre de ses livres, l'impression et les illustrations. Dans

quelques-uns, par exemple, comme le _Lion amoureux_, par Frédéric

Soulié, la _Chartreuse de Parme_, par Stendhal, il a essayé avec succès

de faire revivre la fine gravure au burin qui fit les délices des

bibliophiles et iconophiles d'antan, et dont le beau volume _la Peau

de chagrin_, de Balzac, édition de 1838, montre les plus intéressants

spécimens.

En rééditant le gracieux ouvrage d'André Theuriet, _Sous Bois_, avec

de charmantes compositions de Giacomelli gravées sur bois, il a

prouvé que, dans l'art du dessin et de la gravure même, aussi bien

qu'en musique, il est possible de faire de l'harmonie imitative, car

l'ensemble de ce volume est très beau. Il avait déjà réussi à souhait

en faisant exécuter de jolies gravures sur bois, pour _Mon oncle

Benjamin_, de Claude Tillier. Là ne s'arrêteront certainement pas les

belles publications de ce jeune éditeur. Du reste, j'ai vu chez lui en

préparation un livre appelé certainement à un grand succès: _le Rouge

et le Noir_, par Stendhal. Cet ouvrage ne contiendra pas moins de 80

compositions, toutes dessinées et gravées par Dubouchet, l'artiste

déjà apprécié et aimé, qui a reproduit en petit format les planches du

_Monument du costume au XVIIIe siècle_, par Moreau.

Je vous parlerais bien de _Mademoiselle de Maupin_, le curieux roman

de Théophile Gautier, dont L. Conquet a donné une superbe édition, que

je vous ai citée déjà; mais mon cœur se serre en pensant que l'artiste

chargé d'illustrer ce beau livre, Louis Leloir, vient de mourir à

quarante ans à peine, sans avoir pu achever son œuvre, dont on avait

déjà vu quelques charmants spécimens. Cet artiste était si sympathique,

que sa disparition a causé une profonde tristesse. Je sais bien qu'un

autre peintre et dessinateur de grand talent, M. Toudouze, prépare des

gravures qui devront être bien intéressantes aussi pour cet ouvrage;

mais la satisfaction de posséder un jour celles-ci ne me console pas du

chagrin de ne voir jamais paraître celles-là.

Vous achetez tous ces livres, à mesure qu'ils paraissent, et vous

choisissez des exemplaires sur papier supérieur; vous faites bien, car

cela s'épuise vite, et d'ailleurs avec de tels volumes on forme, à coup

sûr, une jolie bibliothèque.

Je m'intéresse moins aux réimpressions d'ouvrages anciens, antérieurs

à notre siècle, et je n'aime pas du tout les reproductions d'anciennes

gravures. Les fac-similés n'ont aucun mérite artistique; à peine s'ils

sont utiles pour populariser certaines œuvres, trop rares pour être

connues et appréciées d'après les originaux. Là, mon ami, j'ai trouvé

que vous faisiez un peu fausse route, en achetant plusieurs de ces

reproductions; mais ce n'est qu'une opinion toute personnelle et je

laisse au temps et à l'expérience qui vous vient tout doucement le soin

de vous désabuser.

L'énumération que je viens de vous faire d'un certain nombre de livres

illustrés pourrait être augmentée encore, car il existe d'autres

volumes de moindre importance qui méritent bien aussi de fixer

l'attention. Mais il arriverait que mes lettres ne seraient plus qu'une

sèche nomenclature et c'est ce que je voudrais éviter; elles sont déjà

assez arides comme cela.

Vous avez un moyen de vous renseigner plus amplement. Achetez l'ouvrage

intéressant et fait avec un soin remarquable, que vient de publier

M. Jules Brivois, la _Bibliographie des ouvrages illustrés du XIXe

siècle_. Vous y trouverez non seulement la description minutieuse

des livres en question, mais encore des appréciations très justes de

leur mérite artistique et des détails anecdotiques curieux sur la

publication des plus importants. Ce livre est incontestablement l'un

des meilleurs ouvrages de bibliographie qui aient été faits jusqu'ici.

