C'est dans l'éducation de ces derniers animaux seulement que

consistent les véritables difficultés de l'équitation. Chez les

premiers, le dressage doit être, pour ainsi dire, instantané,

puisque, tous les ressorts étant à leur place, il ne reste plus

qu'à les faire mouvoir; ce résultat s'obtient toujours avec ma

méthode. Les anciens principes, cependant, exigent deux et trois

ans pour y parvenir; et lorsqu'à force de tâtonnements et

d'incertitudes, l'écuyer doué de quelque intelligence et de quelque

pratique finit par habituer le cheval à obéir aux impressions qui

lui sont communiquées, il croit avoir surmonté de grandes

difficultés, et attribue à son savoir-faire un résultat que

l'application de bons principes aurait procuré en quelques jours.

Puis, comme l'animal continue à déployer dans tous ses mouvements

la grâce et la légèreté naturelles à sa belle conformation, le

cavalier ne se fait nul scrupule de s'en approprier le mérite, se

montrant alors aussi présomptueux qu'il est injuste, lorsqu'il veut

rendre le cheval mal constitué responsable de l'inefficacité de ses

efforts.

Si nous admettons une fois ces vérités:

Que l'éducation du cheval consiste dans la domination complète de

ses forces et dans la juste répartition de son poids;

Qu'on ne peut disposer des forces qu'en annulant toutes les

résistances,

Et que les résistances ont leur source dans les contractions

occasionnées par les vices physiques,

Il ne s'agira plus que de rechercher les parties où s'opèrent ces

contractions, afin d'essayer de les combattre et de les faire

disparaître en provoquant un équilibre convenable du poids et des

forces.

De longues et consciencieuses observations m'ont démontré que, quel

que soit le vice de conformation qui s'oppose dans le cheval à la

juste répartition des forces, c'est toujours sur la mâchoire que

s'en fait ressentir l'effet le plus immédiat. Pas de faux

mouvements, pas de résistance qui ne soient précédés par la

contraction de cette partie de l'animal; et comme l'encolure est

intimement liée à la mâchoire, la roideur de l'une se communique

instantanément à l'autre. Ces deux points sont l'arc-boutant sur

lequel s'appuie le cheval pour annuler tous les efforts du

cavalier. On conçoit facilement l'obstacle immense qu'ils doivent

présenter, puisque la tête et l'encolure étant les deux leviers

principaux par lesquels on place et dirige l'animal, il est

impossible de rien obtenir de lui tant qu'on ne sera pas

entièrement maître de ces premiers et indispensables moyens

d'action. A l'arrière-main, les parties où les forces se

contractent le plus pour les résistances sont les reins et la

croupe (les hanches).

Les contractions de ces deux extrémités opposées sont mutuellement

les unes pour les autres cause et effet, c'est-à-dire que la

roideur de la mâchoire et de l'encolure amène celle des hanches, et

réciproquement. On peut donc les combattre l'une par l'autre; et

dès qu'on aura réussi à les annuler, dès qu'on aura ainsi rétabli

l'équilibre et l'harmonie entre l'avant et l'arrière-main,

l'éducation du cheval sera à moitié faite. Je vais indiquer par

quels moyens on y parviendra infailliblement.

IV

TRAVAIL A PIED.

MOBILISATION DU CHEVAL, AU MOYEN DES FORCES INSTINCTIVES, POUR

OBTENIR L'ÉQUILIBRE DU POIDS.

EMPLOI DE LA CRAVACHE POUR APPRENDRE AU CHEVAL A VENIR A L'HOMME,

LE RENDRE SAGE AU MONTOIR, ETC.

Dès le début de l'éducation du cheval, il est essentiel de lui

donner une première leçon d'assujettissement et de lui faire

connaître toute la puissance de l'homme. Ce premier acte de

soumission, qui pourrait paraître sans importance, servira

promptement à le rendre calme, confiant, à réprimer tous les

mouvements qui détourneraient son attention et retarderaient son

éducation.

