cachet, appartient à un écuyer qui a parfaitement profité de
quelques leçons que je lui ai données. M. Cinizelli, après avoir
reçu les félicitations du roi de Sardaigne, fut, un jour, invité
à visiter le manége royal. Il formula ainsi son opinion sur les
travaux exécutés devant lui: «C'est très-bien, mais vos chevaux
sont _muets_.» Ce mot, dans la bouche de l'écuyer, faisait tout
simplement allusion à l'immobilité de la mâchoire des chevaux.
Dans les flexions directes ou latérales, le cheval présente encore
une résistance qu'il est difficile de détruire, si l'on n'en
connaît la cause. C'est en faisant des _forces_ que l'animal
renouvelle ces luttes, que le cavalier n'annule qu'imparfaitement
et après de longs efforts. J'entends par faire des _forces_,
l'action du cheval qui contracte sa mâchoire inférieure d'un côté
ou de l'autre. Exemple: si l'on porte la tête du cheval à droite,
la mâchoire inférieure se portera plus à droite que la mâchoire
supérieure. Il faudra donc la ramener à gauche pour obtenir sa
vraie mobilité et une légèreté complète.
Ces exercices et les suivants sont faciles à exécuter si le
cavalier met scrupuleusement en pratique les moyens que j'indique
et s'il suit en tout point la gradation qui en assure le succès.
Flexion directe ou ramener.
On alternera les flexions latérales avec la flexion directe ou mise
en main. Outre les moyens indiqués pour les flexions de mâchoire,
la flexion directe s'obtiendra encore avec la rêne droite du bridon
appuyée sur l'encolure et tenue dans la main droite. Avec la main
gauche, on prendra la rêne du même côté à trois centimètres de la
bouche. Les deux rênes seront tendues graduellement, et leur action
amènera le cheval à céder complétement de la mâchoire et de
l'encolure. (Voy. _Planche 9._)
[Illustration: Planche 9.]
Si l'encolure fléchissait avant la mâchoire, il faudrait opposer
une force spontanée de la main, pour empêcher cette flexion
défectueuse et prématurée.
Quelques jours de cet exercice assureront la légèreté de la
mâchoire et de l'encolure.
Il est indispensable que le cavalier se rende compte de la
disposition du poids et des forces de sa monture; car leur mauvaise
répartition retarderait le progrès de l'éducation.
Supposons donc que, le cheval étant en place, le poids soit trop
porté sur l'avant-main. Dans ce cas, les résistances seraient
énormes et presque insurmontables, si, au préalable, on ne forçait
le poids à se reporter sur l'arrière-main par une pression soutenue
du mors, ce qui se ferait sans chercher à obtenir aucune flexion.
Par ce mouvement, le poids se combine tellement avec les forces,
que l'on obtient aussitôt toute la légèreté désirable. Si, au
contraire, les forces étaient toutes dirigées sur l'arrière-main,
ce qui provoquerait un mouvement de recul, il faudrait attirer le
cheval en avant, après s'être assuré, toutefois, en forçant le
reculer, si, malgré le mouvement rétrograde, le poids n'est pas
trop porté sur le devant.
OBSERVATION. Les flexions à pied, incomplétement faites,
non-seulement sont sans effet satisfaisant, mais encore elles
portent le cheval plutôt aux résistances qu'aux concessions qui
sont les premiers éléments de son éducation. La prolongation des
flexions qui s'obtiennent facilement aurait son danger. L'encolure
s'amollirait au lieu d'être liante; elle s'isolerait du corps, avec
lequel, au contraire, elle doit s'identifier, pour établir entre
eux une espèce de solidarité qui fait réagir, sur toute la masse,
un léger déplacement de la tête et provoque promptement tous les
changements de position désirables.
Lorsque le cheval se soumettra à tous ces exercices, sans
résistance, ce sera une preuve que l'assouplissement a fait un
grand pas et que l'éducation première est en voie de progrès.
VIII
EFFETS DE MAINS (RÊNES).
Nous avons avancé comme règle invariable que, lorsqu'on soumet
le cheval, pour les premières fois, à l'action du frein, il
faut l'emboucher avec un mors de bride accompagné d'un filet.