[Illustration]

[Illustration]

X

N'ÊTES-VOUS pas étonné, mon ami, que dans l'énumération succincte

d'ouvrages bons à acquérir, j'aie laissé de côté tout ce qui a paru

antérieurement au XVIIe siècle? C'est à dessein pourtant que j'ai agi

ainsi. J'ai pensé qu'aucun amateur jeune ou nouveau ne commencerait par

collectionner ces ouvrages, mais je suis persuadé aussi que tôt ou tard

les meilleurs volumes des époques anciennes doivent trouver place dans

une bibliothèque bien entendue.

Parmi les livres nombreux qui parurent depuis la découverte de

l'imprimerie jusqu'à la fin du XVIe siècle, je vous en citerai

quelques-uns, que vous pourrez recueillir si vous les rencontrez

chemin faisant, dans vos excursions bibliophiliques. Puis je vous

dirai quelques mots des manuscrits de la Renaissance ou antérieurs à

cette brillante époque.

Outre les éditions _princeps_ des grands classiques anciens, comme

Homère et Virgile, que je vous ai citées, et aussi celles de quelques

autres auteurs grecs ou latins, poètes ou historiens, il est

intéressant de posséder les éditions les plus anciennes des principaux

écrivains français et étrangers, poètes ou conteurs surtout, comme

le _Rommant_ (sic) _de la Rose_, édition sans date, gothique, à 2

colonnes, que l'on suppose imprimée vers 1483 à 1485, par Guillaume

Leroy, à Lyon; ou encore une des éditions de ce curieux ouvrage,

imprimées par Vérard, ou celle de Galiot du Pré, 1529. Ce poème,

amoureux, satirique, contre les femmes, et même quelque peu libertin,

est toujours recherché. On y opposa à la même époque le _Champion des

Dames_, dont plusieurs éditions sont intéressantes et estimées.

L'un des principaux recueils de contes du temps, les _Cent Nouvelles

nouvelles_, composé, dit-on, à la cour de Louis XI, par les jeunes

seigneurs de son entourage, est un livre de premier ordre. On pourrait

chercher sans la trouver, pendant bien des années, l'édition originale

gothique de Vérard, 1486, car elle est d'une rareté insigne. Mais on

peut se contenter d'une de celles qui ont paru jusque vers 1532, car

toutes ont de la valeur et sont plus ou moins recherchées. Bien des

amateurs achètent une édition plus récente, celle de 1701, en 2 volumes

in-12, dont le texte n'est pourtant pas bon, mais qui contient de

curieuses gravures à l'eau-forte, par Romeyn de Hooghe; de même qu'ils

recherchent aussi l'édition de _Boccace_, en français, de 1697, 2

volumes in-12, avec figures du même artiste.

Quant au _Boccace_, outre l'édition originale, si précieuse, du

_Decameron_, en italien, publiée à Venise, chez Valdarfer, en 1471, les

grands amateurs estiment beaucoup les éditions françaises de la fin du

XVe siècle ou du commencement du XVIe.

Les premières éditions du XVe siècle, de Gringoire, de Coquillart,

sont d'une grande rareté, quelques amateurs les payent très cher; mais

ce sont là des livres dont le mérite littéraire est contestable; ils

rentrent plutôt dans le domaine de la curiosité que dans celui de la

bibliophilie.

Des ouvrages intéressants à posséder, ce sont les différents romans de

chevalerie, qui parurent depuis 1480 environ jusque vers 1550. Je puis,

sans crainte de vous voir encombrer vos bibliothèques, vous conseiller

d'acheter les principaux, car vous aurez de la peine à en trouver

quelques-uns, tant ils sont tous rares. L'un des plus anciens imprimés,

_le Roman de Fier-à-Bras le géant_, remonte à 1478. Viennent ensuite:

_le Roman de Mélusine_; _l'Arbre des Batailles_; _Histoire de Tristan,

fils de Méliadus de Leonoys_; _les Neuf Preux_; _Lancelot du Lac_; _le

Livre du vaillant chevalier Artus ... de Bretaigne_; _les Quatre Fils

Aymon_; _Ogier le Dannoys_; _Gyron le Courtoys_; _la Conqueste du grand

roy Charlemaigne_; _la Vie de Robert le Diable_; _Galien Rethoré_;

_Huon de Bordeaux_; _l'Histoire du sainct Greaal_; _Amadis de Gaule_;

_Histoire du roy Perceforest_; _le Roman de Jehan de Paris_; _Histoire

et chronique du petit Jehan de Saintré_; _Histoire de Gérard, comte

de Nevers_; _le Roman de Richard sans paour_; _le Roman de la belle

Helayne_ (sic) _de Constantinople_, etc., etc.