Quelques leçons d'une demi-heure suffiront pour obtenir ce résultat

chez tous les chevaux; le plaisir que l'on éprouvera à jouer ainsi

avec le cheval portera naturellement le cavalier à continuer cet

exercice autant qu'il sera nécessaire, et à le rendre aussi

instructif pour le cheval qu'utile pour lui-même. Voici comment on

s'y prendra: le cavalier s'approchera du cheval, sa cravache sous

le bras, sans brusquerie ni timidité; il lui parlera sans trop

élever la voix, et le flattera de la main sur le chanfrein ou sur

l'encolure, puis, avec la main gauche, il saisira les rênes de la

bride, à 16 centimètres des branches du mors, en soutenant le

poignet avec assez d'énergie pour présenter autant de force que

possible dans les instants de résistance du cheval. La cravache

sera tenue de la main droite, la pointe vers la terre, puis on

l'élèvera lentement jusqu'à la hauteur du poitrail pour en frapper

délicatement cette partie à une seconde d'intervalle. Le premier

mouvement naturel du cheval sera de reculer pour éviter les

attouchements de la cravache. Le cavalier suivra ce mouvement

rétrograde sans discontinuer toutefois la tension des rênes de la

bride, ni les petits coups de cravache sur le poitrail. Le cavalier

devra rester maître de ses impressions, afin qu'il n'y ait dans ses

mouvements et dans son regard aucun indice de colère ni de

faiblesse. Fatigué de ces effets de contrainte, le cheval cherchera

bientôt par un autre mouvement à éviter la sujétion, et c'est en se

portant en avant qu'il y parviendra; le cavalier saisira ce second

mouvement instinctif pour l'arrêter et flatter l'animal du geste et

de la voix. La répétition de cet exercice donnera des résultats

surprenants, même à la première leçon. Le cheval, ayant bien

compris le moyen à l'aide duquel il peut éviter la cravache, n'en

attendra pas le contact, il le préviendra en s'avançant de suite au

moindre geste. Ce travail, d'ailleurs très-récréatif, servira de

plus à rendre le cheval sage au montoir, abrégera de beaucoup son

éducation, et accélérera le développement de son intelligence. Dans

le cas où, par suite de sa nature inquiète ou sauvage, le cheval se

livrerait à des mouvements désordonnés, on devrait avoir recours au

caveçon, comme moyen de répression, et l'employer par petites

saccades. Quand le cheval se portera franchement en avant à

l'action de la cravache, le moment sera venu de faire une légère

opposition avec la main de la bride, afin d'obtenir un effet de

ramener, sans discontinuer l'allure du pas.

On commencera aussi quelques temps de reculer, qu'on alternera avec

les mouvements en avant, jusqu'à disparition complète des

résistances.

Cet exercice est très-important pour déplacer, par les forces

purement instinctives, d'abord, mais que nous régulariserons

ensuite, le poids qui se fixerait trop sur l'arrière ou sur

l'avant-main.

Faisons une remarque sur laquelle nous reviendrons plus tard.

Le poids du cheval surcharge naturellement la partie antérieure du

corps; c'est pour cela qu'en vertu du principe qui oppose les

forces au poids dans l'ordre naturel, la nature a donné une si

grande puissance aux muscles postérieurs du cheval qui doivent, aux

différentes allures et surtout au galop, non-seulement recevoir le

poids de l'avant-main, mais encore projeter toute la masse en

avant. Dans le reculer, cette distribution du poids induit souvent

en erreur le cavalier inexpérimenté. Il s'imagine que le mouvement

rétrograde est produit par le déplacement total du poids par les

forces, tandis qu'il n'est dû qu'au reflux des forces impulsives,

qui, refoulées par une opposition de main, n'ont entraîné avec

elles qu'une partie du poids. Aussi, bien que le cheval recule,

l'avant-main se trouve souvent surchargé d'un poids comparativement

énorme. D'où il suit que le mouvement est irrégulier, jusqu'à ce

que l'écuyer, revenu de son erreur, ait su alléger l'avant-main de

manière à équilibrer le poids et les forces. Les moyens d'atteindre

à ce but seront donnés ultérieurement. Alors nous appellerons

l'attention du lecteur sur l'emploi des aides, que la pratique

seule peut rendre judicieux.

Les exercices précédents à l'aide de la cravache, tels que: porter

le cheval en avant, les commencements de ramener et de reculer,

seront suivis, toujours à l'aide de la cravache, soit des pas de

côté, soit des pirouettes ordinaires ou renversées.

