Que vos enfants trouvent dans une religion admise par leur raison et leur

sentiment, un port assuré contre les tempêtes de l'âme; dans leurs frères

divins des amis, des témoins de leurs victoires, une pensée fortifiante:

celle de ne pas travailler sans témoin au bien général, si elles sont

méconnues de leurs contemporains. Oh! croyez-le, elles seront meilleures,

plus dévouées, plus grandes, si elles sont bien persuadées qu'ayant servi

dans leur vie présente l'Ordre de Justice et de Bonté, elles seront

reçues vivantes dans son sein pour continuer à le servir encore, et y

trouver l'harmonie de la Justice et du Bonheur.

CHAPITRE IX.

RÉSUMÉ ET CONCLUSION.

Sur quelques points du globe, un certain nombre de femmes protestent

contre les lois qui placent leur sexe en minorité, en demandent

l'abrogation ou la réforme, et revendiquent leur légitime part de droit

humain.

Des esprits futiles et sans portée rient de ce mouvement qui commence et

ira grandissant sans cesse.

Des esprits sérieux, mais retenus dans les liens des vieux préjugés, s'en

effraient et s'en étonnent; en cherchent naïvement la raison où ils ne

peuvent la trouver, et conçoivent la gigantesque espérance d'arrêter

court le mouvement émancipateur.

Une fois pour toutes, il faut les détourner de ce labeur ingrat, en leur

faisant toucher du doigt les réalités.

La domination de l'homme sur la femme, et la minorité civile de celle-ci

avaient leur prétexte quasi légitime lorsque la femme, maintenue dans

l'ignorance, était réellement inférieure à l'homme en intelligence, en

caractère, en activité;

Lorsqu'elle n'avait et ne se croyait pour fonction que la maternité et

les soins du ménage;

Lorsqu'elle trouvait un soutien légitime qui l'aimait, la protégeait;

Lorsque, inférieure par l'éducation elle se croyait aussi de nature

inférieure, et considérait comme son devoir envers Dieu l'obéissance à

son mari.

Les choses étaient-elles bien ainsi? Je n'en discuterai pas: préfère le

passé qui veut; moi j'aime mieux l'avenir où je vois l'amour complet dans

l'égalité, la fusion des âmes, la confiance entière et réciproque,

l'effort commun pour une œuvre commune, l'union sainte, pure, entière

jusqu'au tombeau qui ne sera pour le survivant qu'un berceau

d'immortalité.

Il n'est question ni de ce que nous préférons, ni de ce que nous rêvons

les uns ou les autres: mais seulement de ce qui peut être, d'après l'état

des esprits et des choses: c'est folie que de vouloir ramener le monde en

arrière: la sagesse consiste à régler sa marche en avant.

Pourquoi la femme revendique-t-elle son droit à la liberté et à

l'égalité?

C'est d'abord parce que, beaucoup plus instruite que par le passé, elle

sent mieux sa dignité et les droits de sa personnalité. C'est parce que

les leçons et l'exemple des hommes l'ont éloignée de la foi complète au

dogme ancien, qu'elle n'accepte plus que sous bénéfice d'inventaire;

c'est à dire en repoussant ce qui heurte ses sentiments nouveaux. Elle

sent trop ce qu'elle vaut aujourd'hui, pour se croire inférieure à

l'homme et tenue de lui obéir: elle ne croit pas plus au droit divin de

l'autre sexe sur elle, que ce sexe ne croit au droit divin du prince et

du prêtre sur les peuples.

Sous l'influence du principe d'Émancipation générale, posé par la

Révolution française, la femme, mêlée à toutes les luttes comme actrice

ou martyr; comme mère, épouse, amante, fille, sœur, s'est modifiée

profondément dans ses sentiments et ses pensées: il eût été absurde

qu'elle voulût la liberté et l'égalité pour les hommes, parce qu'ils sont

des créatures humaines, sans élever son cœur, et sans rêver son

affranchissement propre, puisqu'elle aussi est une créature humaine:

l'esprit révolutionnaire a rendu la femme indépendante: il faut en

prendre son parti.

