En même temps, un second courant plus faible mais plus efficace

s'était établi. Glasgow, où avait enseigné Simson, où enseignait

Hutcheson, était justement, nous l'avons vu, l'Université où un grand

nombre des ministres presbytériens de l'Écosse et la plupart de ceux

de l'Irlande recevaient leur éducation. Hutcheson y avait comme

collègue un professeur de théologie, le Dr Leechman, qui, sans avoir

sa vigueur de pensée, partageait sa largeur de vues[200]. Par

l'influence de ces deux hommes, une nouvelle génération de ministres

pénétra dans le peuple. «C'est grâce à Hutcheson et à lui, dit le Dr

Carlyle qui avait lui-même été leur élève, qu'une nouvelle école se

forma dans les provinces ouest de l'Écosse où, jusqu'à cette époque,

le clergé était étroit et intolérant, avec un esprit qui ne s'était

jamais aventuré au-delà des limites d'une stricte orthodoxie. Car bien

qu'aucun de ces professeurs n'enseignât aucune hérésie, cependant ils

ouvrirent et élargirent les esprits des étudiants, ce qui leur donna

bientôt un tour de libre recherche, dont le résultat fut la franchise

et le libéralisme des sentiments. L'expérience prouva que cette

liberté de pensée n'était pas aussi dangereuse qu'on pouvait d'abord

l'appréhender, car bien que la téméraire jeunesse fît des excursions

dans les régions illimitées de la perplexité métaphysique, cependant

tous les judicieux revenaient bientôt à la sphère plus basse des

vérités établies depuis longtemps, qu'ils trouvèrent, non seulement

utiles au bon ordre de la société, mais nécessaires pour fixer leurs

esprits dans quelque degré de stabilité[201].»

[Note 200: Voir _Sermons by William Leechman_, D.D. publiés

avec une vie par James Wodrow. Les titres et les textes de

ces sermons suffisent à marquer la différence avec les

prédications d'alors et le livre de Boston: _Sermon VIII;

The Excellency of the spirit of Christianity_, 2 Timothy.

For God hath not given us the spirit of fear, but of power

and of love and of a sound mind. _Sermon XIII_; _On the

Propriety and Usefulness of Religious gratitude_, Psalm

CVII, 8: Oh, that men would praise the Lord for his goodness

and for his wonderful works to the children of men. _Sermon

XVII; Jesus Christ full of grace_ etc. On voit le contraste

avec les sermons de damnation. Ces sermons sont du reste

ternes et minces.--Voir aussi Dr Alex. Carlyle, chap. III.

Leechman fut aussi persécuté malgré ses talents et son

caractère.--Voir John Tulloch. _The Church of the Eighteenth

Century_, p. 273-75, _(St.-Giles' Lectures)_.]

[Note 201: _Autobiography of Dr Alex. Carlyle_, chap. III,

p. 84.]

Ces nouvelles recrues du clergé, en augmentant d'année en année, ne

tardèrent pas à former un parti plus jeune, plus éclairé, plus

libéral, qui apportait plus de largeur dans la doctrine et plus de

douceur dans la pratique. Selon le conseil de Hutcheson, ils mettaient

dans leurs sermons moins de discussion et de définitions théologiques,

et plus de conseils moraux et pratiques. L'ancien clergé étroit,

intolérant, et souvent ignorant, les regardait avec défiance, gardant

jalousement son ancienne rigidité et sa prédication purement

doctrinale. Peu à peu, il se forma dans l'église deux partis opposés

et bientôt ennemis: les jeunes et les vieux, les modérés et les

extrêmes. On désigna l'ancien parti sous le nom de _Old Light_

«l'Ancienne Lumière» et le nouveau sous celui de _New Light_, «la

Nouvelle Lumière». Bientôt, dans les paroisses, dans les presbytères

et jusqu'à l'Assemblée Générale, les deux partis furent aux prises,

avec ce qu'un membre du clergé d'alors appelle lui-même une acrimonie

théologique.

