La demande en séparation étant admise, le juge autorise la femme à

quitter le domicile conjugal; et elle va résider dans la maison désignée

par ce magistrat qui fixe la provision alimentaire que devra fournir le

mari. Presque prisonnière sur parole, elle est tenue de justifier de sa

résidence dans la maison choisie, sous peine d'être privée de sa pension,

et d'être déclarée, même _demanderesse_, non recevable à continuer ses

poursuites.

LA JEUNE FEMME. Mais pourquoi cet esclavage et cette menace d'un refus de

justice?

L'AUTEUR. Parce que le mari, réputé père de l'enfant qu'elle peut

concevoir pendant le procès, doit avoir la possibilité de la surveiller.

Comme l'a si bien dit M. de Girardin, la paternité légale est la source

principale du servage de la femme mariée.

Pendant le procès, le mari reste détenteur des biens de la femme, qu'il

soit demandeur ou défendeur; il a l'administration des enfants, sauf

décision contraire du juge. Si, dans le cas de communauté, la femme a

fait faire inventaire du mobilier, c'est le mari qui en est gardien.

Enfin la séparation est prononcée; la femme rentre comme elle peut, à

force de papier timbré, dans ce qui lui reste. Croyez-vous qu'elle soit

libre pour cela? Point du tout: le mari a toujours droit de surveillance

sur elle à cause des enfants qui peuvent survenir, et elle ne peut se

passer de l'autorisation du mari ou de la justice pour disposer de ses

biens, les hypothéquer, etc. Il n'y a de rompu que l'obligation de vivre

ensemble et la communauté d'intérêts.

LA JEUNE FEMME. Je comprends aujourd'hui comment l'indissolubilité du

mariage, n'ayant pour palliatif que le triste remède de la séparation,

met le concubinage en honneur et produit des crimes odieux. Certaines

consciences faibles ne peuvent-elles en effet faire naufrage à la vue

d'une chaîne qui doit durer autant que leur vie, et ne pas être tentées

de la rompre par le fer et par le poison? Il est probable que, si les

maris ne laissaient pas la liberté à leurs épouses séparées, les crimes

contre les personnes se multiplieraient.

Et si l'on se sépare jeune, est-il de la nature humaine de rester dans

l'isolement? Faut-il être puni toute sa vie de ce qu'on s'est trompé?

Dans de tels cas, quelle autre ressource que le concubinage, et qui

oserait le blâmer?

Et l'on appelle la séparation un remède!

Tout à l'heure vous m'avez laissé entrevoir que le mari peut, en certains

cas, désavouer l'enfant de sa femme. Je croyais qu'il n'y a pas de

bâtards dans le mariage.

L'AUTEUR. Vous êtes dans l'erreur. Si le mari ou ses héritiers prouvent

que depuis le trois centième au cent quatre-vingtième jour, c'est à dire

depuis le dixième ou sixième mois avant la naissance de l'enfant, le mari

était absent ou empêché par quelqu'accident physique d'en être le père;

ou bien si la naissance a été cachée, la paternité peut être désavouée.

Elle peut encore l'être pour l'enfant né avant le cent quatre-vingtième

jour du mariage, à moins que le mari n'ait eu connaissance de la

grossesse, n'ait assisté à l'acte de naissance, ne l'ait signé ou si

l'enfant est déclaré non viable.

LA JEUNE FEMME. Comment se fait ce désaveu?

L'AUTEUR. Le mari ou ses héritiers attaquent la légitimité de l'enfant

dans un délai déterminé, et le tribunal statue d'après les preuves

administrées.

LA JEUNE FEMME. Ainsi l'honneur de la femme et l'avenir de l'enfant sont

offerts en holocauste à une question d'héritage?

L'AUTEUR. Parfaitement. Quant à ce que vous nommez l'honneur de la femme,

la loi ne s'en soucie guère, elle qui interdit la recherche de la

paternité, excepté dans le cas d'enlèvement de la mère mineure; elle qui

permet la recherche de la maternité, pourvu que l'enfant prouve qu'il est

le même que celui dont la femme est accouchée, et qu'il apporte un

commencement de preuves par écrit.

