consistent les véritables difficultés de l'équitation. Chez les
premiers, le dressage doit être, pour ainsi dire, instantané,
puisque, tous les ressorts étant à leur place, il ne reste plus
qu'à les faire mouvoir; ce résultat s'obtient toujours avec ma
méthode. Les anciens principes, cependant, exigent deux et trois
ans pour y parvenir; et lorsqu'à force de tâtonnements et
d'incertitudes, l'écuyer doué de quelque intelligence et de quelque
pratique finit par habituer le cheval à obéir aux impressions qui
lui sont communiquées, il croit avoir surmonté de grandes
difficultés, et attribue à son savoir-faire un résultat que
l'application de bons principes aurait procuré en quelques jours.
Puis, comme l'animal continue à déployer dans tous ses mouvements
la grâce et la légèreté naturelles à sa belle conformation, le
cavalier ne se fait nul scrupule de s'en approprier le mérite, se
montrant alors aussi présomptueux qu'il est injuste, lorsqu'il veut
rendre le cheval mal constitué responsable de l'inefficacité de ses
efforts.
Si nous admettons une fois ces vérités:
Que l'éducation du cheval consiste dans la domination complète de
ses forces et dans la juste répartition de son poids;
Qu'on ne peut disposer des forces qu'en annulant toutes les
résistances,
Et que les résistances ont leur source dans les contractions
occasionnées par les vices physiques,
Il ne s'agira plus que de rechercher les parties où s'opèrent ces
contractions, afin d'essayer de les combattre et de les faire
disparaître en provoquant un équilibre convenable du poids et des
forces.
De longues et consciencieuses observations m'ont démontré que, quel
que soit le vice de conformation qui s'oppose dans le cheval à la
juste répartition des forces, c'est toujours sur la mâchoire que
s'en fait ressentir l'effet le plus immédiat. Pas de faux
mouvements, pas de résistance qui ne soient précédés par la
contraction de cette partie de l'animal; et comme l'encolure est
intimement liée à la mâchoire, la roideur de l'une se communique
instantanément à l'autre. Ces deux points sont l'arc-boutant sur
lequel s'appuie le cheval pour annuler tous les efforts du
cavalier. On conçoit facilement l'obstacle immense qu'ils doivent
présenter, puisque la tête et l'encolure étant les deux leviers
principaux par lesquels on place et dirige l'animal, il est
impossible de rien obtenir de lui tant qu'on ne sera pas
entièrement maître de ces premiers et indispensables moyens
d'action. A l'arrière-main, les parties où les forces se
contractent le plus pour les résistances sont les reins et la
croupe (les hanches).
Les contractions de ces deux extrémités opposées sont mutuellement
les unes pour les autres cause et effet, c'est-à-dire que la
roideur de la mâchoire et de l'encolure amène celle des hanches, et
réciproquement. On peut donc les combattre l'une par l'autre; et
dès qu'on aura réussi à les annuler, dès qu'on aura ainsi rétabli
l'équilibre et l'harmonie entre l'avant et l'arrière-main,
l'éducation du cheval sera à moitié faite. Je vais indiquer par
quels moyens on y parviendra infailliblement.
IV
TRAVAIL A PIED.
MOBILISATION DU CHEVAL, AU MOYEN DES FORCES INSTINCTIVES, POUR
OBTENIR L'ÉQUILIBRE DU POIDS.
EMPLOI DE LA CRAVACHE POUR APPRENDRE AU CHEVAL A VENIR A L'HOMME,
LE RENDRE SAGE AU MONTOIR, ETC.
Dès le début de l'éducation du cheval, il est essentiel de lui
donner une première leçon d'assujettissement et de lui faire
connaître toute la puissance de l'homme. Ce premier acte de
soumission, qui pourrait paraître sans importance, servira
promptement à le rendre calme, confiant, à réprimer tous les
mouvements qui détourneraient son attention et retarderaient son
éducation.