Cette hostilité, qui existait un peu partout, était particulièrement

vive dans le district où résidait Burns, parce que les provinces de

l'ouest avaient toujours été la citadelle du presbytérianisme le plus

rigide, et qu'en même temps, elles fournissaient la plupart des

étudiants de l'Université de Glasgow, à cause du voisinage[202]. Il en

résulta que les deux extrêmes furent en présence et que la lutte était

là d'une animosité plus violente qu'ailleurs. Il était difficile

qu'elle n'outrepassât point les limites. Autour de la Nouvelle

Lumière, se rangeaient des hommes jeunes et ardents, et ils avaient

devant eux des adversaires qui devaient les amener aux extrémités de

la raillerie, tant ils étaient ridicules, et, par certains côtés,

odieux. Lockhart a tracé de ce clergé retardataire un tableau qu'il

convient de reproduire, tant on craindrait d'être accusé d'exagération

si on lui en substituait un qui n'eût pas l'autorité de sa parfaite

connaissance des choses écossaises, et la garantie de son

impartialité. «Les antagonistes marquants de ces hommes (les jeunes)

et les champions choisis de la Old Light, en Ayrshire--cela est

maintenant admis par tout le monde--présentaient, en bien des points

de leur conduite ou de leurs maximes, une cible aussi large que celles

qui ont jamais tenté les traits d'un satirique. Ces hommes se

vantaient d'être les descendants et les représentants légitimes et non

dégénérés des Puritains qui, après avoir été les principaux auteurs de

la ruine de la papauté en Écosse, avaient régenté pendant quelque

temps et auraient volontiers continué à régenter la royauté et le

peuple, sous une domination plus tyrannique que le clergé catholique

lui-même n'avait jamais été capable d'en exercer dans cette nation

courageuse. Ayant toujours à la bouche les horreurs du système papal,

ces hommes étaient réellement, dans leurs coeurs, des moines aussi

fanatiques et des inquisiteurs presque aussi implacables que ceux qui

jamais portèrent corde et capuchon. Austères et désagréables d'aspect,

bourrus et répugnants de langage et de manières, c'étaient de

véritables Pharisiens en ce qui concernait les petites pratiques de la

loi, et beaucoup d'entre eux, au moins pour l'apparence, débordaient

d'orgueil pharisaïque et de fiel monastique. Que d'admirables qualités

fussent cachées sous cet extérieur grossier, se mélangeant aux plus

mauvaises de ces sombres passions et les tenant en échec, c'est ce

dont aucun homme sincère ne se permettra de douter; que Burns ait

fortement chargé ses portraits, noircissant les ombres déjà assez

profondes par elles-mêmes et omettant tout à fait des traits de

caractère plus brillants et peut-être plus tendres qui restituaient

les originaux aux sympathies des hommes les plus dignes et les

meilleurs, c'est ce qui semble également évident[203].»

[Note 202: R. Chambers, tome I, p. 122.]

[Note 203: Lockhart. _Life of Burns_, p. 59.]

Entre la vivacité des uns et la brutalité des autres, le conflit ne

tarda pas à perdre toute mesure. De toutes parts, les reproches, les

accusations, les injures, les diffamations même, volaient de toutes

les chaires. Les congrégations prenaient parti pour leur ministre.

Tout le pays était en émoi. «La polémique de Divinité, dit Burns, vers

cette époque, affolait à moitié la contrée[204]»; et Lockhart, en

parlant de ces divisions s'exprime ainsi: «Il est impossible de

contempler maintenant la guerre civile qui sévissait parmi ces hommes

d'église de l'ouest de l'Écosse, sans confesser que, de chaque côté,

il y a eu beaucoup à regretter et pas peu à blâmer. Des esprits

orgueilleux et hautains étaient malheureusement opposés les uns aux

autres, et, dans un déploiement exagéré de zèle à propos des points de

doctrine, aucun des deux partis ne semble avoir apporté beaucoup de la

charité de l'esprit chrétien. Le spectacle d'une si indécente violence

parmi les principaux ecclésiastiques du district agissait

défavorablement sur les esprits des hommes. Personne ne peut douter

que, dans l'état des principes de Burns qui étaient, à mettre les

choses au mieux, fort indécis, ce résultat n'ait été, en ce qui le

concernait, très funeste[205].»

[Note 204: _Autobiographical Letter to Dr Moore._]

[Note 205: Lockhart. _Life of Burns_, p. 57.]

Dans cette bataille, il se trouvait que les deux ministres d'Ayr, le

Dr Dalrymple, qui avait baptisé Burns, et le Rev. Mac Gill

appartenaient à la Jeune Lumière. Le ministre de Mauchline, le Rev.