Pour les pas de côté, la main, en se soutenant, facilite le

mouvement des épaules dans le sens indiqué par la cravache. Dans le

cas de résistance provenant de la croupe, le cavalier en

triompherait par une opposition de la main qui ne reprendrait sa

position que lorsque le mouvement serait commencé.

Dans les pirouettes renversées, la main se maintiendra pour forcer

la croupe à obéir à la cravache, et la faire tourner autour des

jambes du cheval, dont l'une doit lui servir de pivot.

Dans les pirouettes ordinaires, la cravache agira sur la croupe,

pour la fixer et fournir aux jambes antérieures, mobilisées par la

main, le pivot nécessaire à leur mouvement de rotation.

Ces divers exercices disposeront le cheval aux mouvements qu'il

devra exécuter avec son cavalier en selle.

Bien entendu que dans le cours de l'éducation du cheval, il faudra

revenir souvent à ces exercices préliminaires, afin qu'il ne perde

pas le fruit de ses leçons précédentes.

V

DE L'ASSOUPLISSEMENT.

Les nouveaux principes de ma méthode ne peuvent être pratiqués que

par les hommes versés dans l'art de l'équitation, et qui joignent à

une assiette assurée une assez grande habitude du cheval pour

comprendre tout ce qui se rattache à son mécanisme. Je ne

reviendrai donc pas sur les procédés élémentaires; c'est à

l'instructeur à juger si son élève possède un degré convenable de

solidité, s'il est suffisamment en rapport d'enveloppe avec son

cheval; car, en même temps qu'une bonne position produit cette

identification, elle favorise le jeu facile et régulier des

extrémités du cavalier.

Mon but ici est de traiter principalement de l'éducation du cheval;

mais cette éducation est trop intimement liée à celle du cavalier,

pour qu'il soit possible de faire progresser l'une sans l'autre. En

expliquant les procédés qui devront amener la perfection chez

l'animal, j'apprendrai nécessairement à l'écuyer à les appliquer

lui-même; il ne tiendra qu'à lui de professer demain ce que je lui

démontre aujourd'hui.

Nous connaissons maintenant quelles sont les parties du cheval qui

se contractent le plus pour les résistances, et nous sentons la

nécessité de les assouplir. Chercherons-nous dès lors à les

attaquer, à les exercer toutes ensemble, pour les soumettre du même

coup? Non, sans doute, ce serait retomber dans les anciens

errements, et nous sommes convaincu de leur inefficacité. L'animal

est doué d'une puissance musculaire infiniment supérieure à la

nôtre; ses forces instinctives pouvant en outre se soutenir les

unes par les autres, nous serons inévitablement vaincus si nous les

surexcitons toutes à la fois. Puisque les contractions ont leur

siége dans des parties séparées, sachons profiter de cette division

pour les combattre successivement, à l'exemple de ces généraux

habiles qui détruisent en détail des forces auxquelles ils

n'auraient pu résister en masse.

Du reste, quels que puissent être l'âge, les dispositions et la

structure du cheval, mes procédés, en débutant, seront toujours les

mêmes. Les résultats seulement seront plus ou moins prompts et

faciles, suivant le degré de perfection de sa nature et l'influence

de la main à laquelle il aura pu être soumis antérieurement.

L'assouplissement, qui, chez un cheval bien constitué, n'aura

d'autre but que de préparer ses forces à céder à nos moyens

d'action, devra de plus rétablir le calme et la confiance, s'il

s'agit d'un cheval mal mené, et faire disparaître, dans une

conformation défectueuse, les contractions, causes des résistances

et de l'opposition à un équilibre parfait. Les difficultés à

surmonter seront en raison de cette complication d'obstacles, qui

tous disparaîtront bien vite, moyennant un peu de persévérance de

notre part. Dans la progression que nous allons suivre pour

soumettre à l'assouplissement les diverses parties de l'animal,

nous commencerons naturellement par les plus importantes,

c'est-à-dire par la mâchoire et l'encolure.