L'une des bibliothèques les plus importantes formées dans notre siècle,

celle de M. Didot, contenait un certain nombre de ces ouvrages; mais

il en manquait encore beaucoup. Contentez-vous donc de ceux que vous

trouverez, mon cher ami, pourvu que les exemplaires soient beaux et

bien conservés.

Au nombre des livres les plus intéressants et les plus recherchés

du XVIe siècle, il faut vous citer d'abord les premières éditions

des œuvres de Villon, celles des œuvres de Clément Marot, surtout

l'_Adolescence Clementine_, édition de 1532, imprimée pour Pierre

Roffet, dit le Faucheur, par Geofroy Tory; et la _Suite de

l'Adolescence Clementine_, du même éditeur, soit l'édition sans date,

soit celle qui est datée de 1534. Les autres éditions précieuses et

plus complètes de ce poète sont: celle d'Étienne Dolet, 1538, celle de

François Juste, imprimée à Lyon par Jehan Barbou, en 1539, et surtout

celle de Dolet, 1542. Cette dernière est fort jolie comme impression,

en lettres rondes, et on y trouve des pièces omises jusque-là dans les

autres. L'édition de Lyon, à l'enseigne du Rocher, 1544 ou quelquefois

1545 (la date seule est changée), présente encore un grand intérêt; les

poésies sont classées là pour la première fois dans l'ordre des genres,

ordre qui a été adopté définitivement depuis; en outre, elle est belle

et bien imprimée. Ces diverses considérations la font rechercher

beaucoup des bibliophiles.

On estime toujours et on paye encore très cher, les _Marguerites de la

Marguerite des princesses... royne de Navarre_, édition de 1547, et le

fameux recueil de contes de la même princesse, intitulé: _Heptaméron

des nouvelles de... Marguerite de Valois, royne de Navarre_, édition

de 1559, la première portant ce titre. Si vous trouviez le même livre,

qui avait paru d'abord sous le titre: _Histoire des amans fortunez_,

à Paris chez Gilles Gilles, 1558, vous pourriez vous vanter d'avoir

découvert un trésor rarissime.

Les _Euvres de Lovize Labé lionnoize_, édition de Lyon, Jan de

Tournes, 1555, est d'une telle rareté, qu'un exemplaire bien conservé

vaudrait aujourd'hui de 5 à 6000 francs. C'est cette plaquette

précieuse, un volume très mince, de format petit in-8º, relié avec

une riche mosaïque de Trautz-Bauzonnet, qui figura, il y a quelques

années, dans la bibliothèque de M. Ernest Quentin-Bauchart et fut

acquis au prix de 15,000 francs, par le regretté baron James de

Rothschild. Le même amateur, dont la mort vient de laisser en deuil

toute la bibliophilie, avait également acquis dans ces derniers temps

un autre petit volume de haute curiosité et faisant bien le pendant du

précédent, les _Rymes de..... Pernette du Guillet, Lyonnoise_, édition

de Jan de Tournes à Lyon, 1545. Ce livret doit lui avoir coûté à peu

près aussi cher que le premier, avec le prix de la reliure en mosaïque,

qu'il a fait établir par le même artiste.

A côté de l'_Heptameron_, cité ci-dessus, on peut placer un autre

livre de contes, intitulé: _les Nouvelles Récréations et joyeux devis

de feu Bonaventure Des Periers_, édition de Robert Granjon, à Lyon,

1557, laquelle présente une particularité intéressante, celle d'être

imprimée entièrement en caractères dits _de civilité_, très élégants

et très corrects; comme elle est fort rare d'ailleurs, on la paye

cher. Le nombre des livres imprimés avec ces caractères de civilité

n'est pas considérable et les amateurs les recherchent; toutefois ils

n'attribuent une grande valeur qu'aux ouvrages qui ont de plus un

mérite littéraire ou historique, comme le volume précédent.