Quelques leçons d'une demi-heure suffiront pour obtenir ce résultat
chez tous les chevaux; le plaisir que l'on éprouvera à jouer ainsi
avec le cheval portera naturellement le cavalier à continuer cet
exercice autant qu'il sera nécessaire, et à le rendre aussi
instructif pour le cheval qu'utile pour lui-même. Voici comment on
s'y prendra: le cavalier s'approchera du cheval, sa cravache sous
le bras, sans brusquerie ni timidité; il lui parlera sans trop
élever la voix, et le flattera de la main sur le chanfrein ou sur
l'encolure, puis, avec la main gauche, il saisira les rênes de la
bride, à 16 centimètres des branches du mors, en soutenant le
poignet avec assez d'énergie pour présenter autant de force que
possible dans les instants de résistance du cheval. La cravache
sera tenue de la main droite, la pointe vers la terre, puis on
l'élèvera lentement jusqu'à la hauteur du poitrail pour en frapper
délicatement cette partie à une seconde d'intervalle. Le premier
mouvement naturel du cheval sera de reculer pour éviter les
attouchements de la cravache. Le cavalier suivra ce mouvement
rétrograde sans discontinuer toutefois la tension des rênes de la
bride, ni les petits coups de cravache sur le poitrail. Le cavalier
devra rester maître de ses impressions, afin qu'il n'y ait dans ses
mouvements et dans son regard aucun indice de colère ni de
faiblesse. Fatigué de ces effets de contrainte, le cheval cherchera
bientôt par un autre mouvement à éviter la sujétion, et c'est en se
portant en avant qu'il y parviendra; le cavalier saisira ce second
mouvement instinctif pour l'arrêter et flatter l'animal du geste et
de la voix. La répétition de cet exercice donnera des résultats
surprenants, même à la première leçon. Le cheval, ayant bien
compris le moyen à l'aide duquel il peut éviter la cravache, n'en
attendra pas le contact, il le préviendra en s'avançant de suite au
moindre geste. Ce travail, d'ailleurs très-récréatif, servira de
plus à rendre le cheval sage au montoir, abrégera de beaucoup son
éducation, et accélérera le développement de son intelligence. Dans
le cas où, par suite de sa nature inquiète ou sauvage, le cheval se
livrerait à des mouvements désordonnés, on devrait avoir recours au
caveçon, comme moyen de répression, et l'employer par petites
saccades. Quand le cheval se portera franchement en avant à
l'action de la cravache, le moment sera venu de faire une légère
opposition avec la main de la bride, afin d'obtenir un effet de
ramener, sans discontinuer l'allure du pas.
On commencera aussi quelques temps de reculer, qu'on alternera avec
les mouvements en avant, jusqu'à disparition complète des
résistances.
Cet exercice est très-important pour déplacer, par les forces
purement instinctives, d'abord, mais que nous régulariserons
ensuite, le poids qui se fixerait trop sur l'arrière ou sur
l'avant-main.
Faisons une remarque sur laquelle nous reviendrons plus tard.
Le poids du cheval surcharge naturellement la partie antérieure du
corps; c'est pour cela qu'en vertu du principe qui oppose les
forces au poids dans l'ordre naturel, la nature a donné une si
grande puissance aux muscles postérieurs du cheval qui doivent, aux
différentes allures et surtout au galop, non-seulement recevoir le
poids de l'avant-main, mais encore projeter toute la masse en
avant. Dans le reculer, cette distribution du poids induit souvent
en erreur le cavalier inexpérimenté. Il s'imagine que le mouvement
rétrograde est produit par le déplacement total du poids par les
forces, tandis qu'il n'est dû qu'au reflux des forces impulsives,
qui, refoulées par une opposition de main, n'ont entraîné avec
elles qu'une partie du poids. Aussi, bien que le cheval recule,
l'avant-main se trouve souvent surchargé d'un poids comparativement
énorme. D'où il suit que le mouvement est irrégulier, jusqu'à ce
que l'écuyer, revenu de son erreur, ait su alléger l'avant-main de
manière à équilibrer le poids et les forces. Les moyens d'atteindre
à ce but seront donnés ultérieurement. Alors nous appellerons
l'attention du lecteur sur l'emploi des aides, que la pratique
seule peut rendre judicieux.
Les exercices précédents à l'aide de la cravache, tels que: porter
le cheval en avant, les commencements de ramener et de reculer,
seront suivis, toujours à l'aide de la cravache, soit des pas de
côté, soit des pirouettes ordinaires ou renversées.