La femme n'étant plus enfermée dans les soins du ménage et des enfants,

mais, au contraire, prenant une part toujours croissante à la production

de la richesse nationale et individuelle, il est évident qu'elle a besoin

de liberté et d'indépendance, et qu'elle doit avoir, dans la famille et

les affaires une tout autre place que par le passé: elle le sent et le

sait, il faut encore en prendre son parti, et lui faire cette place: le

bon sens et la justice l'exigent.

La femme ne pouvant plus se marier sans une dot ou une profession, ne

peut plus considérer le mariage comme son état naturel; elle est de plus

en plus mise dans la nécessité triste ou heureuse de se suffire à

elle-même, de se considérer, non plus comme le complément de l'homme,

mais comme un être parfaitement distinct.

Cette situation faite à la femme exige donc de profondes réformes légales

et sociales: elle le sait ou le sent: il faut encore en prendre son

parti, et travailler à ces réformes, sous peine de voir la civilisation

moderne périr par la minorité de la femme, comme la civilisation ancienne

a péri par l'esclavage.

L'homme n'aime plus la femme: il cherche en elle un complément obligé de

dot, un associé commode, un moyen de se procurer quelques sensations ou

distractions, une servante, une garde malade non rétribuée; la femme ne

l'ignore pas; et, à son tour, elle n'aime plus l'homme; cette désolante

situation des sexes en face l'un de l'autre, exige que la femme soit

délivrée de la tutelle de l'homme qui la heurte, l'irrite, la ruine trop

souvent; qui se sert durement de droits sans fondement dans la nature des

choses: droits qu'elle ne veut plus subir parce qu'elle est trop

intelligente aujourd'hui; et parce qu'elle aime beaucoup moins son

conjoint dont elle se sait n'être plus suffisamment aimée.

L'on n'ignore pas ce qu'est devenu le mariage, et quel usage une infinité

d'hommes font des privilèges qu'ils ont comme chefs de la communauté. Par

leurs passions, leurs vices, leur incurie, ils désolent souvent leur

femme et compromettent leur avenir et celui de leurs enfants. La femme

commence à ne plus vouloir de cette situation humiliante et dangereuse:

elle murmure, elle s'insurge dans son cœur, et beaucoup de jeunes femmes

déjà préfèrent renoncer à l'union légale que de subir les conséquences du

mariage actuel: que peut faire la société pour parer à ce danger, sinon

réformer le mariage?

Ainsi la femme ne veut plus être mineure parce qu'elle ne l'est plus

devant l'intelligence;

Parce qu'elle ne l'est plus devant la production;

Parce que la situation qui lui est faite exige son égalité avec l'homme.

Et nous disons, et nous répétons qu'il faut en prendre son parti et

opérer progressivement des réformes, si l'on ne veut que la civilisation

périsse.

Pour que le mouvement dont on s'étonne ne se produisît pas, il ne fallait

pas cultiver l'esprit de la femme;

Il ne fallait pas lui donner une large et lourde part dans le travail;

Il ne fallait pas permettre que l'homme pût se vendre à la femme pour une

dot, ou que celle-ci fût son égale ou sa supérieure en utilité dans le

travail du couple;

Il ne fallait pas proclamer l'égalité de Droit pour tout être humain;

Il ne fallait pas ruiner dans le cœur de la femme la doctrine qui

divinise l'autorité et la subordination.

Mais puisqu'on a fait, laissé faire et laissé passer, il faut subir les

conséquences de la situation présente, et ne pas blâmer la femme

lorsqu'elle témoigne avoir profité des leçons qu'on lui donne; on ne peut

plus ressusciter le passé, ni rendre à la femme ses naïves croyances, ses

niaises soumissions, son ignorance et son existence cachée: on l'a

développée pour la liberté et l'égalité, qu'on lui donne donc l'une et

l'autre; car elle ne formera des hommes libres qu'à la condition d'être

libre elle-même.

Dans l'ouvrage que vous terminez, lecteur, je n'ai posé et soutenu qu'une

thèse: celle de l'égalité de Droit pour les deux sexes; je n'avais donc

pas à me préoccuper des fonctions de la femme, c'est à dire de l'usage

que, par suite de sa nature particulière, si elle en a une, elle sera

librement conduite à faire de son droit.