Il ne faut pas que j'oublie de vous mentionner les différentes éditions

originales des œuvres de Rabelais. Le grand réformateur de la langue

française, le maître en esprit gaulois, publia ses ouvrages par

fragments ou par livres, lesquels sont devenus si rares qu'on ne les

trouve même pas dans les dépôts publics. L'édition originale du premier

livre, du _Gargantua_, paraît même avoir entièrement disparu, car on

ne connaît pas d'édition antérieure à la première du _Pantagruel_,

de Paris, Claude Nourry (sans date, mais probablement de 1532).

Cependant il est vraisemblable que le _Gargantua_ a été écrit avant

le _Pantagruel_, lequel y fait suite naturellement. On connaît bien,

sous la date de 1532, une plaquette rarissime, intitulée: _les Grandes

et inestimables Cronicques du grant et énorme geant Gargantua....

Nouvellement imprimees à Lyon..._ 1532; mais, quoi qu'en dise Jacq.-Ch.

Brunet, pourtant très compétent, des érudits prétendent que cet

opuscule n'est pas de Rabelais. En effet, il diffère entièrement du

_Gargantua_ que le fameux «curé de Meudon» a placé en tête de ses

œuvres. Plusieurs éditions et imitations de ce petit livre parurent

dans les mêmes années.

Le vrai _Gargantua_, tel qu'on le retrouve plus tard dans les œuvres

avouées de Rabelais, n'aurait paru pour la première fois avec date

qu'en 1535, à Lyon, chez François Juste, de format in-24 allongé,

impression en gothique. Jusqu'à présent on joint cette édition à

celle du _Pantagruel_ publiée en 1533, à Lyon, chez le même éditeur

et dans le même format. On forme avec ces deux petits livres et ceux

que je vais citer, un ensemble des œuvres originales de Rabelais,

que possèdent seulement deux ou trois amateurs. Une autre édition du

_Pantagruel_, de même format, datée de 1534, mais sans nom d'imprimeur,

est encore intéressante à posséder, parce qu'elle offre un texte un peu

différent du précédent, et très augmenté. Ce petit volume, fort rare

aussi, peut se joindre encore au _Gargantua_, de François Juste, 1535,

car le titre est entouré de la même bordure; et, comme le pense avec

raison Brunet, ces deux livres doivent venir du même éditeur.

A partir de l'édition de 1537, on trouve, à la suite des deux

livres décrits ci-dessus, deux opuscules intitulés: _Pantagrueline

prognostication..... pour l'an....._ (l'année varie suivant l'édition),

et _le Voyage et navigation que fist Panurge, disciple de Pantagruel

aux isles étranges_. Mais l'attribution de ces deux pièces à Rabelais

est très contestable et d'ailleurs contestée. La première de ces pièces

avait paru d'abord dans le format in-4º, vers 1532, à la même époque à

peu près que la première édition du _Pantagruel_, publiée aussi dans ce

format.

On continue la série des œuvres originales de Rabelais, en joignant

aux petits volumes ci-dessus désignés, le _Tiers Livre des faictz et

dictz héroïques du noble Pantagruel, composez par M. Franc. Rabelais,

docteur en medicine et calloier des Isles Hieres_, édition rare et

précieuse, portant la rubrique: _A Paris, par Christian Wechel, a lescu

de Basle_; 1546, de format petit in-8º; ou l'une des deux éditions,

rares également, imprimées à Lyon, par Pierre de Tours, en 1547, sans

son nom, ou sans date, avec son nom. Et si l'on veut avoir un meilleur

texte, on tâche de trouver celle de _Paris, de l'imprimerie de Michel

Fezandat_, 1552, revue et augmentée par Rabelais lui-même et donnant

son texte définitif.

D'ailleurs cette édition va très bien avec la suite, que voici: _le

Quart Livre des faits et dicts héroïques du bon Pantagruel..... Paris,

de l'imprimerie de Michel Fezandat_, 1552, de format petit in-8º,

laquelle forme la fin de l'œuvre qui peut être attribuée avec certitude

à Rabelais.