Ajoutons qu'on devra recourir aux effets de ce dernier dans les
commencements de l'éducation du cheval, parce que sa puissance,
moins grande que celle de la bride, a une action plus directe pour
faire céder l'encolure à droite et à gauche. En effet, pour le
ramener, le filet ne représente qu'un levier de 3e genre, tandis
que le mors avec branches et gourmette est un levier de 2e genre.
Pour le ramener et les mouvements rétrogrades du corps, la
puissance du mors est supérieure à celle du filet; mais pour les
premiers déplacements de la tête du cheval et la répression de
résistance venant du côté droit ou du côté gauche, l'usage du filet
amènera des résultats plus prompts, parce que, composé de deux
pièces, il a un effet local qui agit sur un des côtés de la bouche
du cheval. Les mêmes effets, avec les rênes de bride séparées, ne
peuvent agir ni aussi directement ni aussi isolément sur l'une des
deux barres; car la seule pièce qui compose le mors agit
nécessairement sur toute la mâchoire et rend, par cela même,
l'intention du cavalier moins claire à l'intelligence du cheval. De
là hésitation et lenteur d'un côté, impatience et colère de
l'autre, et souvent luttes regrettables qui ne se terminent pas
toujours à l'avantage du cavalier.
Je sais qu'à la rigueur un écuyer peut se passer du filet, comme il
peut aussi ne se servir que du filet pour dresser un cheval, mais
ce n'est qu'une exception qui justifie la règle.
On se servira donc, en commençant, des rênes du filet, une dans
chaque main; les rênes de bride, réunies dans la main gauche à leur
position normale, seront légèrement flottantes. La rêne gauche du
filet sera contenue entre le pouce et l'index de la main gauche; la
rêne droite, contenue entre le pouce et les trois premiers doigts,
passera sur le petit doigt de la main droite. Ces dispositions
faciliteront l'emploi du filet pour les inclinaisons d'encolure.
Si, dans les flexions, le cheval portait au vent, on passerait les
rênes du filet dans la main droite, pour que la main gauche, par
une tension égale des deux rênes de bride, exerçât une pression du
mors qui détruise la résistance et ramène la tête dans la position
verticale. Cette attitude rendra le cheval plus soumis aux effets
des rênes du filet.
Cette première flexion s'exercera, d'abord en place, puis au pas.
Ce travail, fait convenablement à pied, deviendra facile à cheval.
Tout exercice obtenu primitivement avec les rênes de filet, sera
pratiqué ensuite avec les rênes de bride, pour amener la tête du
cheval à droite, à gauche, ou dans la position verticale, et
obtenir la mise en main. L'exécution des flexions latérales avec
les rênes de bride prouvera un progrès, puisqu'elle s'obtiendra à
l'aide de moyens moins directs.
Il est inutile de faire observer qu'avant de passer d'une flexion
latérale à une autre, il faut saisir l'instant où la tête se trouve
dans le prolongement de la ligne des épaules et de la croupe, afin
de mettre le cheval en main, par une tension égale des deux rênes
de la bride. Cette observation s'applique également à toutes les
flexions exécutées aux différentes allures.
Le travail d'arrière-main, ou commencement des pirouettes
renversées, se pratiquera par la tension plus grande de la rêne
opposée au côté où marchera la croupe. Si elle se porte à gauche,
la rêne droite se soutiendra avec plus d'énergie (_et vice versâ_),
afin de maîtriser les résistances que doivent faire naître des
mouvements nouveaux pour l'animal. Aussitôt que le cheval obéira à
la jambe, on cessera l'action isolée d'une des rênes de filet ou de
bride; car ce moyen n'étant que le correctif des résistances doit
être abandonné dès qu'il est sans but. Les rênes deviennent alors
inutiles comme force d'opposition et ne servent plus qu'à maintenir
l'attitude la plus convenable pour que le cheval demeure bien placé
et gracieux dans ses mouvements.
Pour les pirouettes ordinaires, à droite, par exemple, on écartera
la rêne droite du filet, en modérant son action avec la gauche. La
rêne droite ébranlera l'avant-main, l'autre fixera la croupe afin
qu'elle serve de pivot. La main de la bride doit terminer tous les
mouvements, pour habituer le cheval à obéir à sa seule action.