Je me serais même interdit de répondre à cette simple question: Y a-t-il

dans la Société des fonctions masculines et des fonctions féminines? Si,

par une inconcevable aberration, certaines gens n'eussent fait des

fonctions qu'ils attribuent à la femme, des causes d'infériorité devant

le Droit.

J'ai dû dire alors: ne confondons pas le droit et la fonction: le Droit

est la condition, la faculté générale et absolue; la Fonction est la

manifestation des aptitudes individuelles qui sont limitées: personne n'a

la puissance d'user de tous ses droits, et chacun en use selon sa nature

propre, et les circonstances dans lesquelles il se trouve: il se peut que

les femmes n'aient pas aptitude pour une foule de fonctions; que la

maternité et les soins de l'intérieur pour lesquels la majorité d'entre

elles sont formées aujourd'hui, les empêchent d'entrer dans une foule de

carrières: cela ne signifie rien quant à la question de Droit: elles ne

sont pas plus obligées d'être autres qu'elles ne sont, que l'immense

majorité des hommes ne se trouve obligée d'user de tous ses droits. Si,

comme on le croit, la femme n'est pas apte à remplir certaines fonctions

privées ou publiques, ou qu'elle n'en ait pas le temps, on n'a nul besoin

de les lui interdire; si, au contraire, on lui croit l'aptitude et le

temps, en l'empêchant de se manifester, on commet une iniquité, un acte

d'odieuse tyrannie: le droit est absolu, il ne se scinde pas, il est un:

quand il se différencie, ce n'est plus le Droit, c'est le privilége,

c'est à dire l'injustice.

Toutefois, pour qu'on ne m'accuse pas d'éluder ou de tourner les

questions, parce que je ne puis ou ne veux pas les résoudre, j'ai déclaré

nettement ma pensée et j'ai dit: en principe, je n'admets pas que, devant

le Droit, on puisse légitimement classer les fonctions en masculines et

féminines, quoique j'admette qu'elles se classent dans la pratique selon

le degré de développement des sexes et leurs aptitudes actuelles.

Je ne puis admettre en principe une classification devant le Droit, parce

que cela supposerait qu'on a trouvé la _loi_ permanente des caractères

qui distinguent radicalement les sexes;

Parce que cela supposerait que les sexes sont immobiles, improgressifs.

Or les théories qui établissent une classification, sont loin de révéler

la loi, puisqu'elles sont contredites par une multitude innombrable de

faits. Et si leur caractère empirique suffit pour les rejeter, que

sera-ce, si l'on considère les tristes conséquences qu'elles entraînent!

Elles faussent l'éducation, détruisent la spontanéité du sexe jugé

inférieur;

Elles conduisent à l'oppression de la minorité vigoureuse qui ne s'est

pas soumise a l'étiolement calculé;

Elles font établir le privilége dans le Droit;

Elles empêchent l'humanité de se développer librement, et la privent de

la moitié de ses forces.

Elles conduisent à calomnier la nature et à nier la valeur de ceux qu'on

a comprimés, refoulés, auxquels on a donné une nature factice.

Ces motifs sont assez graves pour que nous repoussions toutes les

théories, toutes les classifications en vogue, et pour que nous ne nous

permettions pas la fantaisie d'en essayer une, qui ne serait pas

meilleure que celles des autres, puisque les éléments nous manquent, et

ne peuvent être donnés que par le libre développement des deux sexes dans

l'égalité.

Non pas, je l'ai dit, que je nie la différence fonctionnelle des sexes:

non: une induction légitime m'autorise à croire que la différence

sexuelle modifie tout l'être, conséquemment le jeu des facultés: c'est

pour cela que la femme doit être partout et, à côté de l'homme: car je ne

cesserai de le répéter: tout ce qui est de l'humanité n'aura réellement

ce caractère, que lorsqu'il sera frappé de l'empreinte des deux sexes:

si, pour procréer un être humain, les deux sont nécessaires, pour mettre

au monde une loi viable, un jugement vraiment équitable, il faut l'homme

et la femme. Tout existe dans l'humanité par les deux sexes; si tout est

imparfait, c'est parce que l'influence de la femme est indirecte; il faut

qu'elle devienne directe pour hâter le Progrès.