La tête et l'encolure du cheval sont à la fois le gouvernail de

l'animal et la boussole du cavalier. Par elles il dirige l'animal;

par elles aussi il peut juger de la régularité, de la justesse de

son mouvement; pas d'équilibre, pas de légèreté, si la tête et

l'encolure ne sont aisées, liantes et gracieuses. Nulle élégance,

nulle facilité dans l'ensemble, dès que ces deux parties se

roidissent. Précédant le corps dans toutes ses impulsions, elles

doivent préparer d'avance, indiquer par leur attitude les positions

à prendre, les mouvements à exécuter. Nulle domination n'est

permise au cavalier tant qu'elles restent contractées et rebelles;

une fois qu'elles sont flexibles et maniables, il dispose de

l'animal à son gré. Si la tête et l'encolure n'entament pas les

premières les changements de direction, si, dans les marches

circulaires, elles ne se maintiennent pas inclinées sur la ligne

courbe, afin de surcharger plus ou moins les extrémités en raison

du mouvement, si pour le reculer elles ne se replient pas sur

elles-mêmes, et si leur légèreté n'est pas toujours en rapport avec

les différentes allures qu'on voudra prendre, le cheval sera libre

d'exécuter ou non ces mouvements, puisqu'il restera maître de

l'emploi de ses forces.

VI

DE LA BOUCHE DU CHEVAL ET DU MORS.

J'ai déjà traité ce sujet assez longuement dans mon _Dictionnaire

raisonné d'Equitation_; mais comme je développe ici un exposé

complet de ma méthode, je crois nécessaire d'y revenir en quelques

mots.

Je suis encore à me demander comment on a pu attribuer si longtemps

à la seule différence de conformation des barres ces dispositions

contraires des chevaux qui les rendent si légers ou si lourds à la

main. Comment a-t-on pu croire que, suivant qu'un cheval a une ou

deux lignes de chair de plus ou de moins entre le mors et l'os de

la mâchoire inférieure, il cède à la plus légère impulsion de la

main, ou s'emporte, malgré les efforts des deux bras les plus

vigoureux? C'est cependant en s'appuyant sur cette inconcevable

erreur qu'on s'est mis à forger des mors de formes bizarres et si

variées, vrais instruments de supplice, dont l'effet ne pouvait

qu'augmenter les inconvénients auxquels on cherchait à remédier.

Si on avait voulu remonter un peu à la source des résistances, on

aurait reconnu bientôt que la roideur de la mâchoire ne provient

pas de la différence de conformation des barres, mais bien du

mauvais équilibre du cheval. C'est donc en vain que nous nous

suspendrons aux rênes et que nous placerons dans la bouche du

cheval un instrument plus ou moins meurtrier; il restera insensible

à nos efforts tant que nous ne lui aurons pas donné cette légèreté

qui peut seule le mettre à même de céder.

Je pose donc en principe qu'il n'existe point de différence de

sensibilité dans la bouche des chevaux; que tous présentent la même

légèreté dans la position du ramener, et les mêmes résistances à

mesure qu'ils s'éloignent de cette position importante. Il est des

chevaux lourds à la main; mais cette résistance provient de la

longueur ou de la faiblesse des reins, de la croupe étroite, des

hanches courtes, des cuisses grêles, des jarrets droits, ou enfin

(point important) d'une croupe trop haute ou trop basse par rapport

au garrot; telles sont les véritables causes des résistances; le

serrement de la mâchoire, la contraction de l'encolure, ne sont que

les effets.

Je n'admets, par conséquent, qu'une seule espèce de mors, et voici

la forme et les dimensions que je lui donne pour le rendre aussi

simple que doux:

Branche droite de la longueur de 16 centimètres, à partir de l'oeil

du mors jusqu'à l'extrémité des branches; circonférence du canon, 6

centimètres; la liberté de la langue, 4 centimètres à peu près de

largeur dans sa partie inférieure, et 2 centimètres dans la partie

inférieure. Il est bien entendu que la largeur seule devra varier

suivant la bouche du cheval.

J'affirme qu'un pareil mors suffira pour soumettre à l'obéissance

la plus passive tous les chevaux qu'on y aura préparés par

l'assouplissement; et je n'ai pas besoin d'ajouter que, puisque je

nie l'utilité des mors durs, je repousse, par la même raison, tous

les moyens en dehors des ressources du cavalier, tels que

martingales, piliers, etc.[6]

[6] Voir, dans le _Dictionnaire raisonné d'Équitation_, les mots

_Mors_, _Barres_ et _Martingales_.

VII

ASSOUPLISSEMENT DE LA MACHOIRE ET DE L'ENCOLURE.