Auld appartenait à la Vieille Lumière. La Kirk-session de Mauchline se

composait avec lui de deux anciens nommés William Fisher et John

Sillars. Celui-ci semble avoir été un brave homme, mais Fisher était

une sorte de tartufe puritain à qui Burns infligea, dans son _Saint

Willie_, une déshonorante immortalité. Il y avait, dans la ville

voisine de Kilmarnock, un autre représentant de l'ancien parti nommé

le Rev. John Russell et désigné, dans les satires de Burns, sous le

nom de Black Jock. C'était un géant, rude, redouté de tous, hurlant

d'une voix de stentor des sermons qui s'entendaient à un mille, et

ébranlant la chaire de ses formidables coups de poing. Tels étaient

les principaux personnages ecclésiastiques dans l'entourage de Burns,

et leur situation.

Cet exposé de l'esprit et de l'organisation de la religion

presbytérienne et de la situation des deux partis, est peut-être un

peu long, mais il nous a paru nécessaire. «Le lecteur anglais, dit

Lockhart, qui ignore tous ces détails, ne sera certainement jamais

capable de saisir les mérites ou les démérites de maintes des plus

remarquables productions de Burns[206].» Il nous a paru que le lecteur

français avait encore plus besoin de ces renseignements que le lecteur

anglais. Sans eux, il serait presque impossible de rien comprendre à

cette période de la vie de Burns.

[Note 206: Lockhart. _Life of Burns_, p. 56.]

* * * * *

Sa nature franche et sa forte vitalité, son besoin de libre allure

devaient lui faire prendre en haine ce régime d'espionnage qui

encourageait l'hypocrisie et emprisonnait l'existence dans la

tristesse. Peut-être cependant ne serait-il pas entré dans la mêlée

s'il n'avait eu que ces répugnances générales. Mais il fut atteint

lui-même par cet odieux système de surveillance, et il n'était pas de

ceux qu'on attaque impunément.

Voici à quel propos la lutte s'engagea. Lorsque la famille de Burns

s'était transportée de Lochlea à Mossgiel, la servante que Burns avait

séduite, Élizabeth Paton, était retournée dans sa famille, dans une

paroisse voisine. Il ne tarda pas à devenir apparent qu'elle était

enceinte. La chose commençait à s'ébruiter dans le pays. Un de ses

amis, le jovial fermier John Rankine, en donna avis au poète, qui lui

répondit, en plaisantant, qu'il s'attendait bien à quelque noise avant

peu. Il avait joué ce jeu dangereux trop de fois pour ne pas y être

pris enfin:

Je m'y suis risqué une fois ou deux,

Et peut-être même bien pas loin de trois fois;

Et je n'avais jamais rencontré la surprise

Qui eût brisé mon repos;

Mais, ce coup-ci, il y aura probablement du bruit;

Il y a un courlis dans le nid[207].

[Note 207: _Reply to an announcement by J. Rankine._]

Des cas de ce genre n'échappaient pas longtemps à la vigilance des

Kirk sessions. La pauvre fille fut condamnée à paraître dans l'église

de sa paroisse sur l'escabeau du repentir. Il eût été possible à Burns

de s'éviter l'humiliation d'y paraître lui-même, car la règle de la

discipline portait que, lorsque les personnes impliquées dans une

accusation d'impudicité vivaient dans des paroisses différentes, la

censure était infligée là où la femme vivait ou bien dans l'endroit

où le scandale avait été notoire[208]. Mais il eut toute sa vie ce

mérite de ne pas essayer d'éluder les conséquences de ses folies.

Bravement, il alla de lui-même prendre place à côté de celle qui était

humiliée à cause de lui.

[Note 208: Chamberlayne. _Magnæ Britanniæ Notitia_, Part II,

Book II, _Method of Discipline_.]

Devant la Congrégation entière,

Je répondis à l'appel loyalement;

Ma belle Betsy à mon côté,

Nous reçûmes une rare antienne;

Mais, par amour d'elle, je fais ce voeu,

Et je jure solennellement

Que, tant qu'il me restera une couronne,

Elle est bienvenue à la partager[209].

[Note 209: Voir la note de Scott Douglas dans son édition de

la vie de Burns de Lockhart, p. 55.]