Pour les pas de côté, la main, en se soutenant, facilite le
mouvement des épaules dans le sens indiqué par la cravache. Dans le
cas de résistance provenant de la croupe, le cavalier en
triompherait par une opposition de la main qui ne reprendrait sa
position que lorsque le mouvement serait commencé.
Dans les pirouettes renversées, la main se maintiendra pour forcer
la croupe à obéir à la cravache, et la faire tourner autour des
jambes du cheval, dont l'une doit lui servir de pivot.
Dans les pirouettes ordinaires, la cravache agira sur la croupe,
pour la fixer et fournir aux jambes antérieures, mobilisées par la
main, le pivot nécessaire à leur mouvement de rotation.
Ces divers exercices disposeront le cheval aux mouvements qu'il
devra exécuter avec son cavalier en selle.
Bien entendu que dans le cours de l'éducation du cheval, il faudra
revenir souvent à ces exercices préliminaires, afin qu'il ne perde
pas le fruit de ses leçons précédentes.
V
DE L'ASSOUPLISSEMENT.
Les nouveaux principes de ma méthode ne peuvent être pratiqués que
par les hommes versés dans l'art de l'équitation, et qui joignent à
une assiette assurée une assez grande habitude du cheval pour
comprendre tout ce qui se rattache à son mécanisme. Je ne
reviendrai donc pas sur les procédés élémentaires; c'est à
l'instructeur à juger si son élève possède un degré convenable de
solidité, s'il est suffisamment en rapport d'enveloppe avec son
cheval; car, en même temps qu'une bonne position produit cette
identification, elle favorise le jeu facile et régulier des
extrémités du cavalier.
Mon but ici est de traiter principalement de l'éducation du cheval;
mais cette éducation est trop intimement liée à celle du cavalier,
pour qu'il soit possible de faire progresser l'une sans l'autre. En
expliquant les procédés qui devront amener la perfection chez
l'animal, j'apprendrai nécessairement à l'écuyer à les appliquer
lui-même; il ne tiendra qu'à lui de professer demain ce que je lui
démontre aujourd'hui.
Nous connaissons maintenant quelles sont les parties du cheval qui
se contractent le plus pour les résistances, et nous sentons la
nécessité de les assouplir. Chercherons-nous dès lors à les
attaquer, à les exercer toutes ensemble, pour les soumettre du même
coup? Non, sans doute, ce serait retomber dans les anciens
errements, et nous sommes convaincu de leur inefficacité. L'animal
est doué d'une puissance musculaire infiniment supérieure à la
nôtre; ses forces instinctives pouvant en outre se soutenir les
unes par les autres, nous serons inévitablement vaincus si nous les
surexcitons toutes à la fois. Puisque les contractions ont leur
siége dans des parties séparées, sachons profiter de cette division
pour les combattre successivement, à l'exemple de ces généraux
habiles qui détruisent en détail des forces auxquelles ils
n'auraient pu résister en masse.
Du reste, quels que puissent être l'âge, les dispositions et la
structure du cheval, mes procédés, en débutant, seront toujours les
mêmes. Les résultats seulement seront plus ou moins prompts et
faciles, suivant le degré de perfection de sa nature et l'influence
de la main à laquelle il aura pu être soumis antérieurement.
L'assouplissement, qui, chez un cheval bien constitué, n'aura
d'autre but que de préparer ses forces à céder à nos moyens
d'action, devra de plus rétablir le calme et la confiance, s'il
s'agit d'un cheval mal mené, et faire disparaître, dans une
conformation défectueuse, les contractions, causes des résistances
et de l'opposition à un équilibre parfait. Les difficultés à
surmonter seront en raison de cette complication d'obstacles, qui
tous disparaîtront bien vite, moyennant un peu de persévérance de
notre part. Dans la progression que nous allons suivre pour
soumettre à l'assouplissement les diverses parties de l'animal,
nous commencerons naturellement par les plus importantes,
c'est-à-dire par la mâchoire et l'encolure.