Observons en passant que l'emploi du filet n'est que préparatoire à
l'usage exclusif de la bride. Quand le cheval obéira à cet agent,
la main de la bride seule agira pour commencer ou pour finir les
mouvements.
Au pas, sur la piste, on répétera les mêmes flexions latérales
d'encolure, en écartant faiblement les rênes du filet d'abord et
les rênes de la bride ensuite.
Même exercice pour les changements de direction.
Le cheval répondant aux moindres tensions des rênes de filet ou de
bride, on les remplacera par un nouvel effet de rênes, qui
disposera ses forces pour répartir le poids de la manière la plus
favorable au mouvement.
Il servira encore, par une juste opposition de la main, à corriger
les écarts de la croupe, et à placer, point important, le cheval
parfaitement droit; c'est-à-dire, la croupe sur la ligne des
épaules.
Ce nouvel effet de rênes transportera le poids d'une partie sur
l'autre sans détruire l'harmonie des forces. Résultat jusqu'alors
inconnu.
Précédemment, en rétablissant l'équilibre du poids, on détruisait
souvent l'ensemble des forces; puis, en rétablissant l'équilibre
des forces, on ramenait le poids à sa mauvaise disposition
première. N'est-ce pas là un travail sans fin?
Expliquons le moyen qui, malgré sa simplicité, va remédier à ces
tâtonnements infructueux.
Les premiers assouplissements ont mis l'animal à même de répondre à
ce nouveau procédé.
Le cheval étant au pas, on séparera les rênes de la bride, une dans
chaque main. Si l'on débute par la rêne droite, la main droite se
portera à gauche et appuiera la rêne contre l'encolure. Celle-ci se
contournera, la tête s'inclinera, et les épaules du cheval se
porteront légèrement à gauche. La pression opportune des jambes
déterminera au besoin la croupe dans le sens du mouvement (les
mêmes résultats s'obtiendront avec la rêne gauche). La position
propre à ce changement de direction s'obtient, en partie, par des
effets de rênes savamment pratiqués. Les mêmes résultats
s'obtiendront également à toutes les allures, y compris le travail
sur les hanches.
Puis il arrivera un moment où l'éducation du cheval, plus complète,
permettra de se dispenser même du secours des jambes. (Descente de
jambes.) Il est bien entendu que ces effets de rênes de bride
séparées, obtenus soit par écartement, tension ou pression sur
l'encolure, ont pour but d'amener le cheval à obéir à l'action
seule de la main de la bride.
Après ces exercices, la main gauche seule suffira à faire exécuter
les changements de direction. A cet effet, avant de se porter du
côté déterminant, la main, en se contractant, fera sentir toute sa
force d'opposition, sans se rapprocher du corps. Cet effet
concentré de la puissance de la main demande qu'au préalable
l'égale tension des rênes permette de sentir facilement la bouche
du cheval; il devra compléter la légèreté du cheval avant que
celui-ci se conforme à la nouvelle inclinaison. Ce temps bien
compris, l'animal tournera à la simple indication de la main, si,
comme je l'ai déjà recommandé, on saisit le moment où la tête
passe par la ligne prolongée de la croupe et des épaules, pour
opérer la mise en main avant de changer l'inclinaison d'un côté ou
d'un autre.
IX
EFFETS DE JAMBES.
Si je demandais au premier cavalier venu les moyens pour changer de
direction, il me répondrait assurément: «Si vous voulez tourner à
droite, portez la main à droite et faites sentir la jambe du même
côté.»
C'est, en effet, le principe que tous les traités d'équitation,
jusqu'au mien, ont donné comme le seul efficace pour ce mouvement.
Mais tant d'erreurs se sont érigées en principes, que j'ai voulu
m'assurer de l'exactitude de ce dernier.
J'ai donc, pour tourner à droite, par exemple, porté la main à
droite et fait sentir la jambe du même côté.