Repoussant en principe toute classification devant le Droit, et laissant

à la Liberté et à l'Égalité la tâche de manifester les véritables

caractères différentiels des deux moitiés de l'humanité, je n'ai pas dû

m'arrêter sur la prétendue mission, sur la prétendue vocation propre à

chaque sexe, ni discuter la valeur des affirmations suivantes et autres

semblables:

La femme est gardienne des sentiments, de la morale;

La vocation de la femme est de plaire à l'homme et de s'en faire aimer;

La femme est une religion; c'est une pureté; etc., etc.

Cela nous aurait menée trop loin de définir d'abord les termes, puis de

faire comprendre l'inanité et le danger de semblables idées.

Disons seulement en passant que la première affirmation est dangereuse en

ce qu'elle conduit à juger plus sévèrement la femme que l'homme au point

de vue de la morale, conséquemment porte à maintenir les fausses

appréciations que nous avons combattues dans le chapitre de l'Amour et du

Mariage: quand un seul sexe est réputé gardien des mœurs, les mœurs se

corrompent: car l'un ne pèche pas sans l'autre.

D'autre part c'est une triste idée que de prétendre que la vocation de la

femme est de plaire a l'homme et de s'en faire aimer: c'est avec cette

morale là que l'on fait de la femme un être futile, rusé; qu'on la

prépare à l'adultère quand elle est malheureuse en ménage; au libertinage

quand elle est pauvre: la vocation de la femme est d'être un être social,

digne, utile et moral, une épouse sage et bonne, une mère tendre,

attentive, éclairée capable de faire des citoyens et des citoyennes

honorables: sa vocation ne diffère pas en général de celle de l'homme

qui, lui aussi, doit être un époux sage et bon, un père tendre ne donnant

à ses enfants que de sages exemples et de bonnes leçons, tout en

remplissant lui-même sa tâche de citoyen et de producteur. Si la femme

doit plaire à l'homme et s'en faire aimer, l'homme doit également plaire

à la femme et s'en faire aimer: à cette condition seule, remplie des

deux parts, est le bonheur et l'harmonie du ménage.

Mais laissons toutes ces questions incidentelles: mon livre est écrit,

non pour suivre les classificateurs sur le terrain de l'imagination, pour

discuter à perte de vue sur le rôle des sexes; non pas même pour poser le

Droit de la femme en conséquence de sa différence et de son utilité autre

que celle de l'homme; mais écrit uniquement pour poser le Droit de la

femme à la Liberté dans l'Égalité parce qu'elle est, comme l'homme, une

créature humaine; parce qu'ainsi que le dit P. Leroux, il n'y a plus ni

esclaves ni serfs devant le Droit français.

Je n'apporte pas une idée nouvelle: je ne fais que continuer la tradition

de la majorité des hommes de Progrès, et je me contente de la développer,

de l'expliquer, de la soutenir et de l'amender.

J'aurais négligé peut-être de relever l'opinion surannée de la minorité,

si ceux qui la représentent, n'avaient le privilége de se faire écouter

d'un nombreux public. Mais comme ce privilége rend leurs erreurs

dangereuses et que, de leur fait, beaucoup de femmes prennent en aversion

les principes de 89, je ne me suis pas crue libre de laisser compromettre

ces principes sacrés auprès du sexe qui, par l'éducation et l'influence,

dispose en grande partie de l'avenir de la Démocratie. J'ai donc dû

prouver à la maladroite minorité progressiste qu'elle abuse de l'_a

priori_, construit des théories d'asservissement sur des lois

imaginaires, manque de méthode, se met constamment en contradiction

flagrante avec les faits, avec la science, avec la logique, avec ses

propres principes sur le Droit.

Cette preuve, je l'ai faite durement, sans ménagement aucun: c'était mon

droit et mon devoir. Loin de m'en repentir, je suis prête à la

parachever, si ces Messieurs ne la trouvent pas suffisante; car jamais,

tant que je pourrai tenir une plume, je ne permettrai à personne de

présenter les doctrines du Moyen Age sous l'étiquette de notre glorieuse

Révolution, sans faire entendre une protestation énergique.

Le résumé du livre qu'on vient de lire est dans les deux syllogismes

suivants:

La femme doit être libre et l'égale de l'homme devant le Droit, parce

qu'elle est un être humain;

Or elle est mineure, opprimée, souvent sacrifiée;

Donc il y a lieu d'opérer de nombreuses réformes afin que, partout, elle

prenne à côté de l'homme sa place légitime.