La tête et l'encolure du cheval sont à la fois le gouvernail de
l'animal et la boussole du cavalier. Par elles il dirige l'animal;
par elles aussi il peut juger de la régularité, de la justesse de
son mouvement; pas d'équilibre, pas de légèreté, si la tête et
l'encolure ne sont aisées, liantes et gracieuses. Nulle élégance,
nulle facilité dans l'ensemble, dès que ces deux parties se
roidissent. Précédant le corps dans toutes ses impulsions, elles
doivent préparer d'avance, indiquer par leur attitude les positions
à prendre, les mouvements à exécuter. Nulle domination n'est
permise au cavalier tant qu'elles restent contractées et rebelles;
une fois qu'elles sont flexibles et maniables, il dispose de
l'animal à son gré. Si la tête et l'encolure n'entament pas les
premières les changements de direction, si, dans les marches
circulaires, elles ne se maintiennent pas inclinées sur la ligne
courbe, afin de surcharger plus ou moins les extrémités en raison
du mouvement, si pour le reculer elles ne se replient pas sur
elles-mêmes, et si leur légèreté n'est pas toujours en rapport avec
les différentes allures qu'on voudra prendre, le cheval sera libre
d'exécuter ou non ces mouvements, puisqu'il restera maître de
l'emploi de ses forces.
VI
DE LA BOUCHE DU CHEVAL ET DU MORS.
J'ai déjà traité ce sujet assez longuement dans mon _Dictionnaire
raisonné d'Equitation_; mais comme je développe ici un exposé
complet de ma méthode, je crois nécessaire d'y revenir en quelques
mots.
Je suis encore à me demander comment on a pu attribuer si longtemps
à la seule différence de conformation des barres ces dispositions
contraires des chevaux qui les rendent si légers ou si lourds à la
main. Comment a-t-on pu croire que, suivant qu'un cheval a une ou
deux lignes de chair de plus ou de moins entre le mors et l'os de
la mâchoire inférieure, il cède à la plus légère impulsion de la
main, ou s'emporte, malgré les efforts des deux bras les plus
vigoureux? C'est cependant en s'appuyant sur cette inconcevable
erreur qu'on s'est mis à forger des mors de formes bizarres et si
variées, vrais instruments de supplice, dont l'effet ne pouvait
qu'augmenter les inconvénients auxquels on cherchait à remédier.
Si on avait voulu remonter un peu à la source des résistances, on
aurait reconnu bientôt que la roideur de la mâchoire ne provient
pas de la différence de conformation des barres, mais bien du
mauvais équilibre du cheval. C'est donc en vain que nous nous
suspendrons aux rênes et que nous placerons dans la bouche du
cheval un instrument plus ou moins meurtrier; il restera insensible
à nos efforts tant que nous ne lui aurons pas donné cette légèreté
qui peut seule le mettre à même de céder.
Je pose donc en principe qu'il n'existe point de différence de
sensibilité dans la bouche des chevaux; que tous présentent la même
légèreté dans la position du ramener, et les mêmes résistances à
mesure qu'ils s'éloignent de cette position importante. Il est des
chevaux lourds à la main; mais cette résistance provient de la
longueur ou de la faiblesse des reins, de la croupe étroite, des
hanches courtes, des cuisses grêles, des jarrets droits, ou enfin
(point important) d'une croupe trop haute ou trop basse par rapport
au garrot; telles sont les véritables causes des résistances; le
serrement de la mâchoire, la contraction de l'encolure, ne sont que
les effets.
Je n'admets, par conséquent, qu'une seule espèce de mors, et voici
la forme et les dimensions que je lui donne pour le rendre aussi
simple que doux:
Branche droite de la longueur de 16 centimètres, à partir de l'oeil
du mors jusqu'à l'extrémité des branches; circonférence du canon, 6
centimètres; la liberté de la langue, 4 centimètres à peu près de
largeur dans sa partie inférieure, et 2 centimètres dans la partie
inférieure. Il est bien entendu que la largeur seule devra varier
suivant la bouche du cheval.
J'affirme qu'un pareil mors suffira pour soumettre à l'obéissance
la plus passive tous les chevaux qu'on y aura préparés par
l'assouplissement; et je n'ai pas besoin d'ajouter que, puisque je
nie l'utilité des mors durs, je repousse, par la même raison, tous
les moyens en dehors des ressources du cavalier, tels que
martingales, piliers, etc.[6]
[6] Voir, dans le _Dictionnaire raisonné d'Équitation_, les mots
_Mors_, _Barres_ et _Martingales_.
VII
ASSOUPLISSEMENT DE LA MACHOIRE ET DE L'ENCOLURE.