Les flexions de la mâchoire, ainsi que les deux flexions de

l'encolure qui vont suivre, s'exécutent en place, le cavalier

restant à pied. Le cheval sera amené sur le terrain, sellé et

bridé, les rênes passées sur l'encolure. Le cavalier vérifiera

d'abord si le mors est bien placé et si la gourmette est attachée

de manière qu'il puisse introduire facilement son doigt entre les

mailles et la barbe. Puis, regardant l'animal avec bienveillance,

il viendra se placer en avant de son encolure, près de la tête, le

corps droit et ferme, les pieds un peu écartés pour assurer sa base

et être prêt à lutter avec avantage contre toutes les résistances.

Première flexion de la mâchoire.

Pour exécuter cette flexion, le cavalier, placé du côté montoir,

prendra avec la main droite la rêne gauche de la bride à dix-sept

centimètres de la bouche, et avec la main gauche la rêne gauche du

filet. Ces deux forces doivent agir en sens opposés. Si elles sont

bien proportionnées à la résistance du cheval, elles amèneront

bientôt la mobilité de la mâchoire. La flexion à droite s'exécutera

d'après les mêmes principes et par les moyens inverses, le cavalier

ayant soin de passer alternativement de l'une à l'autre. Si la

résistance du cheval provient de la contraction trop grande des

muscles releveurs, il faut opposer une force de haut en bas,

jusqu'à parfaite cession de la part du cheval, et _vice versâ_. Il

doit en être ainsi pour toutes les flexions; il faut combattre les

résistances par la force qui leur est directement opposée.

Quelquefois, le cheval recule par impatience ou par la maladresse

du cavalier; on n'en continue pas moins l'opposition des mains,

lesquelles, dans ce cas, se portent en avant afin d'attirer le

cheval et de faire opposition à la force qui produit l'acculement.

Si l'on a pratiqué complétement le travail précédent, il sera

facile, à l'aide de la cravache, d'arrêter le mouvement rétrograde

qui est un puissant obstacle à toute espèce de flexions (_Planche

1_).

[Illustration: Planche 1.]

Deuxième flexion.

La deuxième flexion s'exécute en prenant les deux rênes de la

bride avec la main droite et les deux rênes du filet avec la

gauche. En procédant comme pour la première flexion, et si celle-ci

a été bien faite, on obtient presque instantanément la mobilité de

la mâchoire. Sur quelques chevaux, la mâchoire inférieure se

détache momentanément pour se refermer aussitôt avec bruit. Cette

espèce de tic nerveux, de grincement de dents, doit être combattu

avec soin, car il finirait par augmenter la résistance et

s'opposerait à la légèreté (_Planches 2 et 3_).

[Illustration: Planche 2.]

[Illustration: Planche 3.]

Troisième flexion.

Le cavalier saisit, par exemple, la rêne droite du filet avec la

main gauche et la rêne gauche avec la main droite à dix-sept

centimètres, puis il croise les deux rênes sous le menton de

manière à exercer une pression assez forte sur la barbe. Si la

résistance se prolongeait, le cavalier la ferait bien vite cesser

par un frémissement rapide des poignets (_Planche 4_)[7].

[7] Les vibrations de mains peuvent être employées dans toutes

les flexions.

On comprendra facilement l'importance de ces flexions de mâchoire.

Elles ont pour résultat de préparer le cheval à céder aux plus

légères pressions du filet ou du mors, d'assouplir directement les

muscles qui joignent la tête à l'encolure. La tête devant précéder

et déterminer les diverses attitudes de l'encolure, il est

indispensable que cette dernière partie soit toujours assujettie à

la première. Cela n'aurait lieu qu'imparfaitement avec la

flexibilité seule de l'encolure, puisque ce serait alors celle-ci

qui déterminerait l'obéissance de la tête en l'entraînant dans son

mouvement. L'opposition des mains s'engagera sans à-coup, pour ne

cesser qu'à parfaite obéissance du cheval, à moins cependant qu'il

ne s'accule; elle diminuera ou augmentera son effet en proportion

de la résistance, de manière à la dominer toujours sans trop la

forcer. Le cheval, qui d'abord résistera, finira par considérer la

main de l'homme comme un régulateur irrésistible, et il s'habituera

si bien à obéir, qu'on obtiendra bientôt, par une simple pression

de rêne, ce qui, dans le principe, exigeait une grande force.

[Illustration: Planche 4.]