LA JEUNE FEMME. Il me paraît peu probable qu'on puisse constater la

maternité au bout de quinze ou vingt ans. D'autre part, si les preuves

par écrit suffisent pour la recherche de la maternité, pourquoi ne

suffiraient-elles pas à celle de la paternité?

Dites-moi, est-il permis à l'enfant de rechercher sa mère si elle est

mariée?

L'AUTEUR. Certainement: et cette recherche n'est interdite qu'aux enfants

adultérins et incestueux.

LA JEUNE FEMME. Ainsi donc on peut troubler à tout jamais l'avenir d'une

femme par la recherche de la maternité?

L'AUTEUR. Oui: mais vous ne le déplorerez pas en songeant que l'honneur

d'une femme n'est pas de ne pas faire d'enfant, mais bien de les élever

et de les guider dans la vie. Les enfants nés hors mariage ont une

situation légale très malheureuse; le législateur, imbu de la croyance

au péché originel, les rend responsables de la faute de leurs parents.

Or, Madame, devant l'humanité et devant la conscience, il n'y a point de

bâtards; donc il ne doit pas y en avoir devant la société. Lorsque la

femme y aura sa place, elle poursuivra la réforme des lois qui portent

l'empreinte de dogmes surannés; en attendant, combattons celles qui

rappellent l'anathème lancé sur nous en conséquence du mythe d'Ève.

X

RÉSUMÉ ET CONSEILS.

LA JEUNE FEMME. Avant d'aller plus loin, récapitulons ce que nous avons

dit jusqu'ici.

Devant l'idéal du Droit, nous devons être libres, égales aux hommes; donc

nous avons droit comme eux à tous les moyens de développement, droit

comme eux à faire de nos facultés l'emploi qui nous convient, droit comme

eux à tout ce qui constitue la dignité du citoyen.

Or, dans l'état actuel, la femme est serve, sacrifiée à l'homme;

Elle n'a pas de droits politiques;

Elle est infériorisée dans la cité, bannie de l'exercice des fonctions

publiques;

Elle est moins rétribuée que l'homme à égalité de travail;

Dans le mariage, elle est absorbée, humiliée, mise à la merci de son

conjoint, dépouillée de ses droit maternels;

Dans la famille, elle est mineure; ses droits de tutelle sont inférieurs

à ceux de l'homme;

Au point de vue des mœurs, elle est presque abandonnée aux passions de

l'autre sexe: elle en porte seule les conséquences.

Jugée faible, inintelligente, incapable, quand il s'agit de droits et de

fonctions, elle est, par une contradiction flagrante, réputée forte,

intelligente, capable, lorsqu'il s'agit de morale, lorsqu'il s'agit

d'être punie quand, fille majeure ou veuve, il est question de se

gouverner et de régir sa fortune. Et des gens, dont le cerveau s'est

crétinisé dans la vase du moyen âge, en présence de notre situation,

osent s'écrier: Les femmes! Mais elles sont libres! Elles sont heureuses!

_Que signifient donc les réclamations des plus braves d'entre elles?_

Ces Messieurs sont maîtres de notre fortune, de notre dignité, de nos

enfants; ils peuvent nous ôter notre nationalité, dissiper notre bien, le

produit de notre travail et de notre bonne administration avec des

maîtresses; nous torturer sans témoins, nous faire mourir de douleur et

de honte; nous conduire sous le canon ou sur le bord d'un marais dont

l'air nous tuera; nous contraindre à subir mille affronts, à leur livrer

les biens que notre contrat nous avait réservés, soit en nous intimidant,

soit en nous menaçant d'éloigner nos enfants; ils ne nous laissent

d'emplois que ceux qui les ennuient ou ne leur semblent pas assez

lucratifs, et puis, après cela, ils sont étonnés de nos plaintes, de nos

protestations, de notre révolte!

L'AUTEUR. Ne vous passionnez pas contre eux: riez-en, Madame; ce sont les

mêmes hommes qui veulent être libres; ce sont les mêmes hommes qui

blâment les planteurs et trouvent légitimes les réclamations des

esclaves; ce sont les mêmes hommes qui ont trouvé fort juste que leurs

pères serfs et bourgeois prissent les droits que leur refusaient la

noblesse et le clergé. Plaignez leur inintelligence, leur manque de

cœur, leur défaut de justice: ils ne comprennent pas qu'ils jouent à

l'égard de la femme le rôle des planteurs, des seigneurs et des prêtres.