Les flexions de la mâchoire, ainsi que les deux flexions de
l'encolure qui vont suivre, s'exécutent en place, le cavalier
restant à pied. Le cheval sera amené sur le terrain, sellé et
bridé, les rênes passées sur l'encolure. Le cavalier vérifiera
d'abord si le mors est bien placé et si la gourmette est attachée
de manière qu'il puisse introduire facilement son doigt entre les
mailles et la barbe. Puis, regardant l'animal avec bienveillance,
il viendra se placer en avant de son encolure, près de la tête, le
corps droit et ferme, les pieds un peu écartés pour assurer sa base
et être prêt à lutter avec avantage contre toutes les résistances.
Première flexion de la mâchoire.
Pour exécuter cette flexion, le cavalier, placé du côté montoir,
prendra avec la main droite la rêne gauche de la bride à dix-sept
centimètres de la bouche, et avec la main gauche la rêne gauche du
filet. Ces deux forces doivent agir en sens opposés. Si elles sont
bien proportionnées à la résistance du cheval, elles amèneront
bientôt la mobilité de la mâchoire. La flexion à droite s'exécutera
d'après les mêmes principes et par les moyens inverses, le cavalier
ayant soin de passer alternativement de l'une à l'autre. Si la
résistance du cheval provient de la contraction trop grande des
muscles releveurs, il faut opposer une force de haut en bas,
jusqu'à parfaite cession de la part du cheval, et _vice versâ_. Il
doit en être ainsi pour toutes les flexions; il faut combattre les
résistances par la force qui leur est directement opposée.
Quelquefois, le cheval recule par impatience ou par la maladresse
du cavalier; on n'en continue pas moins l'opposition des mains,
lesquelles, dans ce cas, se portent en avant afin d'attirer le
cheval et de faire opposition à la force qui produit l'acculement.
Si l'on a pratiqué complétement le travail précédent, il sera
facile, à l'aide de la cravache, d'arrêter le mouvement rétrograde
qui est un puissant obstacle à toute espèce de flexions (_Planche
1_).
[Illustration: Planche 1.]
Deuxième flexion.
La deuxième flexion s'exécute en prenant les deux rênes de la
bride avec la main droite et les deux rênes du filet avec la
gauche. En procédant comme pour la première flexion, et si celle-ci
a été bien faite, on obtient presque instantanément la mobilité de
la mâchoire. Sur quelques chevaux, la mâchoire inférieure se
détache momentanément pour se refermer aussitôt avec bruit. Cette
espèce de tic nerveux, de grincement de dents, doit être combattu
avec soin, car il finirait par augmenter la résistance et
s'opposerait à la légèreté (_Planches 2 et 3_).
[Illustration: Planche 2.]
[Illustration: Planche 3.]
Troisième flexion.
Le cavalier saisit, par exemple, la rêne droite du filet avec la
main gauche et la rêne gauche avec la main droite à dix-sept
centimètres, puis il croise les deux rênes sous le menton de
manière à exercer une pression assez forte sur la barbe. Si la
résistance se prolongeait, le cavalier la ferait bien vite cesser
par un frémissement rapide des poignets (_Planche 4_)[7].
[7] Les vibrations de mains peuvent être employées dans toutes
les flexions.
On comprendra facilement l'importance de ces flexions de mâchoire.
Elles ont pour résultat de préparer le cheval à céder aux plus
légères pressions du filet ou du mors, d'assouplir directement les
muscles qui joignent la tête à l'encolure. La tête devant précéder
et déterminer les diverses attitudes de l'encolure, il est
indispensable que cette dernière partie soit toujours assujettie à
la première. Cela n'aurait lieu qu'imparfaitement avec la
flexibilité seule de l'encolure, puisque ce serait alors celle-ci
qui déterminerait l'obéissance de la tête en l'entraînant dans son
mouvement. L'opposition des mains s'engagera sans à-coup, pour ne
cesser qu'à parfaite obéissance du cheval, à moins cependant qu'il
ne s'accule; elle diminuera ou augmentera son effet en proportion
de la résistance, de manière à la dominer toujours sans trop la
forcer. Le cheval, qui d'abord résistera, finira par considérer la
main de l'homme comme un régulateur irrésistible, et il s'habituera
si bien à obéir, qu'on obtiendra bientôt, par une simple pression
de rêne, ce qui, dans le principe, exigeait une grande force.