On peut imaginer la scène: Les deux coupables attendaient à la porte

de l'église jusqu'à la fin de la première prière; le sacristain les

faisait alors entrer et les conduisait à l'escabeau où ils recevaient

leur réprimande et demeuraient pendant tout le sermon, exposés à tous

les regards[210]. Ils étaient reconduits dehors avant la prière de la

fin. On voit la femme, essayant, la tête baissée, de cacher sa

confusion, et, à côté d'elle, le front haut, et avec un air de défi,

ce jeune paysan dont les yeux noirs devaient laisser paraître

d'étranges menaces de colère et de dédain.

[Note 210: Ch. Rogers. _Scotland Social and Domestic_, p.

352.]

Des châtiments de ce genre n'étaient pas faits pour dompter une âme

altière et fougueuse comme celle-là. Burns sortit de cette réprimande

exaspéré contre ceux qu'il appela, à partir de ce moment, des

hypocrites, avec je ne sais quel air de fanfaronnade et de bravoure,

affectant de se glorifier plutôt que de se repentir de ce qu'il avait

fait et proclamant qu'il recommencerait dès qu'il en aurait

l'occasion. C'est ce qu'il déclarait à son ami John Rankine, en lui

racontant dans une épître comment les choses s'étaient passées. C'est

la première de sa charmante série d'épîtres, et la première pièce

importante composée à Mossgiel. Il reproche d'abord à son

correspondant de griser abominablement les saints et de leur faire

dire ensuite les mille et une horreurs. Ce vieux coquin de Rankine,

qui était coutumier de ces tours, avait en effet, quelque temps

auparavant, offert à un édifiant personnage un verre de _toddy_, c'est

un mélange de whiskey et d'eau chaude. Mais il avait eu soin de faire

verser du whiskey dans l'eau de la bouilloire, en sorte que plus le

dévot pensait rallonger son verre, plus il le corsait et qu'il fut

ivre de fond en comble, au parfait ébaudissement de Rankine[211].

Comme la vérité est dans le whiskey autant que dans le vin, il est

probable que le malfaisant fermier faisait parler ses victimes.

[Note 211: Scott Douglas, vol. I, p. 71.]

Vous avez tant de contes et de tours,

Et, dans vos méchantes brindes et ribotes,

Vous faites des diables avec les saints,

Et vous les soulez jusqu'en haut;

Et alors leurs défauts, leurs pailles et leurs manquements,

On aperçoit tout.

Par pitié épargnez l'Hypocrisie!

Cette sainte robe, oh! ne la déchirez pas!

Épargnez-la, au nom de ceux qui la portent souvent,

Les gens en noir;

Mais votre maudit esprit, quand il en approche,

La leur arrache du dos.

Pensez, méchant pécheur, au mal que vous faites:

C'est la «robe bleue», la livrée et le vêtement

Des saints; ôtez-leur cela, vous ne leur laissez rien

Pour les distinguer

De païens non rachetés,

Comme vous ou moi[212].

[Note 212: _Epistle to John Rankine._]

On sent déjà dans ces strophes la main impatiente de frapper, l'homme

qui est sur le point de porter la guerre chez l'ennemi et qui n'attend

que la première opportunité. Après ce début, il raconte sa propre

aventure, sur un ton qui laisse voir les dispositions d'esprit qu'il

en avait rapportées.

Ma foi, je n'ai pas le coeur à chanter!

Ma Muse peut à peine ouvrir l'aile;

Je me suis joué à moi-même un joli air

Et j'ai dansé mon soûl!

J'aurais mieux fait de partir et de servir le roi

À Bunkers-Hill.

C'était une nuit, récemment, tout content,

J'étais parti me promener avec un fusil,

Et voilà que j'amenai une perdrix à terre,

Une jolie poule;

Et comme le crépuscule était venu

Je crus qu'on n'en saurait rien.

La pauvre petite créature était peu blessée;

Je la caressai un peu, par jeu,

Ne pensant pas qu'ils me tracasseraient pour cela;

Mais, le diable m'emporte!

Quelqu'un raconte à la cour de braconnage

Toute l'histoire.

Quelques vieux friands experts avaient bien vu

Que telle poulette avait reçu du plomb,

On soupçonna que j'étais dans l'affaire,

Je dédaignai de mentir,

Aussi j'eus pour mon sou mon sifflet,

Et je payai l'amende.

Mais par mon fusil, le roi des fusils,

Et par ma poudre et par mon plomb,

Et par ma poule et par sa queue,

Je promets et je jure

Que, par moor et vallon, le gibier me paiera

Cela l'année prochaine[213].