Quand les femmes le voudront fortement, la loi sera transformée. Toute

mère doit d'abord instruire sa fille de la position qui lui est faite

dans le mariage; des risques terribles et nombreux qu'elle court dans

l'amour.

LA JEUNE FEMME. Un certain nombre d'entre nous, effrayées du servage que

subit la femme mariée, ne voulant point passer sous les fourches caudines

du mariage, introduisent de plus en plus dans nos mœurs une forme

d'union durable et honnête qu'on peut nommer _mariage libre_; liaison

qu'il n'est pas permis de confondre avec ces rapprochements passagers si

déshonorants pour les deux sexes.

L'AUTEUR. Beaucoup d'inconvénients sont attachés au mariage libre.

D'abord les mœurs ne blâmeront pas l'homme qui abandonnera sa compagne,

même après vingt ans d'union, même avec des enfants. Il y a mieux: cette

action indigne ne l'empêchera pas de trouver des mères qui n'hésiteront

pas à l'accepter pour gendre. D'autre part, la femme, quelle que soit la

chasteté de sa conduite, rencontrera constamment sur sa route des collets

montés ou d'hypocrites adultères qui lui témoigneront du dédain, qui lui

fermeront leur porte, quoiqu'elles l'ouvrent à son conjoint. Souvent elle

verra l'homme auquel elle fait le sacrifice de sa réputation oublier de

la faire respecter, consentir à fréquenter les personnes chez lesquelles

elle n'est pas admise.

Cependant la répugnance pour le mariage légal est si grande chez

certaines femmes dignes et réfléchies, qu'elles préfèrent encourir toutes

les mauvaises chances que de s'enchaîner. Qu'elles rendent alors leur

situation le moins périlleuse possible: elles peuvent y réussir par un

contrat d'association qui assure leurs droits dans le travail commun, et

garantisse l'avenir des enfants. L'homme les respectera davantage, quand

il aura des obligations à remplir envers elles comme associées: S'il

refusait de signer un tel contrat, la femme serait une insensée

d'accepter sa compagnie, car il serait certain qu'il n'est qu'un égoïste

et conserve une arrière-pensée d'exploitation et d'abandon.

LA JEUNE FEMME. Une autre classe de femmes, n'ayant pas moins de

répugnance pour la cérémonie légale que les précédentes, mais qui la

subissent parce qu'elles craignent l'opinion, n'osent déplaire à leur

famille et n'ont pas foi en la constance de l'homme, s'inquiètent comment

elles pourraient concilier leur dignité avec la situation que leur fait

la loi.

L'AUTEUR. Deux faits identiques, qui se sont passés il y a quelques

années aux États-Unis, diront à ces femmes-là ce qu'elles ont à faire.

Miss Lucy Stone et Miss Antoinette Brown, deux femmes du parti de

l'émancipation qui parcourent l'Amérique du Nord en faisant des

_lectures_, étaient recherchées par deux frères, les Messieurs Blackwell.

En Amérique, comme partout, la loi subordonne la femme mariée. La

position était difficile pour les émancipatrices: se marier sous la loi

d'infériorité, c'était violer leurs principes; s'unir librement, c'était

nuire à leur considération et s'ôter le pouvoir d'agir. Elle s'en

tirèrent fort habilement. Chacune d'elles, de concert avec son fiancé,

rédigea une protestation contre la loi qui régit le mariage; protestation

suivie de conventions par lesquelles les futurs conjoints se

reconnaissaient mutuellement égaux et libres, déclarant ne se marier

devant le magistrat que par respect pour l'opinion. Puis, après la

cérémonie légale, les époux publièrent dans les journaux cet engagement

réciproque.

Que les femmes qui ont le sentiment de leur dignité fassent signer et

signent un tel acte. Devant la loi, il est nul; mais il ne le sera pas

devant la conscience des témoins qui y auront assisté. Si la femme est ce

qu'elle doit être, honnête et sérieuse, et que le mari viole ses

promesses, il sera réputé un _malhonnête_ homme. Du reste, le respect de

sa signature lui sera facilité, si la femme se marie, comme nous le

conseillons, sous le régime dotal avec paraphernaux et société d'acquêts,

ou sous celui de la séparation de biens.