ASSOUPLISSEMENT DE L'ENCOLURE.

Première flexion latérale.

Le cavalier se place comme pour les flexions de mâchoire; il

saisira la rêne droite de la bride avec la main droite à seize

centimètres de la branche du mors et la rêne gauche avec la main

gauche, à dix centimètres seulement de la branche gauche. Il

rapprochera ensuite la main droite de son corps en éloignant la

gauche de manière à contourner le mors dans la bouche du cheval.

Comme pour les flexions de mâchoire, la force qu'il emploiera devra

être graduée et proportionnée à la résistance seule de la mâchoire

et de l'encolure, afin de ne pas influer sur l'aplomb qui donne

l'immobilité au corps du cheval (_Planche 5_).

[Illustration: Planche 5 et 6.]

La flexion doit s'obtenir, non par un mouvement brusque de la tête,

mais par petites cessions successives. La main gauche suit tout

naturellement le mouvement de la tête, et, lorsque celle-ci se

trouve près de l'épaule droite, les deux rênes également tendues

maintiennent la tête oblique et verticale jusqu'à ce qu'elle se

soutienne d'elle-même dans cette position (_Planche 6_). Le cheval,

en mâchant son mors, constatera la mise en main ainsi que sa

parfaite soumission. Le cavalier, pour le récompenser, fera cesser

immédiatement la tension des rênes et lui permettra, après quelques

secondes, de reprendre sa position naturelle. Mêmes principes et

moyens inverses pour la flexion à gauche.

Deuxième flexion.

1º Le cavalier saisira la rêne droite du filet, qu'il tendra en

l'appuyant sur l'encolure, pour établir un point intermédiaire

entre la force qu'il emploie et la résistance que présentera le

cheval; il soutiendra la rêne gauche avec la main gauche à

trente-trois centimètres du mors. Dès que le cheval cherchera à

éviter la tension constante de la rêne droite en inclinant sa tête

à droite, le cavalier laissera glisser la rêne gauche, afin de ne

présenter aucune opposition à la flexion de l'encolure. Cette rêne

gauche devra se soutenir par une succession de petites tensions

spontanées, chaque fois que le cheval cherchera à se soustraire,

par la croupe, à l'effet de la rêne droite (_Planche 7_).

[Illustration: Planche 7 et 8.]

2º Lorsque la tête et l'encolure auront complétement cédé à droite,

le cavalier donnera une égale tension aux deux rênes pour placer la

tête verticalement. Le liant et la légèreté suivront bientôt cette

position, et aussitôt que le cheval constatera l'absence de toute

roideur par l'action de _mâcher son frein_, le cavalier fera cesser

la tension des rênes, en prenant garde que la tête ne profite

de ce moment d'abandon pour se déplacer brusquement. Dans ce cas,

il suffirait pour la contenir d'un léger soutien de la rêne droite.

Après avoir maintenu le cheval quelques secondes dans cette

attitude, on le remettra en place en soutenant un peu la rêne

gauche. L'important est que l'animal, dans tous ses mouvements, ne

prenne de lui-même aucune initiative (_Planche 8_).

La flexion de l'encolure à gauche s'exécutera d'après les mêmes

principes et par les moyens inverses. Le cavalier pourra répéter

avec les rênes de la bride ce qu'il aura fait d'abord avec celle du

filet; cependant le filet devra toujours être employé en premier

lieu, son effet étant moins puissant et plus direct. Si les

flexions à pied ont été bien faites, si elles ne laissent rien à

désirer, celles à cheval s'obtiendront facilement. Ces premiers

exercices sont d'une grande importance, et le temps que l'on y

consacre abrége considérablement la durée des leçons qui doivent

suivre.

Le cavalier doit scrupuleusement s'attacher à faire fléchir la

mâchoire avant l'encolure, de manière que cette dernière soutienne

la tête et la suive, sans la devancer jamais.

En principe, il n'y a pas d'encolure résistante avec une mâchoire

moelleusement mobile.

C'est presque toujours l'opposé quand la flexion de l'encolure

précède celle de la mâchoire. Les dents restent serrées ou ne se

détachent qu'imparfaitement.

La résistance est toujours en raison directe du _mutisme_ du

cheval[8].

Méthode d'équitation basée sur de nouveaux principes · 第 2 / 10 段