[Note 213: _Epistle to John Rankine._]

C'était un singulier résultat de cette grave leçon. Lorsqu'on avait à

faire à de mauvaises têtes prêtes à tout risquer, c'était souvent ce

qui arrivait. La résolution de Burns était cousine du stratagème de ce

méchant gars de Nichol Snipe, le garde-chasse, qui avait tellement

interloqué M. Balwhidder, le bon et simple ministre des _Annales de la

Paroisse_. C'est une des jolies anecdotes de ce charmant livre et elle

montre à quel point de bravade ces humiliations publiques poussaient

parfois des natures inflexibles. M. Balwhidder raconte que ce Nichol

et la fille qu'il avait séduite furent obligés de se tenir debout dans

l'église. Le reste de la scène demande à être dit par lui-même. «Mais

Nichol était un vaurien perdu, car il arriva avec deux habits: l'un

boutonné par derrière et l'autre boutonné par devant; et deux

perruques de mylord, qui lui avaient été prêtées par le valet de

chambre: l'une sur sa figure et l'autre à sa vraie place; et il se

tenait le visage contre la muraille de l'église. Quand je l'aperçus de

la chaire, je lui dis «Nichol, vous devez vous tourner de mon côté.»

Sur quoi, il se retourna, il est vrai, mais il me présenta le même

aspect que son dos. Je demeurai confondu et je ne savais pas quoi

dire, mais je lui criai d'une voix de courroux: «Nichol! Nichol! si

vous aviez toujours été de dos, vous ne seriez pas ici aujourd'hui» et

ces paroles eurent un tel effet sur toute la congrégation que le

pauvre garçon souffrit ensuite plus de ma moquerie que si je l'avais

réprimandé de la manière prescrite par la session[214].» Il y avait un

peu de Nichol dans la façon dont Burns avait reçu la réprimande du

révérend.

[Note 214: _Annals of the Parish_, chap. V, A D, 1764.]

Lorsque, quelque temps après, Élizabeth Paton accoucha d'une fille, il

répondit à la censure qu'il avait dû subir, par une pièce intitulée,

_Bienvenue d'un poète à sa fille, enfant de l'amour_, pièce charmante

dans son genre, toute pleine de mots caressants pour le petit être qui

lui donnait pour la première fois droit «à la vénérable appellation

de père»[215], avec une pointe d'émotion et de tendresse derrière le

défi.

[Note 215: _A poet's Welcome to his love begotten

Daughter._]

Tu es la bienvenue, fillette; le malheur me prenne

Si ta pensée ou celle de ta mère

M'intimide ou m'effraye jamais,

Ma jolie petite dame;

Ou si je rougis quand tu m'appelleras

Tata ou papa.

Ils peuvent maintenant m'appeler fornicateur,

Et tracasser mon nom dans leur bavardage rustique;

Plus ils parlent et plus je suis connu;

Qu'ils clabaudent donc!

Une langue de femme est mince matière

À troubler un homme!

Bienvenue! ma jolie, douce, mignonne fillette,

Bien que tu sois venue un peu sans être demandée,

Et bien que ta venue m'ait mis aux prises

Avec l'église et le choeur;

Cependant, par ma foi, j'avais fait ce qu'il fallait,

Ça, j'en donne ma parole!

Mignonne image de ma jolie Betty,

Quand je t'embrasse et je te caresse paternellement

Aussi chère, aussi proche de mon coeur je te place,

Aussi volontiers,

Que si ta naissance avait été vue par tous les prêtres

Qui ne sont pas encore en enfer!

Doux fruit de mainte rencontre joyeuse,

Maintenant c'en est fait de mon plaisant labeur,

Puisque tu es venue au monde obliquement,

Ce qui fait rire les imbéciles;

Dans mon dernier sou tu as ta part,

Et c'est la plus grosse moitié.

Quand je devrais en être pauvre et ruiné,

Tu seras aussi belle, aussi bien vêtue,

Et tes jeunes années aussi bien élevées

Dans l'éducation,

Que n'importe quel mioche de lit conjugal,

De ta position.

Dieu fasse que tu puisses hériter

La personne, la grâce, le mérite de ta mère,

Et l'esprit de ton pauvre et indigne père,

Sans ses défauts,

J'aimerais mieux te voir héritière de cela

Que de fermes bien garnies.