LA JEUNE FEMME. Ainsi dans le _mariage libre_, contrat d'association

enregistré; dans le _mariage légal_, protestation devant témoins contre

la loi qui subalternise la femme, contrat sous le régime dotal avec

paraphernaux ou sous celui de la séparation de biens, tels sont les

moyens par lesquels vous jugez que la femme française peut protester

contre la loi du mariage actuel, en attendant que le législateur la

réforme.

L'AUTEUR. Oui, Madame; si cette forme de protestation est insuffisante,

elle n'est pas immorale comme celle qui se produit aujourd'hui par

l'adultère, la profanation du mariage devenu un ignoble marché où l'on

se vend à une femme pour tant de dot. La mesure que nous proposons aux

femmes fera réfléchir le législateur; la forme de protestation qu'on se

permet aujourd'hui détruit la famille, les mœurs et la santé publique.

En attendant que les réformes légales soient obtenues, nous ferions bien

aussi de venir en aide aux femmes ouvrières, malheureuses en ménage, et

qui ne peuvent plaider en séparation parce qu'elles n'ont pas d'argent.

Il est temps d'apprendre aux maris ouvriers qu'_on n'est pas maître,

comme ils le croient et le disent, de battre sa femme_, de la mettre sur

la paille avec ses enfants. N'oublions pas, Madame, que, dans tous les

rangs, il y a de détestables maris, et que notre œuvre, à nous, est de

défendre contre eux leurs femmes, surtout lorsqu'elles manquent des

moyens nécessaires pour le faire elles-mêmes convenablement.

TROISIÈME PARTIE

Nature et fonctions de la femme; Amour et mariage; Réformes légales.

CHAPITRE PREMIER.

NATURE ET FONCTIONS DE LA FEMME.

I

Pour toute conscience de bonne foi, nous croyons avoir suffisamment,

quoique sommairement établi, que le droit social est identique pour les

deux sexes, parce qu'ils sont d'espèce identique. La question de droit,

mise hors de discussion, nous pouvons maintenant rechercher quel usage la

femme fera de son droit; en d'autres termes, quelles fonctions elle est

apte à remplir d'après l'ensemble de sa nature.

Marquons d'abord la différence profonde qui existe entre le droit et la

fonction, puis définissons et divisons cette dernière.

Le _Droit_ est la condition _sine qua non_ du développement et des

manifestations de l'être humain: il est absolu, général pour toute

l'espèce, parce que les individus qui la composent, doivent légitimement

pouvoir se développer et se manifester.

La _Fonction_ est l'emploi des facultés de l'individu en vue d'un but

utile à lui-même et aux autres: la fonction est donc une production

d'utilité et, en dernière analyse, la manifestation des aptitudes

prédominantes chez chacun de nous, soit naturellement, soit par suite de

l'éducation et de l'habitude.

La société, ayant des besoins de toute espèce, a des fonctions de toute

nature et de portée diverse: on pourrait classer ainsi ces fonctions:

1º Fonctions scientifiques et philosophiques;

2º Fonctions industrielles;

3º Fonctions artistiques;

4º Fonctions d'éducation;

5º Fonctions médicales;

6º Fonctions de sûreté;

7º Fonctions judiciaires;

8º Fonctions d'échange et de circulation;

9º Fonctions administratives et gouvernementales;

10º Fonctions législatives;

11º Fonctions de solidarité ou de bienfaisance sociale et

d'institutions préventives.

Cette classification très imparfaite et insuffisante, si nous faisions un

traité d'organisme social, étant tout ce qu'il faut par rapport à l'usage

que nous devons en faire, nous nous y tiendrons ici.

Les hommes, et les femmes à leur suite, ont jugé convenable jusqu'ici de

classer l'homme et la femme séparément; de définir chaque type, et de

déduire de cet idéal les fonctions propres à chaque sexe. Ni les uns ni

les autres n'ont voulu voir que des faits nombreux démentent leur

classification.

Quoi! s'écrient les classificateurs, niez-vous que les sexes ne

diffèrent?

Niez-vous que, s'ils diffèrent, ils n'aient des fonctions différentes?

Si notre classification ne vous paraît pas bonne, critiquez-là, rien de

mieux; mais pour la remplacer par une meilleure.

