Saulnier, haussant les épaules, s'était remis à manger. Sans doute il
ne croyait pas à ce départ, ou bien, voyant qu'il n'y pouvait rien, il
prenait tout brusquement son parti. «Il en trouverait d'autres, des
associés!» Il préférait, en tous cas, pour l'instant, sa pitance à
toute réflexion.
Misé Saulnier gardait sa position, la tête entre ses bras, pour cacher
sans doute la honte qui était sur son visage.
--Viens! dit Marcant à Georges.
Toinette pleurait, silencieuse.
--Bonsoir, dit-elle, monsieur Marcant. Elle ajouta à travers ses
larmes:--J'irai demain porter l'écureuil.
--Oh! oui! dit Georges.
Et pour la remercier, il se haussa sur ses petits pieds et tendit ses
bras. Elle l'embrassa de tout son cœur.
--Donnez le bonjour à votre maman, dit-elle.
Les autres n'en avaient pas parlé.
--Oui, dit Georges, quand elle reviendra. Soyez tranquille, je m'en
souviendrai!
Elle les accompagna dehors et là:
--Pardonnez-moi, monsieur Marcant, dit-elle, d'avoir parlé devant vous.
Mais il fallait que ça se dise, et puis, je sais que vous avez rendu
visite à la maison de mon fiancé et que les gens vous ont plu, et que
mon mariage vous convient; et de vous voir là, ça m'a fait courage.
Marcant s'en alla, tenant la petite main de son enfant et la serrant
parfois d'une pression convulsive. Il songeait, songeait.