Toute réforme dans les lois doit être préparée par une réforme dans

l'éducation et dans les mœurs;

Or les mœurs se dépravent, le mariage se corrompt, l'éducation des

filles n'a ni base ni portée;

Donc il faut travailler à l'éducation de l'amour et de la femme, et

réformer le mariage, tout en posant et soutenant la revendication des

droits de la femme.

Et, développant ma pensée, j'ai dit:

L'égalité de Droit entre les hommes, décrétée par le législateur, et

admise par la conscience moderne, n'est évidemment pas basée sur

l'égalité ou l'équivalence des hommes entre eux, puisque l'expérience

nous les montre tous inégaux en facultés intellectuelles, en sentiment,

en activité, en force, etc.

Sur quoi donc est appuyée cette égalité devant le Droit? Ce ne peut être

que sur les caractères qui leur sont communs; sur les caractères

spécifiques qui les rangent dans une même espèce.

Or la femme est-elle d'espèce identique à l'homme? possède-t-elle les

caractères spécifiques de l'humanité? Très évidemment, oui.

Donc l'égalité de Droit, étant fondée sur l'identité des caractères

spécifiques, non sur des variétés individuelles, il s'ensuit logiquement

que la femme à laquelle, sans folie, on ne peut contester ces caractères,

est, en principe et très légitimement, l'égale de l'homme devant le droit

social.

Puisqu'il en est ainsi, la femme est donc, de droit, libre et autonome;

maîtresse, en conséquence, de manifester comme l'homme son activité dans

toutes les carrières privées.

Tout ce qui est socialisé pour le développement intellectuel et moral des

membres du corps social, doit être aussi bien à son profit qu'à celui de

l'homme.

Sous aucun prétexte, on ne peut l'éloigner des fonctions publiques, plus

qu'on ne les interdit à l'homme.

Sa dignité civile est la même que celle de l'homme, et tous les droits

qui en ressortent sont les mêmes.

Dans le Mariage, elle doit être l'égale, c'est à dire l'associée de

l'homme.

Dans le domaine politique, elle a les mêmes droits que lui.

C'est donc une iniquité que de l'évincer de l'éducation nationale, de

nier et refouler ses aptitudes, de lui fermer les écoles spéciales, de

lui refuser certains diplômes et de lui interdire certaines carrières.

C'est donc une iniquité que de l'inférioriser civilement, de la repousser

des emplois, de la déclarer _incapable_.

C'est donc une iniquité de l'absorber dans le mariage, d'en faire une

serve, ou tout au moins une mineure.

C'est donc une iniquité que de lui ôter sa dignité et son autorité

maternelles, lorsque le mari est vivant.

C'est donc un surcroît d'iniquité, après l'avoir déclarée faible,

incapable, mineure sous tant de rapports, de la réputer très forte et

très capable, très majeure, lorsqu'il s'agit d'être jugée, condamnée,

punie et de payer les impôts; plus forte et plus capable que l'homme,

lorsqu'il s'agit de pureté, et de lui laisser la charge des enfants

naturels, le fardeau de sa faute et de celle de l'homme.

Voilà ce que nous pensons, ce que nous disons; et nous le redirons bien

haut et sans cesse; et nous le redirons si haut et si souvent, que celles

qui dorment dans un bonheur relatif tout égoïste, ou dans l'immoralité où

toute dignité s'oublie, seront bien forcées de se réveiller, et de songer

à la situation et à l'avenir de leurs filles.

Jusqu'à ce que notre sang soit glacé par la mort, nous demanderons

Justice pour la moitié du genre humain;

Nous demanderons que l'on donne une éducation nationale aux filles;

Que toutes les carrières leur soient accessibles, tous les diplômes

accordés;

Que la dignité civile leur soit pleinement reconnue;

Que le Mariage soit une société fondée sur l'égalité, sous la protection

du conseil de famille;

Que le père et la mère aient un droit égal sur les enfants;

Que la pureté de la femme soit suffisamment protégée contre l'homme et

contre elle-même;

Que la femme prenne progressivement, à mesure qu'elle se développera, sa

place légitime partout à côté de l'homme, dans la législation,

l'administration, la Justice, la Science, la Philosophie, comme elle l'a

déjà dans l'Industrie et l'Art.