Critiquer votre classification, Mesdames et Messieurs, ainsi ferai-je;

mais si les éléments me manquent pour en établir une meilleure,

pouvez-vous, devez-vous même m'engager à vous en présenter une?

Me croyez-vous un homme pour exiger de moi l'abus de l'_à priori_, et les

procédés par grand écart et à coups de sabre?

Proudhon a raison, murmurent ces Messieurs: la femme est incapable

d'abstraire, de généraliser, _de se connaître_.....

Vraiment, Messieurs, vous pensez que c'est par incapacité que je ne veux

pas vous présenter une classification des sexes, une théorie de la nature

de la femme?..... Expédions-nous donc pour prouver le contraire: au lieu

d'une théorie, je vous en donnerai _quatre_.

PREMIÈRE ESQUISSE. L'homme et la femme ne forment série que sous le

rapport de la reproduction de l'espèce; tous les autres caractères par

lesquels on a tenté de les différencier, ne sont que des généralités

contredites par une multitude de faits: or, comme une généralité n'est

pas une loi, l'on ne peut rien en induire, rien en déduire d'absolu au

point de vue de la fonction.

D'autre part, les espèces zoologiques ont leur plus grande différence

radicale dans le système nerveux, surtout dans la plus ou moins grande

masse et complexité de l'encéphale: or, l'anatomie admet, après

expériences nombreuses, que, relativement à la masse totale du corps, le

cerveau de la femme égale en volume celui de l'homme; que la composition

de tous deux est la même et, selon la Phrénologie, que les organes du

cerveau sont les mêmes dans les deux sexes.

Enfin il est de principe en Biologie, que les organes se développent par

l'exercice et s'atrophient par le repos continu: or, l'homme et la femme

n'exercent pas de la même manière leurs organes encéphaliques; la

gymnastique éducationnelle, les mœurs, les préjugés, les habitudes

imposées, tendent à développer dans la tête masculine ce qu'on atrophie

dans la tête féminine; d'où il résulte que les différences constatées

empiriquement ne sont nullement le résultat de la nature, mais celui des

causes accidentelles qui les ont produites.

Conclusion: donc les deux sexes, élevés de même, se développeront de même

et seront aptes aux mêmes fonctions, excepté en ce qui concerne la

reproduction de l'espèce.

Voilà, Messieurs, une théorie de toute pièce, très soutenable au point de

vue Anatomo-Biologique, et que je vous défie de prouver fausse: car

j'aurais réponse à toutes vos objections.

II

DEUXIÈME ESQUISSE. Nous reconnaissons en principe que les sexes forment

série sous le rapport physique, intellectuel, moral, conséquemment

fonctionnel.

Nous croyons qu'ils doivent se subordonner l'un à l'autre en raison de

leur excellence relative; et nous prenons pour pierre de touche de leur

valeur respective la destinée de l'espèce.

Si nous comparons les sexes entre eux, nous constatons d'une manière

générale que l'homme n'est qu'une femme enlaidie sous tous les rapports;

nous constatons en second lieu qu'il est bien plus animal que la femme,

puisque son système pileux est plus développé et qu'il respire de plus

bas; en sorte qu'il est très évidemment un intermédiaire entre la femme

et les grandes espèces de singes.

La femme seule renferme et développe le germe humain; elle est créatrice

et conservatrice de la race.

Il n'est pas bien sûr que le concours de l'homme soit nécessaire pour

l'œuvre de la reproduction; _c'est un moyen qu'a choisi la nature_; mais

la science humaine parviendra, nous l'espérons, à délivrer la femme de

cette sujétion insupportable.

L'analogie nous autorise à croire que la femme, seule dépositaire du

germe humain, l'est également de tous les germes intellectuels et moraux:

d'où il résulte qu'elle est l'inspiratrice de toute science, de toute

découverte, de toute justice; la mère de toute vertu. Nos inductions

analogiques sont confirmées par les faits: la femme fait usage de son

intelligence dans le concret; elle est fine observatrice; l'homme n'est

propre qu'à construire des paradoxes et à se perdre dans l'abîme

métaphysique: la science n'est sortie des limbes de l'_a priori_ sans

confirmation, que depuis l'avènement de la forme de l'esprit féminin dans

ce domaine: aussi dirons-nous que les vrais savants sont des esprits

féminisés.