Cependant on y joint encore: _le Cinquiesme et dernier Livre des

faicts et dicts héroïques du bon Pantagruel_..... paru en 1564,--onze

ans après la mort de Rabelais,--et publié par un nommé Jean Turquet,

lequel a signé de son anagramme _Nature quite_ une épigramme intitulée

«Rabelais est-il mort?» placée après la table de ce volume. Les curieux

recherchent aussi un fragment de ce cinquième livre, paru deux ans

auparavant, sous le titre: _l'Isle sonnante, par maistre François

Rabelais..... imprimé nouvellement_, 1562, plaquette rare, petit in-8º,

dont le texte fut un peu modifié dans le volume ci-dessus.

Il est intéressant encore de posséder avec ces diverses œuvres

originales, le fameux et bizarre volume intitulé: _les Songes

drôlatiques de Pantagruel, ou sont contenues plusieurs figures de

l'invention de maistre François Rabelais_..... première édition de

Paris, Richard Breton, 1565, de format petit in-8º. Ces figures

grotesques et satiriques furent inspirées à un artiste humoriste par

les œuvres de Rabelais, mais non dessinées par lui, comme semble

l'indiquer le titre. Le recueil en est très rare et très cher.

Vous ferez bien d'acquérir l'édition complète des _Œuvres de Rabelais_,

publiée à Amsterdam chez Henry Bordesius, en 1611, contenant 5 volumes

petit in-8º. C'est une des meilleures; elle contient d'intéressantes

remarques de Le Duchat et Bernard de la Monnoye. Choisissez le grand

papier. Une superbe édition a paru en 1741; elle renferme 3 volumes

in-4º, ornés de portraits et de belles gravures d'après Bernard Picart

et Du Bourg. Mais le texte est moins correct que dans celle de 1711.

Parmi les poètes de la fin du XVIe siècle, vous pouvez acheter les

œuvres de J.-Antoine de Baïf, de Remy Belleau, de Joachim Du Bellay.

Surtout, ne manquez pas d'avoir les œuvres de Ronsard, dont la plus

belle édition est celle de 1567, en 6 tomes petit in-4º; la plus

complète et la meilleure est celle de Paris, chez Nicolas Buon, 1623,

mais elle est de format in-folio et par conséquent moins facile à

placer dans des rayons. Les _Œuvres de Vauquelin de La Fresnaye_

sont fort recherchées; l'édition de 1605 ou celle de 1612, qui n'est

autre que la même avec un nouveau titre, se vendent cher. Un autre

poète, normand comme Vauquelin, est assez estimé et ses œuvres offrent

d'ailleurs un certain intérêt très piquant. C'est Courval-Sonnet,

gentilhomme virois. La plupart de ses pièces sont satiriques et forment

contraste, par leur allure libre et gauloise, avec la poésie fade et

un peu naïve de cette époque. On trouve difficilement la première

édition, datée de 1621, intitulée _les Satyres du sieur Thomas de

Courval-Sonnet et Satyre Ménippée sur les poignantes traverses du

mariage_, in-8º, et surtout l'édition originale séparée de 1609, de la

_Satyre Menippée contre les femmes et les poignantes incommoditez du

mariage_. Les éditions suivantes sont toutes presque aussi rares; celle

de 1622, sous le titre d'_Œuvres satyriques_, est très recherchée,

ainsi que celle de 1627; cette dernière est la plus complète de toutes.

Enfin Malherbe vint...

Nous arrivons à Malherbe et quand je vous aurai donné le conseil

d'acheter l'édition originale si précieuse de ses œuvres, publiée à

Paris, chez Ch. Chappelain, en 1630, ou la bonne et belle édition

donnée en 1757, par Lefebvre de Saint-Marc, je m'arrêterai là dans

mes citations. Les œuvres de Malherbe forment en effet une transition

toute naturelle entre les ouvrages des poètes de la Pléiade et autres

écrivains du XVIe siècle que je viens de citer, et les ouvrages

immortels de nos grands génies du XVIIe, que je vous ai énumérés

ailleurs.

[Illustration]

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L'art d'aimer les livres et de les connaître: lettres à un jeune bibliophile · 第 15 / 31 题