Et nous disons aux femmes de Progrès: constituez un Apostolat;

Modifiez l'opinion par une feuille périodique;

Travaillez par vos écrits, à éclairer, à moraliser le peuple et les

femmes;

Fondez et dirigez un vaste établissement d'éducation pour les filles,

afin d'avoir une pépinière de réformatrices;

Associez et moralisez les ouvrières;

Relevez les femmes égarées;

Travaillez à faire l'éducation de l'Amour, à placer le Mariage sur sa

véritable base: car lorsque l'Amour n'est plus que la recherche d'une

sensation, et que le Mariage tombe en désuétude, la société marche à sa

dissolution.

Vous toutes qui avez à cœur l'œuvre sainte de l'émancipation générale

de l'humanité, reliez-vous sur tous les points du globe; enfermez le

monde civilisé dans un réseau, afin de centraliser vos efforts, de donner

de l'unité aux doctrines, et de préparer le règne de la fraternité

humaine par l'extinction des haines et des préjugés de nations et de

races.

Éloignez toutes les questions oiseuses sur la nature et les fonctions de

chaque sexe: devant le Droit, elles ne signifient rien: chacun fait et

ne doit faire que les choses auxquelles il est apte; et l'on ne brigue

pas des fonctions pour lesquelles on manque de capacité ou de temps.

Faites-bien comprendre aux femmes mineures par l'intelligence que,

réclamer l'égalité de Droit, ce n'est pas prétendre à la similitude de

fonctions; qu'elles ne seront pas plus contraintes d'être autre chose

qu'elles ne sont sous un régime d'égalité, que sous celui que nous avons

à l'heure qu'il est; que toute la différence, sous ce rapport, consistera

en ce que celles qui, aujourd'hui, ne peuvent faire certaines choses

_parce qu'elles sont femmes_, seront admises à les faire, parce qu'elles

seront des êtres humains.

Faites-leur bien comprendre qu'elles sont absurdes de se poser en types

et modèles de leur sexe, et de prétendre que toutes les autres femmes ne

doivent avoir que leurs aptitudes, leurs goûts: faites-leur remarquer que

nous différons tous; que nous devons respecter l'individualité d'autrui

comme nous trouvons juste qu'on respecte la nôtre; que si l'on regarde

comme légitime et naturel qu'elles n'aient d'autre vocation que les soins

du ménage, fonction très nécessaire, très utile et très respectable,

elles doivent trouver tout aussi légitime et naturel que d'autres femmes

préfèrent des fonctions différentes.

Enfin, faites-leur honte de l'indigne habitude où elles sont de déprécier

les qualités supérieures qu'elles n'ont pas, quand elles les rencontrent

chez une personne de leur sexe: dites-leur, ce qui est vrai, qu'elles

s'attirent ainsi le dédain des hommes qui ont, en général, trop de bon

sens pour ne pas reconnaître et avouer la supériorité d'une femme, et

éprouvent naturellement de la pitié pour celles qui, au lieu de s'en

honorer par un sentiment naturel de solidarité, refusent de la

reconnaître.

Femmes françaises, plus particulièrement mes sœurs, à vous mes dernières

paroles.

Le génie de la Gaule, mis dans les fers par l'épée de Rome et la foi de

l'Asie, s'est réveillé en 1789. Pourquoi, filles de la Gaule,

laissez-vous pâlir le divin flambeau de la Résurrection?

Parmi nos peuplades héroïques qui ne croyaient pas à la mort et adoraient

la gloire et la liberté, vous étiez prêtresses;

Vous occupiez le sommet de la hiérarchie religieuse;

Vous étiez profondément respectées;

Votre pureté était protégée par la loi;

Fières, courageuses, chastes, bonnes éducatrices, vous-mêmes éleviez les

hommes qui faisaient trembler Rome et la Grèce;

Réunies en conseil, vous terminiez les différends qui s'élevaient entre

les peuples;

La femme affranchie, vol. 2 of 2 Réponse à MM. Michelet, Proudhon, E. de Girardin, A. Comte et aux autres novateurs modernes · 第 16 / 17 段