Sous le rapport moral, l'homme et la femme diffèrent beaucoup: le premier

est dur, brutal, sans délicatesse, dépourvu de sensibilité, de pudeur:

ses rapports habituels avec l'autre sexe ont beaucoup de peine à le

modifier; la femme est naturellement douce, aimante, sensible, équitable,

pudique; c'est à elle que l'homme doit la justice et ses autres vertus,

quand il en a: d'où il résulte que c'est vraiment à la femme seule qu'est

dû le progrès social: voilà pourquoi chaque pas fait vers la civilisation

est marqué par un pas de la femme vers la liberté.

Si nous considérons chacun des sexes dans leur rapport avec la destinée

humaine, nous sommes obligés de nous avouer que, si la prédominance de

l'homme a eu sa raison d'être dans la nécessité d'ébaucher cette

destinée, la prééminence de la femme est assurée sous le règne futur du

droit et de la paix.

Il a fallu lutter et combattre pour établir la justice et soumettre la

nature à l'humanité; ce devait être le rôle de l'homme qui représente la

force musculaire, l'esprit de lutte; mais comme on peut déjà prévoir dans

un avenir prochain l'avènement de la paix, la substitution du travail

pacifique et des négociations à la guerre, il est clair que la femme

devra prendre la direction des affaires humaines auxquelles l'appelleront

alors ses facultés mieux adaptées à la fin désormais poursuivie.

La femme a dû se développer socialement et se manifester socialement la

dernière, par la même raison que l'espèce humaine est la dernière

création de notre globe: l'être le plus parfait apparaît toujours après

ceux qui ont servi à le préparer.

Comme il est démontré d'autre part, que, dans l'échelle des organismes

divers, l'organe qui se surajoute aux autres pour constituer un

changement d'espèce, gouverne ceux que l'individu tient des espèces

inférieures, de même la femme, complétement développée dans un corps

social organisé pour la paix et le travail pacifique, sera l'organe

nouveau qui gouvernera le corps social.

Est-ce à dire que la femme doive opprimer l'homme? Non certes; elle

méconnaîtrait les services rendus et faillirait à sa douce nature; mais

elle lui fera comprendre que _sa gloire est d'obéir_, de se subordonner à

l'autre sexe, parce qu'il est moins parfait, et que ses qualités ne sont

plus nécessaires au bien général.

Vous riez, Messieurs, de cette seconde théorie; vous la trouvez

absurde..... C'est vrai: car elle est la contre partie de la femme

thétique de M. Proudhon. Passons donc au troisième exercice.

III

TROISIÈME ESQUISSE. Toute classification de l'espèce humaine est une pure

création subjective, c'est à dire qui n'a de raison d'être que dans la

forme donnée à la perception par l'intelligence; la conception même de

l'humanité avec l'énumération des caractères qui sont réputés la

distinguer des autres espèces, est bouffie de subjectivité.

La vérité est que pas un être humain ne se ressemble; qu'il y a autant

d'hommes et de femmes différents que d'hommes et de femmes pour composer

l'espèce.

Les classifications, en toutes choses, sont des erreurs de l'esprit,

parce que la nature hait l'identité et ne se répète jamais: il n'y a pas

deux grains de sable, deux gouttes d'eau, deux feuilles qui se

ressemblent; et très probablement le soleil, depuis qu'il existe, n'a

pas apparu deux fois identiquement le même à son lever. Et c'est malgré

l'évidence de ces vérités, malgré la conviction où nous sommes des

illusions des sens, de la débilité de notre intelligence qui ne peut rien

connaître de la nature intime des êtres; qui ne saisit que quelques

lignes fugitives de leurs caractères personnels; et c'est malgré toutes

ces choses que nous osons établir des séries, leur attribuer des

caractères que viennent contredire les faits, et violenter, torturer les

seuls êtres qui existent, les individus, au nom de cette autre chose qui

n'existe que dans notre cerveau malade: le genre, la classe!

La femme affranchie, vol. 2 of 2 Réponse à MM. Michelet, Proudhon, E. de Girardin, A. Comte et aux autres novateurs modernes · 第 5 / 17 段