Quelque légèreté qu'eût mon cheval sur la ligne droite et bien que
j'eusse fait sentir la jambe indiquée, j'éprouvais souvent une
résistance dont, longtemps, j'ai cherché la cause et les moyens de
la détruire.
L'expérience m'a démontré que souvent, par suite de l'action de la
jambe droite, la croupe se portant à gauche, empêche, par sa
mobilité, le poids de se fixer sur le point d'appui nécessaire au
pivot de conversion et jette ainsi de l'irrégularité et de
l'incertitude dans le mouvement.
La répression de cette résistance exige naturellement, me suis-je
dit, l'emploi de la jambe gauche. J'adoptai donc ce moyen comme
correctif. Il me donna d'abord des résultats surprenants, mais la
persistance de son emploi devint la source d'une autre résistance.
La croupe, portée trop à droite par la pression de la jambe gauche,
s'arc-boutait, pour ainsi dire, contre l'épaule droite, et
paralysait ses mouvements.
Après de minutieuses observations, je conclus donc que l'emploi
exclusif de l'une ou de l'autre jambe ne peut être prescrit comme
principe absolu dans les changements de direction, puisque, destiné
à prévenir, il provoque, au contraire, des résistances.
En effet, quand je veux placer le cheval pour le changement de
direction, j'ignore de quel côté viendra la résistance, puisque la
croupe peut se dérober à droite ou à gauche; j'ignore même s'il y
aura résistance. Il n'est donc pas rationnel de déterminer, _à
priori_, l'emploi exclusif de l'une ou de l'autre jambe, et le
principe, reconnu faux, doit être abandonné.
Revenons donc aux vrais principes de l'équitation:
La main seule donne la position, les jambes donnent l'impulsion.
Si, d'après les prescriptions formelles de ma méthode, vous avez
dirigé l'éducation de votre cheval de manière à lui donner une
juste répartition du poids et des forces, le changement de
direction lui deviendra aussi facile que la marche sur la ligne
droite. Le cheval étant bien placé obéira à la première invitation
de la main, la tête et l'encolure prendront la position propre au
mouvement, et le liant parfait de toute la machine amènera les
épaules et la croupe à prendre sans résistance la part qui leur
convient pour la régularité et la facilité du changement de
direction. D'où je conclus que l'emploi de l'une ou de l'autre
jambe prescrit comme principe est un non-sens, pour ce mouvement,
puisque sa régularité et sa facilité ne dépendent que de l'harmonie
apportée dans l'équilibre de l'animal.
Je dis plus. L'aide des deux jambes deviendra tout à fait inutile,
quand le cheval sera arrivé au point d'éducation où doit le
conduire inévitablement ma méthode.
POINT IMPORTANT. Dès que le cheval commencera à prendre la
position indiquée par la main, celle-ci devra cesser son action et
laisser à l'animal sa liberté de mouvement, en ayant soin toutefois
de le suivre dans son déplacement. Si, au contraire, après un
commencement d'exécution, la main persistait dans son action, la
position de l'encolure deviendrait forcée et amènerait un
dérangement de croupe, d'où naîtrait une résistance qu'on ne
pourrait vaincre qu'à l'aide des jambes.
X
EFFETS DE MAIN ET DE JAMBES.
Nous avons consacré un chapitre spécial aux fonctions particulières
de la main et des jambes; nous allons, maintenant, combiner
l'action de ces puissances de telle sorte qu'elles procurent au
cavalier les ressources qu'il doit retirer de leur judicieux
emploi.
En principe, les jambes du cavalier donnent au cheval l'impulsion
nécessaire aux mouvements. Mais elle n'est primitivement qu'un
moyen de déplacement qui, pour obtenir un bon résultat, a besoin
d'un modérateur et d'un régulateur.
Ce double rôle appartient à la main.
Aussitôt qu'obéissant à la pression des jambes le cheval se
mobilise, la main, savante interprète de la volonté du cavalier,
dispose l'animal dans le sens propre au mouvement qui doit être
exécuté, et son action, méthodiquement réglée, fait comprendre au
serviteur les intentions du maître.
Le cheval, bien placé par la main, exécutera facilement le
mouvement indiqué. Je dis plus: il l'exécutera nécessairement, car
la disposition des diverses parties de son corps ne lui en
permettrait pas d'autre.