[Illustration: Planche 4.]
ASSOUPLISSEMENT DE L'ENCOLURE.
Première flexion latérale.
Le cavalier se place comme pour les flexions de mâchoire; il
saisira la rêne droite de la bride avec la main droite à seize
centimètres de la branche du mors et la rêne gauche avec la main
gauche, à dix centimètres seulement de la branche gauche. Il
rapprochera ensuite la main droite de son corps en éloignant la
gauche de manière à contourner le mors dans la bouche du cheval.
Comme pour les flexions de mâchoire, la force qu'il emploiera devra
être graduée et proportionnée à la résistance seule de la mâchoire
et de l'encolure, afin de ne pas influer sur l'aplomb qui donne
l'immobilité au corps du cheval (_Planche 5_).
[Illustration: Planche 5 et 6.]
La flexion doit s'obtenir, non par un mouvement brusque de la tête,
mais par petites cessions successives. La main gauche suit tout
naturellement le mouvement de la tête, et, lorsque celle-ci se
trouve près de l'épaule droite, les deux rênes également tendues
maintiennent la tête oblique et verticale jusqu'à ce qu'elle se
soutienne d'elle-même dans cette position (_Planche 6_). Le cheval,
en mâchant son mors, constatera la mise en main ainsi que sa
parfaite soumission. Le cavalier, pour le récompenser, fera cesser
immédiatement la tension des rênes et lui permettra, après quelques
secondes, de reprendre sa position naturelle. Mêmes principes et
moyens inverses pour la flexion à gauche.
Deuxième flexion.
1º Le cavalier saisira la rêne droite du filet, qu'il tendra en
l'appuyant sur l'encolure, pour établir un point intermédiaire
entre la force qu'il emploie et la résistance que présentera le
cheval; il soutiendra la rêne gauche avec la main gauche à
trente-trois centimètres du mors. Dès que le cheval cherchera à
éviter la tension constante de la rêne droite en inclinant sa tête
à droite, le cavalier laissera glisser la rêne gauche, afin de ne
présenter aucune opposition à la flexion de l'encolure. Cette rêne
gauche devra se soutenir par une succession de petites tensions
spontanées, chaque fois que le cheval cherchera à se soustraire,
par la croupe, à l'effet de la rêne droite (_Planche 7_).
[Illustration: Planche 7 et 8.]
2º Lorsque la tête et l'encolure auront complétement cédé à droite,
le cavalier donnera une égale tension aux deux rênes pour placer la
tête verticalement. Le liant et la légèreté suivront bientôt cette
position, et aussitôt que le cheval constatera l'absence de toute
roideur par l'action de _mâcher son frein_, le cavalier fera cesser
la tension des rênes, en prenant garde que la tête ne profite
de ce moment d'abandon pour se déplacer brusquement. Dans ce cas,
il suffirait pour la contenir d'un léger soutien de la rêne droite.
Après avoir maintenu le cheval quelques secondes dans cette
attitude, on le remettra en place en soutenant un peu la rêne
gauche. L'important est que l'animal, dans tous ses mouvements, ne
prenne de lui-même aucune initiative (_Planche 8_).
La flexion de l'encolure à gauche s'exécutera d'après les mêmes
principes et par les moyens inverses. Le cavalier pourra répéter
avec les rênes de la bride ce qu'il aura fait d'abord avec celle du
filet; cependant le filet devra toujours être employé en premier
lieu, son effet étant moins puissant et plus direct. Si les
flexions à pied ont été bien faites, si elles ne laissent rien à
désirer, celles à cheval s'obtiendront facilement. Ces premiers
exercices sont d'une grande importance, et le temps que l'on y
consacre abrége considérablement la durée des leçons qui doivent
suivre.
Le cavalier doit scrupuleusement s'attacher à faire fléchir la
mâchoire avant l'encolure, de manière que cette dernière soutienne
la tête et la suive, sans la devancer jamais.
En principe, il n'y a pas d'encolure résistante avec une mâchoire
moelleusement mobile.
C'est presque toujours l'opposé quand la flexion de l'encolure
précède celle de la mâchoire. Les dents restent serrées ou ne se
détachent qu'imparfaitement.
La résistance est toujours en raison directe du _mutisme_ du
cheval[8].