Si tu es ce que je voudrais que tu sois,

Si tu prends les conseils que je te donnerai,

Je ne regretterai jamais mes tracas à propos de toi,

Ni le coût, ni l'affront;

Mais je serai un père aimant pour toi

Et fier d'en porter le nom[216].

[Note 216: _A Poet's Welcome._]

Cette fillette si joliment saluée par son père fut prise et tendrement

élevée à Mossgiel, par la mère de Burns et par ses soeurs. Elle fut

l'enfant de la maison. On devine, à quelques lignes écrites plus tard,

les rentrées au logis de Burns et les caresses d'enfant.

De mioches, j'en suis plus que satisfait,

Le ciel m'en a envoyé une de plus que je ne demandais;

Ma petite Bess fraîche, souriante, chèrement achetée,

Elle regarde à grands yeux son père dans le visage[217].

Quand Burns partit, elle resta avec sa grand'mère. À vingt-et-un ans,

elle reçut en dot dix mille francs pris sur les fonds souscrits pour

la veuve et les enfants du poète. Elle se maria et mourut en 1816 à

l'âge de trente-deux ans. Elle ressemblait, dit-on, beaucoup à son

père.

[Note 217: _The Inventory._]

* * * * *

Le prêtre qui avait humilié ce jeune paysan ne s'était pas douté de

l'ennemi qu'il préparait au clergé. Tout frémissant de colère sur

l'escabeau, Burns s'était juré de se venger et la première occasion ne

se fit pas attendre. Il arriva, avant la fin de l'année, que deux des

principaux ministres du parti de Auld Light, un révérend Moodie qui

était ministre de Riccarton et l'énorme John Russell de Kilmarnock se

querellèrent à propos des limites de leurs paroisses. Ils portèrent le

cas devant le presbytère d'Irvine, et là, dans une séance publique qui

avait attiré tout le pays des alentours et Burns parmi beaucoup

d'autres, les deux révérends, jusqu'alors amis, apportant dans leurs

invectives la violence de leurs sermons, s'insultèrent grossièrement

en face de leurs partisans consternés et de leurs adversaires

amusés[218]. Burns était à l'affût. Aussitôt il composa sa première

satire: _Les deux Pasteurs ou la Sainte Bagarre, histoire étrangement

triste._ Il les comparait, avec des détails qui poursuivaient la

comparaison jusque dans ses dernières allusions, à deux bergers dont

les troupeaux, pendant qu'ils se querellaient, étaient exposés à tous

les dangers.

[Note 218: Lockhart. _Life of Burns_, p. 60.]

Ô vous tous, saints troupeaux pieux,

Bien nourris dans les pâturages orthodoxes,

Qui maintenant vous gardera du renard

Ou des chiens rôdeurs?

Ou qui aura soin des brebis égarées ou âgées,

Aux abords des fossés?

Les deux meilleurs bergers de tout l'ouest,

Qui aient jamais soufflé dans la trompe de l'Évangile

Ces vingt-cinq derniers étés,

Oh, horrible à dire!

Ont eu une amère et noire querelle

Entre eux.

Ô, Moodie, homme, et toi, verbeux Russell,

Comment pûtes-vous susciter un pareil fracas;

Vous verrez comme les bergers de la «Jeune Lumière» vont siffler,

Et diront que c'est du beau!

La cause du seigneur n'a jamais eu telle entorse,

À ma mémoire[219].

[Note 219: _The Twa Herds or The Holy Tulzie._]

Il décrit le troupeau de Moodie, beau et sain «jusqu'aux pattes»; son

pasteur le tient à l'écart de la mare empoisonnée de l'Arminianisme et

ne lui laisse boire que l'eau claire du puits de Calvin; il connaît

les putois, les chats sauvages, les blaireaux, les renards et il est

prêt à verser leur sang et à vendre leur peau. Et quel berger que

Russell! On l'entend par moors et vallons. C'était la vérité, car la

voix de Russell s'entendait à un mille.

Que ces deux hommes--Ô! faut-il vivre pour voir cela?--

Que ces deux fameux se soient querellés,

Et que des noms comme «gredin», «hypocrite»

Aient été de l'un à l'autre,

Tandis que les bergers de la «Jeune Lumière» ricanant, hostiles,

Disent que ni l'un ni l'autre ne ment.

Robert Burns. Vol. 1, La Vie · 第 10 / 67 段