L'écuyer doit donc avoir pour but de dominer les forces du cheval;
il faut qu'il en dispose absolument. La combinaison intelligente de
l'action de la main et des jambes produira ce résultat.
PRINCIPE ESSENTIEL. En général l'action des jambes doit précéder
celle de la main pour déterminer toutes les allures, ainsi que pour
obtenir les effets d'ensemble, le rassembler, les temps d'arrêt et
le reculer, etc., etc.
En effet, si l'on porte le cheval en avant, il faut d'abord que les
jambes déterminent son action et que, sur l'impulsion donnée, la
main prenne autant de forces qu'il lui en faut pour diriger la
masse dans le sens propre au mouvement. Si, au contraire, l'action
de la main précédait celle des jambes, le cheval, manquant de
l'impulsion nécessaire, ne pourrait être placé convenablement, et
le mouvement deviendrait incertain, d'une exécution difficile et
souvent impossible.
Pour les effets d'ensemble, les jambes agiront les premières, afin
d'éviter les effets rétrogrades du cheval, qui, par ce moyen, se
soustrairait à la bonne position de sa tête et à l'immobilité de
ses quatre jambes, s'il est en place.
C'est encore en débutant par l'action des jambes qu'on fera jouer
tous les ressorts du mécanisme de l'animal, et leur puissance,
sagement dirigée par la main, s'harmonisera de telle sorte que le
cheval sera toujours placé droit. L'action des jambes du cavalier
produira le rassembler en rapprochant les membres postérieurs du
cheval.
Pour le vrai reculer, les jambes de derrière du cheval doivent
d'abord quitter le sol. C'est encore une pression préalable des
jambes du cavalier qui déterminera ce mouvement. Le cheval est
porté en avant par les jambes; mais aussitôt l'impulsion donnée, la
main se rapproche du corps, et son effet, justement combiné, force
la jambe, déjà levée, à se porter en arrière. Après quelques
répétitions de cet exercice, le cheval reculera franchement et
régulièrement.
L'impulsion imprimée par les jambes est encore nécessaire dans
le reculer, en ce sens qu'elle s'oppose à la trop brusque
concentration des forces sur l'arrière-main, ce qui donnerait un
reculer précipité et irrégulier.
Pour l'exécution des pirouettes renversées ou ordinaires, les
jambes devront donner l'impulsion qui, comme toujours, permettra à
la main de placer le cheval. C'est alors que les rênes de la bride
par tension, écartement, ou pression sur l'encolure, deviendront
efficaces pour combattre les résistances indiquées par les refus du
cheval, qui arrivera graduellement à obéir à la seule pression de
la jambe.
Au moyen de ces exercices et de la combinaison sage des effets de
jambes et de main, le cheval aura bientôt acquis une juste
répartition du poids et des forces.
J'indique le but; plus heureux que mes devanciers dans l'étude de
l'équitation, je donne les moyens infaillibles de l'atteindre.
Est-ce à dire, cependant, que je veuille promettre à tous les
adeptes de ma méthode les résultats que beaucoup de mes élèves ont
obtenus? Non; voici pourquoi. Quelle que soit la clarté d'une
théorie et l'exactitude de ses principes, le professeur ne peut
donner à tous cette étincelle de feu sacré qui dénote l'aptitude,
la vocation et mène au succès.
Si les idées théoriques expliquées et motivées ne rencontrent pas
comme un écho dans l'esprit de l'élève, si son intelligence n'est
pas frappée comme d'un choc électrique, par la vérité du principe,
c'est que l'inspiration manque. Les efforts du professeur lutteront
péniblement contre l'inaptitude.
En comparant les forces de l'homme et celles du cheval, on est
étonné que notre faiblesse proportionnelle ait entrepris de
dominer une puissance aussi supérieure; et, cependant, avec la
seule pression de nos jambes et de nos mains, nous lui imposons
notre volonté.
Soumis à nos lois, notre superbe antagoniste se précipite comme une
avalanche; ses forces, multipliées par l'impulsion, impriment à son
corps une rapidité vertigineuse; son élan semble indomptable. Un
geste du cavalier, et la masse impétueuse devient statue, le cheval
est immobile.
J'ai donné les moyens d'obtenir ces immenses résultats. Ma méthode
met tellement le cheval dans la dépendance du cavalier, que, par la
combinaison des effets de jambes et de main, nos moindres
mouvements suffisent pour diriger, à notre gré, les ressorts de ce
puissant animal; mais je ne puis dire précisément et clairement à
l'élève le degré de force impulsive ou répressive qu'il doit
employer. C'est l'appréciation exacte de l'emploi des forces
combinées qui s'appelle l'intelligence équestre. Cette qualité est
innée chez le véritable écuyer, elle lui est indispensable.
Une longue pratique, en donnant l'expérience, peut, il est vrai,
combattre heureusement l'inaptitude. Mais si, dans ce cas, les
progrès sont lents, devra-t-on s'en prendre à l'impuissance des
principes?
[Illustration: Planche 10 et 11.]
XI
ASSOUPLISSEMENT A CHEVAL, AVANT MAIN ET ARRIÈRE-MAIN.
FLEXION DIRECTE DE LA TÊTE ET DE L'ENCOLURE, OU RAMENER.
1º Le cavalier se servira d'abord des rênes du filet, qu'il réunira
dans la main gauche et tiendra comme celles de la bride. Il
appuiera la main droite _de champ_ sur les rênes en avant de la
main gauche, afin de donner à la première une plus grande
puissance, en augmentant la pression du mors de filet. Dès que le
cheval cédera, il suffira de soulever la main droite pour diminuer
la tension des rênes et récompenser l'animal. Lorsque le cheval
obéira à l'action du filet, il cédera bien plus promptement à celle
de la bride, dont l'effet est plus puissant; c'est dire assez que
la bride devra par conséquent être employée avec plus de ménagement
que le filet. (_Planche 10_.)
2º Le cheval aura complétement cédé à l'action de la main, lorsque
sa mâchoire sera mobile. Le cavalier doit avoir soin de ne pas se
laisser tromper par les feintes du cheval, feintes qui consistent
dans un quart ou un tiers de cession, suivie de bégaiements. On
doit tout d'abord habituer le cheval à supporter les jambes pour
arrêter tous les mouvements rétrogrades de son corps, mouvements
qui le mettraient à même d'éviter les effets de la main, ou
feraient naître des points d'appui ou des arcs-boutants propres à
augmenter les moyens de résistance. (_Planche 11._)
Cette flexion est fort importante. Dès qu'elle s'exécute avec
aisance et promptitude, il suffit d'un léger appui de la main pour
ramener et maintenir la tête dans la bonne position. La direction
de cette partie de l'animal deviendra dès lors aussi facile que
naturelle, puisque nous l'aurons mise à même de comprendre toutes
les indications de la main, et d'y obéir sur-le-champ sans efforts.
Quant aux fonctions des jambes, elles consistent à empêcher un
mouvement rétrograde du corps.
FLEXIONS LATÉRALES DE L'ENCOLURE.
1º Pour exécuter la flexion à droite, le cavalier prendra une rêne
de filet dans chaque main, la gauche sentant à peine l'appui du
mors; la droite, au contraire, communiquant une impression modérée
d'abord, mais qui augmentera en proportion de la résistance du
cheval, et de manière à la dominer toujours.
L'animal, déjà préparé par le travail précédent, comprend la
volonté du cavalier, et incline la tête du côté où se fait sentir
la pression du filet. (_Planche 12._)
[Illustration: Planche 12 et 13.]
2º Dès que la tête du cheval aura été ramenée à droite, la rêne
gauche formera opposition, pour empêcher le nez de dépasser la
verticale. On doit attacher une grande importance à ce que la tête
reste toujours dans cette position: la flexion sans cela serait
imparfaite et la souplesse incomplète. Le mouvement régulièrement
accompli, on fera reprendre au cheval sa position naturelle par une
légère tension de la rêne gauche. (_Planche 13._)
La flexion à gauche s'exécutera de même, le cavalier employant les
rênes du filet et celles de la bride.